MPSI · Chapitre 20 · Second semestre

Fonctions de deux variables

Ouverts de R², dérivées partielles, règle de la chaîne, points critiques, extremums.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Ouverts de R²
  • Dérivées partielles
  • Règle de la chaîne
  • Points critiques
  • Extremums

Toute l'analyse de première année a porté sur des fonctions d'une seule variable réelle : on dérive xxex, on dresse un tableau de variations, on cherche un maximum. Or presque aucune grandeur concrète ne dépend d'un seul paramètre. Le coût de fabrication dépend des quantités de deux matières premières, la température d'une plaque métallique dépend du point où on la mesure, l'altitude d'un point de montagne dépend de sa longitude et de sa latitude, l'aire d'un rectangle dépend de ses deux côtés, la pression d'un gaz dépend du volume et de la température. Toutes ces situations relèvent d'un même objet : une fonction qui à un couple de réels associe un réel. Ce chapitre construit les outils qui permettent de la dériver, de l'approcher au voisinage d'un point, et d'en chercher les extremums.

Ce qui est neuf par rapport à l'analyse à une variable tient en une phrase : il y a maintenant une infinité de directions. Sur la droite réelle, on ne peut s'approcher d'un point que par la gauche ou par la droite, et le taux d'accroissement n'a qu'une limite à examiner. Dans le plan, on peut s'approcher d'un point en suivant n'importe laquelle des directions du cercle unité, ou même en suivant une courbe qui s'enroule. Trois conséquences immédiates. D'abord la dérivée n'est plus un nombre mais un vecteur, le gradient, qui contient d'un seul coup la pente dans toutes les directions. Ensuite la tangente devient un plan tangent, et l'approximation affine devient une approximation par une fonction du type (x,y)αx+βy+γ. Enfin, et c'est le plus déroutant, il n'y a aucun ordre sur le plan : les mots « croissante » et « décroissante » n'ont plus de sens, le tableau de variations disparaît, et avec lui la méthode de première année pour trouver les extremums. Un point où la dérivée s'annule pourra n'être ni un maximum ni un minimum, d'une façon bien plus riche qu'en une variable : la surface pourra y monter dans une direction et descendre dans une autre, comme une selle de cheval ou un col de montagne.

Quatre idées structurent tout le chapitre, et il vaut la peine de les avoir en tête dès maintenant. Première idée : figer une variable. Si l'on bloque y à la valeur a2 et qu'on ne laisse bouger que x, on retrouve une fonction d'une variable, et tout l'arsenal de première année redevient disponible : c'est la définition même des dérivées partielles. Ce va-et-vient entre deux variables et une seule est le mouvement fondamental du chapitre, on le retrouvera dans chaque démonstration. Deuxième idée : au premier ordre, une surface est un plan. Le développement limité d'ordre 1 dit que, tout près d'un point, la fonction se confond avec une expression affine dont tous les coefficients sont les deux dérivées partielles : l'information locale tient dans le gradient. Troisième idée : la règle de la chaîne. Savoir dériver tf(x(t),y(t)) est la formule qui fait tourner tout le reste, la dérivée suivant un vecteur, l'orthogonalité du gradient aux lignes de niveau, la résolution des équations aux dérivées partielles, la relation d'Euler et la caractérisation des fonctions constantes. Quatrième idée : la condition nécessaire du premier ordre. En un extremum local intérieur, le gradient est nul ; cette condition sélectionne une poignée de points candidats, et le travail de tri se fait ensuite entièrement à la main.

Un mot sur l'esprit de ce chapitre, qui est délibérément pratique. On n'y fait pas de topologie : le seul mot emprunté à ce vocabulaire est celui de partie ouverte, et il n'est introduit que pour une raison très concrète, garantir qu'il reste un peu de place autour de chaque point pour y faire bouger les variables. On n'y étudie pas non plus la continuité : toutes les fonctions rencontrées sont obtenues par sommes, produits, quotients et composées de fonctions usuelles, elles sont continues et de classe C1 pour cette raison, et on le dit en une phrase. Enfin, aucun outil d'ordre supérieur n'est disponible pour classer un point où le gradient s'annule : la nature d'un tel point se détermine toujours à la main, par mise sous forme canonique, par majoration ou minoration directe, par restriction à des droites ou à des arcs, ou par un changement de variables. C'est plus artisanal, mais c'est aussi beaucoup plus formateur.

Le plan suit l'ordre logique. La section 1 installe le cadre géométrique : distance, boules, parties ouvertes. La section 2 définit les fonctions de deux variables et leurs deux modes de lecture, la surface représentative et les lignes de niveau. La section 3 construit les dérivées partielles et la classe C1. La section 4 énonce le développement limité d'ordre 1, introduit le gradient et le plan tangent. La section 5 établit la règle de la chaîne et les changements de variables, dont les coordonnées polaires. La section 6 en tire les applications : équations aux dérivées partielles d'ordre 1, fonctions constantes, relation d'Euler. La section 7 traite les extremums, des points critiques jusqu'à l'optimisation globale. Une synthèse des méthodes clôt le chapitre.

Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes. La lettre U désigne toujours une partie ouverte de R2, et f une fonction de U dans R. Un point générique du plan s'écrit (x,y) ou m, un point fixé a=(a1,a2), parfois (x0,y0) lorsque les indices 1 et 2 sont déjà pris. Un accroissement se note h=(h1,h2), et l'on écrit indifféremment f(a+h) ou f(a1+h1, a2+h2). La norme euclidienne est (h,k)=h2+k2, la boule ouverte de centre a et de rayon r>0 est B(a,r)={mR2 : ma<r}, et u,v désigne le produit scalaire canonique de R2, c'est-à-dire (u1,u2),(v1,v2)=u1v1+u2v2. Les dérivées partielles se notent fx(a) et fy(a), et le gradient est le vecteur f(a)=(fx(a), fy(a)). Enfin, « de classe C1 » est la seule expression employée dans ce chapitre pour dire qu'une fonction est régulière : elle sera définie précisément en section 3, et toutes les hypothèses des théorèmes se ramèneront à elle.

Le plan comme cadre : distance, boules, parties ouvertes

Norme euclidienne et distance

Avant de dériver quoi que ce soit, il faut pouvoir dire que deux points du plan sont proches. En une variable, cette mesure était donnée par la valeur absolue de la différence. Dans le plan, elle est donnée par la norme euclidienne, celle du théorème de Pythagore, qui n'est rien d'autre que la longueur usuelle d'un segment.

Définition

Pour m=(x,y)R2, on appelle norme euclidienne de m le réel positif

m=x2+y2.

Pour deux points m et m de R2, on appelle distance de m à m le réel

d(m,m)=mm.

Propriété

Soient u=(u1,u2) et v=(v1,v2) deux vecteurs de R2 et λR.

  1. u0, et u=0 si et seulement si u=(0,0).
  2. λu=λu.
  3. Inégalité triangulaire : u+vu+v.
  4. Contrôle des coordonnées : u1u et u2u.
  5. Inégalité de Cauchy-Schwarz : u,vuv.

Démonstration. Les points 1, 2, 3 et 5 sont ceux du produit scalaire canonique de R2, déjà établis : u=u,u, et l'inégalité triangulaire s'obtient en développant

u+v2=u2+2u,v+v2u2+2uv+v2=(u+v)2,

puis en prenant la racine carrée de deux réels positifs.

Pour le point 4, on écrit u12u12+u22, et la croissance de la racine carrée sur R+ donne u1=u12u12+u22=u. Le raisonnement est identique pour u2.

Remarque

Le point 4 est le cheval de bataille de toute la section. Il dit qu'un point proche de a au sens de la norme a chacune de ses deux coordonnées proche de la coordonnée correspondante de a :

ma<rxa1<r  et  ya2<r.

C'est ce qui permettra, dans chaque démonstration, de passer d'une hypothèse sur la distance à une conclusion sur chaque coordonnée séparément.

Boules ouvertes

Définition

Soient aR2 et r>0. On appelle boule ouverte de centre a et de rayon r l'ensemble

B(a,r)={mR2 : ma<r}.

Remarque

Dans le plan, une boule ouverte est tout simplement le disque de centre a et de rayon r, privé du cercle qui le borde : l'inégalité ma<r est stricte. Le mot « boule » est celui qu'on emploie en toute dimension, il n'y a pas lieu de s'en étonner. Plus le rayon est petit, plus la boule est un « petit voisinage » du point a : dans tout ce chapitre, écrire « il existe r>0 tel que … pour tout mB(a,r) », c'est dire « … dès qu'on reste assez près de a ».

Parties ouvertes

Définition

Une partie U de R2 est dite ouverte, ou est appelée un ouvert de R2, lorsque

aU, r>0,B(a,r)U.

Remarque

Comment lire cette définition. Elle dit qu'aucun point de U n'est « au bord » de U : quel que soit le point a choisi dans U, on peut faire un petit pas dans n'importe quelle direction sans sortir de U, à condition que le pas soit assez court. Deux précisions capitales.

  • Le rayon r dépend du point a : on ne demande pas un rayon qui conviendrait à tous les points à la fois. Plus a est proche du bord, plus r devra être petit, et c'est parfaitement autorisé.
  • L'ensemble vide est ouvert : la propriété à vérifier commence par « pour tout a », elle est donc vraie sans rien faire.

Propriété

  1. Toute boule ouverte B(a,r) est un ouvert de R2.
  2. R2 et sont des ouverts de R2.
  3. Une réunion d'ouverts de R2 est un ouvert de R2.
  4. L'intersection de deux ouverts de R2 est un ouvert de R2.

Démonstration. Point 1. Soit bB(a,r) et posons ρ=rba, qui est strictement positif puisque ba<r. Montrons que B(b,ρ)B(a,r). Soit mB(b,ρ) ; l'inégalité triangulaire donne

mamb+ba<ρ+ba=r,

donc mB(a,r).

Point 2. Pour R2, n'importe quel rayon convient, par exemple r=1, puisque toute boule est incluse dans R2. Le cas de a été traité dans la remarque ci-dessus.

Point 3. Soient (Ui)iI des ouverts et a un point de leur réunion. Alors a appartient à l'un d'eux, disons Ui0, qui est ouvert : il existe r>0 tel que B(a,r)Ui0, et a fortiori B(a,r) est inclus dans la réunion.

Point 4. Soient U1 et U2 deux ouverts et aU1U2. Il existe r1>0 tel que B(a,r1)U1 et r2>0 tel que B(a,r2)U2. Posons r=min(r1,r2)>0 : alors B(a,r)B(a,r1)U1 et de même B(a,r)U2, donc B(a,r)U1U2.

La figure ci-dessous illustre la définition : la partie grisée est ouverte, et l'on a dessiné, autour de trois de ses points, un disque entièrement contenu dedans. On voit bien que le rayon doit être choisi de plus en plus petit à mesure que le point se rapproche du bord.

Une partie ouverte du plan : autour de chaque point, un disque entier reste dans la partie

Les exemples à connaître

Exemple

Le disque ouvert. Soient cR2 et R>0. L'ensemble D={mR2 : mc<R} est un ouvert : c'est la boule B(c,R), et le point 1 de la propriété précédente s'applique. En reprenant la démonstration sur un cas concret, pour D={(x,y) : x2+y2<4} et a=(1,1), on a a=2, donc le rayon ρ=220,59 convient.

Le demi-plan strict. L'ensemble H={(x,y)R2 : y>0} est un ouvert. En effet, soit a=(a1,a2)H, donc a2>0 ; posons r=a2>0. Si m=(x,y)B(a,r), le contrôle des coordonnées donne

ya2ma<r=a2,

d'où ya2>a2, c'est-à-dire y>0 : le point m appartient bien à H.

Exemple

Le plan privé d'un point. Soit cR2. L'ensemble U=R2{c} est un ouvert. Soit en effet aU, c'est-à-dire ac ; posons r=ac, qui est strictement positif. Si mB(a,r), alors ma<ac ; le point c ne peut donc pas être égal à m, sans quoi on aurait ca<ac, ce qui est absurde. Donc B(a,r)U.

Le plan privé d'une droite. Soit D la droite d'équation αx+βy=γ, avec (α,β)(0,0), et soit U=R2D. Soit a=(a1,a2)U : le réel δ=αa1+βa2γ est strictement positif. Posons N=α2+β2>0 et r=δN. Soit m=(x,y)B(a,r). L'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée aux vecteurs (α,β) et ma donne

α(xa1)+β(ya2)Nma<N×δN=δ,

donc, par l'inégalité triangulaire dans R,

αx+βyγαa1+βa2γα(xa1)+β(ya2)>δδ=0.

Ainsi αx+βyγ : le point m n'est pas sur D, et B(a,r)U.

Exemple

Un produit d'intervalles ouverts. Soient I et J deux intervalles ouverts de R. L'ensemble U=I×J={(x,y) : xI et yJ} est un ouvert de R2. Soit en effet a=(a1,a2)U. Comme I est un intervalle ouvert contenant a1, il existe r1>0 tel que ]a1r1, a1+r1[I, et de même r2>0 tel que ]a2r2, a2+r2[J. Posons r=min(r1,r2)>0 et soit m=(x,y)B(a,r) : le contrôle des coordonnées donne xa1<rr1 et ya2<rr2, donc xI et yJ, c'est-à-dire mU.

En particulier, le quart de plan {(x,y) : x>0 et y>0}, le carré ]0,1[×]0,1[ et la bande R×]1,1[ sont des ouverts de R2.

Exemple

Trois parties qui ne sont PAS ouvertes. Dans les trois cas, on exhibe un point de la partie autour duquel aucune boule, si petite soit-elle, ne tient à l'intérieur.

Le disque défini par une inégalité large (couramment appelé disque fermé), D={(x,y) : x2+y21}. Prenons a=(1,0), qui appartient à D, et soit r>0 quelconque. Le point m=(1+r2, 0) vérifie ma=r2<r, donc mB(a,r) ; mais m=1+r2>1, donc mD. Aucune boule centrée en a n'est incluse dans D.

Une droite, par exemple D={(x,0) : xR}. Prenons a=(0,0) et r>0 quelconque : le point m=(0,r2) est dans B(a,r) mais pas sur D. Une droite ne contient aucun disque, aussi petit soit-il : elle est « d'épaisseur nulle ».

Le demi-plan large {(x,y) : y0}. Prenons encore a=(0,0) et r>0 : le point m=(0,r2) est dans B(a,r) et vérifie y<0. C'est exactement l'inégalité large qui fait échouer la propriété : les points de la droite y=0 appartiennent à la partie tout en étant sur son bord.

Méthode

Prouver qu'une partie définie par des inégalités STRICTES est ouverte. Le schéma est toujours le même, en trois temps.

  1. Se donner un point quelconque de la partie : « soit a=(a1,a2)U », et écrire ce que cela signifie, c'est-à-dire les inégalités strictes vérifiées par a1 et a2.
  2. Fabriquer un rayon explicite à partir de la marge dont on dispose. La marge, c'est l'écart entre les deux membres de l'inégalité stricte : si la condition est y>0, on prend r=a2 ; si c'est x2+y2<R2, on prend r=Ra ; si c'est αx+βy>γ, on prend r=αa1+βa2γα2+β2. Vérifier à voix haute que ce rayon est strictement positif, c'est le point où l'inégalité stricte est utilisée.
  3. Prendre mB(a,r) et conclure en majorant, à l'aide du contrôle des coordonnées xa1ma ou de l'inégalité triangulaire, la quantité qui doit rester du bon côté.

Le raccourci à connaître. Une partie décrite par plusieurs inégalités strictes est l'intersection des parties correspondantes ; si chacune est ouverte, l'intersection de deux d'entre elles l'est encore, et de proche en proche l'intersection d'un nombre fini d'entre elles aussi. Ainsi {(x,y) : x>0, y>0, x+y<1} est ouvert comme intersection de trois demi-plans stricts, sans aucun calcul de rayon.

Remarque

Pourquoi cette notion, et rien de plus. Il serait faux de croire qu'on entame ici un cours de topologie. La notion d'ouvert n'est introduite que pour une raison très concrète, qui apparaîtra dès la section 3 : pour dériver f par rapport à x au point a, il faut que f(x,a2) ait un sens pour x dans tout un intervalle autour de a1, donc il faut un peu de place autour de a. Dire que U est ouvert, c'est exactement garantir cette place en chacun de ses points, et rien d'autre.

De même, toutes les fonctions de ce chapitre sont continues, parce qu'elles sont fabriquées à partir des fonctions usuelles par sommes, produits, quotients et composées. Leur continuité ne sera jamais un objet d'étude : on ne cherchera pas de limite, on ne discutera pas de prolongement. Le programme est ici d'approche pratique, et l'énergie doit aller au calcul et aux applications, pas à la formalisation.

Fonctions de deux variables

Définition, domaine

Définition

Soit U une partie ouverte de R2. On appelle fonction de deux variables définie sur U toute application

f:UR,(x,y)f(x,y).

L'ensemble U est le domaine de f, et f(x,y) est la valeur de f au point (x,y).

Lorsqu'une fonction est donnée par une expression, on appelle domaine de cette expression l'ensemble des couples (x,y) pour lesquels le calcul a un sens. Dans ce chapitre, on prendra toujours soin de se placer sur un ouvert, quitte à restreindre légèrement l'ensemble naturel.

Exemple

Quatre domaines.

  • f(x,y)=ln(x+y) : le calcul exige x+y>0. Le domaine est le demi-plan strict {(x,y) : x+y>0}, qui est ouvert (méthode de la section 1, avec r=a1+a22).
  • f(x,y)=xyx2+y2 : le dénominateur s'annule au seul point (0,0). Le domaine est R2{(0,0)}, qui est ouvert.
  • f(x,y)=1xy : le domaine est le plan privé de la droite d'équation y=x, qui est ouvert.
  • f(x,y)=1x2y2 : le calcul exige x2+y21, et cet ensemble n'est pas ouvert. On travaillera donc sur le disque ouvert {(x,y) : x2+y2<1}, en le disant explicitement. C'est une restriction sans conséquence : tout ce qui nous intéresse est local.

Surface représentative

Définition

Soit f:UR. On appelle surface représentative de f la partie de l'espace

Sf={(x,y,f(x,y)) : (x,y)U}R3.

Remarque

C'est l'analogue exact de la courbe représentative d'une fonction d'une variable : au-dessus de chaque point (x,y) du domaine, on place le point d'altitude f(x,y). L'image mentale à garder est celle d'un relief : U est une carte, f(x,y) est l'altitude du point de coordonnées (x,y), et Sf est le paysage. Tout le vocabulaire du chapitre vient de là : pente, plus forte pente, col, sommet, ligne de niveau.

Cette surface est utile pour l'intuition, mais elle est difficile à dessiner et impossible à exploiter en calcul. C'est pourquoi on lui préfère deux lectures planes : les applications partielles, qui coupent le relief selon deux directions, et les lignes de niveau, qui le lisent comme une carte d'état-major.

Applications partielles

Définition

Soient f:UR et a=(a1,a2)U. On appelle applications partielles de f en a les deux fonctions d'une variable réelle

f1:xf(x,a2)etf2:yf(a1,y).

Remarque

Elles sont bien définies au voisinage du point. Comme U est ouvert, il existe r>0 tel que B(a,r)U. Pour xa1<r, le point (x,a2) vérifie (x,a2)a=xa1<r, donc appartient à U : l'application f1 est définie au moins sur l'intervalle ouvert ]a1r, a1+r[. Même chose pour f2. C'est ici, et pour cette seule raison, que sert l'hypothèse « U ouvert ».

Géométriquement, f1 décrit l'altitude le long de la droite y=a2 : c'est la coupe du relief par le plan vertical d'équation y=a2. L'intérêt est évident : f1 et f2 sont des fonctions d'une variable, sur lesquelles toute l'analyse de première année s'applique sans modification. Tout le chapitre consiste à ramener des questions à deux variables à des questions sur ces fonctions-là.

Exemple

Pour f(x,y)=x2y+3yx et a=(2,1), les applications partielles en a sont

f1:xf(x,1)=x2x+3etf2:yf(2,y)=4y+3y2=7y2.

La première est une parabole, la seconde une droite : deux coupes très différentes d'une même surface, en un même point.

Lignes de niveau

Définition

Soient f:UR et λR. On appelle ligne de niveau λ de f la partie du plan

Lλ={(x,y)U : f(x,y)=λ}.

Remarque

Comment lire un réseau de lignes de niveau. C'est exactement la lecture d'une carte de randonnée, où chaque courbe joint les points de même altitude.

  • Deux lignes de niveau associées à des valeurs différentes de λ sont disjointes : un point a une seule altitude.
  • Là où les lignes sont resserrées, la fonction varie vite : le relief est raide. Là où elles sont écartées, la fonction varie lentement.
  • Une ligne de niveau peut être vide (aucun point n'atteint cette valeur), réduite à un point (un sommet ou un creux isolé), ou formée de plusieurs morceaux.
  • Les lignes de niveau ne disent rien du sens de variation : il faut indiquer les valeurs de λ pour savoir de quel côté ça monte.

On démontrera en section 5 le lien géométrique fondamental : le gradient est orthogonal aux lignes de niveau, et il pointe vers les valeurs croissantes.

Exemple

Quatre réseaux de lignes de niveau à connaître.

Une fonction affine, f(x,y)=2x+3y. La ligne de niveau λ est la droite d'équation 2x+3y=λ : on obtient une famille de droites parallèles, de vecteur directeur (3,2), régulièrement espacées lorsque λ décrit une progression arithmétique. Le relief est un plan incliné.

Un paraboloïde de révolution, f(x,y)=x2+y2. Pour λ<0, la ligne de niveau est vide ; pour λ=0, elle est réduite au point (0,0) ; pour λ>0, c'est le cercle de centre l'origine et de rayon λ. Les cercles se resserrent quand λ grandit, puisque λ croît de moins en moins vite : le relief est de plus en plus raide quand on s'éloigne.

Une selle, f(x,y)=x2y2. La ligne de niveau 0 est la réunion des deux droites y=x et y=x ; pour λ0, c'est une hyperbole, tournée « vers la droite et la gauche » si λ>0, « vers le haut et le bas » si λ<0. On y reviendra en section 7 : c'est l'exemple type d'un point critique sans extremum.

Une fonction radiale, c'est-à-dire de la forme f(x,y)=g(x2+y2). Sa valeur ne dépend que de la distance à l'origine, donc ses lignes de niveau sont des cercles centrés en l'origine (ou des réunions de tels cercles). Réciproquement, une fonction de classe C1 qui ne varie pas lorsqu'on tourne autour de l'origine est radiale : on le démontrera par le calcul en section 6.

Méthode

Tracer et exploiter un réseau de lignes de niveau. La démarche est toujours la même, et elle donne en quelques minutes une image fidèle du relief.

  1. Écrire l'équation f(x,y)=λ et la reconnaître. Droite, cercle, ellipse, hyperbole, parabole : les coniques du programme suffisent presque toujours. Si l'équation ne se reconnaît pas, on l'exprime sous la forme y= et on trace la courbe d'une fonction d'une variable.
  2. Discuter selon λ. Pour quelles valeurs de λ la ligne est-elle vide, réduite à un point, ou une vraie courbe ? Le passage d'un cas à l'autre repère les points remarquables du relief : une ligne de niveau réduite à un point est le signe d'un sommet ou d'un creux.
  3. Tracer quelques valeurs régulièrement espacées, par exemple λ{2,1,0,1,2}, et indiquer les valeurs sur le dessin. Sans les valeurs, le dessin ne dit pas dans quel sens ça monte.
  4. Lire le relief. Lignes resserrées, forte pente ; lignes écartées, faible pente ; lignes qui se croisent en un point, point critique de type col.

L'exemple filé du chapitre

Pour ne pas multiplier les fonctions, une seule servira de fil rouge d'un bout à l'autre du cours. On la reprendra à chaque nouvel outil.

Exemple

La fonction f(x,y)=x2+2y2.

Domaine. Elle est définie sur U=R2 tout entier, qui est ouvert.

Lignes de niveau. L'équation x2+2y2=λ n'a pas de solution si λ<0, a pour seule solution (0,0) si λ=0, et décrit pour λ>0 une ellipse centrée à l'origine, de demi-axes λ dans la direction x et λ/2 dans la direction y. L'ellipse est donc « aplatie » verticalement : à même effort, on gagne plus d'altitude en avançant selon y que selon x, puisque le coefficient 2 pèse sur y.

Surface. C'est un paraboloïde elliptique, une cuvette dont le fond est l'origine, où f vaut 0.

Applications partielles en a=(1,1). Ce sont

f1:xf(x,1)=x2+2etf2:yf(1,y)=1+2y2,

deux paraboles. Elles valent toutes les deux 3 au point considéré, puisque f(1,1)=3, mais leurs pentes en ce point ne sont pas les mêmes : f1(1)=2 et f2(1)=4. C'est précisément l'objet de la section suivante.

La figure ci-dessous montre le réseau de lignes de niveau de cette fonction, ainsi que le vecteur gradient en un point, qui sera défini en section 4 : on constate qu'il est perpendiculaire à l'ellipse qui passe par ce point, et dirigé vers les ellipses de niveau plus grand.

Lignes de niveau de la fonction (x,y) donne x carré plus deux y carré, et gradient en un point

Dérivées partielles d'ordre 1

Définition

L'idée est celle annoncée en introduction : on fige une variable et on dérive comme en première année. La définition ne fait donc que recopier celle du nombre dérivé, appliquée aux applications partielles.

Définition

Soient U un ouvert de R2, f:UR et a=(a1,a2)U.

On dit que f admet une dérivée partielle par rapport à la première variable en a lorsque le taux d'accroissement

tf(a1+t, a2)f(a1,a2)t

admet une limite finie quand t tend vers 0. Cette limite est alors notée fx(a).

De même, si le taux tf(a1, a2+t)f(a1,a2)t admet une limite finie en 0, celle-ci est notée fy(a).

Remarque

Trois lectures de la même définition.

  • En termes d'applications partielles : f admet une dérivée partielle par rapport à x en a si et seulement si l'application partielle f1:xf(x,a2) est dérivable en a1, et alors fx(a)=f1(a1). C'est la formulation la plus utile : une dérivée partielle est un nombre dérivé de fonction d'une variable, rien de plus.
  • En termes de pente : fx(a) est la pente du relief au point a quand on se déplace parallèlement à l'axe des abscisses, et fy(a) la pente quand on se déplace parallèlement à l'axe des ordonnées.
  • Notation : on rencontre aussi 1f(a) et 2f(a) pour désigner ces deux nombres. Ces notations sont exactement synonymes des précédentes ; nous ne les emploierons plus dans ce cours.

Enfin, le symbole n'est pas un « d décoratif » : l'écriture fx signale qu'il y a d'autres variables tenues fixes. Écrire dfdx pour une fonction de deux variables est une faute.

Méthode

Calculer une dérivée partielle : la règle pratique. Pour calculer fx, on traite y comme une constante et l'on dérive l'expression par rapport à x avec toutes les règles de première année (somme, produit, quotient, composée, dérivées usuelles). Pour fy, on traite x comme une constante et l'on dérive par rapport à y.

Deux réflexes qui évitent la moitié des erreurs.

  1. Avant de dériver, écrire ce qu'on fige. Par exemple : « à y fixé, xx2exy est un produit ». Cela oblige à voir quels facteurs sont des constantes.
  2. Après avoir dérivé, vérifier sur un point simple en revenant à l'application partielle. Si fy(1,0) doit valoir 3, on calcule yf(1,y), on la dérive en 0, et l'on compare. Ce contrôle coûte trente secondes et détecte presque toutes les fautes de calcul.

Quatre calculs entièrement détaillés

Exemple

Un polynôme. Soit f(x,y)=x3+2x2yy4, définie sur R2.

À y figé, la fonction xx3+2yx2y4 est un polynôme en x, dont le terme y4 est une constante :

fx(x,y)=3x2+4xy.

À x figé, la fonction yx3+(2x2)yy4 est un polynôme en y, dont le terme x3 est une constante et 2x2 un coefficient :

fy(x,y)=2x24y3.

Contrôle. En (1,1) : fx(1,1)=7. Vérification par l'application partielle : f(x,1)=x3+2x21, de dérivée 3x2+4x, qui vaut bien 7 en x=1.

Exemple

Un produit avec une exponentielle. Soit f(x,y)=xexy, définie sur R2.

À y figé, c'est le produit de xx et de xeyx, dont la dérivée est yeyx (composée avec la fonction affine xyx, de dérivée y). La formule du produit donne

fx(x,y)=1×exy+x×yexy=(1+xy)exy.

À x figé, la fonction yxexy est le produit de la constante x par yexy, de dérivée xexy :

fy(x,y)=x×xexy=x2exy.

Contrôle en (1,0). Les formules donnent fx(1,0)=1 et fy(1,0)=1. Par les applications partielles : f(x,0)=x, de dérivée 1 ; et f(1,y)=ey, de dérivée ey, qui vaut 1 en y=0. Les deux concordent.

Exemple

Un quotient. Soit f(x,y)=xyx2+y2+1, définie sur R2 puisque le dénominateur est toujours supérieur ou égal à 1.

À y figé, la formule du quotient (uv)=uvuvv2 avec u=xy et v=x2+y2+1 donne, pour le numérateur,

1×(x2+y2+1)(xy)×2x=x2+y2+12x2+2xy=x2+2xy+y2+1,

d'où

fx(x,y)=x2+2xy+y2+1(x2+y2+1)2.

À x figé, avec u=xy de dérivée 1 et v de dérivée 2y :

1×(x2+y2+1)(xy)×2y=x2y212xy+2y2=x2+y22xy1,

d'où

fy(x,y)=x2+y22xy1(x2+y2+1)2.

Contrôle en (0,0). Les formules donnent 1 et 1. Par les applications partielles : f(x,0)=xx2+1, de dérivée 1x2(x2+1)2, qui vaut 1 en 0 ; et f(0,y)=yy2+1, dont la dérivée vaut 1 en 0. Cohérent.

Exemple

Une composée. Soit f(x,y)=ln(x2+y2), définie sur l'ouvert U=R2{(0,0)}, où x2+y2>0.

À y figé, c'est la composée de xx2+y2 (de dérivée 2x) par le logarithme, d'où

fx(x,y)=2xx2+y2,et de meˆmefy(x,y)=2yx2+y2.

Un deuxième exemple de composée. Pour g(x,y)=sin(x2y) sur R2, à y figé la dérivée de xx2y vaut 2xy, et à x figé la dérivée de yx2y vaut x2 :

gx(x,y)=2xycos(x2y),gy(x,y)=x2cos(x2y).

Exemple

L'exemple filé. Pour f(x,y)=x2+2y2, on obtient immédiatement

fx(x,y)=2xetfy(x,y)=4y,

et en particulier fx(1,1)=2, fy(1,1)=4. On retrouve bien les pentes f1(1)=2 et f2(1)=4 calculées en section 2 : la fonction monte deux fois plus vite dans la direction y que dans la direction x, ce que le réseau d'ellipses aplaties laissait prévoir.

Fonctions de classe C1

Une fonction peut posséder des dérivées partielles en tout point sans se comporter raisonnablement pour autant. Comme le programme ne s'intéresse pas à ces pathologies, on impose dès le départ une hypothèse confortable, qui sera l'hypothèse de tous les théorèmes du chapitre.

Définition

Soit U un ouvert de R2. Une fonction f:UR est dite de classe C1 sur U lorsque

  1. f admet en tout point de U une dérivée partielle par rapport à x et une dérivée partielle par rapport à y ;
  2. les deux fonctions ainsi définies,
fx:URetfy:UR,

sont continues sur U.

Remarque

La classe C1 est une propriété globale sur un ouvert, jamais une propriété en un point isolé : on dit « f est de classe C1 sur U », et l'ouvert doit être précisé. C'est cette hypothèse qui autorisera, à partir de la section 4, le développement limité d'ordre 1 et tout ce qui en découle. En pratique, on ne la vérifie jamais en revenant à la définition : on l'obtient toujours par les opérations ci-dessous.

Propriété

Opérations sur les fonctions de classe C1. Soit U un ouvert de R2.

  1. Les fonctions constantes, la fonction (x,y)x et la fonction (x,y)y sont de classe C1 sur R2. Par conséquent, toute fonction polynomiale en x et y est de classe C1 sur R2.
  2. Si f et g sont de classe C1 sur U et si λ,μR, alors λf+μg est de classe C1 sur U, avec
(λf+μg)x=λfx+μgx.
  1. Si f et g sont de classe C1 sur U, alors fg l'est aussi, avec
(fg)x=fxg+fgx.
  1. Si de plus g ne s'annule pas sur U, alors fg est de classe C1 sur U, avec
x(fg)=fxgfgxg2.
  1. Si f est de classe C1 sur U, si I est un intervalle contenant f(U) et si φ:IR est de classe C1, alors φf est de classe C1 sur U, avec
(φf)x=φ ⁣(f)fx.

Les formules analogues pour y s'obtiennent en échangeant les rôles des deux variables.

Démonstration. Le principe est le même dans les cinq cas : on fige une variable, on applique le théorème d'une variable correspondant à l'application partielle, puis on vérifie la continuité de l'expression obtenue.

Point 1. L'application partielle de (x,y)x selon la première variable est xx, de dérivée 1 ; selon la seconde, c'est la constante a1, de dérivée 0. Donc les dérivées partielles valent respectivement 1 et 0 : ce sont des fonctions constantes, donc continues. Le cas de (x,y)y est symétrique, celui des constantes est immédiat. Une fonction polynomiale s'obtient à partir de ces trois briques par les points 2 et 3.

Points 2, 3, 4. Fixons aU et travaillons sur les applications partielles en a, définies sur un intervalle ouvert autour de a1 comme on l'a vu. Par exemple pour le produit : xf(x,a2)g(x,a2) est dérivable en a1, comme produit de deux fonctions dérivables, et sa dérivée y vaut

fx(a)g(a)+f(a)gx(a).

Ceci vaut en tout point a de U, ce qui donne la formule annoncée. La fonction obtenue est continue sur U comme somme de produits de fonctions continues, donc fg est bien de classe C1. Les points 2 et 4 se traitent mot pour mot de la même façon, avec la linéarité de la dérivation et la formule du quotient d'une variable, le dénominateur g2 ne s'annulant pas.

Point 5. Toujours à y=a2 figé, la fonction xφ(f(x,a2)) est la composée d'une fonction dérivable en a1 par une fonction dérivable en f(a) : elle est dérivable en a1, de dérivée φ(f(a))fx(a). La fonction φf est continue sur U comme composée de fonctions continues, donc le produit (φf)fx l'est aussi.

Remarque

Une fonction d'une variable vue comme fonction de deux variables. Soit u une fonction de classe C1 sur un intervalle ouvert I. La fonction

u~:(x,y)u(x),

définie sur l'ouvert I×R, est de classe C1, avec

u~x(x,y)=u(x)etu~y(x,y)=0.

La seconde application partielle est en effet constante, donc de dérivée nulle. Cette observation, qui paraît anodine, servira constamment en section 6 : les solutions des équations aux dérivées partielles s'écrivent avec des fonctions d'une variable composées avec une expression en x et y, et c'est ce petit calcul qui permet de dériver de telles écritures.

Corollaire immédiat, par composition : pour φ de classe C1 sur R et α,β réels, la fonction (x,y)φ(αx+βy) est de classe C1 sur R2, de dérivées partielles αφ(αx+βy) et βφ(αx+βy).

Méthode

La phrase à écrire en copie. On ne démontre jamais qu'une fonction usuelle est de classe C1 en revenant aux taux d'accroissement. On écrit une phrase de justification par opérations, qui doit nommer l'ouvert et nommer les opérations. Trois modèles à recopier.

  • « La fonction f:(x,y)x3+2x2yy4 est polynomiale, donc de classe C1 sur R2. »
  • « La fonction f:(x,y)xyx2+y2+1 est de classe C1 sur R2 comme quotient de deux fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas. »
  • « La fonction f:(x,y)ln(x2+y2) est de classe C1 sur l'ouvert U=R2{(0,0)} comme composée de la fonction polynomiale (x,y)x2+y2, à valeurs dans ]0,+[, par la fonction ln, qui est de classe C1 sur ]0,+[. »

Le point que les correcteurs sanctionnent est l'oubli de l'ouvert : écrire « f est de classe C1 » sans dire où n'a pas de sens, et fait rater les cas où le domaine doit être restreint.

Développement limité d'ordre 1, gradient, plan tangent

Le théorème fondamental du chapitre

En une variable, la dérivabilité en un point équivaut à l'existence d'un développement limité d'ordre 1 : u(a+h)=u(a)+u(a)h+o(h). Le théorème suivant est l'analogue à deux variables. Il n'est pas une simple reformulation de la définition des dérivées partielles : celles-ci ne renseignent a priori que sur deux directions, tandis que le développement limité contrôle tous les déplacements à la fois. C'est l'hypothèse de classe C1 qui permet ce passage, et le résultat est admis.

Propriété

Développement limité à l'ordre 1 (admis). Soient U un ouvert de R2, f une fonction de classe C1 sur U et a=(a1,a2)U. Il existe r>0 tel que B(a,r)U et une fonction ε, définie sur la boule B((0,0),r), vérifiant

ε(0,0)=0etα>0, δ]0,r[, (hδ    ε(h)α),

telles que, pour tout h=(h1,h2) de norme strictement inférieure à r,

f(a+h)=f(a)+fx(a)h1+fy(a)h2+hε(h).

Définition

Soient f de classe C1 sur un ouvert U et aU. On appelle gradient de f en a le vecteur de R2

f(a)=(fx(a), fy(a)).

Avec cette notation, et en abrégeant le terme de reste, le développement limité d'ordre 1 s'écrit sous la forme condensée qu'il faut savoir écrire de mémoire :

f(a+h)=f(a)+f(a), h+o ⁣(h)lorsque h(0,0).

Remarque

Ce que signifie le petit o d'une norme. L'écriture o ⁣(h) désigne une quantité de la forme hε(h), où ε(h) devient aussi petit qu'on veut dès que h est assez petit. Autrement dit, le reste n'est pas seulement petit : il est négligeable devant la distance parcourue. Si l'on divise l'égalité du théorème par h, on lit exactement cela :

f(a+h)f(a)f(a),hh=ε(h) h0 0.

Deux commentaires. D'abord, la valeur ε(0,0)=0 n'est pas une coquetterie : elle permet d'utiliser la formule y compris lorsque h est le vecteur nul, ce qui servira dans la démonstration de la règle de la chaîne, où l'accroissement peut s'annuler. Ensuite, le membre de droite du développement,

hf(a)+f(a),h,

est une expression affine en (h1,h2) : au premier ordre, une fonction de classe C1 se comporte comme une fonction affine, et tous les coefficients de cette fonction affine sont les dérivées partielles. C'est tout le contenu du théorème, et c'est l'idée maîtresse du chapitre.

Exemple

Le développement de l'exemple filé. Pour f(x,y)=x2+2y2 et a=(1,1), on a f(a)=3 et f(a)=(2,4), donc

f(1+h1, 1+h2)=3+2h1+4h2+o ⁣(h).

Ici, le reste se calcule exactement : en développant,

f(1+h1,1+h2)=1+2h1+h12+2(1+2h2+h22)=3+2h1+4h2+h12+2h22.

Le reste vaut donc h12+2h22, et il est bien négligeable devant h, puisque

h12+2h22h2(h12+h22)h=2h h(0,0) 0.

Le gradient indique la direction de plus forte pente

Propriété

Soient f de classe C1 sur un ouvert U et aU tel que f(a)(0,0). Alors, pour tout vecteur unitaire v de R2,

f(a)  f(a), v  f(a),

l'égalité de droite ayant lieu si et seulement si v=f(a)f(a), celle de gauche si et seulement si v=f(a)f(a).

Démonstration. L'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée aux vecteurs f(a) et v donne

f(a),vf(a)v=f(a),

puisque v=1, ce qui est exactement l'encadrement annoncé.

Le cas d'égalité de Cauchy-Schwarz impose que la famille (f(a),v) soit liée, donc, f(a) étant non nul, que v=μf(a) pour un réel μ. La condition v=1 donne μf(a)=1, d'où μ=±1f(a). Le choix du signe + donne f(a),v=f(a)2f(a)=f(a), c'est le maximum ; le signe donne l'opposé, c'est le minimum.

Remarque

Pourquoi cela s'appelle la plus forte pente. D'après le développement limité, un déplacement de petite longueur t>0 à partir de a dans la direction unitaire v produit la variation

f(a+tv)f(a)=tf(a),v+o(t).

Au premier ordre, la variation est donc proportionnelle à f(a),v. La propriété précédente dit que, parmi toutes les directions possibles, celle où l'on monte le plus vite est celle du gradient, et que la pente y vaut exactement f(a) ; celle où l'on descend le plus vite est la direction opposée. Les directions orthogonales au gradient, elles, donnent une variation nulle au premier ordre : ce sont les directions dans lesquelles on suit le relief à altitude constante, ce qui annonce le résultat de la section 5 sur les lignes de niveau.

Plan tangent à la surface représentative

Définition

Soient f de classe C1 sur un ouvert U et a=(a1,a2)U. On appelle plan tangent à la surface représentative de f au point (a1,a2,f(a)) le plan de R3 d'équation

z=f(a)+fx(a)(xa1)+fy(a)(ya2).

Remarque

Pourquoi ce plan et pas un autre. Posons h=(xa1, ya2). L'équation ci-dessus s'écrit z=f(a)+f(a),h, et le développement limité dit précisément que l'écart entre la surface et ce plan,

f(a+h)[f(a)+f(a),h]=o ⁣(h),

est négligeable devant la distance au point de contact. Le plan tangent est donc le plan qui épouse la surface au premier ordre, exactement comme la tangente à une courbe.

Trois remarques pratiques.

  • Le plan tangent contient les tangentes aux deux courbes obtenues en coupant la surface par les plans y=a2 et x=a1 : ce sont les droites dirigées par (1,0,fx(a)) et (0,1,fy(a)).
  • Un vecteur normal au plan tangent est (fx(a), fy(a), 1), comme on le vérifie en calculant son produit scalaire avec les deux vecteurs précédents.
  • Le plan tangent est horizontal si et seulement si f(a)=(0,0). On retrouvera cette condition en section 7 : c'est la condition nécessaire d'extremum, et l'image du plan tangent horizontal (sommet, creux, ou col) en donne la bonne intuition.

Exemple

Deux plans tangents.

L'exemple filé. Pour f(x,y)=x2+2y2 en a=(1,1), on a f(a)=3 et f(a)=(2,4), donc le plan tangent au point (1,1,3) a pour équation

z=3+2(x1)+4(y1),c’est-aˋ-direz=2x+4y3.

Contrôle. Le point de contact doit appartenir au plan : pour x=y=1, on trouve 2+43=3=f(1,1).

Un produit. Pour g(x,y)=xy en a=(2,3) : g(a)=6, gx=y vaut 3, gy=x vaut 2. Le plan tangent au point (2,3,6) est

z=6+3(x2)+2(y3)=3x+2y6.

Contrôle. En (2,3) : 6+66=6, correct.

Calculer une valeur approchée

Méthode

Approcher f au voisinage d'un point. Le développement limité fournit la meilleure approximation affine. La rédaction tient en quatre temps.

  1. Choisir le point de référence a : un point voisin de celui qui est demandé, et où toutes les valeurs se calculent exactement (souvent un point à coordonnées entières, ou un point où l'on connaît des valeurs remarquables).
  2. Calculer f(a) et f(a), après avoir justifié en une phrase que f est de classe C1 sur un ouvert contenant a.
  3. Écrire l'accroissement h et appliquer
f(a+h)  f(a)+fx(a)h1+fy(a)h2.
  1. Annoncer que c'est une valeur approchée : le calcul ne donne pas le résultat exact, il donne l'approximation affine. On peut, quand c'est facile, comparer à la valeur exacte pour mesurer l'erreur.

Exemple

Trois valeurs approchées.

L'exemple filé. Approchons f(1,01 ; 0,98) pour f(x,y)=x2+2y2. Avec a=(1,1) et h=(0,01 ; 0,02) :

f(1,01 ; 0,98)3+2×0,01+4×(0,02)=3+0,020,08=2,94.

La valeur exacte est 1,0201+2×0,9604=2,9409 : l'erreur vaut 9×104, conforme à un reste d'ordre 2.

Une racine carrée. Approchons (4,02)2+(2,97)2. Posons f(x,y)=x2+y2, de classe C1 sur R2{(0,0)} comme composée, avec

fx=xx2+y2,fy=yx2+y2.

En a=(4,3) : f(a)=5 et f(a)=(45,35). Avec h=(0,02 ; 0,03) :

f(4,02 ; 2,97)5+0,8×0,02+0,6×(0,03)=5+0,0160,018=4,998.

La valeur exacte est 24,98134,99813 : l'erreur vaut 1,3×104.

Une puissance. Approchons (1,02)3,01. Posons f(x,y)=xy=eylnx, de classe C1 sur l'ouvert ]0,+[×R, avec

fx=yxy1,fy=xylnx.

En a=(1,3) : f(a)=1, fx(a)=3 et fy(a)=0 puisque ln1=0. Avec h=(0,02 ; 0,01) :

(1,02)3,011+3×0,02+0×0,01=1,06,

à comparer à la valeur exacte 1,0614. Le fait que la dérivée partielle par rapport à y soit nulle en ce point se lit sur l'énoncé : au voisinage de x=1, la valeur de l'exposant n'a presque aucune influence, puisque 1 élevé à n'importe quelle puissance vaut 1.

Dérivée suivant un vecteur

Les dérivées partielles ne décrivent que deux directions de déplacement. Rien n'empêche de faire la même chose dans une direction quelconque.

Définition

Soient f:UR, aU et vR2. On dit que f admet une dérivée en a suivant le vecteur v lorsque la fonction

tf(a+tv),

définie pour t assez proche de 0, est dérivable en 0. On note alors Dvf(a) sa dérivée en 0, c'est-à-dire

Dvf(a)=limt0 f(a+tv)f(a)t.

Remarque

La fonction tf(a+tv) est bien définie près de 0 : si v(0,0), il existe r>0 tel que B(a,r)U, et pour t<rv on a tv<r, donc a+tvU. Le cas v=(0,0) est sans intérêt : la fonction est constante et Dvf(a)=0.

Les dérivées partielles sont les cas particuliers v=(1,0) et v=(0,1) : en notant e1=(1,0) et e2=(0,1),

De1f(a)=fx(a)etDe2f(a)=fy(a).

Propriété

Soient f de classe C1 sur un ouvert U et aU. Alors, pour tout vecteur v de R2, la dérivée de f en a suivant v existe et vaut

Dvf(a)=f(a), v=v1fx(a)+v2fy(a).

Démonstration. Le cas v=(0,0) étant immédiat, supposons v(0,0). Appliquons le développement limité d'ordre 1 en a à l'accroissement h=tv, licite dès que t<rv :

f(a+tv)=f(a)+f(a), tv+tvε(tv)=f(a)+tf(a),v+tvε(tv),

où l'on a utilisé la linéarité du produit scalaire en la seconde variable et l'homogénéité de la norme. Pour t0, divisons par t :

f(a+tv)f(a)t=f(a),v+ttvε(tv).

Le quotient tt vaut ±1, donc le dernier terme est majoré en valeur absolue par vε(tv). Or tv=tv tend vers 0 quand t tend vers 0, donc ε(tv) tend vers 0. Par encadrement, le taux d'accroissement tend vers f(a),v, ce qui est exactement l'énoncé.

Remarque

Deux conséquences à retenir.

  • L'application vDvf(a) est linéaire : cela se lit directement sur la formule Dvf(a)=f(a),v. Ainsi Du+vf(a)=Duf(a)+Dvf(a) et Dλvf(a)=λDvf(a). Autrement dit, la connaissance de deux pentes, celles selon e1 et e2, donne la pente dans toutes les directions : c'est spectaculaire, et c'est faux sans l'hypothèse de classe C1.
  • Lorsque v est unitaire, Dvf(a) est la pente du relief dans la direction v, et la section précédente en donne le maximum : f(a).

Exemple

Sur l'exemple filé. Pour f(x,y)=x2+2y2 et a=(1,1), on a f(a)=(2,4).

Dans la direction unitaire v=(35,45) :

Dvf(a)=2×35+4×45=6+165=225=4,4.

Dans la direction unitaire w=(45,35), orthogonale à la précédente :

Dwf(a)=2×45+4×(35)=8125=45=0,8,

la fonction descend donc légèrement dans cette direction. La pente maximale vaut (2,4)=20=254,47, atteinte dans la direction 15(1,2) : la valeur 4,4 obtenue plus haut en est très proche, ce qui est logique puisque (35,45) est presque colinéaire à 15(1,2)=(15,25)(0,447 ; 0,894).

La règle de la chaîne

C'est la formule centrale du chapitre. Tout ce qui suit, changements de variables, équations aux dérivées partielles, relation d'Euler, orthogonalité du gradient aux lignes de niveau, n'en est qu'une application.

Dérivation le long d'un arc

Propriété

Règle de la chaîne. Soient I un intervalle de R, et x et y deux fonctions de classe C1 sur I. Soient U un ouvert de R2 tel que (x(t),y(t))U pour tout tI, et f une fonction de classe C1 sur U.

Alors la fonction g:tf(x(t),y(t)) est de classe C1 sur I, et pour tout tI :

g(t)=fx(x(t),y(t))x(t)+fy(x(t),y(t))y(t).

Démonstration. Fixons t0I et posons a=(x(t0), y(t0)), qui appartient à U par hypothèse.

Mise en place. Comme f est de classe C1 sur l'ouvert U, le développement limité d'ordre 1 en a fournit un rayon r>0 tel que B(a,r)U et une fonction ε définie sur B((0,0),r), nulle en (0,0) et arbitrairement petite près de (0,0), telle que

f(a+h)=f(a)+fx(a)h1+fy(a)h2+hε(h)pour h<r.

Pour tI, posons

h(t)=(x(t)x(t0), y(t)y(t0)),

de sorte que (x(t),y(t))=a+h(t) et g(t)=f(a+h(t)). Les fonctions x et y sont dérivables donc continues en t0, et l'inégalité triangulaire donne

h(t)x(t)x(t0)+y(t)y(t0) tt0 0.

Il existe donc η>0 tel que h(t)<r pour tout tI vérifiant tt0<η : le développement limité s'applique à h(t) pour ces valeurs de t.

Le taux d'accroissement. Soit tI avec 0<tt0<η. En remplaçant h par h(t) dans le développement limité puis en divisant par tt0, il vient

g(t)g(t0)tt0=fx(a)x(t)x(t0)tt0+fy(a)y(t)y(t0)tt0+h(t)tt0ε(h(t)).

Les deux premiers termes. Par définition des nombres dérivés de x et y en t0, ils tendent respectivement vers fx(a)x(t0) et fy(a)y(t0) quand t tend vers t0.

Le terme de reste. Notons A(t)=x(t)x(t0)tt0 et B(t)=y(t)y(t0)tt0. Par homogénéité de la norme,

h(t)tt0=(A(t), B(t))=A(t)2+B(t)2.

Comme A(t)x(t0) et B(t)y(t0), cette quantité tend vers x(t0)2+y(t0)2 ; ayant une limite finie, elle est bornée au voisinage de t0, disons par un réel M. Par ailleurs h(t) tend vers 0, donc ε(h(t)) tend vers 0 — c'est ici que la convention ε(0,0)=0 est utile, car h(t) peut très bien s'annuler pour certaines valeurs de t. Finalement

h(t)tt0ε(h(t))Mε(h(t)) tt0 0.

Conclusion. Le taux d'accroissement de g en t0 admet donc une limite finie : g est dérivable en t0, avec

g(t0)=fx(a)x(t0)+fy(a)y(t0).

Ceci vaut pour tout t0I. Enfin, t(x(t),y(t)) est continue et les fonctions fx et fy sont continues sur U puisque f est de classe C1 ; par composition, produit et somme de fonctions continues, g est continue sur I. Donc g est de classe C1 sur I.

Remarque

Comment retenir la formule. Elle se lit : « on dérive f par rapport à chaque variable, on multiplie par la dérivée de cette variable, et on additionne ». Il y a donc un terme par variable, et c'est le contrôle immédiat à faire : une formule de dérivation en chaîne à deux variables qui ne comporte qu'un seul terme est fausse.

Sous forme vectorielle, en notant γ(t)=(x(t),y(t)) l'arc et γ(t)=(x(t),y(t)) son vecteur vitesse,

g(t)=f(γ(t)), γ(t).

La variation de l'altitude le long d'un chemin est donc le produit scalaire du gradient par la vitesse : elle est maximale quand on avance dans la direction du gradient, et nulle quand on avance perpendiculairement.

Exemple

Deux vérifications directes.

Le long d'un cercle. Prenons f(x,y)=x2+2y2, x(t)=cost et y(t)=sint. La règle de la chaîne donne

g(t)=2cost×(sint)+4sint×cost=2sintcost=sin(2t).

Vérification directe : g(t)=cos2t+2sin2t=1+sin2t, donc g(t)=2sintcost=sin(2t). Les deux calculs concordent.

Le long d'une parabole. Prenons f(x,y)=xexy, x(t)=t et y(t)=t2. On a calculé en section 3 que fx=(1+xy)exy et fy=x2exy, donc

g(t)=(1+t3)et3×1+t2et3×2t=(1+3t3)et3.

Vérification directe : g(t)=tet3, donc g(t)=et3+t×3t2et3=(1+3t3)et3. Identique.

Composition avec un changement de variables

Propriété

Règle de la chaîne, version à deux paramètres. Soient V et U deux ouverts de R2, et x et y deux fonctions de classe C1 sur V telles que (x(u,v), y(u,v))U pour tout (u,v)V. Soit f une fonction de classe C1 sur U. Alors la fonction

F:(u,v)f(x(u,v), y(u,v))

est de classe C1 sur V, et en notant m=(x(u,v),y(u,v)) :

Fu(u,v)=fx(m)xu(u,v)+fy(m)yu(u,v),Fv(u,v)=fx(m)xv(u,v)+fy(m)yv(u,v).

Démonstration. Il suffit d'appliquer la règle de la chaîne à une variable figée. Fixons (u0,v0)V et calculons Fu(u0,v0), c'est-à-dire la dérivée en u0 de l'application partielle uF(u,v0).

Comme V est ouvert, il existe ρ>0 tel que B((u0,v0),ρ)V, et l'application partielle est donc définie sur l'intervalle I=]u0ρ, u0+ρ[. Sur cet intervalle, posons

x~(u)=x(u,v0)ety~(u)=y(u,v0).

Ces deux fonctions sont de classe C1 sur I : elles sont dérivables, de dérivées xu(u,v0) et yu(u,v0) par définition des dérivées partielles, et ces dérivées sont continues en u comme composées des fonctions continues xu, yu avec l'application continue u(u,v0). De plus, l'arc u(x~(u),y~(u)) est à valeurs dans U.

La règle de la chaîne s'applique donc à uf(x~(u),y~(u))=F(u,v0) et donne, en u=u0, la première formule annoncée. La seconde s'obtient en figeant u au lieu de v.

Enfin, les deux expressions obtenues sont continues sur V : ce sont des sommes de produits de fonctions continues, les facteurs fx(m) et fy(m) étant continus comme composées. Donc F est de classe C1 sur V.

Méthode

Poser proprement un changement de variables. Un changement de variables mal posé est la première cause d'erreur du chapitre. La rédaction correcte comporte toujours les mêmes ingrédients.

  1. Décrire les deux ouverts : l'ouvert V des nouvelles variables (u,v), l'ouvert U des anciennes (x,y).
  2. Donner les formules dans les deux sens : x et y en fonction de u et v pour pouvoir dériver, et u et v en fonction de x et y pour pouvoir revenir. Vérifier que le passage est bijectif entre V et U.
  3. Nommer la fonction composée : « posons F(u,v)=f(x(u,v),y(u,v)) ». Ne jamais écrire f(u,v) : ce n'est pas la même fonction, et cette confusion de notation fait perdre le contrôle des formules.
  4. Appliquer la règle de la chaîne en écrivant systématiquement les deux termes, puis remplacer.

Exemple

Un changement de variables polynomial. Soit f une fonction de classe C1 sur R2, et posons, pour (u,v)R2,

F(u,v)=f(u+v, uv).

Ici x(u,v)=u+v et y(u,v)=uv, deux fonctions polynomiales donc de classe C1 sur R2, de dérivées partielles

xu=1,xv=1,yu=v,yv=u.

La règle de la chaîne donne donc, en notant m=(u+v, uv),

Fu(u,v)=fx(m)+vfy(m),Fv(u,v)=fx(m)+ufy(m).

En soustrayant, on obtient une relation qui sert dans de nombreux exercices :

Fu(u,v)Fv(u,v)=(vu)fy(m).

Contrôle sur un cas explicite. Prenons f(x,y)=x22y. Alors

F(u,v)=(u+v)22uv=u2+v2,

donc Fu=2u. La formule générale donne, avec fx=2x=2(u+v) et fy=2 :

Fu=2(u+v)+v×(2)=2u.

Les deux résultats coïncident.

Le cas des coordonnées polaires

C'est le changement de variables le plus utile du chapitre, et il faut savoir le refaire de mémoire.

Propriété

Passage en polaires. Soient U un ouvert de R2 et f de classe C1 sur U. Posons V=]0,+[×R et, pour (r,θ) tel que m=(rcosθ, rsinθ) appartienne à U,

F(r,θ)=f(rcosθ, rsinθ).

Alors

Fr(r,θ)=cosθ fx(m)+sinθ fy(m),Fθ(r,θ)=rsinθ fx(m)+rcosθ fy(m).

Réciproquement, pour r>0, ce système s'inverse en

fx(m)=cosθ Fr(r,θ)sinθr Fθ(r,θ),fy(m)=sinθ Fr(r,θ)+cosθr Fθ(r,θ).

Démonstration. Les fonctions (r,θ)rcosθ et (r,θ)rsinθ sont de classe C1 sur V comme produits et composées de fonctions usuelles, avec

xr=cosθ,xθ=rsinθ,yr=sinθ,yθ=rcosθ.

Les deux premières formules sont donc exactement la règle de la chaîne à deux paramètres.

Pour l'inversion, calculons la combinaison cosθFrsinθrFθ en remplaçant :

cosθ(cosθfx+sinθfy)sinθr(rsinθfx+rcosθfy)=(cos2θ+sin2θ)fx+(cosθsinθsinθcosθ)fy=fx,

où l'on a abrégé fx=fx(m) et fy=fy(m). Le calcul de sinθFr+cosθrFθ est identique et donne fy. L'hypothèse r>0 est indispensable, puisqu'on divise par r.

Remarque

Deux conséquences utiles. D'abord, une lecture géométrique : Fr est la dérivée de f suivant le vecteur unitaire radial (cosθ,sinθ), et 1rFθ la dérivée suivant le vecteur unitaire orthoradial (sinθ,cosθ). Ensuite, la norme du gradient s'exprime simplement : en élevant au carré les deux formules d'inversion et en additionnant, les doubles produits se compensent et il reste

f(m)2=(Fr)2+1r2(Fθ)2.

Exemple

Un contrôle sur une fonction connue. Prenons f(x,y)=Arctan(yx) sur le demi-plan ouvert U={(x,y) : x>0}. Un point de U s'écrit (rcosθ,rsinθ) avec r>0 et θ]π2,π2[, et alors

F(r,θ)=Arctan(rsinθrcosθ)=Arctan(tanθ)=θ.

Donc Fr=0 et Fθ=1. Les formules d'inversion donnent

fx=sinθr=yr2=yx2+y2,fy=cosθr=xx2+y2.

Contrôle direct. À y figé, fx=yx21+y2x2=yx2+y2, et à x figé, fy=1x1+y2x2=xx2+y2. Les deux méthodes donnent le même résultat.

Le gradient est orthogonal aux lignes de niveau

Propriété

Soient f de classe C1 sur un ouvert U, λR, et γ:t(x(t),y(t)) un arc de classe C1 sur un intervalle I, à valeurs dans la ligne de niveau Lλ de f. Alors, pour tout tI,

f(γ(t)), γ(t)=0.

En particulier, si f(a)(0,0), la tangente en a à la ligne de niveau passant par a a pour équation

fx(a)(xa1)+fy(a)(ya2)=0.

Démonstration. Posons g(t)=f(γ(t)). Par hypothèse, γ(t) appartient à Lλ pour tout t, donc g est la fonction constante égale à λ sur I, et g(t)=0 pour tout t. Par ailleurs, la règle de la chaîne donne g(t)=f(γ(t)), γ(t). En égalant les deux expressions, on obtient le résultat.

Pour la tangente : le vecteur γ(t) dirige la tangente à la ligne de niveau, et il est orthogonal à f(a) au point a=γ(t). La tangente est donc la droite passant par a et orthogonale à f(a), d'équation f(a), ma=0, ce qui est la formule annoncée.

Remarque

L'image à retenir. Sur une carte de randonnée, le gradient est perpendiculaire aux courbes de niveau et pointe vers le haut : c'est la direction dans laquelle on monte le plus vite, et c'est aussi, mot pour mot, ce que dit la propriété de la section 4. Le fait que le gradient pointe vers les valeurs croissantes se lit sur le développement limité : en se déplaçant de a vers a+tf(a) avec t>0 petit,

f(a+tf(a))f(a)=tf(a)2+o(t)>0

dès que t est assez petit et f(a) non nul.

Exemple

Sur l'exemple filé. La ligne de niveau de f(x,y)=x2+2y2 passant par a=(1,1) est l'ellipse d'équation x2+2y2=3. Le gradient en a vaut (2,4), donc la tangente à l'ellipse en ce point a pour équation

2(x1)+4(y1)=0,c’est-aˋ-direx+2y=3.

Contrôle par un paramétrage. L'ellipse se paramètre par γ(t)=(3cost, 32sint). Le point a correspond à cost=13 et sint=23, et alors

γ(t)=(3sint, 32cost)=(2, 12).

Le produit scalaire avec le gradient vaut 2×(2)+4×12=22+22=0 : l'orthogonalité est bien vérifiée.

Sur une fonction radiale. Pour f(x,y)=x2+y2, le gradient en m=(x,y) vaut (2x,2y)=2m : il est radial, donc orthogonal au cercle de centre l'origine passant par m, ce qui est géométriquement évident.

Applications : équations aux dérivées partielles d'ordre 1

Une équation aux dérivées partielles est une équation dont l'inconnue est une fonction et qui porte sur ses dérivées partielles. Résoudre une telle équation, c'est décrire toutes les fonctions de classe C1 sur un ouvert donné qui la vérifient. La stratégie est toujours la même : un changement de variables bien choisi transforme l'équation en une équation triviale, du type « une dérivée partielle est nulle », qu'on intègre à vue.

La méthode en trois temps

Méthode

Résoudre une équation aux dérivées partielles d'ordre 1.

Temps 1 : l'analyse. On suppose que f est une solution, et on la transporte dans les nouvelles variables. Concrètement : on pose le changement de variables (les deux ouverts, les formules dans les deux sens), on définit F(u,v)=f(x(u,v),y(u,v)), on calcule Fu et Fv par la règle de la chaîne, et on réécrit l'équation comme une condition sur F.

Temps 2 : la résolution. La condition obtenue est du type Fu=0, ou Fu=expression connue. On intègre à variable figée : à v fixé, la fonction uF(u,v) a une dérivée connue sur un intervalle, donc on la reconstitue à une constante près, et cette constante dépend de v. C'est ce qui fait apparaître une fonction arbitraire φ, et non une constante arbitraire comme lorsqu'on intègre une fonction d'une seule variable. On revient enfin à f en remplaçant u et v par leurs expressions en x et y.

Temps 3 : la SYNTHÈSE — obligatoire. L'analyse a seulement montré que si f est solution, alors elle est de la forme trouvée. Il reste à vérifier la réciproque : on prend une fonction de la forme obtenue, on vérifie qu'elle est bien de classe C1 sur l'ouvert, on calcule ses dérivées partielles et on contrôle qu'elle satisfait l'équation. Sans ce temps, la réponse est incomplète, et la rédaction est fausse : rien ne garantit a priori que toutes les fonctions candidates conviennent.

Un point de vigilance permanent : à quelle régularité la fonction arbitraire φ est-elle astreinte ? La réponse est toujours « de classe C1 », et cela se justifie en une phrase, en reconnaissant φ comme une application partielle de F.

Première équation : le transport

Exemple

L'équation afx+bfy=0. Dans cet exemple, a et b désignent deux constantes réelles non toutes les deux nulles. On cherche toutes les fonctions f de classe C1 sur R2 telles que

(x,y)R2,afx(x,y)+bfy(x,y)=0.

Analyse. Posons le changement de variables

u=ax+by,v=bxay.

La matrice (abba) a pour déterminant a2b20 : l'application (x,y)(u,v) est une bijection de R2 sur R2, d'application réciproque

x=au+bva2+b2,y=buava2+b2.

Posons F(u,v)=f(au+bva2+b2, buava2+b2), qui est de classe C1 sur R2 par la règle de la chaîne. Comme xu=aa2+b2 et yu=ba2+b2, cette même règle donne

Fu(u,v)=1a2+b2(afx(m)+bfy(m)),m=(x,y).

Ainsi, f est solution si et seulement si Fu=0 sur R2.

Résolution. Fixons v. La fonction uF(u,v) est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle R : elle est constante. Donc F(u,v)=F(0,v) pour tout u. Posons φ(v)=F(0,v) : c'est une application partielle de F, donc une fonction de classe C1 sur R, de dérivée vFv(0,v). On a donc F(u,v)=φ(v), puis, en revenant aux variables initiales,

f(x,y)=F(ax+by, bxay)=φ(bxay).

Synthèse. Réciproquement, soit φ une fonction de classe C1 sur R et f(x,y)=φ(bxay). Cette fonction est de classe C1 sur R2 comme composée de la fonction polynomiale (x,y)bxay par φ, et

fx=bφ(bxay),fy=aφ(bxay),

d'où afx+bfy=(abba)φ(bxay)=0. Elle est donc bien solution.

Conclusion : les solutions sont exactement les fonctions (x,y)φ(bxay), où φ décrit l'ensemble des fonctions de classe C1 sur R.

Remarque

Ce que dit géométriquement cette équation. Le membre de gauche n'est autre que la dérivée de f suivant le vecteur (a,b) :

afx(m)+bfy(m)=f(m), (a,b)=D(a,b)f(m).

L'équation dit donc que f ne varie pas lorsqu'on se déplace dans la direction (a,b) : la solution est constante le long de chaque droite de vecteur directeur (a,b). Et c'est bien ce que dit la réponse, puisque la quantité bxay ne change pas quand on remplace (x,y) par (x+ta, y+tb) :

b(x+ta)a(y+tb)=bxay.

La fonction φ est donc la donnée de la valeur commune de f sur chacune de ces droites. On dit que ce sont les droites caractéristiques de l'équation.

Exemple

Application numérique. Résolvons 2fx3fy=0 sur R2. Ici a=2 et b=3, donc bxay=3x2y et les solutions sont les f(x,y)=φ(3x2y) avec φ de classe C1 sur R. Comme φ est arbitraire, on peut aussi bien écrire la réponse sous la forme

f(x,y)=ψ(3x+2y),ψ de classe C1 sur R,

en posant ψ(s)=φ(s). Contrôle : pour une telle f, fx=3ψ et fy=2ψ, donc 2×3ψ3×2ψ=0. Par exemple f(x,y)=(3x+2y)2 et f(x,y)=sin(3x+2y) sont solutions.

Deuxième équation : avec second membre

Exemple

L'équation fxfy=x+y sur R2.

Analyse. Posons

u=x+y,v=xy,soitx=u+v2,y=uv2,

qui est une bijection de R2 sur R2. Posons F(u,v)=f(u+v2, uv2), de classe C1 sur R2. Comme xv=12 et yv=12, la règle de la chaîne donne

Fv(u,v)=12fx(m)12fy(m)=12(fx(m)fy(m)).

Puisque x+y=u, la fonction f est solution si et seulement si

(u,v)R2,Fv(u,v)=u2.

Résolution. Fixons u et posons G(v)=F(u,v)uv2. Alors G est dérivable sur l'intervalle R, de dérivée Fv(u,v)u2=0 : elle est constante. Donc F(u,v)=uv2+φ(u), où φ(u)=F(u,0) est de classe C1 sur R comme application partielle de F. En revenant aux variables initiales, avec uv=(x+y)(xy)=x2y2 :

f(x,y)=x2y22+φ(x+y).

Synthèse. Réciproquement, soit φ de classe C1 sur R et f(x,y)=x2y22+φ(x+y). Cette fonction est de classe C1 sur R2 comme somme d'une fonction polynomiale et d'une composée, et

fx=x+φ(x+y),fy=y+φ(x+y),

donc fxfy=x+y. Elle est bien solution.

Conclusion : les solutions sont exactement les fonctions

f(x,y)=x2y22+φ(x+y),φ de classe C1 sur R.

Remarque

La structure de l'ensemble des solutions. Elle est la même que pour les équations linéaires du premier ordre en une variable : une solution particulière plus la solution générale de l'équation homogène associée. Ici, (x,y)x2y22 est une solution particulière, et l'équation homogène fxfy=0 a pour solutions les ψ(x+y) d'après le premier exemple, avec a=1 et b=1. Ce n'est pas un hasard : la différence de deux solutions de l'équation avec second membre est solution de l'équation homogène.

Troisième équation : un changement de variables en polaires

Exemple

L'équation xfyyfx=0 sur U=R2{(0,0)}.

Analyse. Passons en polaires : pour (r,θ)V=]0,+[×R, posons F(r,θ)=f(rcosθ, rsinθ), définie et de classe C1 sur V puisque (rcosθ,rsinθ) ne s'annule jamais pour r>0. La formule établie en section 5 donne, avec m=(rcosθ,rsinθ)=(x,y),

Fθ(r,θ)=rsinθfx(m)+rcosθfy(m)=yfx(m)+xfy(m).

Le membre de gauche de l'équation est donc exactement Fθ : la fonction f est solution si et seulement si Fθ=0 sur V.

Résolution. À r>0 fixé, θF(r,θ) est de dérivée nulle sur l'intervalle R, donc constante : F(r,θ)=F(r,0)=f(r,0). Posons ρ(r)=f(r,0), fonction de classe C1 sur ]0,+[ comme application partielle de f. Tout point (x,y) de U s'écrit (rcosθ,rsinθ) avec r=x2+y2>0, donc

f(x,y)=ρ(x2+y2).

Synthèse. Réciproquement, si ρ est de classe C1 sur ]0,+[ et f(x,y)=ρ(x2+y2), alors f est de classe C1 sur U comme composée de (x,y)x2+y2, à valeurs dans ]0,+[, par ρ, et

fx=xx2+y2ρ(x2+y2),fy=yx2+y2ρ(x2+y2),

d'où xfyyfx=xyyxx2+y2ρ=0.

Conclusion : les solutions sont exactement les fonctions radiales de classe C1, c'est-à-dire les (x,y)ρ(x2+y2). L'équation de départ signifiait exactement « la dérivée de f dans la direction orthoradiale est nulle », c'est-à-dire « f ne varie pas quand on tourne autour de l'origine » : on vient donc de démontrer par le calcul ce que la section 2 annonçait, ne pas varier en tournant autour de l'origine et ne dépendre que de la distance à l'origine, c'est la même chose.

Exemple

Une quatrième équation, à coefficients variables : xfx+yfy=0 sur le demi-plan U={(x,y) : x>0}.

Analyse. Posons u=x et v=yx, ce qui définit une bijection de U sur V=]0,+[×R, de réciproque x=u et y=uv. Posons F(u,v)=f(u, uv), de classe C1 sur V. Comme xu=1 et yu=v, la règle de la chaîne donne, avec m=(u,uv)=(x,y),

Fu(u,v)=fx(m)+vfy(m),

donc, en multipliant par u=x et en reconnaissant uv=y,

uFu(u,v)=xfx(m)+yfy(m).

Comme u>0, la fonction f est solution si et seulement si Fu=0 sur V.

Résolution. À v fixé, uF(u,v) est de dérivée nulle sur l'intervalle ]0,+[, donc constante : F(u,v)=F(1,v). Posons φ(v)=F(1,v)=f(1,v), de classe C1 sur R comme application partielle de f. Il vient

f(x,y)=F(x, yx)=φ(yx).

Synthèse. Réciproquement, pour φ de classe C1 sur R, la fonction f(x,y)=φ(yx) est de classe C1 sur U comme composée de (x,y)yx, quotient à dénominateur non nul sur U, par φ, et

fx=yx2φ(yx),fy=1xφ(yx),

d'où xfx+yfy=yxφ+yxφ=0.

Conclusion : les solutions sont exactement les (x,y)φ(yx). On reconnaîtra, à la fin de cette section, la relation d'Euler dans le cas n=0 : ce sont exactement les fonctions homogènes de degré 0 sur ce demi-plan, c'est-à-dire celles qui ne dépendent que de la direction du point, et pas de sa distance à l'origine.

Remarque

Une fonction arbitraire, et non une constante. C'est la différence de nature entre une équation aux dérivées partielles et une équation portant sur une fonction d'une seule variable. Là, la condition u=0 sur un intervalle laisse une constante libre. Ici, la condition Fu=0 laisse libre la valeur commune de F sur chaque droite v=constante, c'est-à-dire une fonction entière de v.

Autrement dit, l'ensemble des solutions est bien plus vaste : il est paramétré par une fonction d'une variable, pas par un nombre. C'est pourquoi une réponse du type « f(x,y)=C » à une équation aux dérivées partielles est presque toujours fausse : elle oublie l'essentiel des solutions.

Les fonctions de gradient nul

En une variable, une fonction dérivable de dérivée nulle sur un intervalle est constante. Voici l'énoncé à deux variables, avec la même prudence sur le domaine.

Propriété

Soit f une fonction de classe C1 sur U, où U est soit R2 tout entier, soit une boule ouverte B(c,R). Si

mU,f(m)=(0,0),

alors f est constante sur U.

Démonstration. Soient p et q deux points de U ; montrons que f(p)=f(q).

Le segment reste dans U. Posons, pour t[0,1], γ(t)=p+t(qp), c'est-à-dire

x(t)=p1+t(q1p1),y(t)=p2+t(q2p2).

Si U=R2, il n'y a rien à vérifier. Si U=B(c,R), écrivons γ(t)c=(1t)(pc)+t(qc) ; comme t[0,1], les deux coefficients sont positifs, et l'inégalité triangulaire jointe à l'homogénéité de la norme donne

γ(t)c(1t)pc+tqc<(1t)R+tR=R,

donc γ(t)B(c,R) pour tout t[0,1].

Application de la règle de la chaîne. Les fonctions x et y sont affines, donc de classe C1 sur l'intervalle [0,1], et l'arc est à valeurs dans U. La fonction g:tf(γ(t)) est donc de classe C1 sur [0,1], avec

g(t)=f(γ(t)), qp=(0,0), qp=0,

puisque le gradient est nul en tout point de U.

Conclusion. La fonction g est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle [0,1], donc constante. En particulier

f(q)=g(1)=g(0)=f(p).

Les points p et q étant quelconques, f est constante sur U.

Remarque

L'argument a besoin que le segment reste dans l'ouvert, et c'est une vraie restriction. La démonstration ci-dessus s'adapte telle quelle à tout ouvert dans lequel deux points quelconques peuvent être joints par un segment entièrement contenu dedans (un disque, un rectangle ouvert, un demi-plan, une bande, le plan entier), mais pas au-delà.

Un contre-exemple. Prenons

U=B((0,0),1)  B((3,0),1),

qui est un ouvert comme réunion de deux ouverts. Les deux boules sont disjointes : un point commun serait à distance <1 de (0,0) et <1 de (3,0), donc les deux centres seraient à distance <2, alors qu'ils sont à distance 3. Définissons f par f=0 sur la première boule et f=1 sur la seconde.

Cette fonction est de classe C1 sur U de gradient nul : chaque point de U est dans l'une des deux boules, sur laquelle f est constante, donc les deux applications partielles y sont constantes et les deux dérivées partielles sont nulles en ce point ; les fonctions fx et fy sont donc identiquement nulles sur U, en particulier continues. Et pourtant f n'est pas constante.

Ce qui a échoué est visible : le segment joignant (0,0) à (3,0) sort de U, puisque son point milieu (32,0) est à distance 32 de chacun des deux centres. On ne peut donc pas propager l'information « la pente est nulle » d'une boule à l'autre.

Propriété

Corollaire. Soient f et g deux fonctions de classe C1 sur U, où U est R2 ou une boule ouverte. Si f(m)=g(m) pour tout mU, alors fg est constante sur U : les deux fonctions diffèrent d'une constante.

Démonstration. La fonction fg est de classe C1 sur U par opérations, et ses dérivées partielles sont les différences de celles de f et g, donc nulles en tout point. La propriété précédente s'applique.

Fonctions homogènes et relation d'Euler

Définition

Soit U un ouvert de R2 stable par dilatation, c'est-à-dire tel que (tx,ty)U pour tout (x,y)U et tout t>0. Soit n un réel, en pratique un entier. Une fonction f:UR est dite homogène de degré n lorsque

(x,y)U, t>0,f(tx,ty)=tnf(x,y).

Remarque

Les ouverts stables par dilatation sont les réunions de demi-droites ouvertes issues de l'origine, auxquelles l'origine elle-même peut être ajoutée : R2, R2{(0,0)}, un demi-plan strict passant par l'origine, un quart de plan ouvert. L'hypothèse de stabilité n'est pas une coquetterie : sans elle, l'écriture f(tx,ty) n'aurait aucun sens.

Quelques exemples immédiats : (x,y)x2y est homogène de degré 3 sur R2 ; (x,y)x2+y2 est homogène de degré 1 ; (x,y)x3+y3x2+y2 est homogène de degré 1 sur R2{(0,0)} ; (x,y)xyx2+y2 est homogène de degré 0 sur le même ouvert. Plus généralement, un polynôme dont tous les monômes sont de même degré total n est homogène de degré n.

Propriété

Relation d'Euler. Soient U un ouvert stable par dilatation, n un réel et f une fonction de classe C1 sur U. Alors f est homogène de degré n si et seulement si

(x,y)U,xfx(x,y)+yfy(x,y)=nf(x,y).

Démonstration. Sens direct. Supposons f homogène de degré n et fixons (x,y)U. L'arc t(tx,ty) est de classe C1 sur l'intervalle I=]0,+[, à valeurs dans U par stabilité. La fonction

g:tf(tx,ty)

est donc de classe C1 sur I, et la règle de la chaîne, appliquée avec x(t)=tx et y(t)=ty, dont les dérivées valent respectivement x et y, donne

g(t)=xfx(tx,ty)+yfy(tx,ty).

Mais l'hypothèse d'homogénéité dit précisément que g(t)=tnf(x,y) pour tout t>0, d'où par dérivation directe g(t)=ntn1f(x,y). En égalant les deux expressions et en prenant t=1 :

xfx(x,y)+yfy(x,y)=nf(x,y).

Réciproque. Supposons la relation vérifiée en tout point de U, et fixons (x,y)U. Posons, pour t>0,

φ(t)=f(tx,ty)tn=tng(t).

La fonction φ est de classe C1 sur ]0,+[ comme produit de ttn et de g, et

φ(t)=ntn1g(t)+tng(t)=ntn1f(tx,ty)+tn(xfx(tx,ty)+yfy(tx,ty)).

Appliquons maintenant la relation d'Euler au point (tx,ty), qui appartient à U :

(tx)fx(tx,ty)+(ty)fy(tx,ty)=nf(tx,ty),

c'est-à-dire, après division par t>0,

xfx(tx,ty)+yfy(tx,ty)=ntf(tx,ty).

En reportant dans l'expression de φ(t) :

φ(t)=ntn1f(tx,ty)+tn×ntf(tx,ty)=0.

Ainsi φ est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle ]0,+[ : elle est constante, égale à φ(1)=f(x,y). On en déduit

f(tx,ty)tn=f(x,y),c’est-aˋ-diref(tx,ty)=tnf(x,y),

pour tout t>0 et tout (x,y)U : la fonction f est homogène de degré n.

Remarque

La relation d'Euler en polaires. La formule du passage en polaires donne Fr=cosθfx+sinθfy, donc, en multipliant par r et en reconnaissant x=rcosθ et y=rsinθ,

rFr(r,θ)=xfx(m)+yfy(m).

La relation d'Euler s'écrit donc rFr=nF, dont la résolution à θ figé redonne F(r,θ)=rnF(1,θ) : une fonction homogène de degré n est une fonction dont le profil angulaire est fixe, et dont l'amplitude est multipliée par rn quand on s'éloigne de l'origine.

Exemple

Trois vérifications de la relation d'Euler.

Un monôme. f(x,y)=x2y sur R2, homogène de degré 3 puisque f(tx,ty)=t3x2y. Ses dérivées partielles sont 2xy et x2, donc

x×2xy+y×x2=3x2y=3f(x,y).

Une racine. f(x,y)=x2+y2 sur R2{(0,0)}, homogène de degré 1. Ses dérivées partielles sont xx2+y2 et yx2+y2, donc

xxx2+y2+yyx2+y2=x2+y2x2+y2=x2+y2=1×f(x,y).

Un quotient. f(x,y)=x3+y3x2+y2 sur R2{(0,0)}, homogène de degré 1. Notons N=x3+y3 et D=x2+y2. La formule du quotient donne

fx=3x2D2xND2,fy=3y2D2yND2,

d'où

xfx+yfy=3D(x3+y3)2N(x2+y2)D2=3DN2NDD2=ND=f(x,y),

ce qui est bien la relation d'Euler pour n=1. Ce calcul, mené sans jamais développer, est un bon exemple de l'économie que permet la relation.

Extremums

Définitions

Le vocabulaire est celui d'une variable, mais il faut le manier avec une rigueur particulière : la distinction entre local et global est ici la source d'erreur numéro un.

Définition

Soient U un ouvert de R2, f:UR et aU.

  • f admet un maximum local en a lorsqu'il existe r>0 tel que B(a,r)U et
mB(a,r),f(m)f(a).
  • f admet un minimum local en a lorsqu'il existe r>0 tel que B(a,r)U et f(m)f(a) pour tout mB(a,r).
  • f admet un maximum global sur U en a lorsque f(m)f(a) pour tout mU, et un minimum global sur U en a lorsque f(m)f(a) pour tout mU.
  • Un extremum (local ou global) est un maximum ou un minimum. On le dit strict lorsque l'inégalité correspondante est stricte pour ma.

Remarque

Trois précisions de vocabulaire, et une mise en garde.

  • L'extremum est une valeur, f(a) ; le point a est l'endroit elle est atteinte. On dit « f admet un maximum en a, et ce maximum vaut f(a) ». Répondre « le maximum est (1,1) » à une question sur la valeur du maximum est une faute.
  • Un extremum global est en particulier un extremum local : il suffit de prendre n'importe quelle boule incluse dans U. La réciproque est fausse, et l'exemple f(x,y)=(x2+y21)2 traité plus bas le montre : la fonction y a un maximum local strict à l'origine, alors qu'elle prend des valeurs bien plus grandes ailleurs.
  • Un même point peut être un maximum local et un minimum local : c'est le cas de tout point pour une fonction constante.
  • Enfin, une fonction peut parfaitement n'avoir aucun extremum, même sur R2 tout entier : f(x,y)=x n'a ni maximum ni minimum.

La condition nécessaire du premier ordre

Propriété

Condition nécessaire d'extremum local. Soient U un ouvert de R2, f une fonction de classe C1 sur U et a=(a1,a2)U. Si f admet un extremum local en a, alors

f(a)=(0,0),c’est-aˋ-direfx(a)=fy(a)=0.

Démonstration. Traitons le cas d'un maximum local ; le cas d'un minimum s'en déduit en appliquant le résultat à f, qui admet alors un maximum local en a et dont les dérivées partielles sont les opposées de celles de f.

Par hypothèse, il existe r>0 tel que B(a,r)U et f(m)f(a) pour tout mB(a,r).

Première variable. Considérons l'application partielle f1:xf(x,a2). Comme on l'a vu en section 2, et c'est ici que l'hypothèse « U ouvert » est utilisée, elle est définie sur l'intervalle ouvert I=]a1r, a1+r[, car (x,a2)a=xa1<r pour xI. Elle est dérivable en a1, avec f1(a1)=fx(a).

Pour tout xI, le point (x,a2) appartient à B(a,r), donc

f1(x)=f(x,a2)f(a)=f1(a1).

Autrement dit, f1 admet un maximum en a1, et le point a1 est intérieur à l'intervalle I, c'est-à-dire n'est pas une de ses extrémités. Le théorème de première année s'applique : f1(a1)=0. Rappelons-en l'argument, car il montre exactement où sert le fait que le point ne soit pas au bord. Pour xI avec x>a1,

f1(x)f1(a1)xa10,

puisque le numérateur est négatif ou nul et le dénominateur strictement positif ; en faisant tendre x vers a1 par valeurs supérieures, on obtient f1(a1)0. Pour x<a1, le quotient est au contraire positif ou nul, et la limite donne f1(a1)0. Ces deux inégalités imposent f1(a1)=0, donc fx(a)=0.

Seconde variable. Le raisonnement est identique avec f2:yf(a1,y), définie sur ]a2r, a2+r[, et donne fy(a)=0.

Remarque

Le rôle de l'hypothèse « ouvert » est essentiel. L'argument ci-dessus a besoin de pouvoir bouger x des deux côtés de a1 en restant dans le domaine. Si le point est au bord du domaine, tout s'effondre.

Prenons f(x,y)=x+y et cherchons son maximum sur le carré plein [0,1]×[0,1]. Il est clair que ce maximum vaut 2 et qu'il est atteint au point (1,1). Pourtant f(1,1)=(1,1)(0,0). Il n'y a évidemment aucune contradiction : le carré plein n'est pas un ouvert, et il n'existe aucune boule centrée en (1,1) incluse dedans. L'application partielle xf(x,1) atteint son maximum sur [0,1] à l'extrémité x=1 de l'intervalle, situation dans laquelle la dérivée n'a aucune raison de s'annuler.

Conséquence pratique, à retenir pour la fin de cette section : quand on cherche les extremums sur un domaine qui a un bord, la condition « gradient nul » ne s'applique qu'à l'intérieur du domaine, et le bord doit être étudié séparément.

Points critiques

Définition

Soit f une fonction de classe C1 sur un ouvert U. On appelle point critique de f tout point aU tel que f(a)=(0,0).

Remarque

Le théorème précédent se relit ainsi : sur un ouvert, tout extremum local est un point critique. La recherche des extremums commence donc toujours par la résolution du système

{fx(x,y)=0fy(x,y)=0

qui fournit la liste, souvent courte, des candidats.

Mais la réciproque est fausse : un point critique n'est pas nécessairement un extremum. Un point critique est un point où le plan tangent est horizontal, ce qui recouvre trois situations : un sommet, un creux, ou un col — comme un col de montagne, où l'on monte dans une direction et descend dans l'autre. C'est l'objet du contre-exemple ci-dessous, puis de toute la fin du chapitre : après avoir trouvé les points critiques, tout le travail reste à faire.

Exemple

Le contre-exemple fondamental : le point selle. Soit f(x,y)=x2y2, de classe C1 sur R2 comme fonction polynomiale. Ses dérivées partielles sont

fx(x,y)=2x,fy(x,y)=2y,

et le système 2x=0, 2y=0 a pour unique solution (0,0) : l'origine est le seul point critique, et f(0,0)=0.

Pourtant, f n'admet pas d'extremum local en (0,0). Soit en effet r>0 quelconque. Les deux points (r2,0) et (0,r2) appartiennent à B((0,0),r), et

f(r2,0)=r24>0=f(0,0),f(0,r2)=r24<0=f(0,0).

Toute boule centrée à l'origine contient donc des points où f est strictement plus grande et des points où f est strictement plus petite qu'en l'origine : ce n'est ni un maximum local, ni un minimum local.

On dit que l'origine est un point selle, ou un col. Le nom vient de la forme de la surface : le long de l'axe des abscisses, la fonction xx2 a un minimum, et le long de l'axe des ordonnées, la fonction yy2 a un maximum. La surface monte dans une direction et descend dans l'autre, exactement comme une selle de cheval.

La figure ci-dessous montre les lignes de niveau de cette fonction. On y lit la structure caractéristique d'un point selle : deux droites qui se croisent au niveau 0, et quatre familles d'hyperboles, deux de niveau positif et deux de niveau négatif, qui se répartissent dans les quatre secteurs.

Lignes de niveau de la fonction (x,y) donne x carré moins y carré : un point selle à l origine

Déterminer la nature d'un point critique

Aucun outil automatique n'est disponible pour classer un point critique : tout se fait à la main, et c'est le cœur du savoir-faire de ce chapitre. Quatre techniques suffisent en pratique.

Méthode

Nature d'un point critique a : les quatre techniques. On pose systématiquement x=a1+h, y=a2+k et l'on étudie le signe de la différence

Δ(h,k)=f(a1+h, a2+k)f(a).

Il s'agit de montrer que Δ garde un signe constant près de (0,0) — extremum — ou qu'elle prend les deux signes — pas d'extremum.

  1. Mise sous forme canonique. Si Δ est un polynôme dont la partie utile est du second degré, on regroupe en carrés : αh2+βhk+γk2=α(h+β2αk)2+(γβ24α)k2. Le signe se lit alors immédiatement. C'est la technique de premier réflexe.
  2. Minoration ou majoration directe. On cherche une inégalité valable partout, ou au moins sur une boule : Δ(h,k)0 prouve un minimum local, Δ(h,k)0 un maximum local. Les outils sont les identités remarquables, l'inégalité 2hkh2+k2, les majorations de restes du type h3(h,k)h2.
  3. Restriction à des droites ou à des arcs. Pour prouver qu'il n'y a pas d'extremum, il suffit d'exhiber deux chemins passant par a le long desquels Δ prend des signes opposés : par exemple k=0 et h=0, ou k=h et k=h. Attention, cette technique ne prouve jamais l'existence d'un extremum (voir la remarque qui suit).
  4. Changement de variables. Un changement affine (u=h+k, v=hk) ou le passage en polaires (h=ρcosθ, k=ρsinθ) rend parfois le signe évident, notamment lorsque la fonction est homogène ou ne dépend que de h2+k2.

Exemple

Technique 1 : forme canonique. Soit f(x,y)=x2+xy+y23x3y, de classe C1 sur R2.

Points critiques. Le système s'écrit

{2x+y3=0x+2y3=0

En retranchant les deux équations, xy=0, puis 3x=3 : l'unique point critique est (1,1), où f(1,1)=1+1+133=3.

Nature. Posons x=1+h, y=1+k et développons :

f(1+h,1+k)=(1+h)2+(1+h)(1+k)+(1+k)23(1+h)3(1+k)=(1+2h+h2)+(1+h+k+hk)+(1+2k+k2)33h33k=3+h2+hk+k2.

Les termes du premier degré se compensent, ce qui est un bon contrôle : c'est toujours le cas en un point critique. Il reste à étudier le signe de h2+hk+k2, que l'on met sous forme canonique en h :

h2+hk+k2=(h+k2)2k24+k2=(h+k2)2+34k20,

avec égalité si et seulement si k=0 et h+k2=0, c'est-à-dire h=k=0.

Conclusion : f admet en (1,1) un minimum global strict, de valeur 3. Elle n'admet pas de maximum, puisque f(x,0)=x23x prend des valeurs arbitrairement grandes.

Exemple

Technique 2 : majoration directe. Soit f(x,y)=(x2+y21)2, de classe C1 sur R2.

Points critiques. Par composition, fx=4x(x2+y21) et fy=4y(x2+y21). Le système est vérifié si x2+y2=1, ou bien si x=y=0 : les points critiques sont l'origine et tous les points du cercle unité.

Sur le cercle unité. La fonction est un carré, donc f0 partout, et elle vaut 0 exactement quand x2+y2=1. Chaque point du cercle unité est donc un minimum global, de valeur 0.

À l'origine. On a f(0,0)=1. Posons s=x2+y2, de sorte que f=(s1)2. Alors

f(x,y)1    (s1)21    0s2.

Donc, pour tout point de la boule ouverte B((0,0),2), où s<2, on a f(x,y)1=f(0,0), avec égalité si et seulement si s=0, c'est-à-dire au seul point (0,0).

Conclusion : l'origine est un maximum local strict, de valeur 1. Ce n'est pas un maximum global, puisque f(2,0)=9. C'est l'exemple à citer pour se rappeler qu'un maximum local peut être très loin d'être global.

Exemple

Technique 3 : restriction à des droites. Soit f(x,y)=x3+y33xy, de classe C1 sur R2.

Points critiques. Le système 3x23y=0 et 3y23x=0 équivaut à y=x2 et x=y2. En substituant, x=x4, soit x(x31)=0, d'où x=0 ou x=1. Les points critiques sont (0,0) et (1,1), avec f(0,0)=0 et f(1,1)=1+13=1.

En (0,0) : pas d'extremum. Restreignons f à l'axe des abscisses : f(x,0)=x3. Cette quantité est strictement positive pour x>0 et strictement négative pour x<0. Or toute boule B((0,0),r) contient les points (r2,0) et (r2,0) : la fonction prend donc, aussi près de l'origine que l'on veut, des valeurs strictement supérieures et strictement inférieures à f(0,0)=0. L'origine n'est pas un extremum local.

En (1,1) : minimum local. Posons x=1+h, y=1+k :

f(1+h,1+k)=(1+3h+3h2+h3)+(1+3k+3k2+k3)3(1+h+k+hk)=1+3h23hk+3k2+h3+k3.

Minorons la partie quadratique : comme h2hk+k212(h2+k2)=12(hk)20, on a

3h23hk+3k232(h2+k2).

Majorons la partie cubique : en notant ρ=(h,k), on a hρ et kρ, donc

h3+k3h3+k3ρ(h2+k2).

Par conséquent, pour 0<ρ<1,

f(1+h,1+k)+1(32ρ)(h2+k2)12(h2+k2)>0.

Conclusion : f admet en (1,1) un minimum local strict de valeur 1, et n'a pas d'extremum en (0,0). Le minimum n'est pas global : f(x,0)=x3 prend des valeurs arbitrairement négatives.

Remarque

Le piège des restrictions aux droites : elles ne prouvent JAMAIS un extremum. Considérons

f(x,y)=(yx2)(y2x2)=y23x2y+2x4.

Ses dérivées partielles sont 6xy+8x3 et 2y3x2, toutes deux nulles à l'origine : c'est un point critique, et f(0,0)=0.

Le long de toute droite passant par l'origine, f a un minimum strict en 0. En effet, pour la droite y=mx avec m0,

f(x,mx)=x2(m23mx+2x2),

et le facteur entre parenthèses tend vers m2>0 quand x tend vers 0, donc il est strictement positif pour x assez petit : f(x,mx)>0 pour x0 petit. Pour la droite y=0, f(x,0)=2x4>0 si x0, et pour la droite x=0, f(0,y)=y2>0 si y0.

Et pourtant l'origine n'est pas un minimum local. Suivons l'arc y=32x2 :

f(x,32x2)=(32x2x2)(32x22x2)=x22×(x22)=x44<0pour x0.

Comme les points (x,32x2) sont aussi proches de l'origine que l'on veut, la fonction prend des valeurs strictement négatives dans toute boule centrée à l'origine : il n'y a pas de minimum local.

Moralité : la restriction à des droites, ou même à toutes les droites, sert uniquement à démontrer qu'un point n'est PAS un extremum. Pour prouver qu'il en est un, il faut une minoration ou une majoration valable dans toute une boule.

Exemple

Technique 4 : changement de variables. Soit f(x,y)=xy1+x2+y2, de classe C1 sur R2 comme quotient de fonctions polynomiales à dénominateur ne s'annulant pas. On vérifie que f(0,0)=(0,0) : en effet

fx=y(1+x2+y2)2x2y(1+x2+y2)2,

qui s'annule en l'origine, et de même pour l'autre dérivée partielle par symétrie des rôles de x et y. On a f(0,0)=0.

Passage en polaires. Posons x=rcosθ et y=rsinθ avec r>0 :

f(rcosθ, rsinθ)=r2cosθsinθ1+r2=r2sin(2θ)2(1+r2).

Le signe est celui de sin(2θ) : il ne dépend que de la direction. En prenant θ=π4, la valeur est strictement positive ; en prenant θ=π4, elle est strictement négative. Comme ces points existent pour tout r>0, aussi petit soit-il, toute boule centrée à l'origine contient des points où f>0 et des points où f<0 : l'origine est un point selle.

Un bonus. La même écriture donne le comportement global : puisque sin(2θ)1,

f(x,y)r22(1+r2)<12,

et pourtant f(x,x)=x21+2x2 prend des valeurs aussi proches de 12 que l'on veut. La fonction f n'a donc pas de maximum global : elle s'approche de 12 sans jamais l'atteindre.

Recherche d'extremums globaux

Méthode

Chercher les extremums globaux : trois situations types.

Situation 1 : sur un domaine borné décrit par des inégalités larges (disque plein, carré plein, triangle plein). On procède en deux temps.

  1. L'intérieur, qui est un ouvert : on y cherche les points critiques de f et on calcule les valeurs correspondantes.
  2. Le bord, que l'on paramètre : un cercle par t(Rcost, Rsint), un segment par t(t,c) ou t(t,αt+β). On est alors ramené à l'étude d'une fonction d'une variable sur un segment, tableau de variations compris.

On compare enfin toutes les valeurs obtenues. Lorsque le raisonnement a besoin de savoir que les bornes sont atteintes, on l'écrit explicitement : « f est continue sur ce domaine borné, on admet qu'elle y atteint ses bornes » — une fois, et pas comme un théorème.

Situation 2 : sur R2 tout entier. Le plus sûr est de chercher une inégalité globale du type f(x,y)c avec étude du cas d'égalité : elle donne d'un seul coup l'existence, la valeur et le lieu du minimum. À défaut, on établit une minoration explicite hors d'un disque, du type « pour x2+y2R2, on a f(x,y)A », qui ramène la recherche à un domaine borné.

Situation 3 : avec une contrainte. On substitue : si la contrainte permet d'exprimer une variable en fonction des autres, on remplace dans l'expression à optimiser et on se ramène à moins de variables. Un problème concret à trois dimensions et une contrainte devient ainsi un problème à deux variables, ce qu'il faut annoncer clairement en début de résolution.

Exemple

Situation 1 : sur un disque plein. Cherchons les extremums globaux de f(x,y)=x2+y2xy sur le domaine D={(x,y) : x2+y21}. La fonction est polynomiale, donc de classe C1 sur R2. Elle est continue sur ce domaine borné : on admet qu'elle y atteint ses bornes.

Temps 1 : l'intérieur. Sur le disque ouvert, qui est un ouvert, le système

{2xy=02yx=0

donne, en substituant y=2x dans la seconde équation, 4xx=3x=0, donc x=y=0. Le seul point critique est l'origine, avec f(0,0)=0.

Temps 2 : le bord. Paramétrons le cercle unité par γ(t)=(cost,sint) pour t[0,2π] :

g(t)=f(cost,sint)=cos2t+sin2tcostsint=1sin(2t)2.

Comme sin(2t) décrit [1,1] lorsque t décrit [0,2π], la fonction g décrit exactement [12, 32]. Le minimum sur le bord, 12, est atteint pour sin(2t)=1, c'est-à-dire aux points ±(22,22) ; le maximum, 32, est atteint pour sin(2t)=1, c'est-à-dire aux points (22,22) et (22,22).

Comparaison. Chaque borne est atteinte soit en un point intérieur — et c'est alors un point critique —, soit sur le bord. Les valeurs candidates sont donc 0 d'une part, et les valeurs de [12,32] d'autre part.

Conclusion : le minimum de f sur D vaut 0, atteint à l'origine seulement ; le maximum vaut 32, atteint aux deux points (22,22) et (22,22).

Double contrôle. La forme canonique f=(xy2)2+34y2 montre que f0 partout, avec égalité seulement à l'origine : le minimum est confirmé. Et l'inégalité xyx2+y22 donne, sur D,

f(x,y)(x2+y2)+x2+y22=32(x2+y2)32,

ce qui confirme le maximum.

Exemple

Situation 1 bis : sur un triangle plein. Cherchons les extremums globaux de f(x,y)=xy(1xy) sur le triangle plein

T={(x,y) : x0, y0, x+y1}.

La fonction est polynomiale, donc de classe C1 sur R2. Elle est continue sur ce domaine borné : on admet qu'elle y atteint ses bornes.

Temps 1 : l'intérieur. C'est l'ensemble {(x,y) : x>0, y>0, x+y<1}, ouvert comme intersection de trois demi-plans stricts. En développant f=xyx2yxy2 :

fx=y2xyy2=y(12xy),fy=xx22xy=x(1x2y).

À l'intérieur, x>0 et y>0, donc le système se réduit à 2x+y=1 et x+2y=1. En multipliant la première équation par 2 et en retranchant la seconde, 3x=1, d'où x=y=13, et

f(13,13)=13×13×(123)=127.

Temps 2 : le bord, réunion de trois segments. Sur le côté x=0, f(0,y)=0 ; sur le côté y=0, f(x,0)=0 ; sur le côté x+y=1, le facteur 1xy est nul donc f=0. La fonction est identiquement nulle sur le bord, et il n'y a même pas d'étude de variations à mener.

Comparaison. Sur T, les trois facteurs x, y et 1xy sont positifs ou nuls, donc f0.

Conclusion : le minimum de f sur T vaut 0, atteint exactement aux points du bord ; le maximum vaut 127, atteint au seul point (13,13).

Lecture du résultat. En posant z=1xy, la contrainte s'écrit x+y+z=1 avec x,y,z0, et f=xyz. On vient donc de démontrer que le produit de trois réels positifs de somme 1 est maximal lorsqu'ils sont tous égaux à 13, et que ce maximum vaut 127.

Exemple

Situation 2 : sur le plan entier. Cherchons les extremums globaux de f(x,y)=x4+y44xy sur R2.

Points critiques. Le système 4x34y=0 et 4y34x=0 équivaut à y=x3 et x=y3, d'où x=x9, soit x(x81)=0 : x{0,1,1}. Les points critiques sont (0,0), (1,1) et (1,1), avec

f(0,0)=0,f(1,1)=1+14=2,f(1,1)=1+14=2.

Une minoration globale. L'identité suivante, qu'on vérifie en développant, règle tout :

f(x,y)+2=(x2y2)2+2(xy1)2.

En effet, (x2y2)2+2x2y2=x4+y4 et 2(xy1)2=2x2y24xy+2. Le membre de droite est une somme de carrés, donc

(x,y)R2,f(x,y)2,

avec égalité si et seulement si x2=y2 et xy=1. La seconde condition impose x et y de même signe, donc y=x, puis x2=1 : les cas d'égalité sont exactement (1,1) et (1,1).

Le point (0,0). Sur la droite y=x, f(x,x)=2x44x2=2x2(x22), strictement négatif pour 0<x<2. Sur la droite y=x, f(x,x)=2x4+4x2>0 pour x0. La fonction prend donc les deux signes dans toute boule centrée à l'origine : ce point critique n'est pas un extremum, c'est un point selle.

Conclusion : f admet un minimum global de valeur 2, atteint exactement en (1,1) et (1,1). Elle n'admet pas de maximum, puisque f(x,0)=x4 prend des valeurs arbitrairement grandes.

Exemple

Situation 3a : une contrainte affine. Déterminons le minimum de x2+y2 sous la contrainte x+2y=5.

La contrainte permet d'exprimer x=52y ; on se ramène donc à une fonction d'une seule variable :

g(y)=(52y)2+y2=2520y+4y2+y2=5y220y+25=5[(y2)2+1].

Ainsi g(y)5, avec égalité si et seulement si y=2, ce qui donne x=1.

Conclusion : le minimum vaut 5, atteint au seul point (1,2).

Contrôle géométrique. La quantité x2+y2 est le carré de la distance à l'origine, et la distance de l'origine à la droite d'équation x+2y5=0 vaut 51+4=5, dont le carré est bien 5. Le point (1,2) est d'ailleurs le projeté orthogonal de l'origine sur cette droite, puisque (1,2) est colinéaire au vecteur normal (1,2).

Exemple

Situation 3b : un problème concret d'optimisation. Parmi tous les parallélépipèdes rectangles de volume 1, lequel a la plus petite surface totale ?

Mise en équations. Notons x, y, z les trois dimensions, strictement positives. La contrainte est xyz=1, et la surface totale vaut 2(xy+xz+yz). La contrainte permet d'éliminer une variable, z=1xy, ce qui ramène le problème à deux variables : il s'agit de minimiser, sur l'ouvert U=]0,+[×]0,+[,

S(x,y)=2(xy+1y+1x),

puisque xz=1y et yz=1x.

Points critiques. La fonction S est de classe C1 sur U comme somme de fonctions polynomiales et de quotients à dénominateurs non nuls, avec

Sx=2(y1x2),Sy=2(x1y2).

Le système donne y=1x2 et x=1y2=x4, d'où x(x31)=0, soit x=1 puisque x>0. On en tire y=1, puis z=1, et S(1,1)=6.

Le minimum est global. Posons p=xy>0. L'inégalité x+y2xy, qui n'est autre que (xy)20, donne

1x+1y=x+yxy2pp=2p,

donc S2ψ(p)ψ(p)=p+2p. Or ψ est dérivable sur ]0,+[ avec

ψ(p)=1p3/2,

qui est strictement négatif sur ]0,1[ et strictement positif sur ]1,+[ : ψ atteint son minimum en p=1, où elle vaut 3. Donc S6 sur U, avec égalité si et seulement si p=1 et x=y, c'est-à-dire x=y=1.

Conclusion : la surface minimale vaut 6, et elle est atteinte pour le cube de côté 1. Le résultat est conforme à l'intuition, et le contrôle est immédiat : un cube de côté 1 a bien un volume de 1 et six faces d'aire 1.

Remarque

Ce que la substitution suppose, et quand elle échoue. Substituer une contrainte est légitime lorsqu'elle permet d'exprimer une variable en fonction de l'autre sur tout le domaine considéré ; il faut alors annoncer le nouveau domaine, comme on vient de le faire avec x>0 et y>0.

Quand la contrainte ne se résout pas globalement, on ne substitue pas : on paramètre. C'est le cas typique de la contrainte x2+y2=1, qui donnerait y=±1x2, c'est-à-dire deux branches, avec en prime deux points où la racine n'est pas dérivable. Le paramétrage t(cost,sint) règle le problème d'un coup, comme dans l'étude du bord du disque plus haut, et ramène à l'étude d'une seule fonction d'une variable sur un segment. Dès que la contrainte est une courbe fermée, c'est le paramétrage qu'il faut choisir.

Synthèse des méthodes

Le tableau des réflexes

Ce qu'on me demande Ce que je fais
Montrer qu'une partie est ouverte Point quelconque, rayon explicite tiré de la marge, contrôle des coordonnées
Justifier la classe C1 Phrase par opérations, en nommant l'ouvert et les opérations
Calculer une valeur approchée Point de référence voisin, puis f(a)+f(a),h
Écrire le plan tangent z=f(a)+fx(a)(xa1)+fy(a)(ya2)
Trouver la pente dans une direction v Dvf(a)=f(a),v, maximale pour v colinéaire au gradient
Dériver tf(x(t),y(t)) Règle de la chaîne, un terme par variable
Résoudre une équation aux dérivées partielles Changement de variables, intégration à variable figée, puis synthèse
Montrer qu'une fonction est constante Gradient nul, puis chaîne le long d'un segment resté dans l'ouvert
Montrer une propriété d'homogénéité Relation d'Euler xfx+yfy=nf, dans le sens utile
Chercher des extremums Points critiques d'abord, nature ensuite, à la main

Les erreurs classiques

  1. Confondre point critique et extremum. L'implication ne va que dans un sens : un extremum local intérieur est un point critique, jamais l'inverse. Tant que la nature du point critique n'a pas été établie par une majoration, une minoration ou une restriction bien choisie, la question n'est pas traitée. L'exemple à garder en tête est x2y2 à l'origine.
  2. Oublier de vérifier que l'ouvert contient le point. La condition « gradient nul » ne vaut qu'en un point intérieur au domaine. Sur un disque plein, un carré plein, un triangle plein, le bord échappe complètement au théorème et doit être paramétré puis étudié à part. Le maximum de x+y sur [0,1]2, atteint en (1,1) avec un gradient non nul, est le rappel permanent de ce piège.
  3. Oublier la synthèse dans une équation aux dérivées partielles. L'analyse produit une forme nécessaire ; sans la vérification réciproque, rien ne garantit que toutes les fonctions de cette forme conviennent, ni qu'elles sont de classe C1. Une résolution sans synthèse est une résolution fausse, même si la réponse finale est la bonne.
  4. Dériver une composée sans la règle de la chaîne. Écrire (f(x(t),y(t)))=fxx(t) en oubliant le second terme est l'erreur la plus fréquente du chapitre. Le contrôle est mécanique : une variable, un terme ; deux variables, deux termes.
  5. Croire qu'un unique point critique donne un extremum global. L'unicité du point critique ne prouve rien du tout : la fonction x2y2 n'a qu'un point critique et aucun extremum. Il faut soit une inégalité globale avec cas d'égalité, soit une étude complète sur un domaine borné, soit une minoration hors d'un disque.
  6. Restreindre à des droites pour prouver un extremum. Une restriction ne sert qu'à infirmer. La fonction (yx2)(y2x2) a un minimum strict en 0 le long de toutes les droites passant par l'origine, et n'a pourtant pas de minimum local en ce point.
  7. Confondre f et la fonction composée dans un changement de variables. Écrire f(u,v) au lieu de F(u,v)=f(x(u,v),y(u,v)) mélange deux fonctions différentes et rend toutes les formules ininterprétables. On nomme la nouvelle fonction, toujours.
  8. Oublier l'hypothèse r>0 en polaires. Les formules d'inversion divisent par r : elles n'ont aucun sens à l'origine, et l'ouvert de travail est ]0,+[×R.
  9. Croire qu'un gradient nul entraîne toujours la constance. L'argument passe par un segment tracé dans l'ouvert : sur une réunion de deux boules disjointes, une fonction de gradient nul peut valoir 0 sur l'une et 1 sur l'autre.
  10. Ne pas contrôler ses calculs de dérivées partielles. Le contrôle coûte trente secondes : on choisit un point simple, on écrit l'application partielle correspondante, on la dérive comme une fonction d'une variable, et l'on compare. La quasi-totalité des erreurs de calcul du chapitre est détectée ainsi.

Ouverture : les dérivées partielles d'ordre 2 (hors programme en MPSI)

Remarque

Avertissement, à lire avant la suite. Tout ce qui suit est hors programme en MPSI. Le programme de première année s'arrête au développement limité d'ordre 1, et son préambule précise que toute extension et tout développement théorique supplémentaire sont hors programme. L'ordre 2 relève du programme de MP et de celui de PC, en deuxième année.

Autrement dit : rien de ce qui suit n'est exigible en colle ni en devoir surveillé de première année, aucune question du devoir surveillé de ce chapitre n'en dépend, et les seuls exercices des fiches qui l'utilisent portent la même mention d'ouverture. Cette section s'adresse à deux lecteurs : celui qui veut savoir d'où sortent les recettes qu'il entendra citer, et celui qui prépare déjà la deuxième année. Elle se lit après le reste du chapitre, jamais à la place : les techniques manuelles de la section 7 restent, elles, entièrement au programme, et ce sont elles qui sont évaluées.

Dérivées partielles d'ordre 2

Le mouvement est celui de la section 3, appliqué une seconde fois. Si f admet des dérivées partielles en tout point de U, les deux fonctions fx et fy sont elles-mêmes des fonctions de deux variables définies sur U : rien n'empêche de leur appliquer à nouveau la définition.

Définition

Soient U un ouvert de R2 et f:UR admettant en tout point de U des dérivées partielles d'ordre 1. Lorsqu'elles existent, on appelle dérivées partielles d'ordre 2 de f les quatre fonctions

2fx2=x(fx),2fyx=y(fx),2fxy=x(fy),2fy2=y(fy).

Les deux dérivées obtenues en dérivant successivement par rapport aux deux variables différentes, 2fyx et 2fxy, sont appelées les dérivées croisées de f.

Remarque

La convention de lecture, fixée une fois pour toutes. Dans l'écriture 2fxy, la variable la plus proche de f est celle par laquelle on dérive en premier : on dérive d'abord par rapport à y, puis par rapport à x. C'est la convention retenue dans tout ce cours et dans les exercices d'ouverture de la fiche. D'autres ouvrages adoptent l'ordre inverse ; le théorème de Schwarz ci-dessous rend la question sans conséquence en pratique, mais il faut savoir laquelle est en vigueur avant de recopier une formule.

Les notations de Monge. En un point a fixé, on abrège les trois quantités utiles par

r=2fx2(a),s=2fxy(a),t=2fy2(a).

La lettre s ne nomme qu'une des deux croisées ; cet abus n'est légitime que sous l'hypothèse du théorème de Schwarz, où les deux coïncident. Ces trois lettres servent au critère de la fin de cette section.

Une précision de notation. La lettre r note partout ailleurs dans ce chapitre le rayon d'une boule B(a,r), ainsi que le rayon polaire de la section 5. Dans cette section, et seulement ici, elle note 2fx2(a) : c'est pourquoi les rayons y sont notés ρ.

Exemple

Un calcul complet. Reprenons la fonction f(x,y)=xexy de la section 3, dont on a établi que

fx(x,y)=(1+xy)exyetfy(x,y)=x2exy.

Dérivons chacune de ces deux expressions par rapport à chacune des deux variables, en se souvenant que la dérivée partielle de exy vaut yexy en x et xexy en y :

2fx2(x,y)=yexy+(1+xy)yexy=y(2+xy)exy,2fyx(x,y)=xexy+(1+xy)xexy=x(2+xy)exy,2fxy(x,y)=2xexy+x2yexy=x(2+xy)exy,2fy2(x,y)=x2×xexy=x3exy.

Les deux croisées valent la même chose, et les deux chemins n'ont pourtant rien de commun : le premier dérive en y un produit dont les deux facteurs dépendent de y, le second dérive en x le produit x2exy. C'est le meilleur contrôle qui soit sur un calcul de dérivées secondes : on calcule la croisée dans les deux sens et l'on compare.

Contrôle en (1,0). La croisée x(2+xy)exy y vaut 1×2×1=2. Par l'application partielle : fy(x,0)=x2, de dérivée 2x, qui vaut bien 2 en x=1.

Fonctions de classe C2

Définition

Soit U un ouvert de R2. Une fonction f:UR est dite de classe C2 sur U lorsque f est de classe C1 sur U et que ses deux dérivées partielles fx et fy sont elles-mêmes de classe C1 sur U.

De façon équivalente : les quatre dérivées partielles d'ordre 2 existent en tout point de U et y sont continues.

Propriété

Opérations. Soit U un ouvert de R2. Toute fonction polynomiale est de classe C2 sur R2. Si f et g sont de classe C2 sur U et λ,μR, alors λf+μg et fg le sont ; si de plus g ne s'annule pas sur U, alors fg l'est aussi. Enfin, si φ est de classe C2 sur un intervalle contenant f(U), alors φf est de classe C2 sur U.

Démonstration. C'est la propriété des opérations sur les fonctions de classe C1 de la section 3, appliquée deux fois. Traitons le produit. La fonction fg est de classe C1 sur U, avec (fg)x=fxg+fgx. Chacun des quatre facteurs de cette expression est de classe C1 sur U par hypothèse, donc la somme de produits l'est aussi, toujours par la même propriété. Il en va de même pour la dérivée en y, donc fg est de classe C2. Les autres cas se traitent mot pour mot de la même façon, la composée en utilisant que φf est de classe C1 comme composée.

Méthode

La phrase à écrire le jour où ce sera au programme, calquée sur celle de la section 3 pour la classe C1 : elle doit nommer l'ouvert et nommer les opérations.

  • « La fonction f:(x,y)xexy est de classe C2 sur R2 comme produit d'une fonction polynomiale et de la composée de la fonction polynomiale (x,y)xy par l'exponentielle, qui est de classe C2 sur R. »
  • « La fonction f:(x,y)ln(x2+y2) est de classe C2 sur l'ouvert U=R2{(0,0)} comme composée de la fonction polynomiale (x,y)x2+y2, à valeurs dans ]0,+[, par ln, qui est de classe C2 sur ]0,+[. »

Comme à l'ordre 1, le point qui coûtera des points en deuxième année est l'oubli de l'ouvert.

Le théorème de Schwarz

Propriété

Théorème de Schwarz (admis). Soient U un ouvert de R2 et f une fonction de classe C2 sur U. Alors les deux dérivées croisées de f coïncident en tout point de U :

mU,2fxy(m)=2fyx(m).

Remarque

Portée pratique, et ce que le théorème ne dit pas. En pratique, sur tout ce que vous manipulez — sommes, produits, quotients et composées de fonctions usuelles sur un ouvert —, l'hypothèse est acquise en une phrase et l'ordre de dérivation ne compte pas. C'est ce qui autorise la notation s de Monge, et c'est ce qui permet de calculer une croisée par le chemin le plus court des deux, l'autre servant de contrôle.

Mais c'est un théorème avec hypothèse, et l'énoncé « les dérivées croisées sont toujours égales » est faux. Ce qui manque dans le contre-exemple ci-dessous n'est ni la régularité d'ordre 1, ni l'existence des dérivées secondes : c'est leur continuité.

Exemple

Le contre-exemple. Soit f définie sur R2 par

f(x,y)=xy(x2y2)x2+y2  si (x,y)(0,0),f(0,0)=0.

Sur l'ouvert R2{(0,0)}, cette fonction est de classe C2 comme quotient de fonctions polynomiales à dénominateur non nul. Tout se joue à l'origine.

Les deux dérivées d'ordre 1 sur les axes. Comme f(0,y)=0 pour tout y, le taux d'accroissement en x au point (0,y) vaut, pour x0 et y0,

f(x,y)f(0,y)x=y(x2y2)x2+y2 x0 y×(y2)y2=y,

et pour y=0 le taux est nul puisque f(x,0)=0. Donc fx(0,y)=y pour tout réel y. Le calcul symétrique, avec f(x,0)=0, donne

f(x,y)f(x,0)y=x(x2y2)x2+y2 y0 x,doncfy(x,0)=x.

Les deux croisées en l'origine. Il ne reste qu'à dériver en 0 les deux fonctions d'une variable obtenues, yy et xx, dont les dérivées valent respectivement 1 et 1 :

2fyx(0,0)=1,2fxy(0,0)=1.

Les deux dérivées croisées existent en (0,0) et elles diffèrent.

Ce qui manque. La fonction f est de classe C1 sur R2, et hors de l'origine on calcule

2fxy(x,y)=x6+9x4y29x2y4y6(x2+y2)3.

Cette expression est homogène de degré 0 au sens de la section 6 : elle ne dépend que de la direction du point, pas de sa distance à l'origine. Or elle vaut 1 en tout point de l'axe des abscisses privé de 0, 1 en tout point de l'axe des ordonnées privé de 0, et 0 le long de la droite y=x. Aucune limite en (0,0) n'est donc possible : la dérivée croisée n'est pas continue à l'origine, et f n'est de classe C2 sur aucun ouvert contenant (0,0). C'est exactement l'hypothèse du théorème qui tombe, et elle seule.

Laplacien et fonctions harmoniques

Définition

Soient U un ouvert de R2 et f une fonction de classe C2 sur U. On appelle laplacien de f la fonction

Δf=2fx2+2fy2,

et l'on dit que f est harmonique sur U lorsque Δf est identiquement nulle sur U.

Exemple

Deux fonctions déjà rencontrées. La fonction f(x,y)=x2y2, celle du point selle de la section 7, vérifie 2fx2=2 et 2fy2=2, donc Δf=0 : elle est harmonique sur R2. Et la fonction f(x,y)=ln(x2+y2) de la section 3 est harmonique sur R2{(0,0)} : en dérivant fx=2xx2+y2 par la formule du quotient,

2fx2=2(y2x2)(x2+y2)2,et par eˊchange des roˆles2fy2=2(x2y2)(x2+y2)2,

dont la somme est nulle. En revanche l'exemple filé f(x,y)=x2+2y2 n'est pas harmonique : Δf=2+4=6.

Remarque

Le laplacien est l'opérateur central de la physique des milieux continus : l'équation de la chaleur, l'équation des ondes et l'équation du potentiel électrostatique s'écrivent toutes avec lui, et les fonctions harmoniques sont précisément les états d'équilibre de ces phénomènes. Les exercices d'ouverture de la fiche creusent le cas des fonctions harmoniques radiales, au sens de la section 6, et montrent que, sur l'ouvert R2{(0,0)}, elles se réduisent aux a2ln(x2+y2)+b, avec a et b réels, tandis qu'une fonction harmonique radiale sur R2 tout entier est constante.

Une précision de notation. La lettre Δ a déjà servi dans la section 7 pour noter l'accroissement Δ(h,k)=f(a1+h, a2+k)f(a). Ici elle s'applique à une fonction, et s'écrit toujours Δf : les deux usages ne se rencontrent jamais dans la même formule.

Une équation aux dérivées partielles d'ordre 2 : l'équation des ondes

La méthode est celle de la section 6, dans le même schéma en trois temps : analyse, forme nécessaire, puis synthèse. Seul le calcul des dérivées est plus long, puisqu'il faut appliquer la règle de la chaîne deux fois de suite.

Exemple

L'équation des ondes. Soit c>0. On cherche toutes les fonctions f de classe C2 sur R2, dont on note (x,t) le point courant, telles que

(x,t)R2,2ft2(x,t)=c22fx2(x,t).

Analyse. Posons le changement de variables

u=xct,v=x+ct.

La matrice (1c1c) a pour déterminant 2c0 : l'application (x,t)(u,v) est une bijection de R2 sur R2, de réciproque x=u+v2 et t=vu2c. Conformément à la méthode de la section 5, on nomme la fonction composée :

F(u,v)=f(u+v2, vu2c),de sorte quef(x,t)=F(xct, x+ct).

La fonction F est de classe C1 sur R2 par la règle de la chaîne à deux paramètres de la section 5, appliquée à f et à l'application affine (u,v)(u+v2, vu2c). Ses deux dérivées partielles sont des combinaisons linéaires à coefficients constants de fx et fy composées avec cette même application, donc de classe C1 par la même règle : F est de classe C2.

La règle de dérivation, valable pour toute la suite. Soit Ψ une fonction de classe C1 sur R2 et g(x,t)=Ψ(xct, x+ct). Les dérivées partielles des deux nouvelles variables sont

ux=1,vx=1,ut=c,vt=c,

donc la règle de la chaîne à deux paramètres donne, avec un terme par variable,

gx=Ψu+Ψv,gt=cΨu+cΨv,

toutes les dérivées de Ψ étant évaluées au point (xct, x+ct), ce que l'on cessera d'écrire.

Ordre 1. En appliquant cette règle à Ψ=F :

fx=Fu+Fv,ft=cFu+cFv.

Ordre 2. Les fonctions Fu et Fv sont de classe C1 puisque F est de classe C2 : la même règle leur est applicable. Abrégeons

A=2Fu2,B=2Fuv,C=2Fv2,

le théorème de Schwarz garantissant que c'est bien la même quantité B qui apparaît dans les deux ordres de dérivation. La règle appliquée à Ψ=Fu, puis à Ψ=Fv, donne

x[Fu]=A+B,t[Fu]=c(A+B),x[Fv]=B+C,t[Fv]=c(B+C).

Il ne reste qu'à assembler. En dérivant par rapport à x l'expression de fx :

2fx2=(A+B)+(B+C)=A+2B+C,

et en dérivant par rapport à t l'expression de ft :

2ft2=c×c(A+B)+c×c(B+C)=c2(A2B+C).

La combinaison qui nous intéresse vaut donc

2ft2c22fx2=c2(A2B+C)c2(A+2B+C)=4c2B.

Les termes en A et en C disparaissent : c'est précisément ce que le changement de variables avait pour but de provoquer. Comme c>0 et comme (x,t)(u,v) est une bijection de R2 sur R2, la fonction f est solution si et seulement si 2Fuv est identiquement nulle sur R2.

Résolution. Fixons v. La fonction uFv(u,v) est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle R, donc constante. En posant γ(v)=Fv(0,v), application partielle de Fv donc de classe C1 sur R, on obtient Fv(u,v)=γ(v) pour tout (u,v).

La fonction γ est continue sur l'intervalle R : elle y admet des primitives, dont l'une sera notée ψ ; comme ψ=γ est de classe C1, la fonction ψ est de classe C2 sur R. Fixons maintenant u : la fonction vF(u,v)ψ(v) est dérivable sur R, de dérivée γ(v)γ(v)=0, donc constante, égale à sa valeur en v=0. En posant φ(u)=F(u,0)ψ(0), de classe C2 sur R comme application partielle de F à une constante près, il vient F(u,v)=φ(u)+ψ(v), c'est-à-dire

f(x,t)=φ(xct)+ψ(x+ct).

Synthèse. Réciproquement, soient φ et ψ deux fonctions de classe C2 sur R et f(x,t)=φ(xct)+ψ(x+ct). Cette fonction est de classe C2 sur R2 comme somme de deux composées d'une fonction polynomiale par une fonction de classe C2, et

fx(x,t)=φ(xct)+ψ(x+ct),ft(x,t)=cφ(xct)+cψ(x+ct),

puisque xxct a pour dérivée 1 et txct a pour dérivée c. En dérivant une seconde fois selon le même principe, le facteur 1 ou c apparaissant une seconde fois,

2fx2(x,t)=φ(xct)+ψ(x+ct),2ft2(x,t)=c2φ(xct)+c2ψ(x+ct).

Ainsi 2ft2=c22fx2 : toutes ces fonctions conviennent.

Conclusion : les solutions sont exactement les fonctions

f:(x,t)φ(xct)+ψ(x+ct),φ et ψ de classe C2 sur R.

Remarque

L'interprétation physique. À l'instant t, le graphe de xφ(xct) est celui de φ translaté de ct vers la droite : c'est un profil de forme fixe qui se déplace vers les x croissants à la vitesse c, sans jamais se déformer. De même, ψ(x+ct) se propage vers les x décroissants à la même vitesse. Une solution de l'équation des ondes est donc toujours la superposition de deux ondes se propageant en sens opposés à la vitesse c, et la donnée arbitraire n'est pas un nombre mais deux fonctions, comme pour les équations d'ordre 1 de la section 6.

Formule de Taylor-Young à l'ordre 2 et critère rts2

Propriété

Développement limité à l'ordre 2 (admis). Soient U un ouvert de R2, f une fonction de classe C2 sur U et aU. En notant r, s, t les dérivées d'ordre 2 de f en a au sens de Monge, on a, lorsque h=(h1,h2) tend vers (0,0),

f(a+h)=f(a)+fx(a)h1+fy(a)h2+12(rh12+2sh1h2+th22)+o ⁣(h2).

Définition

Avec les mêmes notations, on appelle matrice hessienne de f en a la matrice symétrique

Hf(a)=(rsst),

dont le déterminant vaut rts2.

Propriété

Critère rts2 (nature d'un point critique). Soient f une fonction de classe C2 sur un ouvert U et aU un point critique de f, c'est-à-dire f(a)=(0,0). Avec r, s, t pris en a :

  1. si rts2>0 et r>0, alors f admet en a un minimum local strict ;
  2. si rts2>0 et r<0, alors f admet en a un maximum local strict ;
  3. si rts2<0, alors f n'admet pas d'extremum en a : c'est un point selle ;
  4. si rts2=0, le critère ne permet pas de conclure.

Démonstration. Posons q(h,k)=rh2+2shk+tk2. Comme f(a)=(0,0), le développement limité d'ordre 2 s'écrit, avec h=ρcosθ et k=ρsinθ et en utilisant l'homogénéité de degré 2 de q,

f(a1+h, a2+k)f(a)=ρ22[q(cosθ, sinθ)+2ε(h,k)],ε(h,k) (h,k)(0,0) 0.

Tout se joue donc sur le signe de q, et c'est la mise sous forme canonique de la technique 1 de la section 7 qui le donne. Supposons r0 :

q(h,k)=r(h+srk)2+rts2rk2.

Cas 1 et 2. Si rts2>0, alors rt>s20, donc r0 et r et t sont de même signe. Si de plus r>0, les deux coefficients de la forme canonique sont strictement positifs, donc q(h,k)>0 sauf en (h,k)=(0,0). La fonction θq(cosθ,sinθ) est continue sur le segment [0,2π] : elle y atteint ses bornes, et son minimum m est strictement positif. Pour ρ assez petit, ε<m4, donc le crochet est minoré par m2>0 et la différence est strictement positive dès que ρ0 : c'est un minimum local strict. Le cas r<0 s'obtient en appliquant ce qui précède à f.

Cas 3. Si rts2<0, alors q prend les deux signes. En effet, si r0, on a q(1,0)=r et q(sr,1)=rts2r, qui sont de signes opposés ; et si r=0, alors s2<0 impose s0 et q(h,1)=2sh+t change de signe. Par homogénéité, q garde le même signe sur chaque demi-droite issue de l'origine : il existe donc deux angles θ+ et θ pour lesquels q(cosθ,sinθ) est respectivement strictement positive et strictement négative. Le même contrôle du reste que ci-dessus, mené à θ fixé, montre alors que f(a+h)f(a) prend les deux signes dans toute boule centrée en a.

Remarque

Pourquoi le cas rts2=0 échappe au critère. Le signe de rts2 est celui de l'opposé du discriminant du trinôme q : il décide si la forme quadratique garde un signe fixe ou prend les deux. Lorsqu'elle est nulle, q ne prend plus qu'un seul signe au sens large : la forme canonique se réduit à q(h,k)=r(h+srk)2 si r0, à tk2 si r=0, et à 0 si r=s=t=0. Dans tous ces cas, q s'annule sur une droite entière au moins, et le terme d'ordre 2 ne décide plus de rien : c'est le reste o ⁣(h2), dont on ne sait rien, qui tranche. Il faut alors revenir aux techniques manuelles de la section 7.

Le critère à l'épreuve des exemples du chapitre

Exemple

Quatre exemples de la section 7, repris en trois lignes chacun.

La forme canonique : f(x,y)=x2+xy+y23x3y en (1,1). On a fx=2x+y3 et fy=x+2y3, d'où r=2, s=1, t=2 en tout point, et

rts2=41=3>0avecr=2>0:minimum local strict.

C'est bien la nature locale obtenue plus haut par forme canonique, laquelle donnait de surcroît le caractère global, hors de portée du critère. Le lien est encore plus net qu'il n'y paraît : la partie quadratique de Taylor vaut ici 12(2h2+2hk+2k2)=h2+hk+k2, c'est-à-dire exactement l'expression que le développement à la main avait produite, reste nul compris, puisque f est de degré 2.

La cubique : f(x,y)=x3+y33xy en (0,0) et (1,1). Ici r=6x, s=3 et t=6y, donc rts2=36xy9. En (0,0) : rts2=9<0, point selle, ce que la restriction à l'axe des abscisses avait montré. En (1,1) : rts2=27>0 avec r=6>0, minimum local strict, ce que la minoration de la partie quadratique avait établi. Là encore, 12(6h26hk+6k2)=3h23hk+3k2 est mot pour mot la partie quadratique du développement mené à la main.

Le point selle de référence : f(x,y)=x2y2 en (0,0). On lit r=2, s=0, t=2, donc rts2=4<0 : point selle. Deux lignes au lieu de l'exhibition, dans chaque boule centrée à l'origine, d'un point où f est strictement positive et d'un point où elle est strictement négative.

Le piège des droites : f(x,y)=(yx2)(y2x2) en (0,0). Avec f=y23x2y+2x4, on a fx=6xy+8x3 et fy=2y3x2, d'où r=24x26y, s=6x et t=2. En l'origine, r=0, s=0, t=2 et

rts2=0:le criteˋre est muet.

Il faut donc l'étude de la section 7, et elle n'est pas une formalité : le long de toutes les droites passant par l'origine, f a un minimum strict, et c'est la restriction à l'arc y=32x2, où f=x44<0, qui prouve qu'il n'y a pas de minimum local. Aucun calcul de dérivées secondes ne pouvait le voir.

Remarque

La morale, sans complaisance. Le critère rts2 fait gagner du temps, beaucoup, sur le cas générique : trois dérivées secondes, une valeur en un point, un signe, et la nature locale du point critique tombe. Mais il ne remplace pas les techniques manuelles du chapitre, pour trois raisons que les exemples ci-dessus illustrent chacune.

  • Il est muet dès que rts2=0, et ce cas n'est ni rare ni décidable par analogie : la fonction (yx2)(y2x2) le montre, et il faut alors savoir majorer, minorer, ou restreindre à un arc bien choisi.
  • Il ne dit rien de global. Le minimum de x2+xy+y23x3y en (1,1) est global, et c'est la forme canonique, valable partout, qui l'établit ; le critère, lui, ne parle que d'une boule dont il ne précise même pas le rayon.
  • Il suppose le point déjà critique et la fonction de classe C2 sur un ouvert. Le vrai travail de la plupart des exercices, résoudre le système f=(0,0) puis traiter le bord d'un domaine, lui échappe entièrement.

C'est très exactement pour cela que le programme de première année demande de savoir faire sans lui : ce qu'il automatise est la partie mécanique, et ce qu'il laisse intact est la partie qui demande une idée.

Bloqué sur « Fonctions de deux variables » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.