PCSI · Chapitre 13 · Second semestre

Dénombrement

Cardinaux, listes, permutations, combinaisons, formules de Pascal et du binôme par voie combinatoire.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Cardinaux
  • Listes
  • Permutations
  • Combinaisons
  • Formules de Pascal et du binôme par voie combinatoire

Dénombrer, c'est répondre à une question d'apparence naïve : combien y a-t-il d'objets d'un type donné ? Combien de mots de cinq lettres, combien de comités de cinq personnes prises parmi douze, combien de chemins d'un coin à l'autre d'un quadrillage ? La question est naïve, la réponse ne l'est pas : la difficulté n'est presque jamais dans le calcul final, elle est dans la description exacte de ce que l'on compte. Une réponse fausse en dénombrement vient neuf fois sur dix d'un énoncé mal lu (l'ordre comptait-il ?), d'objets comptés deux fois, ou d'un modèle plaqué sans réflexion. C'est pourquoi ce chapitre insiste beaucoup sur la rédaction : identifier l'ensemble que l'on dénombre, dire à quel modèle il correspond, et seulement ensuite calculer.

Le programme est explicite sur un point : toute formalisation excessive est exclue. Nous ne construirons donc pas la notion d'entier naturel, et les propriétés les plus intuitives du cardinal seront admises, en le signalant à chaque fois. En revanche, tout ce qui relève du raisonnement de dénombrement proprement dit sera démontré : le théorème d'équivalence entre injectivité, surjectivité et bijectivité en cardinaux égaux, les opérations sur les cardinaux, le nombre d'applications, le nombre de parties, les arrangements, les combinaisons, la formule de Pascal et la formule du binôme. Ces deux dernières seront établies par voie combinatoire, comme le demande le programme : on compte le même ensemble de deux manières différentes, et l'identité tombe. C'est une façon de faire des mathématiques que vous ne connaissez sans doute pas encore, et qui est l'un des vrais apports de ce chapitre.

Les notations suivantes valent pour tout le chapitre. Les lettres E, F, G désignent des ensembles, A, B, C des parties d'un ensemble, P(E) l'ensemble des parties de E, A le complémentaire de A dans un ensemble ambiant précisé par le contexte, AB la différence, 1A la fonction indicatrice de A, F(E,F) ou FE l'ensemble des applications de E dans F, idE l'identité de E, et [ ⁣[a,b] ⁣] l'ensemble des entiers k tels que akb. Le cardinal s'écrit toujours Card(E) : le programme mentionne aussi une notation avec des barres verticales, que nous n'emploierons jamais ici, pour éviter toute confusion avec la valeur absolue et le module. Enfin, le symbole marque la fin d'une démonstration.

Ensembles finis et cardinal

Définition d'un ensemble fini

Tout part de l'idée la plus simple qui soit : un ensemble est fini lorsqu'on peut en numéroter les éléments, de 1 jusqu'à un certain entier, sans en oublier ni en compter deux fois. Numéroter, c'est exactement se donner une bijection depuis un intervalle d'entiers.

Définition

Soit E un ensemble. On dit que E est fini s'il existe un entier naturel n et une bijection de [ ⁣[1,n] ⁣] sur E. Dans le cas contraire, E est dit infini.

Pour n=0, l'intervalle [ ⁣[1,0] ⁣] est vide, et l'unique application de l'ensemble vide dans l'ensemble vide est une bijection : l'ensemble vide est donc fini, conformément à l'intuition.

Propriété

Unicité du cardinal (admise). Soit E un ensemble fini. S'il existe une bijection de [ ⁣[1,n] ⁣] sur E et une bijection de [ ⁣[1,m] ⁣] sur E, alors n=m.

Ce résultat est admis : le programme précise que tout fondement théorique des notions d'entier naturel et de cardinal est hors programme. Il n'est pas pour autant évident, et sa démonstration complète, par récurrence, relève de la théorie des ensembles. Retenez seulement qu'il légitime la définition suivante : l'entier obtenu en comptant les éléments de E ne dépend pas de la manière dont on les a numérotés.

Définition

Soit E un ensemble fini. L'unique entier naturel n tel qu'il existe une bijection de [ ⁣[1,n] ⁣] sur E s'appelle le cardinal de E, et se note Card(E). On dit aussi que E est un ensemble à n éléments.

Propriété

Les conventions et faits élémentaires suivants découlent directement de la définition.

  1. Card()=0, et réciproquement un ensemble fini de cardinal 0 est vide.
  2. Pour tout objet a, Card({a})=1. Plus généralement, si ab, alors Card({a,b})=2.
  3. Pour tout nN, Card([ ⁣[1,n] ⁣])=n, et plus généralement, pour ab entiers, Card([ ⁣[a,b] ⁣])=ba+1.
  4. Si E est fini de cardinal n1, on peut écrire E={x1,x2,,xn} où les xi sont deux à deux distincts : c'est exactement la donnée d'une bijection ixi de [ ⁣[1,n] ⁣] sur E. Une telle écriture s'appelle une énumération de E.

Démonstration. Les points 1 et 2 sont immédiats : l'application vide est une bijection de [ ⁣[1,0] ⁣] sur , donc Card()=0 ; réciproquement, si Card(E)=0, il existe une bijection de [ ⁣[1,0] ⁣]= sur E, et sa surjectivité impose que tout élément de E ait un antécédent dans l'ensemble vide, ce qui n'est possible que si E est vide. Ensuite, 1a est une bijection de [ ⁣[1,1] ⁣] sur {a}. Si ab, l'application qui envoie 1 sur a et 2 sur b est une bijection de [ ⁣[1,2] ⁣] sur {a,b}. Pour le point 3, l'identité est une bijection de [ ⁣[1,n] ⁣] sur lui-même, et l'application kk+a1 est une bijection de [ ⁣[1,ba+1] ⁣] sur [ ⁣[a,b] ⁣] : elle est bien à valeurs dans [ ⁣[a,b] ⁣], et kka+1 en est la réciproque. Le point 4 est une simple reformulation de la définition.

Remarque

Deux ensembles peuvent avoir le même cardinal sans avoir le moindre rapport entre eux : {7,12,305}, {lundi,mardi,mercredi} et [ ⁣[1,3] ⁣] ont tous trois pour cardinal 3. Le cardinal ne retient d'un ensemble fini que sa taille. C'est cette perte volontaire d'information qui rend le dénombrement possible : pour compter les mains de cartes, on n'a pas besoin de savoir ce qu'est une carte, seulement combien il y en a.

Parties d'un ensemble fini

Propriété

Soit E un ensemble fini de cardinal n.

  1. Pour tout xE, l'ensemble E{x} est fini et Card(E{x})=n1.
  2. Toute partie A de E est finie, et Card(A)Card(E).
  3. Si de plus Card(A)=Card(E), alors A=E. Autrement dit, une partie d'un ensemble fini a le cardinal de cet ensemble si et seulement si elle lui est égale.

Démonstration. Point 1. Comme xE, on a n1. Soit φ:[ ⁣[1,n] ⁣]E une bijection, et i0=φ1(x). Définissons ψ:[ ⁣[1,n1] ⁣]E{x} par

ψ(i)={φ(i)si 1ii01,φ(i+1)si i0in1.

Cette application est bien à valeurs dans E{x}, car les indices utilisés sont tous différents de i0 et φ est injective. Elle est injective : si ψ(i)=ψ(j), l'injectivité de φ donne, selon les cas, i=j, ou i=j+1 avec ii01 et ji0, ce qui est impossible. Elle est surjective : si yE{x}, alors y=φ(k) avec ki0 ; si k<i0 alors y=ψ(k), et si k>i0 alors y=ψ(k1). Ainsi ψ est une bijection et Card(E{x})=n1.

Point 2. Ce point est admis, conformément au préambule du programme, qui indique que les propriétés les plus intuitives du cardinal sont admises sans démonstration. Voici néanmoins l'idée, non exigible : on raisonne par récurrence sur n=Card(E). Pour n=0, la seule partie de est . Pour l'hérédité, on fixe xE et l'on distingue selon que x appartient ou non à A ; dans les deux cas on se ramène à une partie de E{x}, qui est de cardinal n1 d'après le point 1.

Point 3. Supposons Card(A)=Card(E)=n et raisonnons par contraposée : supposons AE. Comme AE, il existe alors xE avec xA. On a donc AE{x}, et le point 2 appliqué à la partie A de l'ensemble fini E{x} donne

Card(A)Card(E{x})=n1<n=Card(E).

Ainsi Card(A)Card(E), ce qui achève la contraposée.

Remarque

Le point 3 est un outil de démonstration très efficace, et il resservira plusieurs fois dans ce chapitre : pour établir une égalité d'ensembles A=E, il suffit de savoir que A est inclus dans E et que les deux ont même cardinal. Une inclusion et un comptage remplacent alors la double inclusion habituelle. Attention : l'hypothèse « E fini » est indispensable. L'ensemble 2N des entiers naturels pairs est une partie stricte de N, et pourtant il n'est pas « plus petit » en un sens raisonnable.

Premiers exemples de dénombrement

Exemple

Les intervalles d'entiers. L'ensemble [ ⁣[1,n] ⁣] est fini de cardinal n : c'est le cas de référence, celui qui sert à définir tous les autres. Plus généralement, pour des entiers ab, l'ensemble [ ⁣[a,b] ⁣] est fini de cardinal ba+1. Ainsi Card([ ⁣[3,17] ⁣])=173+1=15, et Card([ ⁣[4,6] ⁣])=6(4)+1=11. Le « +1 » est l'erreur classique de tout début d'année : il vient de ce que les deux bornes sont comptées. Un contrôle immédiat consiste à traiter le cas a=b, où l'intervalle est un singleton et où la formule donne bien 1.

Exemple

Les multiples de 7 compris entre 1 et 100. Notons A={k[ ⁣[1,100] ⁣]  ;  7 divise k}. Un entier k appartient à A si et seulement s'il s'écrit k=7m avec m entier, et la condition 17m100 équivaut à 1m1007=14,28, c'est-à-dire à m[ ⁣[1,14] ⁣] puisque m est entier. L'application m7m est donc une bijection de [ ⁣[1,14] ⁣] sur A : elle est surjective par ce qui précède, et injective car 7m=7m entraîne m=m. Par conséquent

Card(A)=14.

On vérifie la cohérence du résultat en observant que 7×14=98100 et 7×15=105>100.

Exemple

Les couples strictement croissants. Soit n1 et soit

C={(i,j)[ ⁣[1,n] ⁣]×[ ⁣[1,n] ⁣]  ;  i<j}.

Découpons C selon la valeur de la seconde composante : pour j[ ⁣[1,n] ⁣] fixé, les couples de C de seconde composante j sont les (i,j) avec i[ ⁣[1,j1] ⁣], et il y en a j1. Ces morceaux sont deux à deux disjoints (deux couples de secondes composantes différentes sont différents) et leur réunion est C tout entier. Le découpage d'un ensemble fini en parties deux à deux disjointes sera justifié en détail à la section « Opérations sur les cardinaux » ; il donne ici

Card(C)=j=1n(j1)=m=0n1m=n(n1)2.

Pour n=10, on obtient Card(C)=10×92=45.

Applications entre ensembles finis

Injections, surjections et comparaison des cardinaux

Les trois propriétés qui suivent traduisent une idée simple : une injection « range sans écraser », donc l'ensemble de départ ne peut pas être plus gros que celui d'arrivée ; une surjection « couvre tout », donc l'ensemble d'arrivée ne peut pas être plus gros que celui de départ.

Propriété

Soient E et F deux ensembles finis et f:EF une application.

  1. Si f est injective, alors Card(E)Card(F).
  2. Si f est surjective, alors Card(F)Card(E).
  3. Si f est bijective, alors Card(E)=Card(F).

Démonstration. Établissons d'abord un fait utilisé partout dans la suite : si deux ensembles sont en bijection et si l'un est fini, alors l'autre l'est aussi et ils ont même cardinal. En effet, soit g:XY une bijection avec X fini de cardinal n, et soit φ:[ ⁣[1,n] ⁣]X une bijection. Alors gφ est une bijection de [ ⁣[1,n] ⁣] sur Y, comme composée de deux bijections. Donc Y est fini de cardinal n.

Point 1. Supposons f injective et notons f(E)={f(x)  ;  xE} son image. L'application f~:Ef(E) définie par f~(x)=f(x) est surjective par construction, et injective puisque f l'est : c'est donc une bijection. Par le fait préliminaire, Card(f(E))=Card(E). Or f(E) est une partie de F, donc Card(f(E))Card(F). En combinant, Card(E)Card(F).

Point 2. Supposons f surjective. Pour chaque yF, l'ensemble f1({y}) est non vide ; choisissons-en un élément, que nous notons s(y). On définit ainsi une application s:FE vérifiant f(s(y))=y pour tout yF. Cette application s est injective : si s(y)=s(y), alors en appliquant f on obtient y=f(s(y))=f(s(y))=y. Le point 1 appliqué à s donne Card(F)Card(E).

Point 3. Une bijection est à la fois injective et surjective : les points 1 et 2 donnent les deux inégalités, donc l'égalité.

Le théorème fondamental

Voici le résultat central de cette section, explicitement au programme. Il affirme qu'entre deux ensembles finis de même cardinal, il suffit de vérifier la moitié du travail : l'injectivité entraîne gratuitement la surjectivité, et réciproquement.

Propriété

Théorème. Soient E et F deux ensembles finis de même cardinal et soit f:EF une application. Les trois assertions suivantes sont équivalentes :

  1. f est injective ;
  2. f est surjective ;
  3. f est bijective.

Démonstration. Notons n=Card(E)=Card(F). Nous montrons 12, puis 21, ce qui suffira à conclure.

Preuve de 12. Supposons f injective. Comme dans la démonstration précédente, f induit une bijection de E sur f(E), donc

Card(f(E))=Card(E)=n=Card(F).

Ainsi f(E) est une partie de l'ensemble fini F ayant le même cardinal que F : le point 3 de la propriété sur les parties donne f(E)=F, c'est-à-dire que f est surjective.

Preuve de 21. Supposons f surjective et raisonnons par l'absurde en supposant f non injective. Il existe alors a,bE avec ab et f(a)=f(b). Posons E=E{a}, de cardinal n1, et considérons la restriction g:EF de f à E. Montrons que g est surjective. Soit yF ; par surjectivité de f, il existe xE tel que f(x)=y. Si xa, alors xE et g(x)=y. Si x=a, alors, comme ba, on a bE et g(b)=f(b)=f(a)=y. Dans les deux cas, y a un antécédent par g : g est bien surjective. Le point 2 de la propriété précédente donne alors

Card(F)Card(E)=n1<n=Card(F),

ce qui est absurde. Donc f est injective.

Conclusion. Nous avons 12 et 21, donc les assertions 1 et 2 sont équivalentes. Si l'une des deux est vraie, l'autre l'est aussi, et f, à la fois injective et surjective, est bijective : d'où 13. Enfin 31 est immédiat. Les trois assertions sont donc équivalentes.

Remarque

Les deux hypothèses sont indispensables.

Cardinaux égaux. Sans cette hypothèse, le théorème tombe. L'application f:[ ⁣[1,2] ⁣][ ⁣[1,3] ⁣] définie par f(k)=k est injective et n'est pas surjective, car 3 n'a pas d'antécédent. L'application g:[ ⁣[1,3] ⁣][ ⁣[1,2] ⁣] définie par g(1)=g(2)=1 et g(3)=2 est surjective et n'est pas injective, car 1 et 2 ont la même image.

Ensembles finis. L'hypothèse de finitude est tout aussi essentielle. L'application f:NN, nn+1, est injective (si n+1=m+1 alors n=m) mais n'est pas surjective, car 0 n'a pas d'antécédent : aucun entier naturel ne vérifie n+1=0. De même, l'application g:NN définie par g(0)=0 et g(n)=n1 pour n1 est surjective sans être injective, puisque g(0)=g(1)=0. Sur un ensemble infini, « injectif » et « surjectif » n'ont donc aucune raison de coïncider.

Exemple

Soit E un ensemble fini et f:EE une application telle que ff=f. Montrons que si f est injective, alors f=idE. Comme E et E ont évidemment même cardinal, le théorème s'applique : f injective entraîne f bijective. Soit alors xE. De f(f(x))=f(x) et de l'injectivité de f, on tire f(x)=x. Ceci valant pour tout xE, on conclut f=idE. Notez que le théorème n'a servi qu'à rassurer sur la nature de f : l'argument décisif est l'injectivité, mais c'est un bon réflexe de repérer immédiatement, en cardinaux égaux, que les trois propriétés n'en font qu'une.

Le principe des tiroirs

Propriété

Principe des tiroirs. Soient E et F deux ensembles finis tels que Card(E)>Card(F), et soit f:EF une application. Alors f n'est pas injective : il existe deux éléments distincts x et y de E tels que f(x)=f(y).

Démonstration. Raisonnons par contraposée. Supposons f injective. Le point 1 de la propriété de comparaison donne alors Card(E)Card(F), ce qui contredit l'hypothèse Card(E)>Card(F). Donc f n'est pas injective, et la définition de la non-injectivité fournit exactement deux éléments distincts de même image.

L'image mentale qui donne son nom au principe est la suivante : si l'on range Card(E) chaussettes dans Card(F) tiroirs et qu'il y a plus de chaussettes que de tiroirs, alors un tiroir au moins en contient deux. L'énoncé ne dit pas lequel, et c'est là toute sa force : il donne une existence sans aucune construction.

Propriété

Version quantitative. Soient E et F deux ensembles finis avec F non vide, soit f:EF et soit kN. Si Card(E)>kCard(F), alors il existe yF tel que

Card(f1({y}))k+1,

autrement dit une valeur au moins est atteinte au moins k+1 fois.

Démonstration. Les ensembles f1({y}), pour y parcourant F, sont deux à deux disjoints : un élément x de E appartient à f1({y}) pour la seule valeur y=f(x). Leur réunion est E tout entier, puisque tout xE appartient à f1({f(x)}). La formule de dénombrement d'une réunion de parties deux à deux disjointes, établie à la section suivante, donne donc

Card(E)=yFCard(f1({y})).

Raisonnons par l'absurde : si l'on avait Card(f1({y}))k pour tout yF, la somme ci-dessus, qui comporte Card(F) termes, serait majorée par kCard(F), d'où Card(E)kCard(F), en contradiction avec l'hypothèse. Il existe donc yF tel que Card(f1({y}))k+1.

Remarque

La démonstration ci-dessus utilise un résultat de la section suivante. Il n'y a pas de cercle vicieux : la formule sur les réunions disjointes se démontre à partir de la seule définition du cardinal, sans faire intervenir le principe des tiroirs. Le cas k=1 redonne exactement le principe des tiroirs : si Card(E)>Card(F), une valeur est atteinte au moins deux fois.

Exemple

Trois applications du principe.

Dates de naissance. Dans un groupe de 367 personnes, deux au moins sont nées le même jour de l'année. En effet, notons E l'ensemble des personnes du groupe, de cardinal 367, et F l'ensemble des 366 dates possibles dans l'année (en comptant le 29 février), puis f l'application qui à une personne associe son jour de naissance. Comme 367>366, le principe des tiroirs affirme que f n'est pas injective : deux personnes distinctes ont le même jour de naissance.

Initiales. Dans un groupe de 30 personnes dont les noms de famille commencent par une des 26 lettres de l'alphabet, deux personnes au moins ont la même initiale, puisque 30>26.

Version quantitative. Un lycée compte 50 élèves inscrits, chacun dans exactement un des 7 clubs proposés. Prenons E l'ensemble des élèves, F l'ensemble des clubs et f l'application « club de l'élève ». Comme 50>7×7=49, la version quantitative avec k=7 donne un club comptant au moins 8 élèves. On ne peut pas faire mieux avec cette seule information : une répartition en clubs de tailles 8,7,7,7,7,7,7 totalise bien 50 élèves, et aucun club n'y dépasse 8 membres.

Un mot sur l'usage des bijections

Remarque

La démonstration du point 3 de la propriété de comparaison contient une idée que l'on peut être tenté d'ériger en méthode : deux ensembles en bijection ont même cardinal, donc pour compter un ensemble compliqué, il suffirait d'exhiber une bijection avec un ensemble connu. C'est vrai, et c'est parfois commode.

Le programme de PCSI est cependant explicite sur ce point : « l'utilisation de bijections dans les problèmes de dénombrement n'est pas un attendu du programme ». Autrement dit, on n'attend pas de vous que vous construisiez des bijections abstraites pour dénombrer, et un exercice ne sera jamais conçu pour n'être soluble que par ce biais. La méthode centrale de ce chapitre est le raisonnement direct par choix successifs, complété par la disjonction de cas, le passage au complémentaire et le double comptage.

Il reste que certains codages sont si naturels qu'ils s'imposent, et nous les utiliserons sans complexe : identifier une application de [ ⁣[1,p] ⁣] dans E avec un p-uplet d'éléments de E, ou une partie de E avec sa fonction indicatrice, ne relève pas de l'astuce mais de la simple traduction.

Opérations sur les cardinaux

Réunion de parties disjointes

Propriété

Soient A et B deux ensembles finis disjoints, c'est-à-dire tels que AB=. Alors AB est fini et

Card(AB)=Card(A)+Card(B).

Démonstration. Posons p=Card(A) et q=Card(B), et donnons-nous deux bijections φ:[ ⁣[1,p] ⁣]A et ψ:[ ⁣[1,q] ⁣]B. Définissons χ:[ ⁣[1,p+q] ⁣]AB par

χ(i)={φ(i)si 1ip,ψ(ip)si p+1ip+q.

L'application est bien définie : pour p+1ip+q, on a 1ipq, donc ψ(ip) a un sens.

Surjectivité. Soit zAB. Si zA, il existe i[ ⁣[1,p] ⁣] avec z=φ(i)=χ(i). Si zB, il existe j[ ⁣[1,q] ⁣] avec z=ψ(j)=χ(j+p), et j+p[ ⁣[p+1,p+q] ⁣]. Dans les deux cas, z est atteint.

Injectivité. Soient i et i dans [ ⁣[1,p+q] ⁣] tels que χ(i)=χ(i). Si i et i sont tous deux dans [ ⁣[1,p] ⁣], alors φ(i)=φ(i) et l'injectivité de φ donne i=i. S'ils sont tous deux dans [ ⁣[p+1,p+q] ⁣], l'injectivité de ψ donne ip=ip, donc i=i. Reste le cas mixte : si ip<i, alors χ(i)A et χ(i)B, or AB=, donc χ(i)χ(i), ce qui contredit l'hypothèse. Ce cas ne se produit donc pas.

Ainsi χ est une bijection de [ ⁣[1,p+q] ⁣] sur AB, qui est donc fini de cardinal p+q.

Propriété

Réunion d'une famille de parties deux à deux disjointes. Soient A1,A2,,Am des ensembles finis deux à deux disjoints, c'est-à-dire tels que AiAj= dès que ij. Alors leur réunion est finie et

Card(i=1mAi)=i=1mCard(Ai).

Démonstration. Par récurrence sur m1. Pour m=1, l'égalité est immédiate. Supposons-la vraie au rang m et donnons-nous A1,,Am+1 deux à deux disjoints. Posons U=A1Am. Les ensembles U et Am+1 sont disjoints : si zUAm+1, alors z appartient à un certain Ai avec im, et à Am+1, donc zAiAm+1=, ce qui est absurde. La propriété précédente puis l'hypothèse de récurrence donnent

Card(i=1m+1Ai)=Card(U)+Card(Am+1)=i=1mCard(Ai)+Card(Am+1)=i=1m+1Card(Ai),

ce qui achève la récurrence.

Définition

Soit E un ensemble. Une partition de E est une famille (A1,,Am) de parties de E non vides, deux à deux disjointes, et dont la réunion est E. On dit alors que l'on a partitionné E, ou découpé E, en les parties Ai.

En pratique, on applique la formule précédente à des parties deux à deux disjointes recouvrant E, sans se soucier de savoir si l'une d'elles est vide : une partie vide contribue pour 0 à la somme et ne fausse donc rien. C'est la raison pour laquelle on parle souvent, par abus commode, de « partitionner selon un critère », même quand certains cas ne se produisent pas.

Propriété

Soit E un ensemble fini et soient A et B deux parties de E.

  1. Complémentaire : Card(A)=Card(E)Card(A), où A=EA.
  2. Différence : Card(AB)=Card(A)Card(AB). En particulier, si BA, alors Card(AB)=Card(A)Card(B).

Démonstration. Point 1. Les parties A et A sont disjointes, car un élément de A n'appartient pas à A, et leur réunion vaut E : tout élément de E appartient à A ou n'y appartient pas. La formule de la réunion disjointe donne Card(E)=Card(A)+Card(A), d'où le résultat en soustrayant.

Point 2. Les parties AB et AB sont disjointes : un élément de AB n'est pas dans B, donc pas dans AB. Leur réunion vaut A : un élément de A est dans B ou n'y est pas. Donc Card(A)=Card(AB)+Card(AB), d'où la formule. Si BA, alors AB=B et l'on obtient le cas particulier.

Exemple

Complémentaire et différence à l'œuvre. Restons dans E=[ ⁣[1,100] ⁣] et notons A l'ensemble des multiples de 3 qu'il contient et B celui des multiples de 5. En comptant comme au premier exemple du chapitre, Card(A)=33 car 3×33=99100<102, et Card(B)=20 car 5×20=100. Enfin AB est l'ensemble des multiples de 15 de [ ⁣[1,100] ⁣], de cardinal 6 car 15×6=90100<105.

Le nombre d'entiers de [ ⁣[1,100] ⁣] qui ne sont pas multiples de 3 s'obtient par la formule du complémentaire :

Card(A)=10033=67.

Le nombre d'entiers multiples de 3 mais pas de 5 s'obtient par la formule de la différence :

Card(AB)=Card(A)Card(AB)=336=27.

Attention à ne pas écrire ici 3320 : on ne retire que les éléments de B qui sont dans A, et le raccourci Card(A)Card(B) n'est licite que lorsque B est inclus dans A, ce qui n'est pas le cas.

Réunion de deux ensembles quelconques

Propriété

Soient A et B deux ensembles finis, sans hypothèse de disjonction. Alors

Card(AB)=Card(A)+Card(B)Card(AB).

Démonstration. Écrivons AB comme une réunion disjointe : AB=A(BA). Ces deux parties sont bien disjointes, car un élément de BA n'appartient pas à A, et leur réunion est bien AB, car tout élément de B est soit dans A, soit dans BA. La formule de la réunion disjointe donne

Card(AB)=Card(A)+Card(BA).

Or, d'après le point 2 de la propriété précédente appliqué à B et A, on a Card(BA)=Card(B)Card(BA). En reportant, et puisque BA=AB,

Card(AB)=Card(A)+Card(B)Card(AB).

L'interprétation est limpide : en ajoutant Card(A) et Card(B), on compte deux fois les éléments communs, il faut donc en retrancher une fois le nombre.

Exemple

Multiples de 3 ou de 5 entre 1 et 100. Reprenons les notations de l'exemple précédent : Card(A)=33 et Card(B)=20. Justifions au passage la valeur admise plus haut pour l'intersection : un entier appartient à AB s'il est divisible à la fois par 3 et par 5, donc s'il est divisible par leur plus petit commun multiple, qui vaut 15 ; réciproquement, tout multiple de 15 est multiple de 3 et de 5. Ainsi AB est bien l'ensemble des multiples de 15 de [ ⁣[1,100] ⁣], de cardinal 6. Par conséquent

Card(AB)=33+206=47.

Le nombre d'entiers de [ ⁣[1,100] ⁣] qui ne sont divisibles ni par 3 ni par 5 s'en déduit par passage au complémentaire : 10047=53.

Remarque

La formule du crible est hors programme. On pourrait chercher une formule analogue pour trois ensembles ou davantage : c'est ce que l'on appelle la formule du crible. Elle n'est pas au programme de PCSI, ni comme résultat de cours, ni comme outil que l'on invoquerait dans une copie. Vous n'écrirez donc jamais « d'après le crible ».

Cela ne vous prive de rien : dans un cas particulier donné, il reste toujours possible d'appliquer deux fois la formule à deux ensembles, en regroupant d'abord deux des trois ensembles, et de conduire le calcul à la main jusqu'au bout. C'est plus long, c'est parfaitement rigoureux, et cela reste dans le cadre du programme, à condition de le dire explicitement.

Produit cartésien

Propriété

Soient A et B deux ensembles finis. Alors A×B est fini et

Card(A×B)=Card(A)×Card(B).

Démonstration. Si A est vide, A×B est vide et les deux membres valent 0. Supposons donc A non vide et écrivons A={a1,,ap} avec p=Card(A) et les ai deux à deux distincts. Pour i[ ⁣[1,p] ⁣], posons

Pi={ai}×B={(ai,b)  ;  bB}.

Ces parties sont deux à deux disjointes : un couple appartenant à Pi et à Pj aurait pour première composante à la fois ai et aj, ce qui impose i=j. Leur réunion est A×B : tout couple (a,b) de A×B a sa première composante égale à un certain ai, donc appartient à Pi. Enfin, pour i fixé, l'application b(ai,b) est une bijection de B sur Pi : elle est surjective par définition de Pi, et injective car deux couples de même première composante sont égaux si et seulement si leurs secondes composantes le sont. Donc Card(Pi)=Card(B). La formule de la réunion disjointe donne alors

Card(A×B)=i=1pCard(Pi)=i=1pCard(B)=pCard(B)=Card(A)Card(B).

Propriété

Soient A1,A2,,Ap des ensembles finis. Alors le produit cartésien A1×A2××Ap est fini et

Card(A1×A2××Ap)=i=1pCard(Ai).

En particulier, si E est fini de cardinal n, alors Card(Ep)=np pour tout pN.

Démonstration. Récurrence sur p1. Le cas p=1 est trivial. Supposons le résultat acquis au rang p. En identifiant un (p+1)-uplet (x1,,xp+1) avec le couple ((x1,,xp),xp+1), ce qui est une simple réécriture, on obtient

Card(A1××Ap+1)=Card((A1××Ap)×Ap+1)=Card(A1××Ap)×Card(Ap+1),

en appliquant le cas de deux ensembles. L'hypothèse de récurrence conclut. Pour le cas particulier, on prend Ai=E pour tout i, et le produit vaut np. Pour p=0, la convention selon laquelle E0 est réduit à un unique élément (le 0-uplet vide) est cohérente avec n0=1.

Exemple

Un menu. Un restaurant propose 4 entrées, 5 plats et 3 desserts. Un menu complet est exactement un triplet (entrée, plat, dessert), c'est-à-dire un élément du produit cartésien des trois ensembles de choix. Le nombre de menus complets est donc

4×5×3=60.

Le principe multiplicatif

Le produit cartésien fournit le principe le plus utilisé de tout le chapitre. Il mérite d'être énoncé sous la forme où on l'emploie réellement, celle des choix successifs.

Méthode

Dénombrer par choix successifs (principe multiplicatif). Soit X l'ensemble à dénombrer. On rédige ainsi.

  1. Décrire un élément générique de X comme le résultat d'une suite de p choix successifs, effectués dans un ordre que l'on fixe une fois pour toutes.
  2. Justifier que la description est fidèle : toute suite de choix licites produit un élément de X, tout élément de X s'obtient par une telle suite, et deux suites de choix distinctes produisent des éléments distincts. Autrement dit, un élément de X est déterminé de manière unique par la suite des choix.
  3. Compter les possibilités à chaque étape : n1 possibilités pour le premier choix, n2 pour le deuxième, et ainsi de suite.
  4. Conclure : Card(X)=n1×n2××np.

Mise en garde décisive. Le nombre nk de possibilités à l'étape k ne doit pas dépendre des choix effectués aux étapes précédentes. L'ensemble des choix possibles a parfaitement le droit de changer selon ce qui a été choisi avant ; c'est seulement son cardinal qui doit rester le même. Si le nombre lui-même varie, le produit n'a plus de sens : il faut alors commencer par une disjonction de cas pour se ramener à des situations où ce nombre est constant.

Exemple

Une description fidèle, et une qui ne l'est pas. Comptons les codes de quatre chiffres deux à deux distincts. On choisit le premier chiffre (10 possibilités), puis le deuxième, différent du premier (9 possibilités, quel que soit le premier chiffre choisi), puis le troisième (8), puis le quatrième (7). Le nombre de possibilités à chaque étape ne dépend pas des choix antérieurs, seul l'ensemble dans lequel on choisit change. Il y a donc 10×9×8×7=5040 tels codes.

En revanche, comptons les nombres de quatre chiffres, à chiffres deux à deux distincts et pairs. Si l'on commence par le chiffre des unités, qui doit être pair (5 possibilités : 0, 2, 4, 6, 8), le nombre de possibilités pour le chiffre des milliers dépend du choix précédent : il doit être non nul et différent du chiffre des unités, ce qui laisse 9 possibilités si l'on a choisi 0, mais seulement 8 sinon. Le principe multiplicatif ne s'applique pas tel quel. La disjonction de cas nécessaire est traitée en détail à la section « Méthodes de dénombrement ».

Disjonction de cas et passage au complémentaire

Méthode

Deux réflexes qui débloquent la plupart des situations.

  1. La disjonction de cas. Quand l'ensemble X à dénombrer résiste, on cherche un critère qui le découpe en parties X1,,Xm deux à deux disjointes dont la réunion est X, chacune se dénombrant facilement. On conclut par Card(X)=Card(X1)++Card(Xm). Les deux points à vérifier explicitement dans la copie sont toujours les mêmes : les cas sont-ils exclusifs (sinon on compte deux fois) et sont-ils exhaustifs (sinon on en oublie).
  2. Le passage au complémentaire. Dès qu'une condition contient les mots « au moins un », il faut penser au complémentaire : la négation de « au moins un » est « aucun », condition en général bien plus simple à dénombrer. Si X est l'ensemble total et Y la partie des objets vérifiant « aucun », alors le nombre d'objets vérifiant « au moins un » vaut Card(X)Card(Y). Le même réflexe vaut pour « au moins deux » quand les cas « zéro » et « un » sont faciles, et pour « au plus » quand c'est « au moins » qui est simple.

Exemple

Au moins une fois la lettre E. Combien y a-t-il de mots de 5 lettres, formés sur l'alphabet à 26 lettres et sans aucune contrainte d'existence dans le dictionnaire, contenant au moins une fois la lettre E ? Un mot de 5 lettres est exactement un 5-uplet de lettres, et il y en a 265=11881376 en tout. Les mots ne contenant aucune lettre E sont les 5-uplets formés sur les 25 autres lettres, au nombre de 255=9765625. Par passage au complémentaire, le nombre cherché est

265255=118813769765625=2115751.

Comparez avec la tentation de compter directement : « je choisis la position du E (5 possibilités), puis les quatre autres lettres librement (264) », ce qui donnerait 5×264=2284880. Ce résultat est faux, car un mot contenant deux E est alors compté deux fois. Le complémentaire évite ce piège sans effort.

Nombre d'applications, nombre de parties

Applications d'un ensemble fini dans un autre

Propriété

Soient E et F deux ensembles finis, de cardinaux respectifs p=Card(E) et q=Card(F). Alors l'ensemble F(E,F) des applications de E dans F est fini et

Card(F(E,F))=qp.

C'est cette formule qui justifie la notation FE pour l'ensemble des applications de E dans F.

Démonstration. Première rédaction, par choix successifs. Supposons E non vide et écrivons E={x1,,xp}, les xi étant deux à deux distincts. Se donner une application f:EF, c'est se donner l'image de chacun des p éléments de E, et rien d'autre : deux applications qui coïncident en chaque xi sont égales, et tout choix d'images définit bien une application. On effectue donc p choix successifs : f(x1) dans F, soit q possibilités, puis f(x2) dans F, soit encore q possibilités quel que soit le choix précédent, et ainsi de suite jusqu'à f(xp). Le principe multiplicatif donne q×q××q=qp.

Deuxième rédaction, par récurrence sur p. Pour p=0, c'est-à-dire E=, il existe exactement une application de dans F, l'application vide, et q0=1 : la formule est vraie. Supposons-la vraie pour tout ensemble de cardinal p, et soit E de cardinal p+1. Fixons aE et posons E=E{a}, de cardinal p. L'application

Φ:F(E,F)F(E,F)×F,f(fE,f(a))

est une bijection : à partir d'un couple (g,y), on reconstruit une unique application f de E dans F en posant f(x)=g(x) pour xE et f(a)=y. Donc, par l'hypothèse de récurrence et le cardinal d'un produit,

Card(F(E,F))=Card(F(E,F))×Card(F)=qp×q=qp+1,

ce qui achève la récurrence.

Remarque

Les cas dégénérés méritent une seconde d'attention, et la formule les gère correctement. Si E=, il y a une seule application, l'application vide, et q0=1. Si F= et E, il n'y a aucune application, et 0p=0 pour p1. Enfin, si E et F sont tous deux vides, il y a une application et l'on retrouve 00=1, avec la convention usuelle.

Exemple

Un ensemble E a 5 éléments et un ensemble F en a 3. Le nombre d'applications de E dans F vaut 35=243, tandis que le nombre d'applications de F dans E vaut 53=125. Les deux nombres diffèrent, ce qui n'a rien de surprenant : dans le premier cas on fait 5 choix parmi 3 valeurs, dans le second 3 choix parmi 5. Retenez la place des lettres : c'est le cardinal de l'ensemble d'arrivée qui est à la base, et celui de l'ensemble de départ qui est en exposant.

Le nombre de parties d'un ensemble fini

Propriété

Soit E un ensemble fini de cardinal n. Alors P(E) est fini et

Card(P(E))=2n.

Première démonstration, par les fonctions indicatrices. Rappelons que pour AE, la fonction indicatrice 1A:E{0,1} est définie par 1A(x)=1 si xA et 1A(x)=0 sinon. Considérons l'application

Θ:P(E)F(E,{0,1}),A1A.

Montrons que Θ est bijective en exhibant sa réciproque. À une application f:E{0,1}, associons la partie Λ(f)=f1({1})={xE  ;  f(x)=1}.

D'une part, pour toute partie A, on a Λ(Θ(A))={xE  ;  1A(x)=1}=A, par définition même de l'indicatrice. D'autre part, pour toute application f:E{0,1} et tout xE, on a 1Λ(f)(x)=1 si et seulement si xΛ(f), c'est-à-dire si et seulement si f(x)=1 ; comme f ne prend que les valeurs 0 et 1, cela signifie exactement 1Λ(f)(x)=f(x). Donc Θ(Λ(f))=f. Les deux composées valent l'identité, donc Θ est bijective, et

Card(P(E))=Card(F(E,{0,1}))=2n

d'après la propriété précédente.

Seconde démonstration, par récurrence sur n. Montrons par récurrence sur nN l'assertion : « tout ensemble de cardinal n possède exactement 2n parties ».

Initialisation. Si n=0, alors E= et P()={} : il y a une seule partie, et 20=1.

Hérédité. Supposons l'assertion vraie au rang n et soit E de cardinal n+1. Fixons aE et posons E=E{a}, de cardinal n. Découpons P(E) selon que la partie contient ou non l'élément a :

U={AP(E)  ;  aA},V={AP(E)  ;  aA}.

Ces deux ensembles sont disjoints et leur réunion est P(E) : une partie contient a ou ne le contient pas, et pas les deux.

Les éléments de U sont exactement les parties de E, donc Card(U)=2n par hypothèse de récurrence. Quant à V, l'application AA{a} envoie V dans P(E), et l'application BB{a} envoie P(E) dans V ; ces deux applications sont réciproques l'une de l'autre, car pour AV on a (A{a}){a}=A puisque aA, et pour BE on a (B{a}){a}=B puisque aB. Donc Card(V)=Card(P(E))=2n.

Finalement Card(P(E))=2n+2n=2n+1, ce qui achève la récurrence.

Remarque

Une troisième démonstration sera donnée à la fin de la section sur les coefficients binomiaux, en découpant P(E) selon le cardinal des parties et en appliquant la formule du binôme. Trois preuves d'un même résultat, ce n'est pas du luxe : chacune éclaire un aspect différent. La première dit qu'une partie, c'est une suite de n réponses par oui ou par non ; la deuxième dit que passer de n à n+1 éléments double le nombre de parties ; la troisième dit comment ces 2n parties se répartissent selon leur taille.

Exemple

Prenons E={a,b,c}, de cardinal 3. Ses parties sont

,{a},{b},{c},{a,b},{a,c},{b,c},{a,b,c},

soit 8=23 parties, conformément à la formule. Notez que l'ensemble vide et E lui-même comptent parmi les parties : les oublier est l'erreur la plus fréquente. Pour un ensemble à 10 éléments, on aurait 210=1024 parties, et pour un ensemble à 20 éléments, 220=1048576 : la croissance est très rapide.

Listes, arrangements, permutations

Les p-listes

Définition

Soient E un ensemble et pN. Une p-liste (on dit aussi un p-uplet) d'éléments de E est un élément (x1,x2,,xp) de Ep, c'est-à-dire la donnée ordonnée de p éléments de E, non nécessairement distincts.

Une p-liste s'identifie à une application de [ ⁣[1,p] ⁣] dans E : à la liste (x1,,xp) correspond l'application ixi, et réciproquement. Deux listes sont égales si et seulement si elles ont les mêmes composantes dans le même ordre : (1,2)(2,1), alors que {1,2}={2,1}. C'est là toute la différence entre une liste et une partie.

Propriété

Si E est fini de cardinal n, le nombre de p-listes d'éléments de E vaut np.

Démonstration. C'est le cardinal de Ep, calculé à la section précédente ; c'est aussi, via l'identification ci-dessus, le cardinal de F([ ⁣[1,p] ⁣],E), qui vaut np.

Exemple

Un code d'entrée comporte 4 chiffres, choisis parmi les dix chiffres de 0 à 9, chacun pouvant être répété. Un code est exactement une 4-liste d'éléments de [ ⁣[0,9] ⁣], donc il y en a 104=10000. De même, le nombre de mots de 5 lettres sur l'alphabet à 26 lettres, sans contrainte, vaut 265=11881376.

p-listes d'éléments distincts et injections

Définition

Soit E un ensemble et pN. Une p-liste d'éléments distincts de E (on dit aussi un arrangement de p éléments de E) est une p-liste (x1,,xp) d'éléments de E dont les composantes sont deux à deux distinctes : xixj dès que ij.

Propriété

Soit E un ensemble fini de cardinal n et soit pN. Le nombre de p-listes d'éléments deux à deux distincts de E, noté Anp, vaut

  • Anp=n(n1)(n2)(np+1)=n!(np)! si 0pn ;
  • Anp=0 si p>n.

Ce nombre est aussi le nombre d'applications injectives d'un ensemble de cardinal p dans un ensemble de cardinal n.

Démonstration. Cas p>n. Une p-liste d'éléments distincts de E définit une application injective de [ ⁣[1,p] ⁣] dans E. S'il en existait une, la comparaison des cardinaux donnerait pn, ce qui contredit p>n. Il n'y en a donc aucune : Anp=0.

Cas pn, par choix successifs. Construisons une telle liste. On choisit x1 dans E : il y a n possibilités. Puis x2 dans E{x1} : il y a n1 possibilités, et ce nombre ne dépend pas de la valeur choisie pour x1, seul l'ensemble dans lequel on puise change. Puis x3 dans E{x1,x2} : il y a n2 possibilités, à nouveau indépendamment des choix antérieurs, car x1 et x2 sont distincts et l'on retire donc exactement deux éléments. En poursuivant, au k-ième choix on dispose de n(k1) possibilités, et le dernier choix, celui de xp, en offre np+1. La description est fidèle : toute suite de choix licites fournit une p-liste d'éléments distincts, toute telle liste s'obtient ainsi, et deux suites de choix distinctes donnent deux listes distinctes puisque les listes sont ordonnées. Le principe multiplicatif donne

Anp=n(n1)(np+1).

En multipliant et divisant par (np)!, on reconnaît

Anp=n(n1)(np+1)×(np)(np1)1(np)!=n!(np)!.

Le cas des injections. Soit X un ensemble de cardinal p, que l'on énumère X={u1,,up}. Une application f:XE est déterminée par la liste (f(u1),,f(up)) de ses valeurs, et elle est injective si et seulement si cette liste est formée d'éléments deux à deux distincts. Les applications injectives de X dans E correspondent donc exactement aux p-listes d'éléments distincts de E, et il y en a Anp.

Remarque

Une rédaction rigoureuse par récurrence, pour ceux que le mot « et ainsi de suite » laisse insatisfaits. Notons p(n) le nombre de p-listes d'éléments deux à deux distincts d'un ensemble de cardinal n : ce nombre ne dépend que de n et de p, et non de l'ensemble choisi. Fixons un ensemble E de cardinal n et, pour p1, découpons l'ensemble des p-listes d'éléments distincts de E selon la valeur de la première composante x1 : pour x1=x fixé, la liste (x,x2,,xp) est licite si et seulement si (x2,,xp) est une (p1)-liste d'éléments distincts de E{x}, qui est de cardinal n1 ; il y a donc p1(n1) listes commençant par x, et ce nombre est le même pour les n valeurs possibles de x. Les n morceaux obtenus sont deux à deux disjoints et recouvrent l'ensemble tout entier, d'où la relation

p(n)=n×p1(n1),

qui, jointe à 0(n)=1, donne la formule annoncée par une récurrence immédiate sur p.

Exemple

Un podium. Huit coureurs disputent une course sans ex aequo. Un podium est la donnée du premier, du deuxième et du troisième, dans cet ordre : c'est exactement une 3-liste d'éléments distincts de l'ensemble des coureurs. Il y a donc

A83=8×7×6=336

podiums possibles. Si l'on cherche non pas le podium mais le classement complet des huit coureurs, il s'agit d'une 8-liste d'éléments distincts parmi 8, soit A88=8!=40320 classements.

Exemple

Des injections. Le nombre d'applications injectives d'un ensemble à 4 éléments dans un ensemble à 10 éléments vaut

A104=10×9×8×7=5040.

En revanche, il n'existe aucune application injective d'un ensemble à 10 éléments dans un ensemble à 4 éléments, ce que traduit A410=0 : c'est une autre façon de formuler le principe des tiroirs.

Permutations et factorielle

Définition

Soit E un ensemble fini. Une permutation de E est une bijection de E sur lui-même.

Définition

Pour nN, on pose n!=1×2××n=k=1nk, lu « factorielle n », et l'on convient que 0!=1. Pour tout nN, on a la relation de récurrence (n+1)!=(n+1)×n!.

La convention 0!=1 n'est pas une coquetterie : c'est elle qui rend la relation (n+1)!=(n+1)n! valable dès n=0, et qui permet d'écrire Ann=n!0!=n! sans cas particulier. Voici les premières valeurs, à connaître au moins jusqu'à 6!.

n 0 1 2 3
n! 1 1 2 6
n 4 5 6 7
n! 24 120 720 5040

La croissance est spectaculaire : 8!=40320, 10!=3628800 et 12!=479001600. Une factorielle écrase toute puissance : c'est pourquoi un dénombrement qui aboutit à n! produit très vite des nombres gigantesques.

Propriété

Soit E un ensemble fini de cardinal n. Le nombre de permutations de E vaut n!.

Démonstration. Une permutation de E est une bijection de E sur E ; en particulier, c'est une application injective de E dans E. Réciproquement, comme E et E ont évidemment même cardinal, le théorème fondamental de la section 2 affirme que toute application injective de E dans E est bijective. Les permutations de E sont donc exactement les applications injectives de E dans E, et il y en a, d'après la propriété précédente appliquée avec p=n,

Ann=n!(nn)!=n!0!=n!.

Remarque

Le mot « permutation » ne désigne dans ce cours rien d'autre qu'une bijection d'un ensemble fini sur lui-même, dénombrée par n!. Tout ce qui concerne la structure algébrique formée par ces permutations relève d'un chapitre qui n'existe pas en PCSI : c'est hors programme, et rien de tel ne sera utilisé ici. Pour nous, une permutation est un objet que l'on compte, pas un objet que l'on étudie.

Exemple

Le nombre de façons de ranger 6 livres distincts, côte à côte sur une étagère, est le nombre de permutations d'un ensemble à 6 éléments, soit 6!=720. Si l'on impose que deux livres particuliers soient côte à côte, on raisonne par choix successifs : on considère le bloc formé par ces deux livres comme un objet unique, ce qui laisse 5 objets à ranger, soit 5!=120 dispositions, puis on choisit l'ordre des deux livres à l'intérieur du bloc, soit 2 possibilités. Le nombre cherché est donc 120×2=240.

Les quatre modèles

Méthode

Reconnaître le modèle. On choisit p objets dans un ensemble à n éléments. Deux questions suffisent à trancher : l'ordre des objets choisis intervient-il, et un même objet peut-il être choisi plusieurs fois ? Le tableau donne la réponse.

Ordre et répétitions Objet compté Nombre
Avec ordre, avec répétition p-liste d'éléments de E np
Avec ordre, sans répétition p-liste d'éléments distincts Anp
Sans ordre, sans répétition partie à p éléments de E (np)
Sans ordre, avec répétition hors du cadre de ce cours traité en exercice guidé

Le coefficient (np) fait l'objet de la section suivante. Les trois premières lignes se lisent aussi comme une chaîne de restrictions successives : on part des listes libres, on interdit les répétitions, puis on oublie l'ordre. Le quatrième cas, où l'on choisit p objets sans tenir compte de l'ordre mais en autorisant les répétitions, ne correspond à aucune formule du cours : il n'est pas exigible et ne sera abordé que dans un exercice guidé, où le raisonnement sera conduit pas à pas.

Exemple

Les trois modèles sur un tout petit ensemble. Prenons E={a,b,c}, de cardinal 3, et p=2. Les trois premiers modèles donnent trois listes d'objets bien différentes, que l'on peut ici écrire en entier.

Les 2-listes d'éléments de E, où l'ordre compte et les répétitions sont permises, sont

(a,a), (a,b), (a,c), (b,a), (b,b), (b,c), (c,a), (c,b), (c,c),

soit 9=32 objets.

Les 2-listes d'éléments distincts, où l'ordre compte mais où les répétitions sont interdites, s'obtiennent en retirant les trois listes à composantes égales :

(a,b), (a,c), (b,a), (b,c), (c,a), (c,b),

soit 6=A32=3×2 objets.

Les parties à 2 éléments, où ni l'ordre ni les répétitions n'interviennent, sont

{a,b}, {a,c}, {b,c},

soit 3=(32) objets. On lit sur cet exemple minuscule la relation A32=(32)×2!, c'est-à-dire 6=3×2 : chaque partie donne naissance à 2!=2 listes, selon l'ordre choisi. C'est exactement le mécanisme démontré à la section suivante.

Combinaisons et coefficients binomiaux

Définition et premières valeurs

Définition

Soient nN et pZ. Soit E un ensemble de cardinal n. On appelle p-combinaison de E toute partie de E à p éléments. Le nombre de ces parties se note (np) et se lit « p parmi n » : c'est le coefficient binomial d'indices n et p.

Cette définition demande deux justifications. D'abord, le nombre en question est bien fini : les parties à p éléments de E forment une partie de P(E), qui est fini de cardinal 2n. Ensuite, ce nombre ne dépend que de n, et non de l'ensemble E choisi : si E et E ont même cardinal, une bijection de E sur E transforme les parties à p éléments de l'un en les parties à p éléments de l'autre, sans en oublier ni en confondre. La notation (np), qui ne mentionne pas E, est donc légitime. Dans toute la suite, on note Pp(E) l'ensemble des parties à p éléments de E, de sorte que Card(Pp(E))=(np).

Propriété

Soit nN. Les valeurs suivantes se lisent directement sur la définition.

  1. (n0)=1 : la seule partie à 0 élément est l'ensemble vide.
  2. (nn)=1 : la seule partie à n éléments d'un ensemble à n éléments est cet ensemble tout entier.
  3. (n1)=n : les parties à un élément sont les singletons {x}, en bijection évidente avec les éléments x de E.
  4. (np)=0 dès que p>n ou p<0 : une partie de E a au plus n éléments, et jamais un nombre négatif d'éléments.

Démonstration. Les points 1, 2 et 4 sont des reformulations directes de résultats déjà établis : l'unique partie de cardinal 0 est car un ensemble fini de cardinal nul est vide ; une partie A de E telle que Card(A)=n=Card(E) vaut E d'après le point 3 de la propriété sur les parties ; enfin toute partie de E vérifie Card(A)n, ce qui interdit p>n, et un cardinal est un entier naturel, ce qui interdit p<0. Pour le point 3, l'application x{x} de E dans P1(E) est surjective, car toute partie à un élément s'écrit ainsi, et injective, car {x}={y} entraîne x=y. Donc (n1)=Card(E)=n.

Dans toute la suite, sauf mention contraire, on considère 0pn. La convention (np)=0 en dehors de cet intervalle a l'avantage de rendre les formules valables sans restriction, ce qui évite de multiplier les cas particuliers.

La formule explicite, par double comptage

Propriété

Pour tous entiers n et p tels que 0pn,

(np)=Anpp!=n!p!(np)!.

Démonstration, par double comptage. Soit E un ensemble de cardinal n et soit L l'ensemble des p-listes d'éléments deux à deux distincts de E. Nous allons calculer Card(L) de deux manières.

Premier comptage. D'après la section précédente, Card(L)=Anp.

Second comptage. À toute liste =(x1,,xp)L, associons l'ensemble de ses composantes

S()={x1,x2,,xp}.

Comme les xi sont deux à deux distincts, S() est une partie de E à exactement p éléments, c'est-à-dire un élément de Pp(E). Pour APp(E), posons

LA={L  ;  S()=A}.

Les ensembles LA, pour A parcourant Pp(E), sont deux à deux disjoints (une liste n'appartient qu'au seul LA avec A=S()) et leur réunion est L tout entier (toute liste appartient à LS()). Le dénombrement d'une réunion de parties deux à deux disjointes donne donc

Card(L)=APp(E)Card(LA).

Calcul de Card(LA). Fixons APp(E). Une liste appartient à LA si et seulement si ses composantes sont deux à deux distinctes et si l'ensemble de ses composantes est exactement A. Or une p-liste d'éléments deux à deux distincts de A a nécessairement pour ensemble de composantes une partie de A à p éléments, donc A tout entier puisque Card(A)=p. Ainsi LA est exactement l'ensemble des p-listes d'éléments distincts de A, et

Card(LA)=App=p!.

Ce nombre ne dépend pas de A : la somme comporte Card(Pp(E))=(np) termes tous égaux à p!, d'où

Card(L)=(np)×p!.

Conclusion. En égalant les deux comptages, Anp=(np)p!, et comme p!0,

(np)=Anpp!=n!p!(np)!.

Remarque

Retenez l'idée, elle est plus importante que la formule : choisir une p-liste d'éléments distincts, c'est choisir la partie de ses composantes, puis l'ordre dans lequel on les écrit. Comme il y a p! ordres possibles pour une même partie, il y a p! fois plus de listes que de parties. C'est le passage « avec ordre » vers « sans ordre » : on divise par le nombre d'ordres. La formule (np)=Anpp! n'est rien d'autre que cette phrase.

Exemple

Calculons quelques valeurs. D'abord (62)=6×52×1=15, et (63)=6×5×43×2×1=20. En pratique, on n'écrit jamais n!p!(np)! avec des factorielles complètes : on utilise (np)=Anpp!, qui ne fait intervenir que p facteurs au numérateur. Ainsi

(325)=32×31×30×29×285×4×3×2×1=201376,

alors que le calcul par 32! serait impraticable à la main. On simplifie avant de multiplier : ici 30 et 5×3=15 donnent 2, puis 32 et 4×2=8 donnent 4, ce qui ramène le calcul à 4×31×2×29×28.

Exemple

Les paires, et un retour sur un exemple du début. Le nombre de parties à deux éléments d'un ensemble à n éléments vaut

(n2)=n(n1)2.

On retrouve exactement le nombre de couples (i,j) de [ ⁣[1,n] ⁣]×[ ⁣[1,n] ⁣] tels que i<j, calculé au tout début du chapitre par un découpage selon j. Ce n'est pas une coïncidence : se donner une paire {i,j} d'entiers distincts, c'est se donner le couple (i,j) rangé dans l'ordre croissant, et réciproquement. Pour n=10, les deux comptages donnent bien (102)=10×92=45.

Ce nombre est celui de bien des situations concrètes : le nombre de matchs d'un tournoi où chacune des n équipes rencontre une fois chacune des autres, ou encore le nombre de segments joignant deux points parmi n points donnés.

Symétrie

Propriété

Pour tous entiers n et p avec 0pn,

(np)=(nnp).

Démonstration combinatoire, par passage au complémentaire. Soit E un ensemble de cardinal n. Choisir une partie A à p éléments de E, c'est exactement choisir les np éléments que l'on laisse de côté, c'est-à-dire la partie A, qui a np éléments d'après la formule du complémentaire. Formellement, l'application AA envoie Pp(E) dans Pnp(E), et elle est sa propre réciproque puisque A=A. C'est donc une bijection, et les deux ensembles ont même cardinal, ce qui est l'égalité annoncée.

Vérification par le calcul. En appliquant la formule explicite avec np à la place de p, et en notant que n(np)=p,

(nnp)=n!(np)!(n(np))!=n!(np)!p!=(np).

Exemple

La symétrie est d'un usage constant pour alléger les calculs : plutôt que de calculer (2018) avec dix-huit facteurs, on écrit (2018)=(202)=20×192=190. De même (3230)=(322)=32×312=496. Règle pratique : quand p dépasse n2, passer au complémentaire avant de calculer.

La formule de Pascal et le triangle

Propriété

Formule de Pascal. Pour tous entiers n1 et p tels que 1pn1,

(np)=(n1p1)+(n1p).

Avec la convention (mk)=0 pour k<0 ou k>m, la formule reste valable pour tout pZ et tout n1.

Démonstration combinatoire. Soit E un ensemble de cardinal n1 et fixons un élément aE. Posons E=E{a}, de cardinal n1. Découpons l'ensemble Pp(E) des parties à p éléments de E selon que la partie contient ou non l'élément a :

U={APp(E)  ;  aA},V={APp(E)  ;  aA}.

Ces deux ensembles sont disjoints et leur réunion est Pp(E) : une partie contient a ou ne le contient pas, et jamais les deux à la fois. Donc

(np)=Card(U)+Card(V).

Les parties qui ne contiennent pas a. Une partie A de E à p éléments ne contenant pas a est exactement une partie de E à p éléments. Donc Card(U)=(n1p).

Les parties qui contiennent a. Une partie A de E à p éléments contenant a s'obtient en adjoignant a à la partie A{a}, qui est une partie de E à p1 éléments. Réciproquement, si B est une partie de E à p1 éléments, alors B{a} est une partie de E à p éléments contenant a, car aB. Ces deux correspondances sont réciproques l'une de l'autre, donc Card(V)=(n1p1).

En additionnant, on obtient exactement la formule annoncée.

Vérification par le calcul. Pour 1pn1, réduisons au même dénominateur :

(n1p1)+(n1p)=(n1)!(p1)!(np)!+(n1)!p!(n1p)!=(n1)!pp!(np)!+(n1)!(np)p!(np)!=(n1)!(p+np)p!(np)!=n!p!(np)!=(np),

où l'on a multiplié le premier terme par pp et le second par npnp pour obtenir le dénominateur commun p!(np)!.

Remarque

Comparez les deux démonstrations. Le calcul est court mais il n'explique rien : on vérifie une identité déjà connue. La démonstration combinatoire, elle, dit pourquoi la formule est vraie : parce que les parties à p éléments se répartissent en deux catégories selon qu'elles contiennent ou non un élément fixé. C'est précisément ce type de raisonnement que le programme demande de savoir produire.

La formule de Pascal permet de calculer tous les coefficients binomiaux de proche en proche, sans aucune factorielle : chaque coefficient est la somme des deux coefficients situés juste au-dessus de lui, à gauche et à droite. C'est le triangle de Pascal, présenté ici en deux tableaux pour tenir dans la largeur.

n (n0) (n1) (n2) (n3)
0 1
1 1 1
2 1 2 1
3 1 3 3 1
4 1 4 6 4
5 1 5 10 10
6 1 6 15 20
n (n4) (n5) (n6)
4 1
5 5 1
6 15 6 1

Exemple

Lisons la construction sur la ligne n=6. Le coefficient (63)=20 s'obtient par la formule de Pascal comme (52)+(53)=10+10=20, c'est-à-dire la somme des deux nombres situés au-dessus de lui dans la ligne n=5. De même (62)=(51)+(52)=5+10=15. Chaque ligne commence et finit par 1, ce qui traduit (n0)=(nn)=1, et chaque ligne se lit indifféremment de gauche à droite ou de droite à gauche, ce qui traduit la symétrie (np)=(nnp).

La formule du pivot

Propriété

Formule du pivot. Pour tous entiers n et p tels que 1pn,

p(np)=n(n1p1).

On l'écrit souvent sous la forme (np)=np(n1p1), commode pour calculer une ligne du triangle de proche en proche.

Démonstration combinatoire, par double comptage. Soit E un ensemble de cardinal n. Comptons de deux façons les éléments de l'ensemble

C={(A,x)  ;  APp(E) et xA},

c'est-à-dire les couples formés d'une partie à p éléments et d'un élément distingué à l'intérieur de cette partie. On peut penser à un comité de p personnes choisi parmi n, dans lequel on désigne un président.

Premier comptage, en choisissant d'abord la partie. Découpons C selon la première composante A. Pour APp(E) fixée, les couples de C de première composante A sont les (A,x) avec xA : il y en a Card(A)=p. Ces morceaux sont deux à deux disjoints et recouvrent C, donc

Card(C)=APp(E)p=(np)×p.

Second comptage, en choisissant d'abord l'élément distingué. Découpons maintenant C selon la seconde composante x. Pour xE fixé, les couples de C de seconde composante x sont les (A,x)A est une partie à p éléments contenant x. Comme dans la démonstration de la formule de Pascal, une telle partie s'écrit de manière unique A=B{x} avec B partie à p1 éléments de E{x}, ensemble de cardinal n1 : il y en a donc (n1p1). Ces morceaux sont deux à deux disjoints et recouvrent C, donc

Card(C)=xE(n1p1)=n×(n1p1).

En égalant les deux comptages, p(np)=n(n1p1).

Vérification par le calcul. Pour 1pn,

p(np)=p×n!p!(np)!=n!(p1)!(np)!

puisque p!=p×(p1)!, et par ailleurs

n(n1p1)=n×(n1)!(p1)!((n1)(p1))!=n×(n1)!(p1)!(np)!=n!(p1)!(np)!.

Les deux expressions coïncident.

Exemple

Vérifions sur n=6 et p=3 : d'une part 3×(63)=3×20=60, d'autre part 6×(52)=6×10=60. La formule sert aussi à calculer une ligne du triangle sans additions : partant de (60)=1, on obtient (61)=61(50)=6, puis, à l'aide de la relation voisine (np)=np+1p(np1), qui se vérifie par le calcul exactement de la même manière, on enchaîne (62)=52×6=15, (63)=43×15=20, (64)=34×20=15, ce qui redonne bien la ligne n=6.

La formule du binôme, par voie combinatoire

Propriété

Formule du binôme de Newton. Soient a et b deux nombres réels ou complexes et nN. Alors

(a+b)n=k=0n(nk)akbnk.

Démonstration combinatoire. Le cas n=0 est immédiat : les deux membres valent 1. Supposons n1 et écrivons le produit en numérotant ses facteurs :

(a+b)n=(a+b)facteur 1×(a+b)facteur 2××(a+b)facteur n.

Développer ce produit par distributivité consiste à choisir, dans chacun des n facteurs, l'un des deux termes a ou b, à multiplier les n termes choisis, puis à sommer sur toutes les manières de choisir. C'est exactement la règle de développement d'un produit de sommes, appliquée n fois.

Une manière de choisir est entièrement décrite par l'ensemble

K={i[ ⁣[1,n] ⁣]  ;  on a choisi a dans le facteur i},

qui est une partie quelconque de [ ⁣[1,n] ⁣] ; les facteurs d'indice hors de K fournissent alors b. Réciproquement, toute partie K de [ ⁣[1,n] ⁣] décrit une et une seule manière de choisir. Le produit correspondant comporte Card(K) facteurs égaux à a et nCard(K) facteurs égaux à b ; comme la multiplication des nombres est commutative, ce produit vaut aCard(K)bnCard(K). Ainsi

(a+b)n=KP([ ⁣[1,n] ⁣])aCard(K)bnCard(K).

Regroupons maintenant les termes de cette somme selon le cardinal de K, c'est-à-dire découpons P([ ⁣[1,n] ⁣]) en les Pk([ ⁣[1,n] ⁣]) pour k[ ⁣[0,n] ⁣] : ces parties sont deux à deux disjointes (une partie a un seul cardinal) et leur réunion est P([ ⁣[1,n] ⁣]) tout entier. Tous les termes correspondant à un même k sont égaux à akbnk, et il y en a Card(Pk([ ⁣[1,n] ⁣]))=(nk). D'où

(a+b)n=k=0n(nk)akbnk.

Remarque

Cette formule a déjà été démontrée au chapitre de calcul algébrique, par récurrence sur n, en utilisant la formule de Pascal au passage de n à n+1. Les deux démonstrations sont correctes et il faut savoir refaire l'une comme l'autre ; le programme demande explicitement de connaître la démonstration combinatoire donnée ici. Elle a l'avantage d'expliquer d'où vient le coefficient (nk) : c'est le nombre de façons de choisir les k facteurs qui fournissent a.

Deux précautions de rédaction. D'abord, la commutativité du produit est essentielle : la formule s'applique à des nombres, et l'on ne peut pas l'utiliser telle quelle pour des objets qui ne commutent pas, comme des matrices quelconques. Ensuite, en écrivant (nk)akbnk, on adopte la convention x0=1 y compris pour x=0, sans quoi les termes extrêmes n'auraient pas de sens quand a ou b est nul.

Exemple

Pour n=4, la ligne correspondante du triangle de Pascal est 1,4,6,4,1, et la formule donne

(a+b)4=b4+4ab3+6a2b2+4a3b+a4.

En particulier, avec a=x et b=1,

(x1)4=x44x3+6x24x+1,

les signes alternant parce que (1)4k vaut alternativement 1 et 1.

Conséquences du binôme

Propriété

Soit nN. Alors

k=0n(nk)=2n,

et, pour n1,

k=0n(1)k(nk)=0.

Démonstration. La première identité s'obtient en appliquant la formule du binôme avec a=b=1 : le membre de gauche devient (1+1)n=2n, et le membre de droite k(nk)1k1nk=k(nk).

La seconde s'obtient avec a=1 et b=1 : le membre de gauche devient (1+1)n=0n=0, puisque n1, et le membre de droite k(nk)(1)k1nk=k(1)k(nk).

Propriété

Troisième démonstration du nombre de parties. Soit E un ensemble fini de cardinal n. Alors Card(P(E))=2n.

Démonstration. Découpons P(E) selon le cardinal des parties : les ensembles P0(E),P1(E),,Pn(E) sont deux à deux disjoints, puisqu'une partie a un cardinal et un seul, et leur réunion est P(E), puisque toute partie de E a un cardinal compris entre 0 et n. D'où

Card(P(E))=k=0nCard(Pk(E))=k=0n(nk)=2n,

la dernière égalité étant la conséquence du binôme établie à l'instant.

Propriété

Soit n1 et soit E un ensemble de cardinal n. Alors E possède autant de parties de cardinal pair que de parties de cardinal impair, à savoir 2n1 de chaque sorte.

Démonstration. Notons P le nombre de parties de E de cardinal pair et I celui des parties de cardinal impair. En découpant P(E) selon le cardinal comme ci-dessus, puis en séparant les indices pairs des indices impairs,

P=0knk pair(nk),I=0knk impair(nk).

La première conséquence du binôme donne P+I=2n. La seconde s'écrit

0=k=0n(1)k(nk)=k pair(nk)k impair(nk)=PI,

car (1)k vaut 1 si k est pair et 1 sinon. Le système formé de P+I=2n et PI=0 donne P=I=2n1.

Exemple

Pour n=4, les parties de cardinal pair sont au nombre de (40)+(42)+(44)=1+6+1=8, et celles de cardinal impair au nombre de (41)+(43)=4+4=8. On retrouve bien 241=8 de chaque sorte, et 8+8=16=24 parties au total.

Méthodes de dénombrement

Choisir le modèle : quatre questions

Méthode

Avant tout calcul, poser quatre questions. Devant un énoncé de dénombrement, on ne cherche pas une formule : on décrit d'abord précisément l'objet à compter.

  1. L'ordre intervient-il ? Deux configurations composées des mêmes éléments, mais rangés autrement, sont-elles considérées comme différentes ? Un classement, un code, un mot, une suite de tirages notés dans l'ordre : oui. Une main de cartes, un comité, une partie, un sous-ensemble : non.
  2. Les répétitions sont-elles permises ? Un même élément peut-il apparaître plusieurs fois ? Un tirage avec remise, un code à chiffres libres, une application quelconque : oui. Un tirage sans remise, une liste d'éléments distincts, une injection : non.
  3. Les objets sont-ils discernables ? Les boules sont-elles numérotées, les cases nommées, les personnes identifiées ? Le dénombrement de n objets discernables n'a rien à voir avec celui de n objets identiques, et l'énoncé doit toujours le préciser. En cas d'ambiguïté, on le dit dans la copie et l'on tranche explicitement.
  4. Y a-t-il une contrainte, et laquelle est la plus rigide ? Contrainte de position, d'appartenance obligatoire, d'interdiction, de nombre minimal. C'est elle qui décide de la stratégie, et c'est par elle que l'on commence.

Les réponses aux deux premières questions donnent le modèle par le tableau de la section 5. Les deux dernières décident de la méthode : choix successifs, disjonction de cas, ou complémentaire.

Dénombrer par choix successifs, contrainte d'abord

Méthode

Traiter la contrainte la plus rigide en premier. Quand une contrainte porte sur une position ou un élément particulier, on commence par elle, et non par le début de l'objet. Placer d'abord ce qui est contraint, puis compléter librement : c'est presque toujours ce qui évite la disjonction de cas. Et si, malgré cela, le nombre de possibilités d'une étape dépend encore du choix fait à l'étape précédente, c'est le signal qu'une disjonction de cas est nécessaire.

Exemple

Les nombres de quatre chiffres, pairs, à chiffres deux à deux distincts. Un nombre de quatre chiffres s'écrit c1c2c3c4 avec c10, et l'on impose ici que les quatre chiffres soient deux à deux distincts et que c4 soit pair.

Les deux contraintes portent sur c4 (pair) et sur c1 (non nul). Commençons par c4, la plus rigide, mais observons aussitôt que le nombre de choix pour c1 dépend de ce que vaut c4 : si c4=0, alors c1 doit seulement être non nul, ce qui laisse 9 possibilités ; si c40, alors c1 doit être non nul et différent de c4, ce qui n'en laisse que 8. Le principe multiplicatif ne s'applique donc pas directement : on procède par disjonction de cas, selon que c4 est nul ou non. Les deux cas sont bien exclusifs et exhaustifs.

Premier cas : c4=0. Il y a une possibilité pour c4. Pour c1, il faut un chiffre non nul et différent de 0, soit 9 possibilités. Restent c2 et c3, à choisir distincts entre eux et des deux chiffres déjà placés : 8 possibilités pour c2, puis 7 pour c3. Ce cas fournit

1×9×8×7=504 nombres.

Second cas : c4{2,4,6,8}. Il y a 4 possibilités pour c4. Pour c1, il faut un chiffre non nul et différent de c4 : sur les dix chiffres, on exclut 0 et c4, soit 8 possibilités, et ce nombre ne dépend pas de la valeur de c4 retenue. Restent c2 et c3 : 8 puis 7 possibilités. Ce cas fournit

4×8×8×7=1792 nombres.

Conclusion. Les deux cas étant disjoints et couvrant toutes les situations, le nombre cherché est

504+1792=2296.

Disjonction de cas et complémentaire, en pratique

Méthode

Choisir entre les deux. Devant une contrainte du type « au moins », deux voies s'offrent : la disjonction de cas (« exactement 2, ou exactement 3, ou ... ») et le passage au complémentaire (« tout, moins ceux qui n'en ont aucun »). On choisit celle qui produit le moins de cas.

  • Si la contrainte est « au moins un » et que l'ensemble total est facile à compter, le complémentaire gagne presque toujours : un seul calcul au lieu de plusieurs.
  • Si la contrainte est « exactement k » ou « au moins k » avec k proche du maximum, la disjonction est souvent plus courte.
  • Dans les deux cas, on peut vérifier son résultat en le recalculant par l'autre voie : c'est le meilleur contrôle qui soit, et il est gratuit.

Le double comptage

Méthode

Compter deux fois le même ensemble. Pour établir une identité entre nombres, on peut construire un ensemble fini C, puis le dénombrer de deux manières différentes. Les deux résultats étant le cardinal du même ensemble, ils sont égaux, et l'identité est démontrée. La rédaction comporte toujours trois temps :

  1. Définir précisément l'ensemble C que l'on va compter, en général un ensemble de couples.
  2. Premier comptage, en découpant C selon la première composante.
  3. Second comptage, en le découpant selon la seconde composante, puis conclure par l'égalité des deux résultats.

C'est ainsi qu'ont été établies la formule explicite de (np) et la formule du pivot.

Exemple

Une identité par double comptage. Montrons que, pour tout n1,

k=0nk(nk)=n2n1.

Soit E un ensemble de cardinal n. Comptons l'ensemble

C={(A,x)  ;  AE et xA},

c'est-à-dire les couples formés d'une partie quelconque de E et d'un élément distingué de cette partie. Autrement dit, on choisit un comité, de taille libre, et l'on en désigne le président.

Premier comptage, par la partie. Découpons C selon A. Pour A fixée, il y a Card(A) couples de première composante A. En regroupant les parties selon leur cardinal k, et sachant qu'il y a (nk) parties de cardinal k,

Card(C)=AECard(A)=k=0nk(nk).

Second comptage, par l'élément distingué. Découpons maintenant C selon x. Pour xE fixé, les couples de seconde composante x correspondent aux parties A contenant x, c'est-à-dire aux A=B{x} avec B partie quelconque de E{x} : il y en a 2n1. En sommant sur les n choix de x,

Card(C)=n2n1.

Conclusion. Les deux comptages donnent le même cardinal, d'où l'identité annoncée. On peut la vérifier pour n=3 : à gauche, 0×1+1×3+2×3+3×1=12 ; à droite, 3×22=12.

Anagrammes

Méthode

Compter les anagrammes d'un mot, par placement des lettres. Soit un mot de N lettres, dont les lettres distinctes apparaissent avec les multiplicités m1,m2,,mr (de somme N). On appelle anagramme toute suite de N lettres utilisant exactement les mêmes lettres avec les mêmes multiplicités, qu'elle ait un sens ou non.

  1. Numéroter les positions de 1 à N : construire une anagramme, c'est décider quelle lettre occupe chaque position.
  2. Choisir les positions de la première lettre parmi les N disponibles : comme l'ordre des positions choisies n'intervient pas (les m1 exemplaires de cette lettre sont identiques), cela fait (Nm1) possibilités.
  3. Choisir les positions de la deuxième lettre parmi les Nm1 positions restantes : (Nm1m2) possibilités, et ainsi de suite.
  4. Multiplier : le nombre d'anagrammes vaut
(Nm1)(Nm1m2)(mrmr)=N!m1!m2!mr!.

Cas particulier utile : si toutes les lettres sont distinctes, on retrouve N!.

Exemple

Les anagrammes du mot DENOMBREMENT. Ce mot compte N=12 lettres, réparties ainsi : la lettre E apparaît 3 fois, les lettres N et M apparaissent chacune 2 fois, et les lettres D, O, B, R, T apparaissent chacune une fois. La somme des multiplicités vaut bien 3+2+2+1+1+1+1+1=12.

Plaçons les lettres par ordre de multiplicité décroissante.

  • Les trois E occupent 3 positions parmi les 12, sans que leur ordre importe puisqu'ils sont indiscernables : (123)=220 possibilités.
  • Les deux N occupent 2 positions parmi les 9 restantes : (92)=36 possibilités.
  • Les deux M occupent 2 positions parmi les 7 restantes : (72)=21 possibilités.
  • Restent 5 positions et les 5 lettres distinctes D, O, B, R, T : les placer revient à choisir une permutation, soit 5!=120 possibilités.

Ces choix sont successifs et le nombre de possibilités de chaque étape ne dépend pas des choix antérieurs. Le nombre d'anagrammes est donc

220×36×21×120=19958400.

On contrôle par la formule générale :

12!3!2!2!=4790016006×2×2=47900160024=19958400,

ce qui confirme le résultat.

Chemins dans un quadrillage

Méthode

Compter des chemins par codage en mot. On se déplace sur un quadrillage, d'un point de départ vers un point d'arrivée situé q pas à droite et h pas en haut, chaque pas étant unitaire et dirigé soit vers la droite, soit vers le haut.

  1. Coder un chemin par le mot formé de la suite de ses pas, en notant D un pas vers la droite et H un pas vers le haut. Deux chemins distincts donnent deux mots distincts, et tout mot licite correspond à un chemin.
  2. Compter les lettres : le mot a nécessairement q lettres D et h lettres H, donc q+h lettres au total, car chaque pas à droite avance d'une unité vers la droite et il faut en avancer q, et de même pour les pas vers le haut.
  3. Choisir les positions des lettres H parmi les q+h positions du mot : les lettres D occupent les positions restantes. D'où
(q+hh)=(q+hq) chemins.

Exemple

Un quadrillage de 7 sur 4. On part du coin inférieur gauche d'un quadrillage et l'on veut atteindre le point situé 7 pas à droite et 4 pas en haut, en n'effectuant que des pas unitaires vers la droite ou vers le haut. Tout chemin est codé par un mot de 7+4=11 lettres comportant exactement 4 lettres H et 7 lettres D. Choisir un tel mot, c'est choisir les 4 positions occupées par les H parmi les 11 positions, l'ordre de ces positions n'intervenant pas. Le nombre de chemins est donc

(114)=11×10×9×84×3×2×1=330.

On peut contrôler la méthode sur un cas minuscule, où le comptage à la main est possible : pour aller 3 pas à droite et 2 pas en haut, la formule donne (52)=10, et l'on vérifie en énumérant les chemins que l'on en trouve bien 10.

Le tableau des réflexes

Pour finir cette section méthodologique, voici les réflexes du chapitre, à faire défiler mentalement devant tout énoncé de dénombrement.

Situation Réflexe
L'ordre compte, avec répétitions p-liste, donc np
L'ordre compte, sans répétition p-liste d'éléments distincts, donc Anp
L'ordre ne compte pas, sans répétition partie à p éléments, donc (np)
Un objet est attribué à chaque élément application, donc qp
Une contrainte du type « au moins un » passer au complémentaire
Le nombre de choix varie d'une étape à l'autre disjonction de cas
Une contrainte porte sur une position précise placer d'abord ce qui est contraint
Des éléments identiques dans un mot choisir les positions par un coefficient binomial
Une identité à démontrer sur des entiers double comptage d'un ensemble de couples
Un résultat trouvé, mais aucune vérification recalculer par une seconde méthode

Exemples traités et erreurs classiques

Exemple

Un comité avec contrainte. Une association compte 12 membres, dont 7 femmes et 5 hommes. On forme un comité de 5 personnes, sans distinction de fonction entre les membres du comité. Combien de comités comptent au moins deux hommes ?

Le modèle. Un comité est une partie à 5 éléments de l'ensemble des 12 membres : l'ordre n'intervient pas (aucune fonction n'est attribuée) et les répétitions sont impossibles (on ne siège pas deux fois). Le nombre total de comités est donc

(125)=12×11×10×9×85×4×3×2×1=792.

Par passage au complémentaire. La négation de « au moins deux hommes » est « zéro ou un homme ». Ces deux cas sont exclusifs.

  • Aucun homme : le comité est formé de 5 femmes choisies parmi 7, soit (75)=(72)=21 comités.
  • Exactement un homme : on choisit l'homme, soit (51)=5 possibilités, puis les 4 femmes parmi 7, soit (74)=35 possibilités, ce qui donne 5×35=175 comités.

Le nombre cherché vaut donc

79221175=596.

Contrôle par disjonction directe. On peut aussi sommer sur le nombre exact h d'hommes, de 2 à 5 :

(52)(73)+(53)(72)+(54)(71)+(55)(70)=10×35+10×21+5×7+1×1,

soit 350+210+35+1=596. Les deux méthodes concordent.

L'erreur à ne pas commettre. On serait tenté d'écrire : « je choisis d'abord deux hommes pour satisfaire la contrainte, soit (52)=10 possibilités, puis trois personnes libres parmi les 10 restantes, soit (103)=120 », d'où 1200. Ce nombre est faux, et il est même supérieur au nombre total de comités, ce qui aurait dû alerter. La raison est qu'un comité contenant trois hommes est compté plusieurs fois : une fois pour chaque paire d'hommes qu'on aurait pu désigner comme « les deux premiers ». Dès qu'on « réserve » des éléments pour satisfaire une contrainte de type « au moins », on compte plusieurs fois le même objet.

Exemple

Des mains de cartes. On dispose d'un jeu de 52 cartes, comportant 13 cartes de couleur cœur et 12 figures (valet, dame, roi de chacune des quatre couleurs). Une main est un ensemble de 5 cartes du jeu : l'ordre dans lequel on les considère n'intervient pas, et une carte ne peut pas figurer deux fois. Une main est donc une partie à 5 éléments d'un ensemble à 52 éléments, et il y a

(525)=2598960 mains au total.

Mains contenant exactement deux cœurs. Une telle main est déterminée par la donnée des deux cœurs qu'elle contient et des trois autres cartes qui la complètent. On choisit les deux cœurs parmi les 13, soit (132)=78 possibilités, puis les trois cartes restantes parmi les 5213=39 cartes qui ne sont pas des cœurs, soit (393)=9139 possibilités. Ces deux choix sont indépendants au sens du principe multiplicatif, et la description est fidèle. D'où

78×9139=712842 mains.

Mains contenant au moins une figure. La négation est « aucune figure » : une telle main est une partie à 5 éléments de l'ensemble des 5212=40 cartes qui ne sont pas des figures, soit (405)=658008 mains. Par passage au complémentaire,

2598960658008=1940952 mains.

Exemple

Des mots avec lettres imposées. Combien y a-t-il de mots de 5 lettres deux à deux distinctes, formés sur l'alphabet à 26 lettres, contenant à la fois la lettre A et la lettre B ? Un mot est ici une suite ordonnée de lettres, sans contrainte de sens.

Première méthode : placer d'abord les lettres imposées. On commence par la contrainte la plus rigide. On choisit la position de la lettre A parmi les 5 positions du mot, soit 5 possibilités, puis celle de la lettre B parmi les 4 positions restantes, soit 4 possibilités : cela fait A52=20 manières de placer A et B. Il reste 3 positions à remplir avec des lettres deux à deux distinctes, choisies parmi les 24 lettres autres que A et B : c'est une 3-liste d'éléments distincts d'un ensemble à 24 éléments, soit A243=24×23×22=12144 possibilités. Le nombre cherché est donc

20×12144=242880.

Seconde méthode, pour contrôler : choisir l'ensemble des lettres, puis l'ordre. Le mot utilise 5 lettres distinctes dont A et B ; l'ensemble de ses lettres est donc formé de A, de B et de 3 lettres choisies parmi les 24 autres, soit (243)=2024 possibilités. Une fois cet ensemble de 5 lettres fixé, le mot est déterminé par l'ordre dans lequel on écrit ces lettres, soit 5!=120 possibilités. D'où

2024×120=242880,

ce qui confirme le premier calcul. Notez que la seconde méthode illustre exactement la relation Anp=(np)p! : on sépare le choix des éléments et le choix de l'ordre.

Exemple

Une répartition dans des casiers. Un service doit répartir 10 courriers, tous différents, dans 4 casiers numérotés de 1 à 4. Un casier peut recevoir plusieurs courriers, ou aucun.

Le modèle. Une répartition est déterminée par la donnée, pour chaque courrier, du casier qui le reçoit : c'est exactement une application de l'ensemble des 10 courriers dans l'ensemble des 4 casiers. Le nombre de répartitions vaut donc

410=1048576.

Répartitions laissant le casier 1 vide. Ce sont les applications à valeurs dans les 3 autres casiers, au nombre de 310=59049.

Répartitions plaçant au moins un courrier dans le casier 1. Par passage au complémentaire,

410310=104857659049=989527.

Une variante à ne pas confondre. Si les 10 courriers étaient tous identiques, la question serait tout autre : on ne compterait plus des applications, mais des façons de répartir des objets indiscernables, ce qui relève du quatrième modèle, hors du cadre de ce cours. C'est le mot « tous différents » de l'énoncé qui autorise le modèle des applications, et il faut le repérer avant de calculer.

Remarque

Les erreurs classiques, et comment les éviter.

Compter deux fois le même objet. C'est de loin l'erreur la plus fréquente. Elle apparaît dès qu'on « réserve » des éléments pour satisfaire une contrainte du type « au moins k », comme dans l'exemple du comité où le raisonnement fautif donnait 1200 au lieu de 596. Le remède : passer au complémentaire, ou disjoindre selon le nombre exact d'éléments concernés. Le signal d'alarme : un résultat supérieur au nombre total de configurations, ou une méthode dans laquelle on ne saurait pas dire, en regardant une configuration, par quelle suite de choix précise elle a été obtenue.

Confondre ordre et absence d'ordre. Une main de cartes n'est pas une distribution successive : (525) et A525 diffèrent d'un facteur 5!=120. Avant tout calcul, il faut trancher la question de l'ordre, et l'écrire dans la copie. En cas de doute, se demander si deux configurations formées des mêmes éléments dans un ordre différent doivent être considérées comme la même ou comme deux configurations distinctes.

Oublier le complémentaire. Les mots « au moins un » doivent déclencher un réflexe : compter d'abord « aucun », puis soustraire. Compter directement conduit presque toujours à des doubles comptages.

Mélanger objets discernables et indiscernables. Répartir 10 courriers différents dans 4 casiers n'a rien à voir avec répartir 10 courriers identiques. De même, les trois E du mot DENOMBREMENT sont indiscernables, ce qui est exactement la raison pour laquelle on choisit leurs positions par un coefficient binomial et non par un arrangement. Quand l'énoncé ne le précise pas, on le précise soi-même dans la copie avant de commencer.

Oublier les cas extrêmes. L'ensemble vide est une partie, le mot vide est un mot, une répartition peut laisser des casiers vides, et (n0)=1. Une formule doit être testée sur les petits cas : n=0, n=1, p=0, p=n. Un dénombrement qui donne 0 ou une valeur absurde sur un petit cas est faux, et il vaut mieux s'en apercevoir soi-même.

Ne pas vérifier. Presque tous les dénombrements de ce chapitre peuvent se recalculer par une seconde méthode, ou se contrôler sur un cas minuscule que l'on énumère à la main. Cette vérification coûte deux minutes et rattrape la grande majorité des erreurs : elle n'est pas facultative.

Bloqué sur « Dénombrement » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.