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PCSI · Chapitre 09 · Second semestre
Relations de comparaison, développements limités usuels, formule de Taylor-Young, équivalents de suites, asymptotes.
Le chapitre sur les limites répond à une question binaire : la fonction tend-elle vers quelque chose, et vers quoi ? Cette réponse est souvent beaucoup trop grossière. Savoir que tend vers quand tend vers ne dit rien de la vitesse à laquelle cette différence s'écrase ; or c'est précisément cette vitesse qui décide de la limite de , de la position de la sinusoïde par rapport à sa tangente à l'origine, ou encore du comportement de la suite définie par . L'analyse asymptotique est l'outil qui mesure ces vitesses.
Elle procède en deux temps. D'abord un langage qualitatif : trois relations, la domination , la négligeabilité et l'équivalence , qui permettent de dire « est du même ordre que », « est infiniment plus petite que », « se comporte comme ». Ensuite un outil quantitatif : le développement limité, qui remplace une fonction compliquée par un polynôme au voisinage d'un point, avec un contrôle explicite de l'erreur commise. Le développement limité est à l'ordre ce que la dérivabilité est à l'ordre : une approximation polynomiale, de plus en plus fine.
L'enjeu est très concret. Toutes les formes indéterminées du chapitre sur les limites, que l'on levait à la main par des astuces ponctuelles (quantité conjuguée, factorisation, taux d'accroissement), se traitent désormais par une méthode unique : on développe, on simplifie, on lit. Et l'on obtient en prime des informations que la limite seule ne donnait pas : de quel côté la courbe passe, à quelle vitesse une suite converge, quel est le terme correctif du premier ordre.
Les notations suivantes valent pour tout le chapitre. La lettre désigne un intervalle de non vide et non réduit à un point ; désigne une partie de ; la lettre désigne un élément de adhérent à l'ensemble de départ des fonctions considérées, et les fonctions sont à valeurs réelles. Tout ce qui concerne les limites, la continuité, la dérivabilité, l'égalité des accroissements finis, les fonctions usuelles et les primitives est supposé connu et utilisé librement.
Comparer et près de , c'est regarder le quotient près de . Encore faut-il que ce quotient existe : c'est le rôle de l'hypothèse suivante, qui sera sous-entendue dans toute la section.
Définition
Soient et deux fonctions définies sur une partie de et un point adhérent à . On dit que ne s'annule pas localement en lorsque ne s'annule pas au voisinage de , sauf éventuellement en lui-même : il existe un voisinage de tel que pour tout vérifiant .
Cette hypothèse est très peu contraignante en pratique : les fonctions de comparaison utilisées sont , , , , ou des produits de celles-ci, qui ne s'annulent qu'en un point isolé.
Définition
Soient et définies sur , adhérent à , et ne s'annulant pas localement en .
Lorsque le point est clair d'après le contexte, on allège en écrivant , et . L'indice ne doit jamais être omis quand plusieurs points sont en jeu dans le même raisonnement : en , mais en . C'est la même paire de fonctions et la conclusion s'inverse.
Remarque
Le signe « » des notations et est un abus d'écriture universel : il ne s'agit pas d'une égalité, mais de l'appartenance de à un ensemble de fonctions. On lit toujours ces relations de la gauche vers la droite, et on ne les retourne jamais : en est correct, n'a aucun sens. En particulier, de et on ne déduit surtout pas .
Exemple
En . On a , car . Plus généralement, dès que : au voisinage de , plus l'exposant est grand, plus la fonction est petite.
En . On a , car . Ainsi dès que : au voisinage de , plus l'exposant est grand, plus la fonction est grande. Les deux règles sont exactement opposées, il faut y prendre garde.
Fonctions bornées. Si est bornée au voisinage de , alors en . Ainsi en et en . En revanche n'est pas équivalente à en , puisque n'a pas de limite.
Un de . La relation en signifie simplement . De même en signifie que est bornée au voisinage de .
Une limite finie non nulle. Si avec , alors en (la fonction constante ). Attention : ceci est faux pour , comme on le verra au paragraphe 1.12.
L'écriture est commode pour vérifier une équivalence ; elle est très maladroite pour s'en servir dans un calcul. La forme suivante, parfaitement équivalente, est celle qu'on utilise pour calculer.
Propriété
Soient et définies sur , adhérent à , et ne s'annulant pas localement en . Les deux assertions suivantes sont équivalentes.
Démonstration. Supposons en . Alors , c'est-à-dire , ce qui est exactement la définition de en . En ajoutant des deux côtés, .
Réciproquement, supposons , c'est-à-dire . En divisant par , qui ne s'annule pas au voisinage de sauf peut-être en , on obtient , donc . Les deux assertions sont donc équivalentes.
La deuxième forme dit ce qu'est vraiment un équivalent : est le terme principal de , l'erreur commise en remplaçant par étant négligeable devant elle-même. C'est cette lecture qui rend les équivalents compatibles avec les développements limités : écrire en , c'est écrire , autrement dit le début d'un développement limité.
Propriété
Soient et comme ci-dessus, au voisinage de .
Démonstration. Point 1. Une fonction qui tend vers est bornée au voisinage de , donc entraîne bornée. La réciproque est fausse : en , est bornée, donc , mais n'est pas négligeable devant .
Point 2. Si , alors est bornée au voisinage de , donc ; et également (la limite étant non nulle, on peut passer à l'inverse), donc .
Point 3. La première équivalence est le paragraphe 1.3. Pour la seconde, remarquons que ; comme , les deux quotients et tendent vers en même temps.
Point 4. La réflexivité vient de . La symétrie vient de . La transitivité vient de .
Les fonctions de comparaison naturelles sont les puissances de ; elles sont adaptées à une étude en ou en , pas en un point quelconque. On se ramène systématiquement en par une translation.
Méthode
Étudier au voisinage de réel non nul. On pose et l'on étudie la fonction au voisinage de . Les fonctions de comparaison redeviennent alors , , , etc. On revient ensuite à la variable en remplaçant par .
Exemple
Cherchons un équivalent de au voisinage de . On pose :
En revenant à , on obtient .
Remarquons au passage qu'il aurait été catastrophique d'écrire : un équivalent nul n'a aucun sens, comme on le verra au paragraphe 1.12.
Les croissances comparées du chapitre sur les fonctions usuelles se réécrivent en une ligne avec le symbole , et sous cette forme elles s'utilisent dans les calculs.
Propriété
Croissances comparées. Soient , et .
Démonstration. Ce sont exactement les limites de référence établies au chapitre sur les fonctions usuelles, réécrites sous forme de quotients. Pour le point 1, et . Pour le point 2, on pose avec : d'après le point 1. Le point 3 s'obtient de même en posant .
L'ordre à retenir, en , est : logarithme, puis puissances, puis exponentielle. Chaque famille écrase la précédente, quels que soient les exposants.
Exemple
En : , et . Aucune puissance de , si grande soit-elle, ne rattrape la plus petite puissance positive de .
Conséquence pratique : un équivalent d'une somme de termes de croissances différentes est le terme dominant. Par exemple, en ,
Propriété
Toutes les relations ci-dessous sont écrites au voisinage d'un même point , et se lisent de la gauche vers la droite. Les lettres , , désignent des fonctions et un réel.
Démonstration. Toutes ces règles se ramènent à des opérations sur les limites. Montrons les points 1, 3 et 5, les autres étant analogues.
Point 1. Soient et deux fonctions telles que et . Alors , donc . De même .
Point 3. Si , alors partout où ne s'annule pas, donc .
Point 5. Soit avec . Alors est le produit d'une fonction tendant vers et d'une fonction bornée, donc tend vers : .
Remarque
Le point 1 est celui qui surprend le plus : la somme de deux est un , et non un « ». C'est cohérent, puisque ne désigne pas une fonction précise mais n'importe quelle fonction négligeable devant . Dans un calcul, on écrit sans hésiter
Propriété
Au voisinage d'un même point , et pour des fonctions ne s'annulant pas localement en :
Démonstration. Point 1. .
Point 2. , en utilisant la symétrie de .
Point 3. Sur un voisinage où et , on peut écrire . Comme , la continuité de en donne , puis la continuité de en donne .
Point 4. Cas particulier du point 1 avec la fonction constante .
Point 5. Soit avec et , . En , . En , .
L'exposant du point 3 doit être constant : l'énoncé ne dit rien de lorsque l'exposant dépend lui aussi de . On traite ce cas en repassant par l'exponentielle, .
Propriété
Passage au logarithme. Soient en , avec au voisinage de . Si admet en une limite avec , alors en .
Démonstration. Au voisinage de , avec , donc au voisinage de et
Le terme tend vers par continuité de en . Par ailleurs tend vers si , vers si , vers si ; dans tous les cas, comme , la quantité est minorée par une constante strictement positive au voisinage de . Le quotient
tend donc vers , ce qui est la conclusion. L'hypothèse est indispensable : en , , alors que et ne sont pas équivalents.
Propriété
Conservation du signe. Soient en . Alors et ont le même signe au voisinage de : il existe un voisinage de tel que, pour tout avec , les réels et soient non nuls et de même signe.
Démonstration. Posons , qui tend vers en . En appliquant la définition de la limite avec , on obtient un voisinage de sur lequel , donc
En particulier sur (privé éventuellement de ). Comme avec et , les réels et sont non nuls et de même signe.
Propriété
Conservation de la limite. Soient en et . Si quand , alors .
Démonstration. Écrivons , avec .
Cas fini. Le produit d'une fonction tendant vers par une fonction tendant vers tend vers .
Cas . Comme , on a au voisinage de . Comme , la démonstration précédente fournit un voisinage sur lequel , donc sur ce voisinage. Soit ; il existe un voisinage de sur lequel , donc . Ainsi . Le cas s'obtient en appliquant ce qui précède à et .
Remarque
La réciproque est fausse, et c'est tout l'intérêt de la notion : deux fonctions peuvent avoir la même limite sans être équivalentes. En , et tendent toutes deux vers , et pourtant : elles ne sont pas équivalentes, elles n'ont pas la même vitesse. L'équivalence est strictement plus fine que l'égalité des limites.
Méthode
Calculer une limite par équivalent. Pour lever une forme indéterminée, on remplace chaque facteur de l'expression par un équivalent plus simple, puis on lit la limite du résultat. On ne remplace jamais un terme d'une somme.
Exemple
Calculons .
Au numérateur : et , donc le numérateur est équivalent à (règle du produit). Au dénominateur : , donc le dénominateur est équivalent à . Par la règle du quotient,
Comme quand , la conservation de la limite donne une limite égale à à droite de , et à à gauche.
Propriété
Équivalent par encadrement. Soient , , trois fonctions définies au voisinage de , avec ne s'annulant pas localement en . On suppose que
Alors .
Démonstration. Plaçons-nous sur un voisinage de sur lequel les inégalités sont vérifiées et sur lequel ne s'annule pas (sauf éventuellement en ). Pour avec , les inégalités donnent
donc . En divisant par :
Or en signifie , donc le membre de droite tend vers . Par le théorème d'encadrement, , c'est-à-dire : en .
Exemple
Soit la fonction définie sur par ; cherchons un équivalent de en .
Pour tout réel , on a , donc
Or (leur quotient tend vers ). Le théorème s'applique : , et par transitivité .
Remarque
L'hypothèse est essentielle : un simple encadrement ne suffit jamais. En , , mais n'est pas équivalente à , et de fait n'admet pas d'équivalent simple.
Ils se déduisent tous des limites de référence du chapitre précédent, et se retrouveront en une ligne à partir des développements limités de la section 3.
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g.
h.
i.
Dans tout ce tableau, le point de référence est , et l'on suppose au dernier item. Ces équivalents ne servent qu'en : écrire en est faux.
Méthode
Adapter un équivalent usuel. Tous ces équivalents restent valables lorsque est remplacé par n'importe quelle expression qui tend vers . Par exemple, en , donc
Il faut impérativement vérifier que l'argument tend vers avant d'appliquer la règle.
Propriété
Les cinq pièges classiques des équivalents. Chacun a coûté des points à des générations d'élèves.
Le piège 1 est de loin le plus fréquent. On ne remplace jamais un morceau d'une somme par un équivalent : dans en , remplacer par donne , alors que la limite vaut .
Tout ce qui précède s'adapte aux suites : une suite est une fonction définie sur , et le seul point d'étude possible est . Les définitions sont donc les mêmes, avec « au voisinage de » remplacé par « à partir d'un certain rang ».
Définition
Soient et deux suites réelles, avec à partir d'un certain rang.
L'indice « » est toujours sous-entendu : il n'y a pas d'ambiguïté possible.
Propriété
Tous les résultats de la section 1 se transposent mot pour mot aux suites :
Démonstration. Les démonstrations sont identiques, en remplaçant « il existe un voisinage de » par « il existe un rang » et « pour tout » par « pour tout ». Elles ne sont pas reprises.
Propriété
Soient , , . Quand :
Démonstration. Les deux premières relations sont les croissances comparées du paragraphe 1.6 appliquées à , en écrivant avec . Pour la troisième, posons ; alors dès que . Par récurrence, à partir d'un rang , , et le théorème d'encadrement donne .
Exemple
Suite polynomiale. , donc la suite converge vers .
Argument tendant vers . Comme , on a et . Par conséquent
Noter le passage obligé par l'exponentielle : l'exposant n'est pas constant, la règle sur les puissances ne s'applique pas directement.
Somme dominée. , d'après les croissances comparées.
L'équivalent donne le terme principal d'une fonction. Le développement limité en donne les premiers termes, avec un contrôle de l'erreur : c'est l'outil qui permet enfin de traiter les sommes.
Définition
Soient une fonction définie au voisinage de (sauf peut-être en ) et . On dit que admet un développement limité à l'ordre en , en abrégé , lorsqu'il existe des réels tels que
Le polynôme s'appelle la partie régulière du développement, et le terme le reste.
Dire que le reste est un , c'est dire qu'il s'écrit avec quand . On rencontre les deux écritures ; la seconde est parfois commode dans les démonstrations.
Exemple
La fonction admet un pour tout . En effet, l'identité de la somme géométrique donne, pour ,
et le dernier terme vaut avec : c'est bien un . Ainsi
Ce calcul, entièrement élémentaire, sert de point de départ à beaucoup d'autres.
Propriété
Unicité. Si admet un développement limité à l'ordre en , alors sa partie régulière est unique : les coefficients sont entièrement déterminés par et par .
Démonstration. Supposons que l'on ait deux écritures
En soustrayant, et en utilisant que la différence de deux est un , on obtient
Raisonnons par l'absurde en supposant que les ne sont pas tous nuls, et notons le plus petit indice tel que ; on a . La relation s'écrit
Divisons par , ce qui est licite pour : le membre de gauche devient , qui tend vers quand . Le membre de droite devient , qui tend vers puisque . Par unicité de la limite, , ce qui contredit le choix de .
Tous les sont donc nuls, c'est-à-dire pour tout .
Remarque
Cette unicité est ce qui rend la notion utilisable : peu importe la méthode employée pour obtenir un développement limité (formule de Taylor-Young, produit, composition, primitivation, astuce ad hoc), on trouvera toujours les mêmes coefficients. C'est aussi elle qui autorise le raisonnement par identification.
Propriété
Troncature. Si admet un de partie régulière , alors pour tout entier tel que , admet un , dont la partie régulière est le polynôme tronqué à l'ordre , c'est-à-dire la somme de ses termes de degré au plus .
Démonstration. Écrivons . Pour , on a car ; et car . La somme de ces termes est donc un , d'où le résultat.
Autrement dit, un développement limité contient tous ceux d'ordre inférieur. C'est l'inverse qui est faux : on ne peut jamais « allonger » un développement limité déjà écrit.
Définition
Soient définie au voisinage de (sauf peut-être en ) et . On dit que admet un développement limité à l'ordre en lorsque la fonction admet un , c'est-à-dire lorsqu'il existe des réels tels que
ce qui s'écrit aussi, en revenant à la variable ,
Tout se ramène donc au cas , et on ne travaille jamais autrement : dès qu'un développement limité est demandé en , le premier geste est de poser .
Exemple
Développement limité de à l'ordre en . On pose :
en utilisant avec . En revenant à :
Propriété
Soit définie sur un voisinage de symétrique par rapport à , admettant un de partie régulière .
Démonstration. Partons de et remplaçons par : quand , on a aussi , donc
puisque , si bien qu'un est un .
Cas pair. Si est paire, , et les deux écritures obtenues sont deux développements limités de à l'ordre en . Par unicité, pour tout , donc dès que est impair : .
Cas impair. Si est impaire, , donc . Par unicité, , donc dès que est pair : .
Ce résultat fait gagner beaucoup de temps : le développement limité de , fonction paire, ne contient que des puissances paires, celui de que des puissances impaires. Il améliore aussi le reste gratuitement. Si est impaire et admet un , ce que la formule de Taylor-Young garantit dès que est de classe , alors le coefficient de est nul : la partie régulière du convient déjà, avec un reste en . C'est la raison pour laquelle on écrit et non .
Remarque
Attention au sens de ce gain : la parité seule ne crée jamais un développement d'ordre supérieur, il faut savoir par ailleurs qu'il existe. La fonction paire admet le , mais aucun : le quotient vaut pour et pour , il n'a pas de limite en .
Propriété
Soit définie au voisinage de (sauf peut-être en ).
Démonstration. Point 1. Dire que quand , c'est dire que , c'est-à-dire . Si est définie en et admet une limite en , cette limite vaut nécessairement et est continue en .
Point 2, sens direct. Supposons dérivable en . Par définition, quand . Posons, pour ,
et ; alors quand et, pour tout du voisinage,
Point 2, sens réciproque. Supposons que admette un , soit . En faisant , le point 1 donne (la troncature à l'ordre est un ). Alors, pour ,
donc est dérivable en et .
Remarque
Le résultat s'arrête à l'ordre . L'existence d'un n'entraîne pas que soit deux fois dérivable en . Considérons
Comme , on a : admet un . Pourtant pour et , et le taux d'accroissement
n'a pas de limite en : n'existe pas. Un développement limité est une information locale d'approximation, pas une information de régularité.
Propriété
Soit admettant en un développement limité dont la partie régulière n'est pas nulle. En notant son terme non nul de plus bas degré, on a
et par conservation du signe, a le signe de au voisinage de (privé de ).
Démonstration. Le développement s'écrit . Tous les termes qui suivent sont négligeables devant , donc , ce qui est exactement l'équivalence annoncée d'après le paragraphe 1.3. La conservation du signe est le paragraphe 1.9.
Concrètement : si est pair, garde le signe de des deux côtés de ; si est impair, change de signe en traversant .
Le résultat suivant est le théorème central du chapitre : il garantit qu'une fonction suffisamment régulière possède un développement limité, et il en donne les coefficients.
Propriété
Formule de Taylor-Young. Soient un intervalle, , et une fonction de classe sur . Alors admet un développement limité à l'ordre en , donné par
Démonstration. Par récurrence sur , la propriété étant : « pour tout intervalle , tout et toute fonction de classe sur , la formule ci-dessus est vraie ».
Initialisation (). Une fonction de classe est continue, donc quand , ce qui s'écrit : c'est bien la formule à l'ordre .
Hérédité. Soit ; supposons vraie et soit de classe sur , avec . Posons, pour tout tel que ,
La fonction est de classe sur l'intervalle , qui contient , et . Sa dérivée vaut
où l'on a posé et utilisé . Or est de classe sur : l'hypothèse de récurrence appliquée à donne exactement
Il reste à en déduire . Soit . Il existe tel que
Soit avec . La fonction est continue sur le segment d'extrémités et et dérivable sur l'intervalle ouvert correspondant : l'égalité des accroissements finis fournit un réel strictement compris entre et tel que
Comme et , on en déduit
Ceci valant pour tout , on a bien , c'est-à-dire la formule au rang . La récurrence est établie.
Remarque
Deux lectures de cette formule, également importantes.
D'une part, elle produit des développements limités : il suffit de savoir dériver fois. D'autre part, elle se lit à l'envers : si l'on connaît le développement limité d'une fonction de classe par un autre moyen, alors l'unicité des coefficients donne . C'est souvent la façon la plus rapide de calculer une dérivée -ième en un point.
Enfin, la formule est purement locale : elle ne dit rien de l'écart entre et son polynôme de Taylor loin de , seulement que cet écart est négligeable devant quand tend vers .
Ceux-là s'obtiennent tous par Taylor-Young et doivent être connus par cœur. Ils constituent le cœur du chapitre : presque tout calcul de développement limité consiste à les combiner.
| Fonction | Développement limité en |
|---|---|
Trois remarques sur ce tableau. Les ordres des restes de , , , et gagnent une unité grâce à la parité (paragraphe 3.5) : le terme suivant est nul. Le développement de redonne celui de pour , et pour il redonne la formule du binôme, le reste étant alors nul. Enfin, il faut mémoriser les deux cas particuliers les plus utilisés de :
Démonstration du développement de . La fonction est de classe sur et , donc pour tout . Taylor-Young en à l'ordre donne le résultat. Les développements de , , , s'obtiennent de la même façon, à partir des valeurs en des dérivées successives, qui sont périodiques de période pour et , de période pour et . Celui de a été démontré au paragraphe 3.1 ; celui de s'en déduit en remplaçant par . Ceux de et de sont obtenus par primitivation au paragraphe 3.14, et celui de par quotient au paragraphe 3.13.
Propriété
Soient et admettant des de parties régulières respectives et , et deux réels.
Démonstration. Point 1. On a , d'après les règles du paragraphe 1.7.
Point 2. Écrivons et . En développant,
Les fonctions polynomiales et sont bornées au voisinage de , donc et de même pour ; enfin . Il reste . Or, en notant la troncature de à l'ordre , la différence ne contient que des monômes de degré au moins , donc . Finalement .
Méthode
Prévoir l'ordre dans un produit. Puisque tous les termes de degré supérieur à finiront à la poubelle, on ne les calcule pas. Dans un produit à l'ordre :
Exemple
Développement limité de à l'ordre en .
Les deux facteurs ont un terme constant non nul : on développe chacun à l'ordre .
Le produit des parties régulières, en ne gardant que les degrés au plus , donne
D'où .
Exemple
Développement limité de à l'ordre en .
Le facteur décale de : il suffit de développer à l'ordre .
Développer à l'ordre aurait été un pur gaspillage.
Certaines fonctions n'admettent pas de développement limité en , parce qu'elles y explosent : , par exemple, tend vers l'infini. On les traite en mettant en facteur la puissance qui gêne.
Méthode
Factoriser par le terme prépondérant. Face à une expression qui n'est pas bornée en (ou dont on ne connaît pas l'ordre de grandeur), on écrit où est choisi pour que ait une limite finie non nulle en , puis on développe . Pour obtenir à la précision voulue, on développe à l'ordre diminué de . Acquis depuis : terminale spé.
La même méthode s'applique en en factorisant par le terme dominant, ce qui ramène la variable à .
Exemple
Cherchons le comportement de au voisinage de .
On factorise : . Le facteur tend vers ; développons-le à l'ordre :
Donc
Cette écriture, qui n'est pas un développement limité (à cause du terme ), donne pourtant toute l'information : en , et .
Exemple
Comportement de en . On factorise par , qui est le terme dominant sous la racine, en prenant garde à pour :
Posons , qui tend vers ; alors et
En multipliant par :
On lit d'un coup que , et que la droite d'équation est asymptote à la courbe en , la courbe étant au-dessus puisque .
Le programme est explicite : aucun résultat général n'est exigible sur la composition. On procède sur des exemples, en appliquant une règle de bon sens.
Méthode
Composer un développement limité. Pour développer à l'ordre en :
Exemple
Développement limité de à l'ordre en .
D'abord : on écrit avec
qui tend bien vers . La plus petite puissance de est , donc est en : il suffit de développer à l'ordre :
Or et . D'où
Le résultat est bien pair, comme il se doit puisque est paire.
Exemple
Développement limité de à l'ordre en .
On pose . La plus petite puissance de est , il faut donc développer à l'ordre :
On calcule et , d'où
Le coefficient de est nul : c'est le genre de simplification qu'aucun raisonnement par équivalents ne pouvait prévoir.
Méthode
Développer un quotient à l'ordre en , avec . On factorise par son terme constant , ce qui met le dénominateur sous la forme avec , puis on compose avec et on multiplie par le développement de .
Si , on factorise d'abord la puissance de qui convient au numérateur et au dénominateur (paragraphe 3.11), puis on se ramène au cas précédent.
Exemple
Développement limité de à l'ordre en . Par définition , avec . On écrit
Puis, avec et :
Enfin, le produit, tronqué à l'ordre :
Le reste est en et non parce que est impaire : le coefficient de est nul.
Exemple
Développement limité de à l'ordre en .
Ici le dénominateur s'annule en : on factorise en haut et en bas. Pour obtenir l'ordre après simplification, il faut partir de l'ordre :
Après simplification par , puis composition avec où :
En particulier , ce qui prolonge par continuité en , et la fonction prolongée est dérivable en de nombre dérivé .
On ne dérive jamais un développement limité (rien ne garantit que la dérivée en admette un). En revanche, on peut toujours le primitiver, et c'est très utile.
Propriété
Primitivation. Soit une fonction dérivable sur un intervalle contenant . On suppose que admet un :
Alors admet un développement limité à l'ordre en , obtenu en primitivant terme à terme et en ajustant la constante :
Démonstration. Posons, pour ,
La fonction est dérivable sur , vérifie , et
Soit . Il existe tel que pour tout vérifiant . Soit avec . La fonction étant continue sur le segment d'extrémités et et dérivable sur l'intervalle ouvert correspondant, l'égalité des accroissements finis fournit strictement compris entre et tel que . Comme ,
Ceci valant pour tout , on a , ce qui est exactement la conclusion.
Exemple
Développement de . La fonction est dérivable sur , de dérivée , dont on connaît le développement :
Comme , la primitivation donne
Exemple
Développement de . La fonction est dérivable sur , de dérivée . En remplaçant par dans le développement de (licite car ) :
le reste gagnant un ordre par parité. Comme , la primitivation donne
Méthode
Lever une forme indéterminée. On développe numérateur et dénominateur séparément, à un ordre suffisant pour que le premier terme non nul apparaisse dans chacun ; on simplifie ensuite par la plus petite puissance commune.
Si l'ordre choisi ne suffit pas (tous les termes calculés se compensent), on recommence un cran plus loin : c'est normal, cela ne signifie pas qu'on s'est trompé.
Exemple
Une limite classique. Calculons .
Le dénominateur est en : on développe le numérateur à l'ordre .
Pour , on pose dans :
En soustrayant, les termes et disparaissent :
Donc le quotient tend vers . Remarquons qu'un raisonnement par équivalents était impossible ici : et , et la soustraction des équivalents aurait donné , ce qui est le piège numéro 1 du paragraphe 1.12.
Exemple
Une puissance indéterminée. Calculons .
C'est une forme : on passe à l'exponentielle. Pour assez petit, et
Or , donc, avec et :
Par continuité de , la limite cherchée vaut .
La figure ci-dessus montre ce que gagne chaque ordre. Le polynôme colle à la sinusoïde sur un tout petit intervalle autour de ; la suit nettement plus longtemps ; plus longtemps encore. Attention toutefois : un développement limité ne dit rien loin de , et tous ces polynômes finissent par s'échapper vers l'infini alors que reste borné.
Propriété
Soit admettant en un développement limité à l'ordre ,
où est le plus petit entier tel que avec (on suppose qu'un tel existe). Alors :
Démonstration. Le point 1 découle du paragraphe 3.6 : la troncature à l'ordre montre que est dérivable en avec et , et l'équation de la tangente est bien . Pour le point 2, la différence a pour développement , elle est donc équivalente à (paragraphe 3.7), et la conservation du signe conclut.
Méthode
Étudier la position d'une courbe par rapport à sa tangente en .
Exemple
Soit ; étudions la position de par rapport à sa tangente au point d'abscisse .
Posons et développons (ici le calcul est exact, étant polynomiale) :
On lit et : la tangente a pour équation , c'est-à-dire . Le premier terme non nul suivant est , de degré impair, donc
Le signe se lit immédiatement.
La courbe est donc en dessous de sa tangente pour et au-dessus pour : elle traverse au point , qui est un point d'inflexion.
Le chapitre sur la dérivation a donné une condition nécessaire d'extremum en un point intérieur : la dérivée s'y annule. Cette condition n'est pas suffisante ( en ). Le développement limité à l'ordre tranche la question dans presque tous les cas.
Propriété
Soient un intervalle, un point intérieur à et de classe .
Démonstration. La formule de Taylor-Young à l'ordre en s'écrit
Point 2. Supposons et . Le développement devient avec . En appliquant la définition de la limite avec la valeur particulière , on obtient tel que pour . Quitte à diminuer , on peut supposer , ce qui est possible car est intérieur à . Alors, pour ,
Donc pour tout non nul de module au plus : admet en un minimum local strict. Le cas s'obtient en appliquant ce résultat à .
Point 1. L'annulation de est la condition nécessaire connue, valable car est intérieur à . Supposons minimale localement en et raisonnons par l'absurde en supposant . D'après le point 2 appliqué à , la fonction admettrait en un maximum local strict : il existerait tel que pour tout non nul avec . Ceci contredit le minimum local, qui donne sur un voisinage. Donc .
Point 3. Trois exemples en suffisent à montrer que tous les cas se produisent : (minimum strict), (maximum strict), (ni l'un ni l'autre). Les trois vérifient .
Remarque
La condition nécessaire donne une inégalité large, la condition suffisante exige une inégalité stricte : il y a un trou entre les deux, exactement le cas . Dans ce cas, on repart avec un développement limité d'ordre supérieur, et le paragraphe 3.7 tranche : le premier terme non nul décide, selon la parité de et le signe de .
L'hypothèse « intérieur à » est indispensable : sur , la fonction atteint son minimum en et son maximum en sans que sa dérivée s'y annule.
Méthode
Chercher une asymptote oblique en . Soit définie au voisinage de .
En pratique, les trois étapes se font d'un coup : on pose (qui tend vers ) et l'on écrit un développement de sous la forme
qui donne simultanément la pente, l'ordonnée à l'origine et la position (signe de ).
Exemple
Étudions les branches infinies de , définie sur .
En . Factorisons par la puissance dominante en haut et en bas :
Avec , le développement donne
c'est-à-dire
La droite d'équation est donc asymptote à en et en . De plus
qui est strictement positif en et strictement négatif en : la courbe est au-dessus de en , en dessous en .
En . Le numérateur tend vers et le dénominateur vers : la droite d'équation est asymptote verticale.
Un développement limité écrit une fonction comme un polynôme plus un reste négligeable. Il arrive que le polynôme ne suffise pas : les exemples du paragraphe 3.11 ont fait apparaître des termes en , et les exemples ci-dessous feront apparaître des termes en ou .
On parle alors de développement asymptotique : on écrit la quantité étudiée comme une somme de termes explicites, chacun négligeable devant le précédent, plus un reste négligeable devant le dernier terme écrit. Il n'y a pas de théorie générale à connaître ici, seulement une démarche à maîtriser sur des exemples, toujours la même : on obtient un premier terme, on le soustrait, on recommence sur le reste.
Méthode
Démarrer un développement asymptotique.
Exemple
Soit définie par . Cherchons un développement asymptotique de quand .
Existence. est de classe sur et : est strictement croissante. Comme et , le théorème de la bijection assure que réalise une bijection de sur . Notons ; c'est une bijection strictement croissante de sur , donc quand .
Premier terme. Posons , de sorte que avec . Alors , et
Par croissances comparées, , donc . Comme , le passage au logarithme (paragraphe 1.8) est licite et donne . Autrement dit
Deuxième terme. Repartons de , qui donne , puis
Comme , on a , et donne
Finalement
Exemple
Pour , considérons l'équation d'inconnue .
Existence et unicité. Notons . Cette fonction est continue et strictement croissante sur (somme de deux fonctions croissantes dont l'une est strictement croissante), avec et . Le théorème de la bijection assure l'existence d'un unique tel que .
Limite. Comparons et . On a
car . Comme est strictement croissante, il vient : la suite est strictement croissante et majorée par , donc elle converge vers un réel .
Supposons . Alors pour tout , donc puisque ; ainsi . Or la relation donne , contradiction. Donc et .
Développement asymptotique. Posons , de sorte que avec . La relation s'écrit, en passant au logarithme,
Comme , on a , donc
Posons , qui tend vers ; alors et la relation précédente s'écrit . En prenant le logarithme des deux membres, ce qui est licite puisque (paragraphe 1.8) :
Comme , on a , donc l'égalité ci-dessus donne . En réinjectant, , d'où
Enfin , et , donc . Conclusion :
L'outil suivant transforme une information sur les accroissements d'une suite en une information sur la suite elle-même. Sa démonstration n'utilise qu'une somme finie et le théorème d'encadrement.
Propriété
Lemme des accroissements moyens. Soit une suite réelle telle que , avec . Alors .
Démonstration. Soit . Il existe tel que pour tout . Pour , la somme finie télescopique donne
En divisant par et en isolant :
Le premier terme tend vers quand ( et sont fixés) : il existe tel qu'il soit inférieur à pour . Alors pour , ce qui est la définition de .
Exemple
Soit et . Cherchons un équivalent de .
Existence et limite. L'intervalle est stable : si , alors et , donc . La suite est donc bien définie et à valeurs dans . De plus : elle est strictement décroissante, minorée par , donc convergente vers un réel . Par continuité de , la limite vérifie , soit : donc .
Le bon changement de variable. On cherche l'exposant pour lequel la suite a des accroissements convergents. Essayons , c'est-à-dire , ce qui est licite car . Pour , le développement donne
donc, en appliquant cette égalité à ,
On peut d'ailleurs le voir sans aucun développement, par un calcul exact : .
Conclusion. Le lemme des accroissements moyens donne , c'est-à-dire , soit
La convergence est donc très lente : partant de , il faut itérations pour descendre sous , ce que l'équivalent prévoyait à l'unité près.
Remarque
L'exposant se lit sur le développement limité de la fonction itérée : ici , le premier terme correctif est en et convient. Quand ce terme est en , c'est qu'il faut prendre : l'exercice 32 de la fiche traite ainsi la suite , dont l'équivalent est .
Exemple
Pour , posons
Existence et limite. La fonction intégrée est continue sur le segment , donc est bien définie. Pour , on a , donc , et la croissance de l'intégrale donne
En particulier .
Une relation de récurrence. Par linéarité,
Par ailleurs, pour , , donc la suite est décroissante. En combinant :
soit
Les deux bornes sont équivalentes à ; le théorème d'obtention d'un équivalent par encadrement donne
Le terme suivant, par intégration par parties. Les fonctions et sont de classe sur , donc
où l'on a posé .
Il reste à estimer . Comme , la linéarité donne
et la suite est décroissante par le même argument que ci-dessus. On en déduit , c'est-à-dire, pour ,
Les deux bornes étant équivalentes à , l'encadrement donne , donc .
Conclusion. En développant , il vient
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g.
h.
i.
À quoi s'ajoutent le développement de , les équivalents usuels du paragraphe 1.11 et les croissances comparées du paragraphe 1.6.
Méthode
1. Calculer une limite. Essayer d'abord les équivalents sur les facteurs. Si une somme empêche de conclure, passer aux développements limités : développer numérateur et dénominateur au même ordre, augmenter l'ordre tant que tout se compense. Acquis depuis : terminale spé.
Méthode
2. Choisir l'ordre. Dans un produit à l'ordre , développer à l'ordre . Dans une composée où commence par , développer à l'ordre . Dans une somme où l'on redoute des compensations, prévoir un ordre de marge.
Méthode
3. Travailler en un point . Poser et tout ramener à . En , poser après avoir factorisé par le terme dominant.
Méthode
4. Étudier une courbe localement. Le donne la tangente ; le premier terme non nul suivant donne la position (degré pair : la courbe reste du même côté ; degré impair : point d'inflexion). En l'infini, le développement donne l'asymptote et la position d'un seul coup.
Méthode
5. Chercher un extremum. Point intérieur, , puis signe de . Si , pousser le développement jusqu'au premier terme non nul.
Méthode
6. Mener un développement asymptotique. Existence, puis limite, puis équivalent, puis on soustrait et on recommence. À chaque étape, réinjecter dans la relation de départ ce que l'on vient d'apprendre.
Propriété
Huit pièges classiques.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.