PCSI · Chapitre 13 · Second semestre
Dénombrement
Cardinaux, listes, permutations, combinaisons, formules de Pascal et du binôme par voie combinatoire.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Cardinaux
- Listes
- Permutations
- Combinaisons
- Formules de Pascal et du binôme par voie combinatoire
Dénombrer, c'est répondre à une question d'apparence naïve : combien y a-t-il d'objets d'un type donné ? Combien de mots de cinq lettres, combien de comités de cinq personnes prises parmi douze, combien de chemins d'un coin à l'autre d'un quadrillage ? La question est naïve, la réponse ne l'est pas : la difficulté n'est presque jamais dans le calcul final, elle est dans la description exacte de ce que l'on compte. Une réponse fausse en dénombrement vient neuf fois sur dix d'un énoncé mal lu (l'ordre comptait-il ?), d'objets comptés deux fois, ou d'un modèle plaqué sans réflexion. C'est pourquoi ce chapitre insiste beaucoup sur la rédaction : identifier l'ensemble que l'on dénombre, dire à quel modèle il correspond, et seulement ensuite calculer.
Le programme est explicite sur un point : toute formalisation excessive est exclue. Nous ne construirons donc pas la notion d'entier naturel, et les propriétés les plus intuitives du cardinal seront admises, en le signalant à chaque fois. En revanche, tout ce qui relève du raisonnement de dénombrement proprement dit sera démontré : le théorème d'équivalence entre injectivité, surjectivité et bijectivité en cardinaux égaux, les opérations sur les cardinaux, le nombre d'applications, le nombre de parties, les arrangements, les combinaisons, la formule de Pascal et la formule du binôme. Ces deux dernières seront établies par voie combinatoire, comme le demande le programme : on compte le même ensemble de deux manières différentes, et l'identité tombe. C'est une façon de faire des mathématiques que vous ne connaissez sans doute pas encore, et qui est l'un des vrais apports de ce chapitre.
Les notations suivantes valent pour tout le chapitre. Les lettres , , désignent des ensembles, , , des parties d'un ensemble, l'ensemble des parties de , le complémentaire de dans un ensemble ambiant précisé par le contexte, la différence, la fonction indicatrice de , ou l'ensemble des applications de dans , l'identité de , et l'ensemble des entiers tels que . Le cardinal s'écrit toujours : le programme mentionne aussi une notation avec des barres verticales, que nous n'emploierons jamais ici, pour éviter toute confusion avec la valeur absolue et le module. Enfin, le symbole marque la fin d'une démonstration.
Ensembles finis et cardinal
Définition d'un ensemble fini
Tout part de l'idée la plus simple qui soit : un ensemble est fini lorsqu'on peut en numéroter les éléments, de jusqu'à un certain entier, sans en oublier ni en compter deux fois. Numéroter, c'est exactement se donner une bijection depuis un intervalle d'entiers.
Définition
Soit un ensemble. On dit que est fini s'il existe un entier naturel et une bijection de sur . Dans le cas contraire, est dit infini.
Pour , l'intervalle est vide, et l'unique application de l'ensemble vide dans l'ensemble vide est une bijection : l'ensemble vide est donc fini, conformément à l'intuition.
Propriété
Unicité du cardinal (admise). Soit un ensemble fini. S'il existe une bijection de sur et une bijection de sur , alors .
Ce résultat est admis : le programme précise que tout fondement théorique des notions d'entier naturel et de cardinal est hors programme. Il n'est pas pour autant évident, et sa démonstration complète, par récurrence, relève de la théorie des ensembles. Retenez seulement qu'il légitime la définition suivante : l'entier obtenu en comptant les éléments de ne dépend pas de la manière dont on les a numérotés.
Définition
Soit un ensemble fini. L'unique entier naturel tel qu'il existe une bijection de sur s'appelle le cardinal de , et se note . On dit aussi que est un ensemble à éléments.
Propriété
Les conventions et faits élémentaires suivants découlent directement de la définition.
- , et réciproquement un ensemble fini de cardinal est vide.
- Pour tout objet , . Plus généralement, si , alors .
- Pour tout , , et plus généralement, pour entiers, .
- Si est fini de cardinal , on peut écrire où les sont deux à deux distincts : c'est exactement la donnée d'une bijection de sur . Une telle écriture s'appelle une énumération de .
Démonstration. Les points 1 et 2 sont immédiats : l'application vide est une bijection de sur , donc ; réciproquement, si , il existe une bijection de sur , et sa surjectivité impose que tout élément de ait un antécédent dans l'ensemble vide, ce qui n'est possible que si est vide. Ensuite, est une bijection de sur . Si , l'application qui envoie sur et sur est une bijection de sur . Pour le point 3, l'identité est une bijection de sur lui-même, et l'application est une bijection de sur : elle est bien à valeurs dans , et en est la réciproque. Le point 4 est une simple reformulation de la définition.
Remarque
Deux ensembles peuvent avoir le même cardinal sans avoir le moindre rapport entre eux : , et ont tous trois pour cardinal . Le cardinal ne retient d'un ensemble fini que sa taille. C'est cette perte volontaire d'information qui rend le dénombrement possible : pour compter les mains de cartes, on n'a pas besoin de savoir ce qu'est une carte, seulement combien il y en a.
Parties d'un ensemble fini
Propriété
Soit un ensemble fini de cardinal .
- Pour tout , l'ensemble est fini et .
- Toute partie de est finie, et .
- Si de plus , alors . Autrement dit, une partie d'un ensemble fini a le cardinal de cet ensemble si et seulement si elle lui est égale.
Démonstration. Point 1. Comme , on a . Soit une bijection, et . Définissons par
Cette application est bien à valeurs dans , car les indices utilisés sont tous différents de et est injective. Elle est injective : si , l'injectivité de donne, selon les cas, , ou avec et , ce qui est impossible. Elle est surjective : si , alors avec ; si alors , et si alors . Ainsi est une bijection et .
Point 2. Ce point est admis, conformément au préambule du programme, qui indique que les propriétés les plus intuitives du cardinal sont admises sans démonstration. Voici néanmoins l'idée, non exigible : on raisonne par récurrence sur . Pour , la seule partie de est . Pour l'hérédité, on fixe et l'on distingue selon que appartient ou non à ; dans les deux cas on se ramène à une partie de , qui est de cardinal d'après le point 1.
Point 3. Supposons et raisonnons par contraposée : supposons . Comme , il existe alors avec . On a donc , et le point 2 appliqué à la partie de l'ensemble fini donne
Ainsi , ce qui achève la contraposée.
Remarque
Le point 3 est un outil de démonstration très efficace, et il resservira plusieurs fois dans ce chapitre : pour établir une égalité d'ensembles , il suffit de savoir que est inclus dans et que les deux ont même cardinal. Une inclusion et un comptage remplacent alors la double inclusion habituelle. Attention : l'hypothèse « fini » est indispensable. L'ensemble des entiers naturels pairs est une partie stricte de , et pourtant il n'est pas « plus petit » en un sens raisonnable.
Premiers exemples de dénombrement
Exemple
Les intervalles d'entiers. L'ensemble est fini de cardinal : c'est le cas de référence, celui qui sert à définir tous les autres. Plus généralement, pour des entiers , l'ensemble est fini de cardinal . Ainsi , et . Le « » est l'erreur classique de tout début d'année : il vient de ce que les deux bornes sont comptées. Un contrôle immédiat consiste à traiter le cas , où l'intervalle est un singleton et où la formule donne bien .
Exemple
Les multiples de compris entre et . Notons . Un entier appartient à si et seulement s'il s'écrit avec entier, et la condition équivaut à , c'est-à-dire à puisque est entier. L'application est donc une bijection de sur : elle est surjective par ce qui précède, et injective car entraîne . Par conséquent
On vérifie la cohérence du résultat en observant que et .
Exemple
Les couples strictement croissants. Soit et soit
Découpons selon la valeur de la seconde composante : pour fixé, les couples de de seconde composante sont les avec , et il y en a . Ces morceaux sont deux à deux disjoints (deux couples de secondes composantes différentes sont différents) et leur réunion est tout entier. Le découpage d'un ensemble fini en parties deux à deux disjointes sera justifié en détail à la section « Opérations sur les cardinaux » ; il donne ici
Pour , on obtient .
Applications entre ensembles finis
Injections, surjections et comparaison des cardinaux
Les trois propriétés qui suivent traduisent une idée simple : une injection « range sans écraser », donc l'ensemble de départ ne peut pas être plus gros que celui d'arrivée ; une surjection « couvre tout », donc l'ensemble d'arrivée ne peut pas être plus gros que celui de départ.
Propriété
Soient et deux ensembles finis et une application.
- Si est injective, alors .
- Si est surjective, alors .
- Si est bijective, alors .
Démonstration. Établissons d'abord un fait utilisé partout dans la suite : si deux ensembles sont en bijection et si l'un est fini, alors l'autre l'est aussi et ils ont même cardinal. En effet, soit une bijection avec fini de cardinal , et soit une bijection. Alors est une bijection de sur , comme composée de deux bijections. Donc est fini de cardinal .
Point 1. Supposons injective et notons son image. L'application définie par est surjective par construction, et injective puisque l'est : c'est donc une bijection. Par le fait préliminaire, . Or est une partie de , donc . En combinant, .
Point 2. Supposons surjective. Pour chaque , l'ensemble est non vide ; choisissons-en un élément, que nous notons . On définit ainsi une application vérifiant pour tout . Cette application est injective : si , alors en appliquant on obtient . Le point 1 appliqué à donne .
Point 3. Une bijection est à la fois injective et surjective : les points 1 et 2 donnent les deux inégalités, donc l'égalité.
Le théorème fondamental
Voici le résultat central de cette section, explicitement au programme. Il affirme qu'entre deux ensembles finis de même cardinal, il suffit de vérifier la moitié du travail : l'injectivité entraîne gratuitement la surjectivité, et réciproquement.
Propriété
Théorème. Soient et deux ensembles finis de même cardinal et soit une application. Les trois assertions suivantes sont équivalentes :
- est injective ;
- est surjective ;
- est bijective.
Démonstration. Notons . Nous montrons , puis , ce qui suffira à conclure.
Preuve de . Supposons injective. Comme dans la démonstration précédente, induit une bijection de sur , donc
Ainsi est une partie de l'ensemble fini ayant le même cardinal que : le point 3 de la propriété sur les parties donne , c'est-à-dire que est surjective.
Preuve de . Supposons surjective et raisonnons par l'absurde en supposant non injective. Il existe alors avec et . Posons , de cardinal , et considérons la restriction de à . Montrons que est surjective. Soit ; par surjectivité de , il existe tel que . Si , alors et . Si , alors, comme , on a et . Dans les deux cas, a un antécédent par : est bien surjective. Le point 2 de la propriété précédente donne alors
ce qui est absurde. Donc est injective.
Conclusion. Nous avons et , donc les assertions 1 et 2 sont équivalentes. Si l'une des deux est vraie, l'autre l'est aussi, et , à la fois injective et surjective, est bijective : d'où . Enfin est immédiat. Les trois assertions sont donc équivalentes.
Remarque
Les deux hypothèses sont indispensables.
Cardinaux égaux. Sans cette hypothèse, le théorème tombe. L'application définie par est injective et n'est pas surjective, car n'a pas d'antécédent. L'application définie par et est surjective et n'est pas injective, car et ont la même image.
Ensembles finis. L'hypothèse de finitude est tout aussi essentielle. L'application , , est injective (si alors ) mais n'est pas surjective, car n'a pas d'antécédent : aucun entier naturel ne vérifie . De même, l'application définie par et pour est surjective sans être injective, puisque . Sur un ensemble infini, « injectif » et « surjectif » n'ont donc aucune raison de coïncider.
Exemple
Soit un ensemble fini et une application telle que . Montrons que si est injective, alors . Comme et ont évidemment même cardinal, le théorème s'applique : injective entraîne bijective. Soit alors . De et de l'injectivité de , on tire . Ceci valant pour tout , on conclut . Notez que le théorème n'a servi qu'à rassurer sur la nature de : l'argument décisif est l'injectivité, mais c'est un bon réflexe de repérer immédiatement, en cardinaux égaux, que les trois propriétés n'en font qu'une.
Le principe des tiroirs
Propriété
Principe des tiroirs. Soient et deux ensembles finis tels que , et soit une application. Alors n'est pas injective : il existe deux éléments distincts et de tels que .
Démonstration. Raisonnons par contraposée. Supposons injective. Le point 1 de la propriété de comparaison donne alors , ce qui contredit l'hypothèse . Donc n'est pas injective, et la définition de la non-injectivité fournit exactement deux éléments distincts de même image.
L'image mentale qui donne son nom au principe est la suivante : si l'on range chaussettes dans tiroirs et qu'il y a plus de chaussettes que de tiroirs, alors un tiroir au moins en contient deux. L'énoncé ne dit pas lequel, et c'est là toute sa force : il donne une existence sans aucune construction.
Propriété
Version quantitative. Soient et deux ensembles finis avec non vide, soit et soit . Si , alors il existe tel que
autrement dit une valeur au moins est atteinte au moins fois.
Démonstration. Les ensembles , pour parcourant , sont deux à deux disjoints : un élément de appartient à pour la seule valeur . Leur réunion est tout entier, puisque tout appartient à . La formule de dénombrement d'une réunion de parties deux à deux disjointes, établie à la section suivante, donne donc
Raisonnons par l'absurde : si l'on avait pour tout , la somme ci-dessus, qui comporte termes, serait majorée par , d'où , en contradiction avec l'hypothèse. Il existe donc tel que .
Remarque
La démonstration ci-dessus utilise un résultat de la section suivante. Il n'y a pas de cercle vicieux : la formule sur les réunions disjointes se démontre à partir de la seule définition du cardinal, sans faire intervenir le principe des tiroirs. Le cas redonne exactement le principe des tiroirs : si , une valeur est atteinte au moins deux fois.
Exemple
Trois applications du principe.
Dates de naissance. Dans un groupe de personnes, deux au moins sont nées le même jour de l'année. En effet, notons l'ensemble des personnes du groupe, de cardinal , et l'ensemble des dates possibles dans l'année (en comptant le février), puis l'application qui à une personne associe son jour de naissance. Comme , le principe des tiroirs affirme que n'est pas injective : deux personnes distinctes ont le même jour de naissance.
Initiales. Dans un groupe de personnes dont les noms de famille commencent par une des lettres de l'alphabet, deux personnes au moins ont la même initiale, puisque .
Version quantitative. Un lycée compte élèves inscrits, chacun dans exactement un des clubs proposés. Prenons l'ensemble des élèves, l'ensemble des clubs et l'application « club de l'élève ». Comme , la version quantitative avec donne un club comptant au moins élèves. On ne peut pas faire mieux avec cette seule information : une répartition en clubs de tailles totalise bien élèves, et aucun club n'y dépasse membres.
Un mot sur l'usage des bijections
Remarque
La démonstration du point 3 de la propriété de comparaison contient une idée que l'on peut être tenté d'ériger en méthode : deux ensembles en bijection ont même cardinal, donc pour compter un ensemble compliqué, il suffirait d'exhiber une bijection avec un ensemble connu. C'est vrai, et c'est parfois commode.
Le programme de PCSI est cependant explicite sur ce point : « l'utilisation de bijections dans les problèmes de dénombrement n'est pas un attendu du programme ». Autrement dit, on n'attend pas de vous que vous construisiez des bijections abstraites pour dénombrer, et un exercice ne sera jamais conçu pour n'être soluble que par ce biais. La méthode centrale de ce chapitre est le raisonnement direct par choix successifs, complété par la disjonction de cas, le passage au complémentaire et le double comptage.
Il reste que certains codages sont si naturels qu'ils s'imposent, et nous les utiliserons sans complexe : identifier une application de dans avec un -uplet d'éléments de , ou une partie de avec sa fonction indicatrice, ne relève pas de l'astuce mais de la simple traduction.
Opérations sur les cardinaux
Réunion de parties disjointes
Propriété
Soient et deux ensembles finis disjoints, c'est-à-dire tels que . Alors est fini et
Démonstration. Posons et , et donnons-nous deux bijections et . Définissons par
L'application est bien définie : pour , on a , donc a un sens.
Surjectivité. Soit . Si , il existe avec . Si , il existe avec , et . Dans les deux cas, est atteint.
Injectivité. Soient et dans tels que . Si et sont tous deux dans , alors et l'injectivité de donne . S'ils sont tous deux dans , l'injectivité de donne , donc . Reste le cas mixte : si , alors et , or , donc , ce qui contredit l'hypothèse. Ce cas ne se produit donc pas.
Ainsi est une bijection de sur , qui est donc fini de cardinal .
Propriété
Réunion d'une famille de parties deux à deux disjointes. Soient des ensembles finis deux à deux disjoints, c'est-à-dire tels que dès que . Alors leur réunion est finie et
Démonstration. Par récurrence sur . Pour , l'égalité est immédiate. Supposons-la vraie au rang et donnons-nous deux à deux disjoints. Posons . Les ensembles et sont disjoints : si , alors appartient à un certain avec , et à , donc , ce qui est absurde. La propriété précédente puis l'hypothèse de récurrence donnent
ce qui achève la récurrence.
Définition
Soit un ensemble. Une partition de est une famille de parties de non vides, deux à deux disjointes, et dont la réunion est . On dit alors que l'on a partitionné , ou découpé , en les parties .
En pratique, on applique la formule précédente à des parties deux à deux disjointes recouvrant , sans se soucier de savoir si l'une d'elles est vide : une partie vide contribue pour à la somme et ne fausse donc rien. C'est la raison pour laquelle on parle souvent, par abus commode, de « partitionner selon un critère », même quand certains cas ne se produisent pas.
Propriété
Soit un ensemble fini et soient et deux parties de .
- Complémentaire : , où .
- Différence : . En particulier, si , alors .
Démonstration. Point 1. Les parties et sont disjointes, car un élément de n'appartient pas à , et leur réunion vaut : tout élément de appartient à ou n'y appartient pas. La formule de la réunion disjointe donne , d'où le résultat en soustrayant.
Point 2. Les parties et sont disjointes : un élément de n'est pas dans , donc pas dans . Leur réunion vaut : un élément de est dans ou n'y est pas. Donc , d'où la formule. Si , alors et l'on obtient le cas particulier.
Exemple
Complémentaire et différence à l'œuvre. Restons dans et notons l'ensemble des multiples de qu'il contient et celui des multiples de . En comptant comme au premier exemple du chapitre, car , et car . Enfin est l'ensemble des multiples de de , de cardinal car .
Le nombre d'entiers de qui ne sont pas multiples de s'obtient par la formule du complémentaire :
Le nombre d'entiers multiples de mais pas de s'obtient par la formule de la différence :
Attention à ne pas écrire ici : on ne retire que les éléments de qui sont dans , et le raccourci n'est licite que lorsque est inclus dans , ce qui n'est pas le cas.
Réunion de deux ensembles quelconques
Propriété
Soient et deux ensembles finis, sans hypothèse de disjonction. Alors
Démonstration. Écrivons comme une réunion disjointe : . Ces deux parties sont bien disjointes, car un élément de n'appartient pas à , et leur réunion est bien , car tout élément de est soit dans , soit dans . La formule de la réunion disjointe donne
Or, d'après le point 2 de la propriété précédente appliqué à et , on a . En reportant, et puisque ,
L'interprétation est limpide : en ajoutant et , on compte deux fois les éléments communs, il faut donc en retrancher une fois le nombre.
Exemple
Multiples de ou de entre et . Reprenons les notations de l'exemple précédent : et . Justifions au passage la valeur admise plus haut pour l'intersection : un entier appartient à s'il est divisible à la fois par et par , donc s'il est divisible par leur plus petit commun multiple, qui vaut ; réciproquement, tout multiple de est multiple de et de . Ainsi est bien l'ensemble des multiples de de , de cardinal . Par conséquent
Le nombre d'entiers de qui ne sont divisibles ni par ni par s'en déduit par passage au complémentaire : .
Remarque
La formule du crible est hors programme. On pourrait chercher une formule analogue pour trois ensembles ou davantage : c'est ce que l'on appelle la formule du crible. Elle n'est pas au programme de PCSI, ni comme résultat de cours, ni comme outil que l'on invoquerait dans une copie. Vous n'écrirez donc jamais « d'après le crible ».
Cela ne vous prive de rien : dans un cas particulier donné, il reste toujours possible d'appliquer deux fois la formule à deux ensembles, en regroupant d'abord deux des trois ensembles, et de conduire le calcul à la main jusqu'au bout. C'est plus long, c'est parfaitement rigoureux, et cela reste dans le cadre du programme, à condition de le dire explicitement.
Produit cartésien
Propriété
Soient et deux ensembles finis. Alors est fini et
Démonstration. Si est vide, est vide et les deux membres valent . Supposons donc non vide et écrivons avec et les deux à deux distincts. Pour , posons
Ces parties sont deux à deux disjointes : un couple appartenant à et à aurait pour première composante à la fois et , ce qui impose . Leur réunion est : tout couple de a sa première composante égale à un certain , donc appartient à . Enfin, pour fixé, l'application est une bijection de sur : elle est surjective par définition de , et injective car deux couples de même première composante sont égaux si et seulement si leurs secondes composantes le sont. Donc . La formule de la réunion disjointe donne alors
Propriété
Soient des ensembles finis. Alors le produit cartésien est fini et
En particulier, si est fini de cardinal , alors pour tout .
Démonstration. Récurrence sur . Le cas est trivial. Supposons le résultat acquis au rang . En identifiant un -uplet avec le couple , ce qui est une simple réécriture, on obtient
en appliquant le cas de deux ensembles. L'hypothèse de récurrence conclut. Pour le cas particulier, on prend pour tout , et le produit vaut . Pour , la convention selon laquelle est réduit à un unique élément (le -uplet vide) est cohérente avec .
Exemple
Un menu. Un restaurant propose entrées, plats et desserts. Un menu complet est exactement un triplet (entrée, plat, dessert), c'est-à-dire un élément du produit cartésien des trois ensembles de choix. Le nombre de menus complets est donc
Le principe multiplicatif
Le produit cartésien fournit le principe le plus utilisé de tout le chapitre. Il mérite d'être énoncé sous la forme où on l'emploie réellement, celle des choix successifs.
Méthode
Dénombrer par choix successifs (principe multiplicatif). Soit l'ensemble à dénombrer. On rédige ainsi.
- Décrire un élément générique de comme le résultat d'une suite de choix successifs, effectués dans un ordre que l'on fixe une fois pour toutes.
- Justifier que la description est fidèle : toute suite de choix licites produit un élément de , tout élément de s'obtient par une telle suite, et deux suites de choix distinctes produisent des éléments distincts. Autrement dit, un élément de est déterminé de manière unique par la suite des choix.
- Compter les possibilités à chaque étape : possibilités pour le premier choix, pour le deuxième, et ainsi de suite.
- Conclure : .
Mise en garde décisive. Le nombre de possibilités à l'étape ne doit pas dépendre des choix effectués aux étapes précédentes. L'ensemble des choix possibles a parfaitement le droit de changer selon ce qui a été choisi avant ; c'est seulement son cardinal qui doit rester le même. Si le nombre lui-même varie, le produit n'a plus de sens : il faut alors commencer par une disjonction de cas pour se ramener à des situations où ce nombre est constant.
Exemple
Une description fidèle, et une qui ne l'est pas. Comptons les codes de quatre chiffres deux à deux distincts. On choisit le premier chiffre ( possibilités), puis le deuxième, différent du premier ( possibilités, quel que soit le premier chiffre choisi), puis le troisième (), puis le quatrième (). Le nombre de possibilités à chaque étape ne dépend pas des choix antérieurs, seul l'ensemble dans lequel on choisit change. Il y a donc tels codes.
En revanche, comptons les nombres de quatre chiffres, à chiffres deux à deux distincts et pairs. Si l'on commence par le chiffre des unités, qui doit être pair ( possibilités : , , , , ), le nombre de possibilités pour le chiffre des milliers dépend du choix précédent : il doit être non nul et différent du chiffre des unités, ce qui laisse possibilités si l'on a choisi , mais seulement sinon. Le principe multiplicatif ne s'applique pas tel quel. La disjonction de cas nécessaire est traitée en détail à la section « Méthodes de dénombrement ».
Disjonction de cas et passage au complémentaire
Méthode
Deux réflexes qui débloquent la plupart des situations.
- La disjonction de cas. Quand l'ensemble à dénombrer résiste, on cherche un critère qui le découpe en parties deux à deux disjointes dont la réunion est , chacune se dénombrant facilement. On conclut par . Les deux points à vérifier explicitement dans la copie sont toujours les mêmes : les cas sont-ils exclusifs (sinon on compte deux fois) et sont-ils exhaustifs (sinon on en oublie).
- Le passage au complémentaire. Dès qu'une condition contient les mots « au moins un », il faut penser au complémentaire : la négation de « au moins un » est « aucun », condition en général bien plus simple à dénombrer. Si est l'ensemble total et la partie des objets vérifiant « aucun », alors le nombre d'objets vérifiant « au moins un » vaut . Le même réflexe vaut pour « au moins deux » quand les cas « zéro » et « un » sont faciles, et pour « au plus » quand c'est « au moins » qui est simple.
Exemple
Au moins une fois la lettre E. Combien y a-t-il de mots de lettres, formés sur l'alphabet à lettres et sans aucune contrainte d'existence dans le dictionnaire, contenant au moins une fois la lettre E ? Un mot de lettres est exactement un -uplet de lettres, et il y en a en tout. Les mots ne contenant aucune lettre E sont les -uplets formés sur les autres lettres, au nombre de . Par passage au complémentaire, le nombre cherché est
Comparez avec la tentation de compter directement : « je choisis la position du E ( possibilités), puis les quatre autres lettres librement () », ce qui donnerait . Ce résultat est faux, car un mot contenant deux E est alors compté deux fois. Le complémentaire évite ce piège sans effort.
Nombre d'applications, nombre de parties
Applications d'un ensemble fini dans un autre
Propriété
Soient et deux ensembles finis, de cardinaux respectifs et . Alors l'ensemble des applications de dans est fini et
C'est cette formule qui justifie la notation pour l'ensemble des applications de dans .
Démonstration. Première rédaction, par choix successifs. Supposons non vide et écrivons , les étant deux à deux distincts. Se donner une application , c'est se donner l'image de chacun des éléments de , et rien d'autre : deux applications qui coïncident en chaque sont égales, et tout choix d'images définit bien une application. On effectue donc choix successifs : dans , soit possibilités, puis dans , soit encore possibilités quel que soit le choix précédent, et ainsi de suite jusqu'à . Le principe multiplicatif donne .
Deuxième rédaction, par récurrence sur . Pour , c'est-à-dire , il existe exactement une application de dans , l'application vide, et : la formule est vraie. Supposons-la vraie pour tout ensemble de cardinal , et soit de cardinal . Fixons et posons , de cardinal . L'application
est une bijection : à partir d'un couple , on reconstruit une unique application de dans en posant pour et . Donc, par l'hypothèse de récurrence et le cardinal d'un produit,
ce qui achève la récurrence.
Remarque
Les cas dégénérés méritent une seconde d'attention, et la formule les gère correctement. Si , il y a une seule application, l'application vide, et . Si et , il n'y a aucune application, et pour . Enfin, si et sont tous deux vides, il y a une application et l'on retrouve , avec la convention usuelle.
Exemple
Un ensemble a éléments et un ensemble en a . Le nombre d'applications de dans vaut , tandis que le nombre d'applications de dans vaut . Les deux nombres diffèrent, ce qui n'a rien de surprenant : dans le premier cas on fait choix parmi valeurs, dans le second choix parmi . Retenez la place des lettres : c'est le cardinal de l'ensemble d'arrivée qui est à la base, et celui de l'ensemble de départ qui est en exposant.
Le nombre de parties d'un ensemble fini
Propriété
Soit un ensemble fini de cardinal . Alors est fini et
Première démonstration, par les fonctions indicatrices. Rappelons que pour , la fonction indicatrice est définie par si et sinon. Considérons l'application
Montrons que est bijective en exhibant sa réciproque. À une application , associons la partie .
D'une part, pour toute partie , on a , par définition même de l'indicatrice. D'autre part, pour toute application et tout , on a si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si ; comme ne prend que les valeurs et , cela signifie exactement . Donc . Les deux composées valent l'identité, donc est bijective, et
d'après la propriété précédente.
Seconde démonstration, par récurrence sur . Montrons par récurrence sur l'assertion : « tout ensemble de cardinal possède exactement parties ».
Initialisation. Si , alors et : il y a une seule partie, et .
Hérédité. Supposons l'assertion vraie au rang et soit de cardinal . Fixons et posons , de cardinal . Découpons selon que la partie contient ou non l'élément :
Ces deux ensembles sont disjoints et leur réunion est : une partie contient ou ne le contient pas, et pas les deux.
Les éléments de sont exactement les parties de , donc par hypothèse de récurrence. Quant à , l'application envoie dans , et l'application envoie dans ; ces deux applications sont réciproques l'une de l'autre, car pour on a puisque , et pour on a puisque . Donc .
Finalement , ce qui achève la récurrence.
Remarque
Une troisième démonstration sera donnée à la fin de la section sur les coefficients binomiaux, en découpant selon le cardinal des parties et en appliquant la formule du binôme. Trois preuves d'un même résultat, ce n'est pas du luxe : chacune éclaire un aspect différent. La première dit qu'une partie, c'est une suite de réponses par oui ou par non ; la deuxième dit que passer de à éléments double le nombre de parties ; la troisième dit comment ces parties se répartissent selon leur taille.
Exemple
Prenons , de cardinal . Ses parties sont
soit parties, conformément à la formule. Notez que l'ensemble vide et lui-même comptent parmi les parties : les oublier est l'erreur la plus fréquente. Pour un ensemble à éléments, on aurait parties, et pour un ensemble à éléments, : la croissance est très rapide.
Listes, arrangements, permutations
Les -listes
Définition
Soient un ensemble et . Une -liste (on dit aussi un -uplet) d'éléments de est un élément de , c'est-à-dire la donnée ordonnée de éléments de , non nécessairement distincts.
Une -liste s'identifie à une application de dans : à la liste correspond l'application , et réciproquement. Deux listes sont égales si et seulement si elles ont les mêmes composantes dans le même ordre : , alors que . C'est là toute la différence entre une liste et une partie.
Propriété
Si est fini de cardinal , le nombre de -listes d'éléments de vaut .
Démonstration. C'est le cardinal de , calculé à la section précédente ; c'est aussi, via l'identification ci-dessus, le cardinal de , qui vaut .
Exemple
Un code d'entrée comporte chiffres, choisis parmi les dix chiffres de à , chacun pouvant être répété. Un code est exactement une -liste d'éléments de , donc il y en a . De même, le nombre de mots de lettres sur l'alphabet à lettres, sans contrainte, vaut .
-listes d'éléments distincts et injections
Définition
Soit un ensemble et . Une -liste d'éléments distincts de (on dit aussi un arrangement de éléments de ) est une -liste d'éléments de dont les composantes sont deux à deux distinctes : dès que .
Propriété
Soit un ensemble fini de cardinal et soit . Le nombre de -listes d'éléments deux à deux distincts de , noté , vaut
- si ;
- si .
Ce nombre est aussi le nombre d'applications injectives d'un ensemble de cardinal dans un ensemble de cardinal .
Démonstration. Cas . Une -liste d'éléments distincts de définit une application injective de dans . S'il en existait une, la comparaison des cardinaux donnerait , ce qui contredit . Il n'y en a donc aucune : .
Cas , par choix successifs. Construisons une telle liste. On choisit dans : il y a possibilités. Puis dans : il y a possibilités, et ce nombre ne dépend pas de la valeur choisie pour , seul l'ensemble dans lequel on puise change. Puis dans : il y a possibilités, à nouveau indépendamment des choix antérieurs, car et sont distincts et l'on retire donc exactement deux éléments. En poursuivant, au -ième choix on dispose de possibilités, et le dernier choix, celui de , en offre . La description est fidèle : toute suite de choix licites fournit une -liste d'éléments distincts, toute telle liste s'obtient ainsi, et deux suites de choix distinctes donnent deux listes distinctes puisque les listes sont ordonnées. Le principe multiplicatif donne
En multipliant et divisant par , on reconnaît
Le cas des injections. Soit un ensemble de cardinal , que l'on énumère . Une application est déterminée par la liste de ses valeurs, et elle est injective si et seulement si cette liste est formée d'éléments deux à deux distincts. Les applications injectives de dans correspondent donc exactement aux -listes d'éléments distincts de , et il y en a .
Remarque
Une rédaction rigoureuse par récurrence, pour ceux que le mot « et ainsi de suite » laisse insatisfaits. Notons le nombre de -listes d'éléments deux à deux distincts d'un ensemble de cardinal : ce nombre ne dépend que de et de , et non de l'ensemble choisi. Fixons un ensemble de cardinal et, pour , découpons l'ensemble des -listes d'éléments distincts de selon la valeur de la première composante : pour fixé, la liste est licite si et seulement si est une -liste d'éléments distincts de , qui est de cardinal ; il y a donc listes commençant par , et ce nombre est le même pour les valeurs possibles de . Les morceaux obtenus sont deux à deux disjoints et recouvrent l'ensemble tout entier, d'où la relation
qui, jointe à , donne la formule annoncée par une récurrence immédiate sur .
Exemple
Un podium. Huit coureurs disputent une course sans ex aequo. Un podium est la donnée du premier, du deuxième et du troisième, dans cet ordre : c'est exactement une -liste d'éléments distincts de l'ensemble des coureurs. Il y a donc
podiums possibles. Si l'on cherche non pas le podium mais le classement complet des huit coureurs, il s'agit d'une -liste d'éléments distincts parmi , soit classements.
Exemple
Des injections. Le nombre d'applications injectives d'un ensemble à éléments dans un ensemble à éléments vaut
En revanche, il n'existe aucune application injective d'un ensemble à éléments dans un ensemble à éléments, ce que traduit : c'est une autre façon de formuler le principe des tiroirs.
Permutations et factorielle
Définition
Soit un ensemble fini. Une permutation de est une bijection de sur lui-même.
Définition
Pour , on pose , lu « factorielle », et l'on convient que . Pour tout , on a la relation de récurrence .
La convention n'est pas une coquetterie : c'est elle qui rend la relation valable dès , et qui permet d'écrire sans cas particulier. Voici les premières valeurs, à connaître au moins jusqu'à .
La croissance est spectaculaire : , et . Une factorielle écrase toute puissance : c'est pourquoi un dénombrement qui aboutit à produit très vite des nombres gigantesques.
Propriété
Soit un ensemble fini de cardinal . Le nombre de permutations de vaut .
Démonstration. Une permutation de est une bijection de sur ; en particulier, c'est une application injective de dans . Réciproquement, comme et ont évidemment même cardinal, le théorème fondamental de la section 2 affirme que toute application injective de dans est bijective. Les permutations de sont donc exactement les applications injectives de dans , et il y en a, d'après la propriété précédente appliquée avec ,
Remarque
Le mot « permutation » ne désigne dans ce cours rien d'autre qu'une bijection d'un ensemble fini sur lui-même, dénombrée par . Tout ce qui concerne la structure algébrique formée par ces permutations relève d'un chapitre qui n'existe pas en PCSI : c'est hors programme, et rien de tel ne sera utilisé ici. Pour nous, une permutation est un objet que l'on compte, pas un objet que l'on étudie.
Exemple
Le nombre de façons de ranger livres distincts, côte à côte sur une étagère, est le nombre de permutations d'un ensemble à éléments, soit . Si l'on impose que deux livres particuliers soient côte à côte, on raisonne par choix successifs : on considère le bloc formé par ces deux livres comme un objet unique, ce qui laisse objets à ranger, soit dispositions, puis on choisit l'ordre des deux livres à l'intérieur du bloc, soit possibilités. Le nombre cherché est donc .
Les quatre modèles
Méthode
Reconnaître le modèle. On choisit objets dans un ensemble à éléments. Deux questions suffisent à trancher : l'ordre des objets choisis intervient-il, et un même objet peut-il être choisi plusieurs fois ? Le tableau donne la réponse.
| Ordre et répétitions | Objet compté | Nombre |
|---|---|---|
| Avec ordre, avec répétition | -liste d'éléments de | |
| Avec ordre, sans répétition | -liste d'éléments distincts | |
| Sans ordre, sans répétition | partie à éléments de | |
| Sans ordre, avec répétition | hors du cadre de ce cours | traité en exercice guidé |
Le coefficient fait l'objet de la section suivante. Les trois premières lignes se lisent aussi comme une chaîne de restrictions successives : on part des listes libres, on interdit les répétitions, puis on oublie l'ordre. Le quatrième cas, où l'on choisit objets sans tenir compte de l'ordre mais en autorisant les répétitions, ne correspond à aucune formule du cours : il n'est pas exigible et ne sera abordé que dans un exercice guidé, où le raisonnement sera conduit pas à pas.
Exemple
Les trois modèles sur un tout petit ensemble. Prenons , de cardinal , et . Les trois premiers modèles donnent trois listes d'objets bien différentes, que l'on peut ici écrire en entier.
Les -listes d'éléments de , où l'ordre compte et les répétitions sont permises, sont
soit objets.
Les -listes d'éléments distincts, où l'ordre compte mais où les répétitions sont interdites, s'obtiennent en retirant les trois listes à composantes égales :
soit objets.
Les parties à éléments, où ni l'ordre ni les répétitions n'interviennent, sont
soit objets. On lit sur cet exemple minuscule la relation , c'est-à-dire : chaque partie donne naissance à listes, selon l'ordre choisi. C'est exactement le mécanisme démontré à la section suivante.
Combinaisons et coefficients binomiaux
Définition et premières valeurs
Définition
Soient et . Soit un ensemble de cardinal . On appelle -combinaison de toute partie de à éléments. Le nombre de ces parties se note et se lit « parmi » : c'est le coefficient binomial d'indices et .
Cette définition demande deux justifications. D'abord, le nombre en question est bien fini : les parties à éléments de forment une partie de , qui est fini de cardinal . Ensuite, ce nombre ne dépend que de , et non de l'ensemble choisi : si et ont même cardinal, une bijection de sur transforme les parties à éléments de l'un en les parties à éléments de l'autre, sans en oublier ni en confondre. La notation , qui ne mentionne pas , est donc légitime. Dans toute la suite, on note l'ensemble des parties à éléments de , de sorte que .
Propriété
Soit . Les valeurs suivantes se lisent directement sur la définition.
- : la seule partie à élément est l'ensemble vide.
- : la seule partie à éléments d'un ensemble à éléments est cet ensemble tout entier.
- : les parties à un élément sont les singletons , en bijection évidente avec les éléments de .
- dès que ou : une partie de a au plus éléments, et jamais un nombre négatif d'éléments.
Démonstration. Les points 1, 2 et 4 sont des reformulations directes de résultats déjà établis : l'unique partie de cardinal est car un ensemble fini de cardinal nul est vide ; une partie de telle que vaut d'après le point 3 de la propriété sur les parties ; enfin toute partie de vérifie , ce qui interdit , et un cardinal est un entier naturel, ce qui interdit . Pour le point 3, l'application de dans est surjective, car toute partie à un élément s'écrit ainsi, et injective, car entraîne . Donc .
Dans toute la suite, sauf mention contraire, on considère . La convention en dehors de cet intervalle a l'avantage de rendre les formules valables sans restriction, ce qui évite de multiplier les cas particuliers.
La formule explicite, par double comptage
Propriété
Pour tous entiers et tels que ,
Démonstration, par double comptage. Soit un ensemble de cardinal et soit l'ensemble des -listes d'éléments deux à deux distincts de . Nous allons calculer de deux manières.
Premier comptage. D'après la section précédente, .
Second comptage. À toute liste , associons l'ensemble de ses composantes
Comme les sont deux à deux distincts, est une partie de à exactement éléments, c'est-à-dire un élément de . Pour , posons
Les ensembles , pour parcourant , sont deux à deux disjoints (une liste n'appartient qu'au seul avec ) et leur réunion est tout entier (toute liste appartient à ). Le dénombrement d'une réunion de parties deux à deux disjointes donne donc
Calcul de . Fixons . Une liste appartient à si et seulement si ses composantes sont deux à deux distinctes et si l'ensemble de ses composantes est exactement . Or une -liste d'éléments deux à deux distincts de a nécessairement pour ensemble de composantes une partie de à éléments, donc tout entier puisque . Ainsi est exactement l'ensemble des -listes d'éléments distincts de , et
Ce nombre ne dépend pas de : la somme comporte termes tous égaux à , d'où
Conclusion. En égalant les deux comptages, , et comme ,
Remarque
Retenez l'idée, elle est plus importante que la formule : choisir une -liste d'éléments distincts, c'est choisir la partie de ses composantes, puis l'ordre dans lequel on les écrit. Comme il y a ordres possibles pour une même partie, il y a fois plus de listes que de parties. C'est le passage « avec ordre » vers « sans ordre » : on divise par le nombre d'ordres. La formule n'est rien d'autre que cette phrase.
Exemple
Calculons quelques valeurs. D'abord , et . En pratique, on n'écrit jamais avec des factorielles complètes : on utilise , qui ne fait intervenir que facteurs au numérateur. Ainsi
alors que le calcul par serait impraticable à la main. On simplifie avant de multiplier : ici et donnent , puis et donnent , ce qui ramène le calcul à .
Exemple
Les paires, et un retour sur un exemple du début. Le nombre de parties à deux éléments d'un ensemble à éléments vaut
On retrouve exactement le nombre de couples de tels que , calculé au tout début du chapitre par un découpage selon . Ce n'est pas une coïncidence : se donner une paire d'entiers distincts, c'est se donner le couple rangé dans l'ordre croissant, et réciproquement. Pour , les deux comptages donnent bien .
Ce nombre est celui de bien des situations concrètes : le nombre de matchs d'un tournoi où chacune des équipes rencontre une fois chacune des autres, ou encore le nombre de segments joignant deux points parmi points donnés.
Symétrie
Propriété
Pour tous entiers et avec ,
Démonstration combinatoire, par passage au complémentaire. Soit un ensemble de cardinal . Choisir une partie à éléments de , c'est exactement choisir les éléments que l'on laisse de côté, c'est-à-dire la partie , qui a éléments d'après la formule du complémentaire. Formellement, l'application envoie dans , et elle est sa propre réciproque puisque . C'est donc une bijection, et les deux ensembles ont même cardinal, ce qui est l'égalité annoncée.
Vérification par le calcul. En appliquant la formule explicite avec à la place de , et en notant que ,
Exemple
La symétrie est d'un usage constant pour alléger les calculs : plutôt que de calculer avec dix-huit facteurs, on écrit . De même . Règle pratique : quand dépasse , passer au complémentaire avant de calculer.
La formule de Pascal et le triangle
Propriété
Formule de Pascal. Pour tous entiers et tels que ,
Avec la convention pour ou , la formule reste valable pour tout et tout .
Démonstration combinatoire. Soit un ensemble de cardinal et fixons un élément . Posons , de cardinal . Découpons l'ensemble des parties à éléments de selon que la partie contient ou non l'élément :
Ces deux ensembles sont disjoints et leur réunion est : une partie contient ou ne le contient pas, et jamais les deux à la fois. Donc
Les parties qui ne contiennent pas . Une partie de à éléments ne contenant pas est exactement une partie de à éléments. Donc .
Les parties qui contiennent . Une partie de à éléments contenant s'obtient en adjoignant à la partie , qui est une partie de à éléments. Réciproquement, si est une partie de à éléments, alors est une partie de à éléments contenant , car . Ces deux correspondances sont réciproques l'une de l'autre, donc .
En additionnant, on obtient exactement la formule annoncée.
Vérification par le calcul. Pour , réduisons au même dénominateur :
où l'on a multiplié le premier terme par et le second par pour obtenir le dénominateur commun .
Remarque
Comparez les deux démonstrations. Le calcul est court mais il n'explique rien : on vérifie une identité déjà connue. La démonstration combinatoire, elle, dit pourquoi la formule est vraie : parce que les parties à éléments se répartissent en deux catégories selon qu'elles contiennent ou non un élément fixé. C'est précisément ce type de raisonnement que le programme demande de savoir produire.
La formule de Pascal permet de calculer tous les coefficients binomiaux de proche en proche, sans aucune factorielle : chaque coefficient est la somme des deux coefficients situés juste au-dessus de lui, à gauche et à droite. C'est le triangle de Pascal, présenté ici en deux tableaux pour tenir dans la largeur.
Exemple
Lisons la construction sur la ligne . Le coefficient s'obtient par la formule de Pascal comme , c'est-à-dire la somme des deux nombres situés au-dessus de lui dans la ligne . De même . Chaque ligne commence et finit par , ce qui traduit , et chaque ligne se lit indifféremment de gauche à droite ou de droite à gauche, ce qui traduit la symétrie .
La formule du pivot
Propriété
Formule du pivot. Pour tous entiers et tels que ,
On l'écrit souvent sous la forme , commode pour calculer une ligne du triangle de proche en proche.
Démonstration combinatoire, par double comptage. Soit un ensemble de cardinal . Comptons de deux façons les éléments de l'ensemble
c'est-à-dire les couples formés d'une partie à éléments et d'un élément distingué à l'intérieur de cette partie. On peut penser à un comité de personnes choisi parmi , dans lequel on désigne un président.
Premier comptage, en choisissant d'abord la partie. Découpons selon la première composante . Pour fixée, les couples de de première composante sont les avec : il y en a . Ces morceaux sont deux à deux disjoints et recouvrent , donc
Second comptage, en choisissant d'abord l'élément distingué. Découpons maintenant selon la seconde composante . Pour fixé, les couples de de seconde composante sont les où est une partie à éléments contenant . Comme dans la démonstration de la formule de Pascal, une telle partie s'écrit de manière unique avec partie à éléments de , ensemble de cardinal : il y en a donc . Ces morceaux sont deux à deux disjoints et recouvrent , donc
En égalant les deux comptages, .
Vérification par le calcul. Pour ,
puisque , et par ailleurs
Les deux expressions coïncident.
Exemple
Vérifions sur et : d'une part , d'autre part . La formule sert aussi à calculer une ligne du triangle sans additions : partant de , on obtient , puis, à l'aide de la relation voisine , qui se vérifie par le calcul exactement de la même manière, on enchaîne , , , ce qui redonne bien la ligne .
La formule du binôme, par voie combinatoire
Propriété
Formule du binôme de Newton. Soient et deux nombres réels ou complexes et . Alors
Démonstration combinatoire. Le cas est immédiat : les deux membres valent . Supposons et écrivons le produit en numérotant ses facteurs :
Développer ce produit par distributivité consiste à choisir, dans chacun des facteurs, l'un des deux termes ou , à multiplier les termes choisis, puis à sommer sur toutes les manières de choisir. C'est exactement la règle de développement d'un produit de sommes, appliquée fois.
Une manière de choisir est entièrement décrite par l'ensemble
qui est une partie quelconque de ; les facteurs d'indice hors de fournissent alors . Réciproquement, toute partie de décrit une et une seule manière de choisir. Le produit correspondant comporte facteurs égaux à et facteurs égaux à ; comme la multiplication des nombres est commutative, ce produit vaut . Ainsi
Regroupons maintenant les termes de cette somme selon le cardinal de , c'est-à-dire découpons en les pour : ces parties sont deux à deux disjointes (une partie a un seul cardinal) et leur réunion est tout entier. Tous les termes correspondant à un même sont égaux à , et il y en a . D'où
Remarque
Cette formule a déjà été démontrée au chapitre de calcul algébrique, par récurrence sur , en utilisant la formule de Pascal au passage de à . Les deux démonstrations sont correctes et il faut savoir refaire l'une comme l'autre ; le programme demande explicitement de connaître la démonstration combinatoire donnée ici. Elle a l'avantage d'expliquer d'où vient le coefficient : c'est le nombre de façons de choisir les facteurs qui fournissent .
Deux précautions de rédaction. D'abord, la commutativité du produit est essentielle : la formule s'applique à des nombres, et l'on ne peut pas l'utiliser telle quelle pour des objets qui ne commutent pas, comme des matrices quelconques. Ensuite, en écrivant , on adopte la convention y compris pour , sans quoi les termes extrêmes n'auraient pas de sens quand ou est nul.
Exemple
Pour , la ligne correspondante du triangle de Pascal est , et la formule donne
En particulier, avec et ,
les signes alternant parce que vaut alternativement et .
Conséquences du binôme
Propriété
Soit . Alors
et, pour ,
Démonstration. La première identité s'obtient en appliquant la formule du binôme avec : le membre de gauche devient , et le membre de droite .
La seconde s'obtient avec et : le membre de gauche devient , puisque , et le membre de droite .
Propriété
Troisième démonstration du nombre de parties. Soit un ensemble fini de cardinal . Alors .
Démonstration. Découpons selon le cardinal des parties : les ensembles sont deux à deux disjoints, puisqu'une partie a un cardinal et un seul, et leur réunion est , puisque toute partie de a un cardinal compris entre et . D'où
la dernière égalité étant la conséquence du binôme établie à l'instant.
Propriété
Soit et soit un ensemble de cardinal . Alors possède autant de parties de cardinal pair que de parties de cardinal impair, à savoir de chaque sorte.
Démonstration. Notons le nombre de parties de de cardinal pair et celui des parties de cardinal impair. En découpant selon le cardinal comme ci-dessus, puis en séparant les indices pairs des indices impairs,
La première conséquence du binôme donne . La seconde s'écrit
car vaut si est pair et sinon. Le système formé de et donne .
Exemple
Pour , les parties de cardinal pair sont au nombre de , et celles de cardinal impair au nombre de . On retrouve bien de chaque sorte, et parties au total.
Méthodes de dénombrement
Choisir le modèle : quatre questions
Méthode
Avant tout calcul, poser quatre questions. Devant un énoncé de dénombrement, on ne cherche pas une formule : on décrit d'abord précisément l'objet à compter.
- L'ordre intervient-il ? Deux configurations composées des mêmes éléments, mais rangés autrement, sont-elles considérées comme différentes ? Un classement, un code, un mot, une suite de tirages notés dans l'ordre : oui. Une main de cartes, un comité, une partie, un sous-ensemble : non.
- Les répétitions sont-elles permises ? Un même élément peut-il apparaître plusieurs fois ? Un tirage avec remise, un code à chiffres libres, une application quelconque : oui. Un tirage sans remise, une liste d'éléments distincts, une injection : non.
- Les objets sont-ils discernables ? Les boules sont-elles numérotées, les cases nommées, les personnes identifiées ? Le dénombrement de objets discernables n'a rien à voir avec celui de objets identiques, et l'énoncé doit toujours le préciser. En cas d'ambiguïté, on le dit dans la copie et l'on tranche explicitement.
- Y a-t-il une contrainte, et laquelle est la plus rigide ? Contrainte de position, d'appartenance obligatoire, d'interdiction, de nombre minimal. C'est elle qui décide de la stratégie, et c'est par elle que l'on commence.
Les réponses aux deux premières questions donnent le modèle par le tableau de la section 5. Les deux dernières décident de la méthode : choix successifs, disjonction de cas, ou complémentaire.
Dénombrer par choix successifs, contrainte d'abord
Méthode
Traiter la contrainte la plus rigide en premier. Quand une contrainte porte sur une position ou un élément particulier, on commence par elle, et non par le début de l'objet. Placer d'abord ce qui est contraint, puis compléter librement : c'est presque toujours ce qui évite la disjonction de cas. Et si, malgré cela, le nombre de possibilités d'une étape dépend encore du choix fait à l'étape précédente, c'est le signal qu'une disjonction de cas est nécessaire.
Exemple
Les nombres de quatre chiffres, pairs, à chiffres deux à deux distincts. Un nombre de quatre chiffres s'écrit avec , et l'on impose ici que les quatre chiffres soient deux à deux distincts et que soit pair.
Les deux contraintes portent sur (pair) et sur (non nul). Commençons par , la plus rigide, mais observons aussitôt que le nombre de choix pour dépend de ce que vaut : si , alors doit seulement être non nul, ce qui laisse possibilités ; si , alors doit être non nul et différent de , ce qui n'en laisse que . Le principe multiplicatif ne s'applique donc pas directement : on procède par disjonction de cas, selon que est nul ou non. Les deux cas sont bien exclusifs et exhaustifs.
Premier cas : . Il y a une possibilité pour . Pour , il faut un chiffre non nul et différent de , soit possibilités. Restent et , à choisir distincts entre eux et des deux chiffres déjà placés : possibilités pour , puis pour . Ce cas fournit
Second cas : . Il y a possibilités pour . Pour , il faut un chiffre non nul et différent de : sur les dix chiffres, on exclut et , soit possibilités, et ce nombre ne dépend pas de la valeur de retenue. Restent et : puis possibilités. Ce cas fournit
Conclusion. Les deux cas étant disjoints et couvrant toutes les situations, le nombre cherché est
Disjonction de cas et complémentaire, en pratique
Méthode
Choisir entre les deux. Devant une contrainte du type « au moins », deux voies s'offrent : la disjonction de cas (« exactement , ou exactement , ou ... ») et le passage au complémentaire (« tout, moins ceux qui n'en ont aucun »). On choisit celle qui produit le moins de cas.
- Si la contrainte est « au moins un » et que l'ensemble total est facile à compter, le complémentaire gagne presque toujours : un seul calcul au lieu de plusieurs.
- Si la contrainte est « exactement » ou « au moins » avec proche du maximum, la disjonction est souvent plus courte.
- Dans les deux cas, on peut vérifier son résultat en le recalculant par l'autre voie : c'est le meilleur contrôle qui soit, et il est gratuit.
Le double comptage
Méthode
Compter deux fois le même ensemble. Pour établir une identité entre nombres, on peut construire un ensemble fini , puis le dénombrer de deux manières différentes. Les deux résultats étant le cardinal du même ensemble, ils sont égaux, et l'identité est démontrée. La rédaction comporte toujours trois temps :
- Définir précisément l'ensemble que l'on va compter, en général un ensemble de couples.
- Premier comptage, en découpant selon la première composante.
- Second comptage, en le découpant selon la seconde composante, puis conclure par l'égalité des deux résultats.
C'est ainsi qu'ont été établies la formule explicite de et la formule du pivot.
Exemple
Une identité par double comptage. Montrons que, pour tout ,
Soit un ensemble de cardinal . Comptons l'ensemble
c'est-à-dire les couples formés d'une partie quelconque de et d'un élément distingué de cette partie. Autrement dit, on choisit un comité, de taille libre, et l'on en désigne le président.
Premier comptage, par la partie. Découpons selon . Pour fixée, il y a couples de première composante . En regroupant les parties selon leur cardinal , et sachant qu'il y a parties de cardinal ,
Second comptage, par l'élément distingué. Découpons maintenant selon . Pour fixé, les couples de seconde composante correspondent aux parties contenant , c'est-à-dire aux avec partie quelconque de : il y en a . En sommant sur les choix de ,
Conclusion. Les deux comptages donnent le même cardinal, d'où l'identité annoncée. On peut la vérifier pour : à gauche, ; à droite, .
Anagrammes
Méthode
Compter les anagrammes d'un mot, par placement des lettres. Soit un mot de lettres, dont les lettres distinctes apparaissent avec les multiplicités (de somme ). On appelle anagramme toute suite de lettres utilisant exactement les mêmes lettres avec les mêmes multiplicités, qu'elle ait un sens ou non.
- Numéroter les positions de à : construire une anagramme, c'est décider quelle lettre occupe chaque position.
- Choisir les positions de la première lettre parmi les disponibles : comme l'ordre des positions choisies n'intervient pas (les exemplaires de cette lettre sont identiques), cela fait possibilités.
- Choisir les positions de la deuxième lettre parmi les positions restantes : possibilités, et ainsi de suite.
- Multiplier : le nombre d'anagrammes vaut
Cas particulier utile : si toutes les lettres sont distinctes, on retrouve .
Exemple
Les anagrammes du mot DENOMBREMENT. Ce mot compte lettres, réparties ainsi : la lettre E apparaît fois, les lettres N et M apparaissent chacune fois, et les lettres D, O, B, R, T apparaissent chacune une fois. La somme des multiplicités vaut bien .
Plaçons les lettres par ordre de multiplicité décroissante.
- Les trois E occupent positions parmi les , sans que leur ordre importe puisqu'ils sont indiscernables : possibilités.
- Les deux N occupent positions parmi les restantes : possibilités.
- Les deux M occupent positions parmi les restantes : possibilités.
- Restent positions et les lettres distinctes D, O, B, R, T : les placer revient à choisir une permutation, soit possibilités.
Ces choix sont successifs et le nombre de possibilités de chaque étape ne dépend pas des choix antérieurs. Le nombre d'anagrammes est donc
On contrôle par la formule générale :
ce qui confirme le résultat.
Chemins dans un quadrillage
Méthode
Compter des chemins par codage en mot. On se déplace sur un quadrillage, d'un point de départ vers un point d'arrivée situé pas à droite et pas en haut, chaque pas étant unitaire et dirigé soit vers la droite, soit vers le haut.
- Coder un chemin par le mot formé de la suite de ses pas, en notant D un pas vers la droite et H un pas vers le haut. Deux chemins distincts donnent deux mots distincts, et tout mot licite correspond à un chemin.
- Compter les lettres : le mot a nécessairement lettres D et lettres H, donc lettres au total, car chaque pas à droite avance d'une unité vers la droite et il faut en avancer , et de même pour les pas vers le haut.
- Choisir les positions des lettres H parmi les positions du mot : les lettres D occupent les positions restantes. D'où
Exemple
Un quadrillage de sur . On part du coin inférieur gauche d'un quadrillage et l'on veut atteindre le point situé pas à droite et pas en haut, en n'effectuant que des pas unitaires vers la droite ou vers le haut. Tout chemin est codé par un mot de lettres comportant exactement lettres H et lettres D. Choisir un tel mot, c'est choisir les positions occupées par les H parmi les positions, l'ordre de ces positions n'intervenant pas. Le nombre de chemins est donc
On peut contrôler la méthode sur un cas minuscule, où le comptage à la main est possible : pour aller pas à droite et pas en haut, la formule donne , et l'on vérifie en énumérant les chemins que l'on en trouve bien .
Le tableau des réflexes
Pour finir cette section méthodologique, voici les réflexes du chapitre, à faire défiler mentalement devant tout énoncé de dénombrement.
| Situation | Réflexe |
|---|---|
| L'ordre compte, avec répétitions | -liste, donc |
| L'ordre compte, sans répétition | -liste d'éléments distincts, donc |
| L'ordre ne compte pas, sans répétition | partie à éléments, donc |
| Un objet est attribué à chaque élément | application, donc |
| Une contrainte du type « au moins un » | passer au complémentaire |
| Le nombre de choix varie d'une étape à l'autre | disjonction de cas |
| Une contrainte porte sur une position précise | placer d'abord ce qui est contraint |
| Des éléments identiques dans un mot | choisir les positions par un coefficient binomial |
| Une identité à démontrer sur des entiers | double comptage d'un ensemble de couples |
| Un résultat trouvé, mais aucune vérification | recalculer par une seconde méthode |
Exemples traités et erreurs classiques
Exemple
Un comité avec contrainte. Une association compte membres, dont femmes et hommes. On forme un comité de personnes, sans distinction de fonction entre les membres du comité. Combien de comités comptent au moins deux hommes ?
Le modèle. Un comité est une partie à éléments de l'ensemble des membres : l'ordre n'intervient pas (aucune fonction n'est attribuée) et les répétitions sont impossibles (on ne siège pas deux fois). Le nombre total de comités est donc
Par passage au complémentaire. La négation de « au moins deux hommes » est « zéro ou un homme ». Ces deux cas sont exclusifs.
- Aucun homme : le comité est formé de femmes choisies parmi , soit comités.
- Exactement un homme : on choisit l'homme, soit possibilités, puis les femmes parmi , soit possibilités, ce qui donne comités.
Le nombre cherché vaut donc
Contrôle par disjonction directe. On peut aussi sommer sur le nombre exact d'hommes, de à :
soit . Les deux méthodes concordent.
L'erreur à ne pas commettre. On serait tenté d'écrire : « je choisis d'abord deux hommes pour satisfaire la contrainte, soit possibilités, puis trois personnes libres parmi les restantes, soit », d'où . Ce nombre est faux, et il est même supérieur au nombre total de comités, ce qui aurait dû alerter. La raison est qu'un comité contenant trois hommes est compté plusieurs fois : une fois pour chaque paire d'hommes qu'on aurait pu désigner comme « les deux premiers ». Dès qu'on « réserve » des éléments pour satisfaire une contrainte de type « au moins », on compte plusieurs fois le même objet.
Exemple
Des mains de cartes. On dispose d'un jeu de cartes, comportant cartes de couleur cœur et figures (valet, dame, roi de chacune des quatre couleurs). Une main est un ensemble de cartes du jeu : l'ordre dans lequel on les considère n'intervient pas, et une carte ne peut pas figurer deux fois. Une main est donc une partie à éléments d'un ensemble à éléments, et il y a
Mains contenant exactement deux cœurs. Une telle main est déterminée par la donnée des deux cœurs qu'elle contient et des trois autres cartes qui la complètent. On choisit les deux cœurs parmi les , soit possibilités, puis les trois cartes restantes parmi les cartes qui ne sont pas des cœurs, soit possibilités. Ces deux choix sont indépendants au sens du principe multiplicatif, et la description est fidèle. D'où
Mains contenant au moins une figure. La négation est « aucune figure » : une telle main est une partie à éléments de l'ensemble des cartes qui ne sont pas des figures, soit mains. Par passage au complémentaire,
Exemple
Des mots avec lettres imposées. Combien y a-t-il de mots de lettres deux à deux distinctes, formés sur l'alphabet à lettres, contenant à la fois la lettre A et la lettre B ? Un mot est ici une suite ordonnée de lettres, sans contrainte de sens.
Première méthode : placer d'abord les lettres imposées. On commence par la contrainte la plus rigide. On choisit la position de la lettre A parmi les positions du mot, soit possibilités, puis celle de la lettre B parmi les positions restantes, soit possibilités : cela fait manières de placer A et B. Il reste positions à remplir avec des lettres deux à deux distinctes, choisies parmi les lettres autres que A et B : c'est une -liste d'éléments distincts d'un ensemble à éléments, soit possibilités. Le nombre cherché est donc
Seconde méthode, pour contrôler : choisir l'ensemble des lettres, puis l'ordre. Le mot utilise lettres distinctes dont A et B ; l'ensemble de ses lettres est donc formé de A, de B et de lettres choisies parmi les autres, soit possibilités. Une fois cet ensemble de lettres fixé, le mot est déterminé par l'ordre dans lequel on écrit ces lettres, soit possibilités. D'où
ce qui confirme le premier calcul. Notez que la seconde méthode illustre exactement la relation : on sépare le choix des éléments et le choix de l'ordre.
Exemple
Une répartition dans des casiers. Un service doit répartir courriers, tous différents, dans casiers numérotés de à . Un casier peut recevoir plusieurs courriers, ou aucun.
Le modèle. Une répartition est déterminée par la donnée, pour chaque courrier, du casier qui le reçoit : c'est exactement une application de l'ensemble des courriers dans l'ensemble des casiers. Le nombre de répartitions vaut donc
Répartitions laissant le casier vide. Ce sont les applications à valeurs dans les autres casiers, au nombre de .
Répartitions plaçant au moins un courrier dans le casier . Par passage au complémentaire,
Une variante à ne pas confondre. Si les courriers étaient tous identiques, la question serait tout autre : on ne compterait plus des applications, mais des façons de répartir des objets indiscernables, ce qui relève du quatrième modèle, hors du cadre de ce cours. C'est le mot « tous différents » de l'énoncé qui autorise le modèle des applications, et il faut le repérer avant de calculer.
Remarque
Les erreurs classiques, et comment les éviter.
Compter deux fois le même objet. C'est de loin l'erreur la plus fréquente. Elle apparaît dès qu'on « réserve » des éléments pour satisfaire une contrainte du type « au moins », comme dans l'exemple du comité où le raisonnement fautif donnait au lieu de . Le remède : passer au complémentaire, ou disjoindre selon le nombre exact d'éléments concernés. Le signal d'alarme : un résultat supérieur au nombre total de configurations, ou une méthode dans laquelle on ne saurait pas dire, en regardant une configuration, par quelle suite de choix précise elle a été obtenue.
Confondre ordre et absence d'ordre. Une main de cartes n'est pas une distribution successive : et diffèrent d'un facteur . Avant tout calcul, il faut trancher la question de l'ordre, et l'écrire dans la copie. En cas de doute, se demander si deux configurations formées des mêmes éléments dans un ordre différent doivent être considérées comme la même ou comme deux configurations distinctes.
Oublier le complémentaire. Les mots « au moins un » doivent déclencher un réflexe : compter d'abord « aucun », puis soustraire. Compter directement conduit presque toujours à des doubles comptages.
Mélanger objets discernables et indiscernables. Répartir courriers différents dans casiers n'a rien à voir avec répartir courriers identiques. De même, les trois E du mot DENOMBREMENT sont indiscernables, ce qui est exactement la raison pour laquelle on choisit leurs positions par un coefficient binomial et non par un arrangement. Quand l'énoncé ne le précise pas, on le précise soi-même dans la copie avant de commencer.
Oublier les cas extrêmes. L'ensemble vide est une partie, le mot vide est un mot, une répartition peut laisser des casiers vides, et . Une formule doit être testée sur les petits cas : , , , . Un dénombrement qui donne ou une valeur absurde sur un petit cas est faux, et il vaut mieux s'en apercevoir soi-même.
Ne pas vérifier. Presque tous les dénombrements de ce chapitre peuvent se recalculer par une seconde méthode, ou se contrôler sur un cas minuscule que l'on énumère à la main. Cette vérification coûte deux minutes et rattrape la grande majorité des erreurs : elle n'est pas facultative.
Bloqué sur « Dénombrement » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.