PCSI · Chapitre 11 · Second semestre
Matrices et déterminants
Matrice d'une application linéaire, rang, changements de bases, matrices semblables, déterminants et calcul pratique.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Matrice d'une application linéaire
- Rang
- Changements de bases
- Matrices semblables
- Déterminants et calcul pratique
Le chapitre de calcul matriciel s'était ouvert sur un aveu : le produit de deux matrices était défini par une formule qui paraissait arbitraire, et nous avions promis que sa raison profonde apparaîtrait plus tard. Ce chapitre tient cette promesse. Nous allons voir qu'une matrice n'est pas un tableau de nombres que l'on a décidé d'étudier pour lui-même : c'est l'écriture d'une application linéaire dans un couple de bases, et le produit matriciel n'est rien d'autre que la composition des applications, lue à travers cette écriture. Toutes les bizarreries du calcul matriciel s'expliquent alors d'un coup : la non-commutativité, parce que composer dans un sens ou dans l'autre ne donne pas la même chose ; l'existence de diviseurs de zéro, parce que deux applications non nulles peuvent s'annihiler ; la condition de compatibilité des tailles, parce qu'on ne compose que des applications aux espaces emboîtés.
Le mouvement du chapitre est un aller-retour permanent entre deux points de vue. D'un côté, les applications linéaires : objets géométriques, indépendants de toute base, avec lesquels on raisonne. De l'autre, les matrices : objets numériques, dépendants d'un choix de bases, avec lesquels on calcule. Le dictionnaire entre les deux, une fois installé, permet de choisir à chaque instant le côté le plus commode. Une question de rang se résout par le pivot, donc du côté matriciel ; une question d'inversibilité se résout par le théorème du rang, donc du côté des applications. Savoir traduire est la compétence centrale de ce chapitre, et c'est aussi celle que les concours évaluent en premier.
Ce dictionnaire dépendant d'un choix de bases, une question se pose immédiatement : que devient la matrice quand on change de base ? C'est l'objet des matrices de passage et des formules de changement de base, dont il faut dire tout de suite qu'elles sont le lieu de l'erreur la plus fréquente de l'année, à savoir la confusion entre et . Elles ouvrent surtout une perspective nouvelle : puisqu'un même endomorphisme s'écrit différemment selon la base choisie, autant chercher la base dans laquelle il s'écrit le plus simplement possible. Un calcul réputé pénible, comme celui de , devient alors immédiat. C'est le premier exemple d'une idée qui structurera toute la seconde année.
La seconde moitié du chapitre construit le déterminant. L'ambition est la suivante : associer à vecteurs d'un espace de dimension un unique scalaire qui vaut zéro exactement lorsque la famille est liée. Un tel nombre répond d'un seul calcul à toutes les questions de liberté, de base, d'inversibilité et de bijectivité. Il en existe un, il est unique une fois la base fixée, et il possède une interprétation géométrique limpide en dimension et : une aire orientée, un volume orienté. Nous admettrons son existence, comme le programme y autorise, mais nous en tirerons absolument tout : caractérisation des bases, des automorphismes, des matrices inversibles, et des méthodes de calcul efficaces.
Une remarque de méthode pour finir. Le déterminant est un outil de décision, pas un outil de résolution. Il dit si une matrice est inversible, il ne donne pas son inverse ; il dit si une famille est une base, il ne fournit pas les coordonnées. Devant un exercice, le réflexe correct est donc : question par oui ou par non, on calcule un déterminant ; question demandant un objet explicite, on fait un pivot. Confondre les deux fait perdre beaucoup de temps.
Les notations suivantes valent pour tout le chapitre. La lettre désigne ou , et ses éléments sont des scalaires, notés , . Les espaces vectoriels sont notés , , , et sont de dimension finie sauf mention contraire ; leurs vecteurs sont notés , , . Une base de est notée , une base de est notée , une base de est notée . Les applications linéaires sont notées , ; l'ensemble des applications linéaires de dans est , celui des endomorphismes de est , l'identité de est , le noyau et l'image de sont et , son rang est . Les matrices sont notées , , , , l'ensemble des matrices à lignes et colonnes est , et si ; la matrice identité est , l'ensemble des matrices inversibles de est le groupe linéaire , et la transposée de est . La matrice d'un vecteur, d'une famille, d'une application linéaire, d'un endomorphisme sont notées , , , , et la matrice de passage de à est . Le déterminant dans la base est . Enfin, le carré marque la fin d'une démonstration.
Matrice d'un vecteur, d'une famille, d'une application linéaire
La colonne des coordonnées d'un vecteur
Tout part d'une remarque déjà connue : dans un espace de dimension finie muni d'une base, un vecteur est entièrement déterminé par la liste de ses coordonnées, et cette liste est unique. Il suffit de décider de l'écrire verticalement.
Définition
Soit un -espace vectoriel de dimension , muni d'une base , et soit . Il existe un unique -uplet de scalaires tel que
La matrice de dans la base est la matrice colonne
Remarque
Deux points méritent d'être soulignés tout de suite.
D'abord, cette colonne dépend de la base. Le vecteur , lui, est un objet géométrique qui existe sans base ; ses coordonnées, elles, sont un codage, et le codage change quand on change de dictionnaire. Écrire « le vecteur » sans préciser la base est un abus qu'on ne tolère que dans muni de sa base canonique.
Ensuite, l'ordre des vecteurs de la base compte. Une base est une famille, c'est-à-dire une liste ordonnée : échanger et échange les deux premières coordonnées de tous les vecteurs. C'est pour cela qu'on écrit une base entre parenthèses, , et non entre accolades.
Exemple
Dans , considérons le polynôme .
Dans la base canonique , on lit directement les coordonnées sur l'écriture de :
Prenons maintenant la base , dont on sait qu'elle est bien une base de car c'est une famille échelonnée en degrés de polynômes dans un espace de dimension . Il faut cette fois calculer. En développant,
donc
Le même polynôme, deux colonnes différentes. Retenez cet exemple : il justifie à lui seul toute la section 4.
Matrice d'une famille de vecteurs
Définition
Soient une base de et une famille de vecteurs de . La matrice de la famille dans la base , notée , est la matrice de dont la -ième colonne est .
Autrement dit, si pour tout , alors .
Retenez la règle de lecture, qui vaut pour tout le chapitre : un vecteur occupe une colonne. Le nombre de lignes est donc la dimension de l'espace, et le nombre de colonnes le nombre de vecteurs de la famille.
Exemple
Dans muni de sa base canonique , la famille , a pour matrice
Trois lignes parce que l'espace est de dimension , deux colonnes parce que la famille a deux vecteurs.
Matrice d'une application linéaire
C'est la définition centrale du chapitre. Elle repose sur un résultat du chapitre précédent, qu'il faut avoir présent à l'esprit : une application linéaire est entièrement déterminée par les images des vecteurs d'une base. Il suffit donc, pour coder , de coder les vecteurs , ce que l'on sait faire dès qu'on dispose d'une base de l'espace d'arrivée.
Définition
Soient un espace de dimension muni d'une base , un espace de dimension muni d'une base , et . La matrice de dans le couple de bases est
C'est donc la matrice définie par
Remarque
La phrase à savoir réciter. La -ième colonne de est la colonne des coordonnées de , image du -ième vecteur de la base de départ, exprimée dans la base d'arrivée.
Trois conséquences pratiques, à vérifier systématiquement avant tout calcul.
- Le format est : autant de lignes que la dimension de l'espace d'arrivée, autant de colonnes que la dimension de l'espace de départ. Le format est donc l'inverse de l'ordre dans lequel on écrit , ce qui surprend toujours au début. La raison apparaîtra à la formule : pour que le produit soit défini, il faut ce format.
- On écrit les images en colonnes, jamais en lignes. L'erreur revient à écrire la transposée, et elle ne produit aucune absurdité visible : tout le reste de l'exercice tourne, et faux.
- Deux bases sont en jeu, et il faut les nommer. La notation porte les deux, dans l'ordre départ puis arrivée.
Définition
Lorsque et que l'on choisit la même base au départ et à l'arrivée, on parle de la matrice de l'endomorphisme dans la base , notée
Elle est carrée d'ordre .
Remarque
Rien n'interdit, pour un endomorphisme, de choisir deux bases différentes au départ et à l'arrivée : cela reste licite. Mais c'est presque toujours une mauvaise idée, car on perd le lien entre les puissances de la matrice et les itérées de (section 2). Sauf indication contraire, la matrice d'un endomorphisme est prise dans une seule base.
Exemple
Soit définie par . On vérifie sans peine sa linéarité. Notons la base canonique de et celle de . On calcule les images des trois vecteurs de :
Ces trois vecteurs, écrits en colonnes dans la base , donnent
Le format est conforme : arrivée de dimension , départ de dimension . On remarque au passage que les lignes de la matrice sont exactement les coefficients des deux expressions qui définissent : lorsque les bases sont canoniques, la matrice se lit directement sur la formule.
Exemple
Rotation vectorielle du plan. Soit et la rotation vectorielle d'angle du plan , rapporté à sa base canonique orthonormée . Par définition de la rotation, l'image de est le vecteur unitaire d'angle polaire , et l'image de est le vecteur unitaire d'angle polaire :
En rangeant ces deux vecteurs en colonnes,
Le signe moins est en haut à droite : c'est la position de la faute la plus fréquente. Pour la contrôler, faites : la matrice devient , dont la première colonne est , c'est-à-dire . Un quart de tour direct envoie bien sur .
Exemple
Homothétie. Soit et l'homothétie de rapport d'un espace de dimension . Pour toute base de et tout , on a , dont la colonne des coordonnées ne comporte que des zéros sauf un en -ième position. Donc
et ceci dans n'importe quelle base. Les homothéties sont exactement les endomorphismes dont la matrice ne dépend pas de la base choisie ; nous le retrouverons en section 4.
Exemple
Dérivation sur . Soit , . C'est bien un endomorphisme de , car dériver fait baisser le degré. Dans la base canonique :
Les colonnes des coordonnées de ces quatre polynômes sont respectivement , , et , donc
Cette matrice est triangulaire supérieure stricte : c'est la version matricielle du fait que la dérivation abaisse strictement le degré. On sait déjà que sur , et la matrice ci-dessus est effectivement nilpotente.
L'isomorphisme entre applications linéaires et matrices
Nous avons construit une application qui, à une application linéaire, associe une matrice. Cette section démontre que ce codage est parfait : rien ne se perd, rien ne se répète, et il transporte toutes les opérations.
L'application est un isomorphisme
Propriété
Soient de dimension muni d'une base , et de dimension muni d'une base . L'application
est un isomorphisme d'espaces vectoriels. En particulier,
Démonstration. Linéarité. Soient et . Notons et . Pour tout ,
Par unicité des coordonnées dans la base , la -ième colonne de est donc la -ième colonne de . Ceci valant pour tout , on a .
Injectivité. Soit , c'est-à-dire . Alors pour tout , la colonne des coordonnées de est nulle, donc . Ainsi s'annule sur tous les vecteurs de la base ; comme une application linéaire est déterminée par ces images, est l'application nulle. Donc et est injective.
Surjectivité. Soit . Posons, pour , le vecteur de . D'après le théorème de définition d'une application linéaire par les images d'une base, il existe une unique telle que pour tout . Par construction, .
Dimension. étant un isomorphisme, .
Remarque
Ce résultat justifie l'usage constant que nous ferons du mot « identifier ». Une fois les bases et fixées et gardées fixes, parler de ou de sa matrice revient exactement au même : c'est le même objet dans deux langues. Toute la difficulté du chapitre tient dans les deux mots « et gardées fixes » : dès qu'on change de base, la traduction change, et c'est l'objet de la section 4.
Coordonnées de l'image d'un vecteur
Propriété
Soient , , et . Posons et . Alors
Démonstration. Écrivons , de sorte que est la colonne des . Par linéarité de , puis en remplaçant chaque par son expression dans la base :
Les deux sommes étant finies, on peut les échanger et regrouper selon :
Par unicité des coordonnées dans la base , la -ième coordonnée de vaut . Or c'est exactement le coefficient d'indice de la colonne , par définition du produit matriciel. Donc .
Remarque
C'est la formule qui rend les matrices utiles : elle transforme « appliquer à un vecteur » en « multiplier une colonne par une matrice ». Notez que le format s'emboîte : est , est , donc est , ce qui est bien le format d'un vecteur de . C'est la raison profonde de la convention « lignes = arrivée, colonnes = départ ».
Exemple
Reprenons , de matrice dans les bases canoniques, et prenons . Le calcul direct donne
Le calcul matriciel donne
Les deux coïncident, comme annoncé.
Matrice d'une composée
Voici le théorème qui explique la définition du produit matriciel.
Propriété
Soient , , trois espaces de dimensions finies munis respectivement des bases , , , et soient et . Alors et
Démonstration. Notons , , , puis et . Le produit est bien défini et appartient à , qui est le format attendu.
Fixons et calculons l'image du -ième vecteur de la base de départ :
la dernière égalité venant de la linéarité de . En remplaçant chaque par son expression dans la base , puis en échangeant les deux sommes finies :
Par unicité des coordonnées dans la base , le coefficient d'indice de vaut , c'est-à-dire précisément le coefficient d'indice de .
Remarque
Voilà pourquoi le produit matriciel est ce qu'il est. La formule n'a pas été inventée pour le plaisir : c'est la seule qui fasse correspondre le produit des matrices à la composition des applications. Toutes les propriétés du produit s'en déduisent immédiatement.
- L'associativité du produit matriciel n'est que l'associativité de la composition.
- La non-commutativité est celle de la composition : et n'ont aucune raison de coïncider, et peuvent même ne pas être définies simultanément.
- Attention à l'ordre : la matrice de est le produit fois , dans cet ordre. On écrit la matrice de la seconde application à gauche, comme on écrit à gauche dans .
- Pour un endomorphisme de et une base de , une récurrence immédiate donne pour tout . C'est ce qui rend le calcul des puissances si important.
Exemple
Reprenons la dérivation sur , de matrice dans la base canonique . La propriété donne . Vérifions-le des deux côtés. D'une part,
D'autre part, , , et , dont les colonnes de coordonnées sont , , et . On retrouve bien la même matrice.
Isomorphismes et matrices inversibles
Propriété
Soient et deux espaces de même dimension , munis de bases et , et soit de matrice . Alors :
et dans ce cas
Démonstration. Sens direct. Supposons bijective, et posons . Comme et , la propriété sur les composées donne
car la matrice de l'identité dans un couple formé deux fois de la même base est . Donc est inversible, d'inverse .
Sens réciproque. Supposons inversible et notons l'unique application linéaire de dans de matrice dans le couple , dont l'existence est garantie par la surjectivité de . Alors
et l'injectivité de donne . De même . Donc est bijective, de réciproque .
Exemple
La rotation est bijective, de réciproque . Cela se lit sur les matrices :
et la seconde matrice est bien celle de , puisque et .
En prime, l'égalité se traduit par un produit de matrices dont la première colonne donne et : les formules d'addition de la trigonométrie sont un produit matriciel.
Application linéaire canoniquement associée à une matrice, rang
La section précédente allait des applications vers les matrices. Renversons le sens : partons d'une matrice nue, sans espace ni base donnés, et attachons-lui une application linéaire canonique. C'est ce qui permettra de parler du noyau, de l'image et du rang d'une matrice.
Définition et identification
Dans tout ce qui suit, on identifie et : un -uplet et la colonne de ses coordonnées dans la base canonique sont considérés comme le même objet. Cette identification est licite parce que l'application qui envoie un -uplet sur sa colonne est un isomorphisme, et on ne s'en privera pas.
Définition
Soit . L'application linéaire canoniquement associée à est
Sa linéarité découle des règles de calcul et .
Si et désignent les bases canoniques de et , on a .
Définition
Soit . On pose
et le rang de est
Ainsi est un sous-espace vectoriel de et un sous-espace vectoriel de .
Lecture directe sur les colonnes et sur les lignes
Propriété
Soit , de colonnes et de lignes .
- . En particulier, est le rang de la famille des colonnes de .
- Une colonne appartient à si et seulement si elle est solution du système homogène de équations
Démonstration. Point 1. Soit de coefficients . En développant le produit matriciel colonne par colonne,
Cette identité, que l'on vérifie en comparant le coefficient d'indice des deux membres, tous deux égaux à , dit exactement que , ensemble des , est l'ensemble des combinaisons linéaires des colonnes, c'est-à-dire .
Point 2. Le coefficient d'indice de vaut , et dire que c'est dire que ces scalaires sont tous nuls.
Remarque
Retenez la dissymétrie, qui est le mode d'emploi de toute matrice.
- Les colonnes fabriquent l'image : elles l'engendrent, et le rang est leur rang.
- Les lignes fabriquent le noyau : chaque ligne fournit une équation, et le noyau est l'ensemble des solutions du système ainsi obtenu.
Une matrice se lit donc dans les deux sens, et savoir dans quel sens lire selon la question posée fait gagner beaucoup de temps.
Propriété
Théorème du rang, version matricielle. Pour toute ,
Le nombre qui apparaît à droite est le nombre de colonnes de , c'est-à-dire la dimension de l'espace de départ.
Démonstration. C'est le théorème du rang appliqué à , dont l'espace de départ est de dimension .
Propriété
Soient et de dimensions et , munis de bases et , et . Alors
Le rang d'une application linéaire ne dépend donc pas des bases dans lesquelles on l'écrit.
Démonstration. Posons . L'image de est engendrée par les , donc est le rang de la famille . Or l'application est un isomorphisme de sur , et un isomorphisme conserve le rang d'une famille. Cette famille a pour images les colonnes de , dont le rang est d'après le point 1 ci-dessus.
Les caractérisations de l'inversibilité
Propriété
Soit , carrée, de colonnes . Il y a équivalence entre les assertions suivantes.
- est inversible.
- , c'est-à-dire : la seule solution de est .
- Les colonnes de engendrent .
- .
On peut y ajouter : est une base de .
Démonstration. L'endomorphisme de a pour matrice dans la base canonique. D'après la section 2, est inversible si et seulement si est bijective. Or est de dimension finie et est un endomorphisme : injectivité, surjectivité et bijectivité sont donc trois propriétés interchangeables, conséquence du théorème du rang.
Le point 2 dit que est injective. Le point 3 dit que , c'est-à-dire que est surjective. Le point 4 dit que , ce qui, pour un sous-espace de , revient à , donc encore à la surjectivité. Les quatre assertions sont donc bien la même. Enfin, une famille de vecteurs de est une base dès qu'elle est génératrice, par le théorème du bon cardinal.
Propriété
Soit carrée. Si admet un inverse à gauche ou un inverse à droite, alors est inversible et cet inverse unilatéral est l'inverse de . Précisément :
- s'il existe telle que , alors et ;
- s'il existe telle que , alors et .
Démonstration. Point 1. Supposons et soit , c'est-à-dire . En multipliant à gauche par :
Donc , et la propriété précédente assure que est inversible. En multipliant alors l'égalité à droite par , on obtient .
Point 2. Supposons . Pour tout , on a , donc . Ainsi , c'est-à-dire , et est inversible. En multipliant à gauche par , on obtient .
Remarque
L'hypothèse « carrée » est indispensable, et c'est le cœur du résultat. Prenons
On vérifie que , alors qu'aucune des deux matrices n'est carrée, donc aucune n'est inversible. Le produit dans l'autre ordre vaut
L'intérêt pratique du résultat est considérable : pour prouver qu'une matrice carrée est inversible et calculer son inverse, une seule des deux vérifications suffit. Si un énoncé donne une relation du type , on écrit et l'on conclut d'un coup, sans faire le produit dans l'autre sens.
Opérations élémentaires et calcul du rang
Rappelons les trois opérations élémentaires sur les colonnes, avec les conditions qui les rendent licites :
et les trois opérations analogues sur les lignes, notées avec la lettre .
Propriété
Soit .
- Les opérations élémentaires sur les colonnes ne changent pas .
- Les opérations élémentaires sur les lignes ne changent pas .
- Les opérations élémentaires, sur les lignes comme sur les colonnes, ne changent pas .
Démonstration. Point 1. L'image est le sous-espace engendré par les colonnes. Or échanger deux vecteurs d'une famille ne change pas le sous-espace engendré, puisque l'ensemble des combinaisons linéaires est le même. Multiplier un vecteur par non plus : toute combinaison faisant intervenir avec le coefficient s'obtient à partir de avec le coefficient . Enfin, en notant avec , chacun des vecteurs de la nouvelle famille appartient au de l'ancienne, et réciproquement puisque . Les deux sont donc égaux par double inclusion.
Point 2. Les lignes de fournissent les équations du système . Les trois opérations élémentaires sur les lignes sont précisément celles du pivot de Gauss, dont on sait qu'elles remplacent un système par un système ayant exactement les mêmes solutions : échanger deux équations, multiplier une équation par un scalaire non nul, ajouter à une équation un multiple d'une autre. L'ensemble des solutions, c'est-à-dire , est donc inchangé.
Point 3. Pour les colonnes, c'est immédiat : l'image est conservée, donc sa dimension aussi. Pour les lignes, le noyau est conservé, donc sa dimension ; le théorème du rang, , où est le nombre de colonnes et n'est pas modifié par une opération sur les lignes, donne alors la conservation du rang.
Propriété
Invariance du rang par transposition (admis). Pour toute ,
Remarque
Ce résultat, dont la démonstration n'est pas exigible, a une conséquence pratique de premier ordre : le rang de la famille des lignes est égal au rang de la famille des colonnes. En effet, les lignes de sont les colonnes de .
On en déduit deux choses. D'abord, pour calculer un rang, on a le droit de mélanger opérations sur les lignes et opérations sur les colonnes, ce qui permet de choisir à chaque étape la plus commode. Ensuite, on obtient gratuitement l'encadrement
puisque le rang est à la fois le rang d'une famille de vecteurs et celui d'une famille de vecteurs.
Méthode
Calculer le rang d'une matrice.
- Échelonner par opérations élémentaires, en général sur les lignes (c'est le pivot de Gauss habituel).
- Le rang est le nombre de lignes non nulles de la matrice échelonnée, c'est-à-dire le nombre de pivots.
- Si un bon coup se présente sur les colonnes (une colonne évidemment multiple d'une autre, une colonne de zéros), l'utiliser sans hésiter : c'est licite, et souvent plus rapide.
Aucun facteur n'est à suivre dans ce calcul : multiplier une ligne par ne change pas le rang. C'est une différence essentielle avec le calcul d'un déterminant (section 9), où le même geste multiplie le résultat par .
Exemple
Calculons le rang de
puis déterminons son noyau et son image.
Rang. Les opérations et donnent
puis donne
Il reste deux lignes non nulles, donc .
Noyau. La matrice échelonnée a le même noyau que . Le système s'écrit
Les inconnues principales sont et , les paramètres et . On obtient et , donc
Ces deux colonnes sont libres, comme on le voit sur les deuxième et quatrième coefficients, donc elles forment une base de et . Le théorème du rang est vérifié : , le nombre de colonnes.
Image. Les colonnes sont , , et . Donc
et est libre car ces deux colonnes ne sont pas proportionnelles. On retrouve , ce qui confirme les calculs précédents.
Changements de bases
Nous savons maintenant qu'une matrice code une application linéaire, à condition de fixer les bases. Reste la question naturelle : si l'on change de base, comment le code change-t-il ?
Matrice de passage
Définition
Soient et deux bases d'un même espace . La matrice de passage de à est
Sa -ième colonne est la colonne des coordonnées du -ième vecteur de la nouvelle base , exprimées dans l'ancienne base .
Propriété
Avec les notations ci-dessus :
En conséquence, est inversible et
Démonstration. Par définition, la -ième colonne de est la colonne des coordonnées, dans la base d'arrivée , de l'image du -ième vecteur de la base de départ , c'est-à-dire de . C'est donc , la -ième colonne de .
L'identité étant un isomorphisme, sa matrice est inversible d'après la section 2, et
Remarque
L'inversion des indices est déroutante et il faut l'accepter une fois pour toutes : la matrice de passage de vers est la matrice de l'identité de vers . La raison en est que les colonnes contiennent les nouveaux vecteurs, écrits dans l'ancien langage. On y reviendra en fin de section : c'est la source de l'erreur numéro un du chapitre.
Notons aussi que l'inversibilité de se voit directement : ses colonnes sont les coordonnées de la famille , qui est une base, donc une famille libre de vecteurs ; le rang de vaut , et la caractérisation de la section 3 conclut.
Exemple
Dans , avec et , on calcule , d'où
Les colonnes se lisent bien sur les écritures de , de et de dans la base canonique.
Effet sur les coordonnées d'un vecteur
Propriété
Soient et deux bases de , , et . Notons et . Alors
Démonstration. Appliquons la formule de la section 2 à l'application , vue avec la base au départ et la base à l'arrivée. Sa matrice est . La colonne du vecteur de départ dans la base est , celle du vecteur d'arrivée dans la base est . La formule donne donc . La seconde égalité s'obtient en multipliant à gauche par .
Remarque
Le piège du chapitre, et comment ne jamais tomber dedans. L'énoncé paraît à l'envers : la matrice de passage vers transforme les nouvelles coordonnées en anciennes, et non l'inverse. Beaucoup d'élèves écrivent et perdent tous les points d'une question.
Voici trois moyens de retrouver le sens correct en dix secondes, à utiliser en copie.
Moyen 1, par les formats et le contenu des colonnes. contient les nouveaux vecteurs écrits dans l'ancien langage. Elle traduit donc du nouveau vers l'ancien : elle prend et rend .
Moyen 2, par un cas particulier. Prenons . Ses coordonnées dans sont , et est alors la première colonne de , c'est-à-dire . La formule est donc la bonne. Ce test tient en une ligne et tranche à coup sûr.
Moyen 3, par un exemple minuscule. Dans , avec et , on a . Le réel a pour coordonnée dans et dans . On vérifie , donc .
Exemple
Reprenons dans , avec les bases et ci-dessus. On avait trouvé, par un calcul de développement, et . Contrôlons avec la formule :
On retrouve bien , et non le contraire : le produit ne donnerait pas .
Effet sur la matrice d'une application linéaire
Propriété
Soient , deux bases et de , deux bases et de . Posons
Alors
Démonstration. Écrivons et lisons cette composée en changeant de base à chaque étape :
La propriété sur les composées, appliquée deux fois, donne
Or et . D'où .
Propriété
Cas d'un endomorphisme. Soient , deux bases et de , et . Alors
Démonstration. C'est le cas particulier , , de la propriété précédente, pour lequel .
Remarque
Un moyen de contrôle du sens de la formule : dans , la matrice est à droite, du côté par lequel entrent les vecteurs. C'est cohérent avec la lecture « traduit du nouveau vers l'ancien » : on traduit d'abord la colonne en par , on applique , puis on retraduit le résultat en langage nouveau par .
Matrices semblables
Définition
Deux matrices et de sont dites semblables lorsqu'il existe telle que
Propriété
La relation « être semblable » sur est réflexive, symétrique et transitive.
Démonstration. Réflexivité. , et est inversible.
Symétrie. Si avec inversible, alors en multipliant à gauche par et à droite par on obtient , et est inversible.
Transitivité. Si et avec , inversibles, alors
et est inversible comme produit de matrices inversibles.
Propriété
Soient . Ces deux matrices sont semblables si et seulement s'il existe un espace de dimension , un endomorphisme de et deux bases , de tels que
Démonstration. Sens réciproque. Si et représentent le même endomorphisme dans deux bases, la formule de changement de base donne avec inversible : elles sont semblables.
Sens direct. Supposons avec inversible. Prenons , sa base canonique, et l'endomorphisme canoniquement associé à , de sorte que . Notons la famille des colonnes de : comme est inversible, ces colonnes forment une base de , et par construction . La formule de changement de base donne alors .
Propriété
Soient et deux matrices semblables de , avec . Alors :
- ;
- est inversible si et seulement si l'est ;
- pour tout , , donc et sont semblables.
Démonstration. Point 1. Comme est inversible, est bijective, donc : en effet, tout est dans , et réciproquement . Ensuite, , car ne se produit que pour . Le théorème du rang donne alors
Point 2. C'est le point 1 combiné à la caractérisation « inversible si et seulement si le rang vaut ».
Point 3. Récurrence sur . Pour , les deux membres valent . Si , alors
Remarque
Le point 3 est la clé de toutes les applications de cette section. Si l'on trouve une matrice simple semblable à , alors , et le calcul des puissances de se ramène à celui, souvent immédiat, des puissances de .
Nous verrons en section 8 un autre invariant de similitude, le déterminant. Notons dès maintenant qu'aucun de ces invariants ne suffit à caractériser la similitude : deux matrices de même rang et de même déterminant ne sont pas nécessairement semblables.
Chercher une base dans laquelle la matrice est simple
Méthode
Simplifier la matrice d'un endomorphisme. Le principe est toujours le même : on cherche des vecteurs sur lesquels agit de manière élémentaire, on vérifie qu'ils forment une base, et l'on écrit la matrice dans cette base.
- Chercher des vecteurs vérifiant une relation simple, typiquement pour un scalaire , ou . Dans beaucoup d'exercices, ces vecteurs sont fournis par l'énoncé : il n'y a alors qu'à calculer et à constater.
- Vérifier que la famille obtenue est une base, par exemple en montrant que la matrice formée de leurs colonnes est inversible.
- Écrire directement : sa -ième colonne est la colonne de dans la base , et c'est là que la simplicité paie.
- Conclure par , ou , selon ce qui est demandé.
Exemple
Cas d'un projecteur. Soit un projecteur de , c'est-à-dire un endomorphisme vérifiant . On sait que et que est l'identité sur . Notons et . Choisissons une base de et une base de : leur concaténation est une base de , car les deux sous-espaces sont supplémentaires. Alors pour et pour , donc
matrice diagonale dont les premiers coefficients diagonaux valent et les suivants valent (les coefficients non écrits sont nuls).
Application concrète. Dans , soit la projection sur le plan d'équation , parallèlement à la droite . Pour , écrivons avec ; en sommant les coordonnées, , donc et
Dans la base canonique, cela donne la matrice , peu engageante. Prenons plutôt avec , , qui appartiennent à et sont libres, et qui engendre . Comme , c'est une base. On a , et , donc
Exemple
Un endomorphisme de , et le calcul de . Soit
et l'endomorphisme de canoniquement associé, de sorte que dans la base canonique . On se propose de calculer pour tout .
Étape 1 : des vecteurs simples. Posons , et . On calcule
Vérifions le deuxième : la première coordonnée vaut , la deuxième , la troisième . C'est bien . Ainsi , et .
Étape 2 : c'est une base. Posons
Résolvons , c'est-à-dire le système , , . En additionnant les trois équations, , d'où , puis et . Le système a une unique solution pour tout second membre, donc est inversible et
En particulier est une base de , et .
Étape 3 : la matrice devient diagonale. Puisque , et , les colonnes de sont , et , donc
Étape 4 : les puissances. On a avec . Calculons d'abord
puis multiplions par :
Contrôles. Pour , la formule donne . Pour , elle donne . Deux vérifications gratuites : ne jamais s'en priver.
Systèmes linéaires revisités
Tout ce qui précède éclaire d'un jour nouveau les systèmes linéaires du premier semestre.
Définition
Soient et . Le système linéaire de matrice et de second membre est l'équation d'inconnue
c'est-à-dire le système de équations à inconnues
Le rang du système est . Le système est dit homogène lorsque , et le système s'appelle le système homogène associé à .
Propriété
Système homogène. L'ensemble des solutions de est . C'est un sous-espace vectoriel de , de dimension
Autrement dit : la dimension de l'espace des solutions est le nombre d'inconnues moins le rang du système. Cette dimension est aussi le nombre de paramètres libres obtenus à la fin du pivot.
Démonstration. L'égalité entre l'ensemble des solutions et est la définition même du noyau ; c'est donc un sous-espace vectoriel. La dimension résulte du théorème du rang, .
Propriété
Compatibilité. Le système admet au moins une solution si et seulement si
où désignent les colonnes de . On dit alors que le système est compatible.
Démonstration. Dire que a une solution, c'est dire que est de la forme , c'est-à-dire . La description de l'image par les colonnes a été établie en section 3.
Propriété
Structure de l'ensemble des solutions. Supposons le système compatible et soit une solution particulière. Alors l'ensemble des solutions est
Démonstration. Si , alors , donc et . Réciproquement, si avec , alors .
Remarque
On retrouve le schéma « solution particulière plus solution générale de l'équation homogène », déjà rencontré pour les équations différentielles linéaires et les suites arithmético-géométriques. Trois situations sont possibles, et trois seulement.
- : aucune solution.
- et : une unique solution, car .
- et : une infinité de solutions, décrites par paramètres (lorsque est infini, ce qui est toujours le cas ici).
Notez que n'est pas un sous-espace vectoriel dès que , puisqu'il ne contient pas la colonne nulle.
Exemple
Reprenons , de rang , et cherchons à résoudre pour deux seconds membres.
Premier cas : . Appliquons au système augmenté les mêmes opérations qu'en section 3, à savoir , , puis . Les seconds membres deviennent successivement puis , et le système se réduit à
La dernière ligne, , ne dit rien : le système est compatible. Une solution particulière s'obtient en annulant les paramètres, , que l'on vérifie sur le système initial : , , . Avec la base du noyau calculée en section 3,
Second cas : . Les mêmes opérations transforment le second membre en puis en . La troisième ligne s'écrit : le système est incompatible, . Autrement dit, ce n'appartient pas à .
Systèmes de Cramer
Définition
Un système est appelé système de Cramer lorsque sa matrice est carrée et inversible. Il y a alors autant d'équations que d'inconnues.
Propriété
Un système de Cramer admet une unique solution, à savoir
Démonstration. Si , alors en multipliant à gauche par on obtient : il y a au plus une solution. Réciproquement, : cette colonne est bien solution.
Méthode
Résoudre un système de Cramer. Deux voies, à choisir selon le contexte.
- Par le pivot, directement sur le système augmenté. C'est presque toujours le plus rapide pour un système donné numériquement, et c'est la méthode à privilégier en temps limité.
- Par l'inverse, en calculant puis . À réserver au cas où l'on doit résoudre plusieurs systèmes de même matrice et de seconds membres différents, ou lorsque est déjà connu, ou encore lorsque le second membre est littéral.
Dans les deux cas, la première question à trancher est celle de l'inversibilité de ; la section 8 fournira le test le plus rapide, le calcul du déterminant.
Exemple
Résolvons avec et .
La formule des puissances établie en section 4 reste valable pour l'exposant , car donne avec . En remplaçant par dans l'expression obtenue :
Contrôlons sur la première ligne du produit : , et . La solution est donc
Vérification directe sur le système : , et . C'est correct.
Déterminant d'une famille de vecteurs
Changement de sujet, en apparence. Nous cherchons un nombre attaché à vecteurs d'un espace de dimension , qui détecte les familles liées. Le lien avec ce qui précède apparaîtra très vite.
Applications linéaires par rapport à chaque variable, applications alternées
Dans toute cette section, désigne un -espace vectoriel de dimension , et l'on considère des applications définies sur , c'est-à-dire des applications qui prennent en entrée vecteurs de et rendent un scalaire.
Définition
Soit .
- On dit que est linéaire par rapport à chaque variable, ou -linéaire, lorsque, pour tout indice et tous vecteurs fixés hors de la place , l'application
est linéaire de dans .
- On dit que est alternée lorsque dès que deux des vecteurs sont égaux.
- On dit que est antisymétrique lorsque l'échange de deux vecteurs change le signe : pour tous ,
les autres vecteurs étant inchangés.
Propriété
Soit une application -linéaire. Si est alternée, alors est antisymétrique.
Démonstration. Fixons deux indices et des vecteurs quelconques aux autres places, que nous ne réécrirons pas. Notons la valeur de lorsqu'on met à la place et à la place . L'hypothèse « alternée » donne pour tout . Appliquons-la à :
Développons par linéarité par rapport à la -ième variable, puis par rapport à la -ième :
Or et , toujours par hypothèse. Il reste
ce qui est exactement l'antisymétrie.
Remarque
La réciproque est vraie ici. Si est antisymétrique, en prenant dans l'égalité on obtient , donc , donc puisque est inversible dans comme dans . Les deux notions coïncident donc dans le cadre du programme. On utilisera indifféremment l'une ou l'autre.
Propriété
Soit une application -linéaire alternée. Alors :
- si l'on ajoute à l'un des vecteurs une combinaison linéaire des autres, la valeur de est inchangée ;
- si la famille est liée, alors .
Démonstration. Point 1. Remplaçons par . Par linéarité en la -ième variable,
où dans le terme d'indice le vecteur occupe la place . Ce terme comporte donc deux fois le vecteur , aux places et : il est nul car est alternée. Seul subsiste .
Point 2. Si la famille est liée, l'un de ses vecteurs, disons , est combinaison linéaire des autres : . Par linéarité en la -ième variable, , et chacun de ces termes est nul comme ci-dessus.
Le déterminant dans une base
Propriété
Théorème (admis). Soient un -espace vectoriel de dimension et une base de . Il existe une unique application
qui soit -linéaire, alternée, et vérifie . On l'appelle le déterminant dans la base .
De plus, toute application -linéaire alternée est un multiple de , à savoir
Remarque
La démonstration de ce théorème n'est pas au programme, et il n'y a pas lieu de la chercher : on l'utilise tel quel. En revanche, la valeur du coefficient dans la dernière formule se retrouve en une ligne. Si , il suffit d'évaluer les deux membres en : le membre de droite vaut , donc .
C'est la partie « unicité » qui fera tout le travail dans la suite : chaque fois qu'on rencontrera une application -linéaire alternée, on saura immédiatement qu'elle est proportionnelle à , et il suffira de l'évaluer en un point pour connaître le coefficient. Trois démonstrations de ce chapitre reposent sur ce seul argument.
Définition
Pour une famille de vecteurs de , le scalaire s'appelle le déterminant de la famille dans la base . On le note aussi entre barres verticales, en écrivant les colonnes des coordonnées.
Expressions en dimension 2 et 3
Propriété
Soit une base d'un espace de dimension . Si et , alors
Démonstration. Développons par bilinéarité :
Les termes extrêmes sont nuls car est alternée. Il reste , soit, par antisymétrie et normalisation, .
Propriété
Soit une base d'un espace de dimension , et soient trois vecteurs . Alors
et cette quantité vaut
Démonstration. Le principe est le même qu'en dimension : on développe par trilinéarité, ce qui produit termes de la forme . Tous ceux où deux indices coïncident sont nuls, car est alternée : il n'en reste que , ceux où parcourt les trois indices dans un ordre ou dans un autre. Chacun se ramène à par échanges successifs, un échange changeant le signe. On obtient les six termes annoncés, avec un signe pour , , et un signe pour , , .
Remarque
Règle de Sarrus. Pour retenir la formule d'ordre , on recopie les deux premières colonnes à droite du tableau, puis on additionne les trois produits des diagonales descendantes et l'on retranche les trois produits des diagonales montantes.
Cette règle est exclusivement valable en dimension . Il n'existe aucune règle analogue en dimension , et l'appliquer à un déterminant d'ordre est une faute grossière qui donne un résultat faux. Au-delà de l'ordre , on utilise les méthodes de la section 9.
Exemple
Calculons avec la formule ci-dessus. Les trois produits positifs valent , puis , puis . Les trois produits négatifs valent , puis , puis . Le déterminant vaut donc
Interprétation géométrique
En dimension et sur , le déterminant a un sens géométrique très concret, qu'il faut avoir en tête pour comprendre ce que l'on calcule.
Propriété
Dans rapporté à sa base canonique , qui est orthonormée directe, le déterminant de deux vecteurs est l'aire orientée du parallélogramme construit sur et . Sa valeur absolue est l'aire de ce parallélogramme, et son signe indique l'orientation : positif si tourne dans le sens direct, négatif sinon.
Dans rapporté à sa base canonique, est le volume orienté du parallélépipède construit sur , et .
Sur la figure, et . La formule d'ordre donne
et l'aire du parallélogramme construit sur ces deux vecteurs vaut effectivement unités d'aire. Le résultat est positif : la famille est orientée dans le sens direct, ce que l'on vérifie sur le dessin en allant de vers par le plus court chemin, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.
Remarque
Cette lecture géométrique éclaire tout le reste. Les trois propriétés fondamentales du déterminant deviennent des évidences visuelles.
- Alternée : si , le parallélogramme est aplati sur une droite, son aire est nulle.
- Famille liée, déterminant nul : si est un multiple de , même aplatissement.
- Invariance par : ajouter à un multiple de fait glisser un côté du parallélogramme le long de la direction de . La base et la hauteur sont conservées, donc l'aire aussi. C'est le principe de la « déformation à aire constante », et c'est exactement ce qui rend le pivot licite dans un calcul de déterminant.
- Linéarité : doubler double l'aire, ce qui se voit immédiatement.
Changement de base pour le déterminant
Propriété
Soient et deux bases de . Alors
c'est-à-dire que pour toute famille de ,
De plus,
et ces deux scalaires sont en particulier non nuls.
Démonstration. L'application est -linéaire et alternée. D'après le théorème admis, elle est donc égale à , ce qui est la première formule.
Appliquons-la maintenant à la famille :
la première égalité étant la normalisation de . Un produit valant , aucun des deux facteurs n'est nul.
Remarque
Le déterminant d'une famille dépend donc de la base choisie, mais seulement à un facteur multiplicatif non nul près. Ce n'est pas un défaut : cela suffit largement pour la propriété qui nous intéresse, à savoir la nullité, qui elle ne dépend d'aucune base.
Caractérisation des bases
Propriété
Soient une base de , espace de dimension , et une famille de vecteurs de . Alors
Démonstration. Sens direct. Supposons que soit une base de . La formule de changement de base entre et donne
donc est non nul, comme facteur d'un produit égal à .
Sens réciproque, par contraposée. Supposons que ne soit pas une base. Comme cette famille compte exactement vecteurs, le théorème du bon cardinal assure qu'elle n'est pas libre : elle est donc liée. Or nous avons vu qu'une application -linéaire alternée s'annule sur toute famille liée, et en est une. Donc .
Remarque
Voilà l'outil annoncé en introduction : un seul scalaire décide de la liberté d'une famille de vecteurs dans un espace de dimension . Deux avertissements, cependant.
D'abord, le critère exige que le nombre de vecteurs soit exactement la dimension de l'espace. Parler du déterminant de trois vecteurs de , ou de cinq vecteurs de , n'a aucun sens. Dans ces cas, on revient au rang.
Ensuite, le déterminant dit si la famille est liée, il ne donne aucune relation de dépendance. S'il faut exhiber une combinaison linéaire nulle non triviale, il n'y a pas d'autre choix que de résoudre le système, donc de faire un pivot.
Déterminant d'un endomorphisme
Propriété
Soit , où est de dimension , et soit une base de . Alors, pour toute famille de vecteurs de ,
Nous appellerons cette égalité la formule de transport. De plus, le scalaire ne dépend pas de la base choisie.
Démonstration. Formule de transport. Considérons l'application
Elle est -linéaire : à la -ième place, est linéaire et est linéaire en sa -ième variable, donc la composée l'est. Elle est alternée : si avec , alors et , étant alternée, s'annule. D'après le théorème admis, , ce qui est exactement la formule de transport.
Indépendance vis-à-vis de la base. Soit une autre base de . Utilisons successivement la formule de changement de base, la formule de transport, puis à nouveau le changement de base :
puis, par la formule de transport appliquée à la famille ,
En combinant les deux,
le produit souligné valant d'après la section 6.
Définition
Le scalaire commun ainsi obtenu s'appelle le déterminant de l'endomorphisme :
La formule de transport se réécrit alors, pour toute base et toute famille :
Remarque
Cette dernière formule est la meilleure description de ce qu'est : le coefficient par lequel multiplie tous les déterminants, donc, en dimension ou sur , le facteur par lequel multiplie les aires ou les volumes. Un endomorphisme de déterminant double toutes les aires ; un endomorphisme de déterminant nul écrase l'espace sur un sous-espace plus petit, et tous les volumes deviennent nuls.
Propriété
Soient avec , et .
- .
- .
- .
- est un automorphisme si et seulement si , et dans ce cas .
Démonstration. Point 1. par normalisation.
Point 2. Fixons une base . En appliquant deux fois la formule encadrée ci-dessus,
Point 3. . Le facteur sort de chacune des variables par linéarité, ce qui produit .
Point 4. L'endomorphisme est bijectif si et seulement si la famille est une base de : en effet, l'image de est engendrée par cette famille de vecteurs, donc est surjective si et seulement si cette famille est génératrice, donc une base par le bon cardinal ; et en dimension finie, un endomorphisme surjectif est bijectif. Or, d'après la section 6, cette famille est une base si et seulement si est non nul.
Si est bijective, le point 2 appliqué à donne , d'où le résultat.
Remarque
Le point 3 est une source d'erreurs constante : , et non . La raison est que le facteur apparaît dans chacune des variables. Géométriquement, en dimension , multiplier toutes les longueurs par multiplie les volumes par .
Déterminant d'une matrice carrée
Définition
Soit , de colonnes , vues comme des vecteurs de . En notant la base canonique de , le déterminant de est
C'est aussi le déterminant de l'endomorphisme canoniquement associé à , puisque :
Propriété
Plus généralement, si et si est une base de , alors
Démonstration. Notons et la base canonique de . La -ième colonne de est . Or l'application est un isomorphisme de sur qui envoie sur le -ième vecteur de . L'application est alors -linéaire alternée sur et vaut en : par unicité, c'est . En l'évaluant en , on obtient .
Propriété
Soient et .
- .
- est -linéaire alternée par rapport aux colonnes de la matrice.
- .
- .
- est inversible si et seulement si , et alors .
- (admis).
Démonstration. Point 1. Les colonnes de sont les vecteurs de la base canonique, et .
Point 2. C'est la définition : est évalué en la famille des colonnes, et est -linéaire alternée.
Point 3. Les endomorphismes canoniquement associés vérifient , car . Le point 2 de la section 7 donne alors .
Point 4. Multiplier par multiplie chacune des colonnes par ; le facteur sort fois.
Point 5. est inversible si et seulement si est un automorphisme, ce qui équivaut à . Dans ce cas, le point 3 appliqué à donne .
Point 6. Admis ; la démonstration n'est pas au programme.
Remarque
La conséquence pratique du point 6 est capitale : puisque transposer échange lignes et colonnes sans changer le déterminant, tout énoncé vrai à propos des colonnes est vrai à propos des lignes. Le déterminant est donc aussi -linéaire alterné par rapport aux lignes ; il s'annule si deux lignes sont égales, ou si une ligne est combinaison linéaire des autres ; et l'on pourra, en section 9, travailler indifféremment sur les lignes ou sur les colonnes. C'est un gain de liberté considérable dans les calculs.
Propriété
Deux matrices semblables ont le même déterminant : si avec , alors .
Démonstration. Par multiplicativité,
le passage à l'avant-dernière expression étant licite car .
Remarque
Ce résultat était prévisible : deux matrices semblables représentent le même endomorphisme dans deux bases, et le déterminant d'un endomorphisme ne dépend pas de la base. C'est donc un invariant de similitude, au même titre que le rang.
Il fournit un test négatif commode : si , les deux matrices ne sont pas semblables, et il est inutile de chercher . En revanche, l'égalité des déterminants ne prouve rien : et ont toutes deux pour déterminant sans être semblables, puisque la seule matrice semblable à est elle-même, comme le montre .
Exemple
Vérifions la multiplicativité sur un cas simple. Prenons et . On a et . Par ailleurs,
dont le déterminant vaut . On a bien .
Calcul pratique des déterminants
Nous savons ce qu'est un déterminant ; il reste à savoir le calculer efficacement. Deux outils suffisent : les opérations élémentaires, qui créent des zéros, et le développement selon une ligne ou une colonne, qui fait baisser l'ordre.
Effet des opérations élémentaires
Propriété
Soit . L'effet des trois opérations élémentaires sur est le suivant.
- Échange avec : le déterminant est multiplié par .
- Dilatation avec : le déterminant est multiplié par .
- Transvection avec : le déterminant est inchangé.
Les mêmes règles valent pour les opérations sur les lignes, puisque . Rappelons qu'aucune de ces trois opérations ne modifie le rang.
Démonstration. L'échange de deux colonnes change le signe : c'est l'antisymétrie. La multiplication d'une colonne par multiplie le déterminant par : c'est la linéarité par rapport à cette colonne. Enfin, ajouter à une colonne un multiple d'une autre ne change rien : c'est le point 1 de la propriété des applications -linéaires alternées, établi en section 6.
Remarque
La différence de comportement avec le calcul du rang est le piège numéro un de cette section. Dans un calcul de rang, on peut multiplier une ligne par sans rien noter, échanger deux lignes sans rien noter, faire ce qu'on veut pourvu que les opérations soient licites : le rang ne bouge pas.
Dans un calcul de déterminant, c'est faux. Chaque échange coûte un signe, chaque multiplication d'une ligne par multiplie le résultat par et devra être compensée. La seule opération entièrement gratuite est la troisième, avec : c'est donc celle qu'il faut privilégier dans un calcul de déterminant.
Deux avertissements supplémentaires.
- L'opération avec est licite mais multiplie le déterminant par . On l'utilise pour éviter les fractions, à condition de diviser le résultat final par . Beaucoup d'erreurs viennent de là.
- Ne jamais faire deux opérations « croisées » simultanément, du type et en même temps : le résultat dépend de l'ordre et le suivi des facteurs devient impossible. On applique les opérations une par une.
Déterminant d'une matrice triangulaire
Propriété
Le déterminant d'une matrice triangulaire, supérieure ou inférieure, est le produit de ses coefficients diagonaux :
En particulier, le déterminant d'une matrice diagonale est le produit de ses coefficients diagonaux, et .
Démonstration. Traitons le cas triangulaire supérieur, par récurrence sur , en utilisant le développement selon la première colonne énoncé ci-dessous. Pour , . Supposons le résultat vrai à l'ordre et soit triangulaire supérieure d'ordre . Sa première colonne est . Le développement selon cette colonne ne conserve qu'un terme :
où est le déterminant de la matrice obtenue en supprimant la première ligne et la première colonne. Cette matrice est triangulaire supérieure d'ordre , de coefficients diagonaux ; l'hypothèse de récurrence donne , d'où le résultat.
Le cas triangulaire inférieur s'en déduit : est alors triangulaire supérieure de mêmes coefficients diagonaux, et .
Remarque
C'est ce résultat qui rend le pivot si efficace : on échelonne la matrice par des opérations élémentaires en suivant les facteurs, on obtient une matrice triangulaire, et l'on multiplie les coefficients diagonaux. Notez la conséquence immédiate : une matrice triangulaire est inversible si et seulement si aucun de ses coefficients diagonaux n'est nul.
Développement selon une ligne ou une colonne
Définition
Soit avec . Pour tout couple , on note le mineur d'indice de , c'est-à-dire le déterminant de la matrice de obtenue en supprimant dans la -ième ligne et la -ième colonne. Le scalaire
s'appelle le cofacteur d'indice .
Propriété
Développement selon une ligne ou une colonne (admis). Soit avec .
- Développement selon la -ième ligne, pour tout fixé :
- Développement selon la -ième colonne, pour tout fixé :
Remarque
Les signes se retiennent en damier, en partant d'un dans le coin supérieur gauche :
En cas d'hésitation, on recalcule : le signe est lorsque est pair.
Le choix de la ligne ou de la colonne est libre : on prend systématiquement celle qui contient le plus de zéros, car chaque zéro supprime un mineur d'ordre à calculer. En pratique, on commence donc toujours par créer des zéros par opérations élémentaires, et l'on développe seulement ensuite.
Exemple
Un déterminant d'ordre . Calculons
Étape 1 : créer des zéros. La deuxième ligne commence par : servons-nous-en comme pivot pour annuler le reste de la première colonne. Les opérations , et ne changent pas le déterminant. On obtient
Détaillons une de ces lignes pour lever tout doute : .
Étape 2 : développer. La première colonne ne contient qu'un coefficient non nul, celui de la deuxième ligne, qui vaut . Le signe associé est . Donc
Étape 3 : le déterminant d'ordre . Développons selon la première ligne :
Les trois déterminants d'ordre valent respectivement , puis , puis . D'où
Contrôle par une autre méthode. Échelonnons complètement. Après l'échange , qui change le signe, puis , , , puis et , on aboutit à la matrice triangulaire de diagonale . Son déterminant vaut , et en tenant compte de l'échange initial, . Les deux méthodes concordent.
Méthodes de calcul
Méthode
1. Faire apparaître des zéros avant de développer. C'est la règle générale. Développer une matrice d'ordre sans préparation demande de calculer quatre déterminants d'ordre , soit vingt-quatre produits ; en créant trois zéros dans une colonne, il n'en reste qu'un. Cherchez un coefficient valant ou pour servir de pivot, quitte à échanger deux lignes au préalable en n'oubliant pas le signe.
Méthode
2. Factoriser une ligne ou une colonne. Si tous les coefficients d'une même ligne sont multiples d'un scalaire , on peut sortir du déterminant. Par exemple,
Attention : on sort une fois par ligne, et non une fois pour toute la matrice. C'est exactement ce que dit la formule : sortir de chacune des lignes.
Corollaire utile : si deux lignes sont proportionnelles, le déterminant est nul, puisqu'après factorisation on obtient deux lignes égales.
Méthode
3. Sommer toutes les colonnes (ou toutes les lignes). Lorsque toutes les colonnes ont la même somme, l'opération , qui ne change pas le déterminant, produit une première colonne constante que l'on factorise. Cette technique s'applique à toutes les matrices « symétriques en leurs coefficients », très fréquentes aux concours.
Exemple. Reprenons . Chaque ligne a pour somme , donc
la première égalité venant de et la seconde de la factorisation de dans la première colonne. Les opérations et donnent alors une matrice triangulaire de diagonale , donc
Contrôle par la règle de Sarrus : . Second contrôle : est semblable à d'après la section 4, dont le déterminant vaut . Trois méthodes, un seul résultat.
Méthode
4. Déterminant d'ordre par récurrence. Lorsque la matrice dépend d'un entier et possède une structure régulière, on développe selon une ligne ou une colonne bien choisie pour faire apparaître une relation de récurrence entre , et parfois . On résout ensuite cette relation avec les techniques connues sur les suites.
Exemple. Soit le déterminant d'ordre dont les coefficients diagonaux valent , ceux situés juste au-dessus de la diagonale valent , ceux situés juste en dessous valent , et tous les autres sont nuls :
Développons selon la première colonne, pour . Elle ne comporte que deux coefficients non nuls, en position et en position :
Le mineur est le déterminant de la même matrice à l'ordre , donc . Pour , on supprime la deuxième ligne et la première colonne : la première ligne de la matrice restante est , et un développement selon cette ligne laisse la même matrice à l'ordre , donc . Ainsi
C'est une suite récurrente linéaire d'ordre , d'équation caractéristique , de racines et . Donc pour deux constantes. Les valeurs initiales sont et , d'où le système et , qui donne et . Finalement
Contrôle : la formule donne , et la récurrence . En particulier pour tout : cette matrice est toujours inversible. Notez que seuls les coefficients diagonaux et le produit des deux coefficients hors diagonale interviennent dans la récurrence.
Méthodes à retenir et erreurs classiques
Méthodes
Méthode
1. Calculer un rang. Deux stratégies, selon la matrice.
- Par le pivot : échelonner par opérations élémentaires sur les lignes, compter les lignes non nulles. Aucun facteur à suivre. C'est la méthode par défaut.
- Par le noyau : si le noyau est plus simple à décrire que l'image, calculer puis , où est le nombre de colonnes.
Réflexes utiles : une colonne visiblement multiple d'une autre fait chuter le rang ; le rang est majoré par ; et pour une matrice carrée d'ordre , le rang vaut si et seulement si le déterminant est non nul, ce qui est souvent le test le plus rapide.
Méthode
2. Montrer que deux matrices carrées sont semblables. Le seul moyen positif est d'exhiber une matrice inversible telle que , autrement dit une base dans laquelle l'endomorphisme associé à a pour matrice .
- Interpréter comme la matrice d'un endomorphisme de dans la base canonique.
- Chercher une base dans laquelle la matrice de est , en cherchant des vecteurs sur lesquels agit simplement.
- Poser , dont les colonnes sont ces vecteurs, vérifier son inversibilité et conclure.
Pour montrer que deux matrices ne sont pas semblables, on compare leurs invariants : rang, déterminant, inversibilité, et plus finement le rang de pour un scalaire bien choisi, ou le comportement des puissances. Un seul invariant qui diffère suffit à conclure.
Méthode
3. Calculer . Par ordre de préférence.
- Matrice semblable simple. Si l'on dispose de avec diagonale, alors et s'obtient en élevant les coefficients diagonaux à la puissance . C'est la méthode reine, et l'énoncé fournit souvent .
- Décomposition en identité plus nilpotente. Si avec , les deux matrices commutent et la formule du binôme donne une somme d'au plus termes.
- Relation polynomiale. Si l'on connaît une relation du type , on l'exploite par récurrence ou par division euclidienne du polynôme .
- Conjecture et récurrence. Calculer , , deviner la forme générale, la démontrer par récurrence. Toujours possible, souvent le plus long.
Dans tous les cas, contrôler le résultat en (on doit trouver ) et en (on doit trouver ).
Méthode
4. Prouver qu'une famille est une base. Soit une famille de , de dimension .
- Si : ce n'est pas une base, la question est close.
- Si : écrire la matrice dans une base connue et calculer son déterminant. Il est non nul si et seulement si la famille est une base. C'est la méthode la plus rapide, en particulier en dimension et .
- Si l'on a besoin, en plus, des coordonnées d'un vecteur dans cette base, le déterminant ne sert à rien : il faut résoudre le système, donc faire un pivot.
Méthode
5. Choisir entre déterminant et pivot. La question à se poser avant tout calcul est : « est-ce que l'on me demande un oui ou un non, ou est-ce que l'on me demande un objet ? »
- Un oui ou un non (cette matrice est-elle inversible, cette famille est-elle une base, ce système a-t-il une solution unique) : déterminant.
- Un objet (l'inverse, le noyau, une base de l'image, les solutions du système, une relation de dépendance) : pivot.
Calculer un déterminant pour ensuite faire quand même le pivot est une perte de temps pure ; ne pas le calculer quand une simple réponse par oui ou non est demandée en est une autre.
Erreurs classiques
- Confondre et . C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre. La matrice de passage transforme les nouvelles coordonnées en anciennes. En cas de doute, testez sur : la colonne vaut , et doit redonner la première colonne de .
- Croire que . Absolument faux. Le déterminant est linéaire par rapport à chaque colonne prise séparément, ce qui est très différent. Contre-exemple minimal : donnent , alors que .
- Croire que . La bonne formule est , car le facteur sort de chacune des colonnes.
- Multiplier une ligne par dans un calcul de déterminant sans compenser. Le résultat est alors multiplié par . Si l'on écrit pour éviter les fractions, il faudra diviser le résultat final par . Notez cette dette au moment où vous la contractez, jamais à la fin.
- Utiliser les opérations élémentaires comme dans un pivot de rang. Dans un calcul de rang, échanges et multiplications sont gratuits ; dans un calcul de déterminant, ils coûtent un signe ou un facteur. Ce sont deux régimes différents et il faut savoir dans lequel on se trouve.
- Ranger les images en lignes au lieu de colonnes dans . On obtient la transposée et tout l'exercice est faux, sans aucun signe visible d'erreur.
- Écrire , dans le mauvais ordre. La matrice de la seconde application se place à gauche ; le plus souvent, les formats ne s'emboîtent même pas, ce qui doit alerter.
- Parler du déterminant d'une matrice non carrée, ou d'une famille de vecteurs dans un espace de dimension . Cela n'a aucun sens ; c'est le rang qu'il faut invoquer.
- Appliquer la règle de Sarrus à un déterminant d'ordre . Elle n'est valable qu'en dimension .
- Oublier que le théorème du rang fait intervenir le nombre de colonnes, c'est-à-dire la dimension de l'espace de départ : , et non .
- Conclure d'un déterminant nul qu'une matrice est nulle, ou d'un déterminant égal à celui d'une autre matrice qu'elles sont semblables. Le déterminant est un invariant, il ne caractérise pas la matrice.
Tableau récapitulatif
| Question posée | Outil | Résultat attendu |
|---|---|---|
| est-elle inversible ? | non nul | |
| Quel est l'inverse de ? | pivot | explicite |
| Quel est le rang de ? | pivot | nombre de pivots |
| La famille est-elle une base ? | non nul | |
| Base du noyau ? | pivot | vecteurs |
| Base de l'image ? | colonnes de | colonnes |
| Le système a-t-il une solution ? | pivot sur le système augmenté | |
| Calculer | base simple |
Bloqué sur « Matrices et déterminants » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.