MPSI · Chapitre 20 · Second semestre
Fonctions de deux variables
Ouverts de R², dérivées partielles, règle de la chaîne, points critiques, extremums.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Ouverts de R²
- Dérivées partielles
- Règle de la chaîne
- Points critiques
- Extremums
Toute l'analyse de première année a porté sur des fonctions d'une seule variable réelle : on dérive , on dresse un tableau de variations, on cherche un maximum. Or presque aucune grandeur concrète ne dépend d'un seul paramètre. Le coût de fabrication dépend des quantités de deux matières premières, la température d'une plaque métallique dépend du point où on la mesure, l'altitude d'un point de montagne dépend de sa longitude et de sa latitude, l'aire d'un rectangle dépend de ses deux côtés, la pression d'un gaz dépend du volume et de la température. Toutes ces situations relèvent d'un même objet : une fonction qui à un couple de réels associe un réel. Ce chapitre construit les outils qui permettent de la dériver, de l'approcher au voisinage d'un point, et d'en chercher les extremums.
Ce qui est neuf par rapport à l'analyse à une variable tient en une phrase : il y a maintenant une infinité de directions. Sur la droite réelle, on ne peut s'approcher d'un point que par la gauche ou par la droite, et le taux d'accroissement n'a qu'une limite à examiner. Dans le plan, on peut s'approcher d'un point en suivant n'importe laquelle des directions du cercle unité, ou même en suivant une courbe qui s'enroule. Trois conséquences immédiates. D'abord la dérivée n'est plus un nombre mais un vecteur, le gradient, qui contient d'un seul coup la pente dans toutes les directions. Ensuite la tangente devient un plan tangent, et l'approximation affine devient une approximation par une fonction du type . Enfin, et c'est le plus déroutant, il n'y a aucun ordre sur le plan : les mots « croissante » et « décroissante » n'ont plus de sens, le tableau de variations disparaît, et avec lui la méthode de première année pour trouver les extremums. Un point où la dérivée s'annule pourra n'être ni un maximum ni un minimum, d'une façon bien plus riche qu'en une variable : la surface pourra y monter dans une direction et descendre dans une autre, comme une selle de cheval ou un col de montagne.
Quatre idées structurent tout le chapitre, et il vaut la peine de les avoir en tête dès maintenant. Première idée : figer une variable. Si l'on bloque à la valeur et qu'on ne laisse bouger que , on retrouve une fonction d'une variable, et tout l'arsenal de première année redevient disponible : c'est la définition même des dérivées partielles. Ce va-et-vient entre deux variables et une seule est le mouvement fondamental du chapitre, on le retrouvera dans chaque démonstration. Deuxième idée : au premier ordre, une surface est un plan. Le développement limité d'ordre dit que, tout près d'un point, la fonction se confond avec une expression affine dont tous les coefficients sont les deux dérivées partielles : l'information locale tient dans le gradient. Troisième idée : la règle de la chaîne. Savoir dériver est la formule qui fait tourner tout le reste, la dérivée suivant un vecteur, l'orthogonalité du gradient aux lignes de niveau, la résolution des équations aux dérivées partielles, la relation d'Euler et la caractérisation des fonctions constantes. Quatrième idée : la condition nécessaire du premier ordre. En un extremum local intérieur, le gradient est nul ; cette condition sélectionne une poignée de points candidats, et le travail de tri se fait ensuite entièrement à la main.
Un mot sur l'esprit de ce chapitre, qui est délibérément pratique. On n'y fait pas de topologie : le seul mot emprunté à ce vocabulaire est celui de partie ouverte, et il n'est introduit que pour une raison très concrète, garantir qu'il reste un peu de place autour de chaque point pour y faire bouger les variables. On n'y étudie pas non plus la continuité : toutes les fonctions rencontrées sont obtenues par sommes, produits, quotients et composées de fonctions usuelles, elles sont continues et de classe pour cette raison, et on le dit en une phrase. Enfin, aucun outil d'ordre supérieur n'est disponible pour classer un point où le gradient s'annule : la nature d'un tel point se détermine toujours à la main, par mise sous forme canonique, par majoration ou minoration directe, par restriction à des droites ou à des arcs, ou par un changement de variables. C'est plus artisanal, mais c'est aussi beaucoup plus formateur.
Le plan suit l'ordre logique. La section 1 installe le cadre géométrique : distance, boules, parties ouvertes. La section 2 définit les fonctions de deux variables et leurs deux modes de lecture, la surface représentative et les lignes de niveau. La section 3 construit les dérivées partielles et la classe . La section 4 énonce le développement limité d'ordre 1, introduit le gradient et le plan tangent. La section 5 établit la règle de la chaîne et les changements de variables, dont les coordonnées polaires. La section 6 en tire les applications : équations aux dérivées partielles d'ordre 1, fonctions constantes, relation d'Euler. La section 7 traite les extremums, des points critiques jusqu'à l'optimisation globale. Une synthèse des méthodes clôt le chapitre.
Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes. La lettre désigne toujours une partie ouverte de , et une fonction de dans . Un point générique du plan s'écrit ou , un point fixé , parfois lorsque les indices et sont déjà pris. Un accroissement se note , et l'on écrit indifféremment ou . La norme euclidienne est , la boule ouverte de centre et de rayon est , et désigne le produit scalaire canonique de , c'est-à-dire . Les dérivées partielles se notent et , et le gradient est le vecteur . Enfin, « de classe » est la seule expression employée dans ce chapitre pour dire qu'une fonction est régulière : elle sera définie précisément en section 3, et toutes les hypothèses des théorèmes se ramèneront à elle.
Le plan comme cadre : distance, boules, parties ouvertes
Norme euclidienne et distance
Avant de dériver quoi que ce soit, il faut pouvoir dire que deux points du plan sont proches. En une variable, cette mesure était donnée par la valeur absolue de la différence. Dans le plan, elle est donnée par la norme euclidienne, celle du théorème de Pythagore, qui n'est rien d'autre que la longueur usuelle d'un segment.
Définition
Pour , on appelle norme euclidienne de le réel positif
Pour deux points et de , on appelle distance de à le réel
Propriété
Soient et deux vecteurs de et .
- , et si et seulement si .
- .
- Inégalité triangulaire : .
- Contrôle des coordonnées : et .
- Inégalité de Cauchy-Schwarz : .
Démonstration. Les points 1, 2, 3 et 5 sont ceux du produit scalaire canonique de , déjà établis : , et l'inégalité triangulaire s'obtient en développant
puis en prenant la racine carrée de deux réels positifs.
Pour le point 4, on écrit , et la croissance de la racine carrée sur donne . Le raisonnement est identique pour .
Remarque
Le point 4 est le cheval de bataille de toute la section. Il dit qu'un point proche de au sens de la norme a chacune de ses deux coordonnées proche de la coordonnée correspondante de :
C'est ce qui permettra, dans chaque démonstration, de passer d'une hypothèse sur la distance à une conclusion sur chaque coordonnée séparément.
Boules ouvertes
Définition
Soient et . On appelle boule ouverte de centre et de rayon l'ensemble
Remarque
Dans le plan, une boule ouverte est tout simplement le disque de centre et de rayon , privé du cercle qui le borde : l'inégalité est stricte. Le mot « boule » est celui qu'on emploie en toute dimension, il n'y a pas lieu de s'en étonner. Plus le rayon est petit, plus la boule est un « petit voisinage » du point : dans tout ce chapitre, écrire « il existe tel que … pour tout », c'est dire « … dès qu'on reste assez près de ».
Parties ouvertes
Définition
Une partie de est dite ouverte, ou est appelée un ouvert de , lorsque
Remarque
Comment lire cette définition. Elle dit qu'aucun point de n'est « au bord » de : quel que soit le point choisi dans , on peut faire un petit pas dans n'importe quelle direction sans sortir de , à condition que le pas soit assez court. Deux précisions capitales.
- Le rayon dépend du point : on ne demande pas un rayon qui conviendrait à tous les points à la fois. Plus est proche du bord, plus devra être petit, et c'est parfaitement autorisé.
- L'ensemble vide est ouvert : la propriété à vérifier commence par « pour tout », elle est donc vraie sans rien faire.
Propriété
- Toute boule ouverte est un ouvert de .
- et sont des ouverts de .
- Une réunion d'ouverts de est un ouvert de .
- L'intersection de deux ouverts de est un ouvert de .
Démonstration. Point 1. Soit et posons , qui est strictement positif puisque . Montrons que . Soit ; l'inégalité triangulaire donne
donc .
Point 2. Pour , n'importe quel rayon convient, par exemple , puisque toute boule est incluse dans . Le cas de a été traité dans la remarque ci-dessus.
Point 3. Soient des ouverts et un point de leur réunion. Alors appartient à l'un d'eux, disons , qui est ouvert : il existe tel que , et a fortiori est inclus dans la réunion.
Point 4. Soient et deux ouverts et . Il existe tel que et tel que . Posons : alors et de même , donc .
La figure ci-dessous illustre la définition : la partie grisée est ouverte, et l'on a dessiné, autour de trois de ses points, un disque entièrement contenu dedans. On voit bien que le rayon doit être choisi de plus en plus petit à mesure que le point se rapproche du bord.
Les exemples à connaître
Exemple
Le disque ouvert. Soient et . L'ensemble est un ouvert : c'est la boule , et le point 1 de la propriété précédente s'applique. En reprenant la démonstration sur un cas concret, pour et , on a , donc le rayon convient.
Le demi-plan strict. L'ensemble est un ouvert. En effet, soit , donc ; posons . Si , le contrôle des coordonnées donne
d'où , c'est-à-dire : le point appartient bien à .
Exemple
Le plan privé d'un point. Soit . L'ensemble est un ouvert. Soit en effet , c'est-à-dire ; posons , qui est strictement positif. Si , alors ; le point ne peut donc pas être égal à , sans quoi on aurait , ce qui est absurde. Donc .
Le plan privé d'une droite. Soit la droite d'équation , avec , et soit . Soit : le réel est strictement positif. Posons et . Soit . L'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée aux vecteurs et donne
donc, par l'inégalité triangulaire dans ,
Ainsi : le point n'est pas sur , et .
Exemple
Un produit d'intervalles ouverts. Soient et deux intervalles ouverts de . L'ensemble est un ouvert de . Soit en effet . Comme est un intervalle ouvert contenant , il existe tel que , et de même tel que . Posons et soit : le contrôle des coordonnées donne et , donc et , c'est-à-dire .
En particulier, le quart de plan , le carré et la bande sont des ouverts de .
Exemple
Trois parties qui ne sont PAS ouvertes. Dans les trois cas, on exhibe un point de la partie autour duquel aucune boule, si petite soit-elle, ne tient à l'intérieur.
Le disque défini par une inégalité large (couramment appelé disque fermé), . Prenons , qui appartient à , et soit quelconque. Le point vérifie , donc ; mais , donc . Aucune boule centrée en n'est incluse dans .
Une droite, par exemple . Prenons et quelconque : le point est dans mais pas sur . Une droite ne contient aucun disque, aussi petit soit-il : elle est « d'épaisseur nulle ».
Le demi-plan large . Prenons encore et : le point est dans et vérifie . C'est exactement l'inégalité large qui fait échouer la propriété : les points de la droite appartiennent à la partie tout en étant sur son bord.
Méthode
Prouver qu'une partie définie par des inégalités STRICTES est ouverte. Le schéma est toujours le même, en trois temps.
- Se donner un point quelconque de la partie : « soit », et écrire ce que cela signifie, c'est-à-dire les inégalités strictes vérifiées par et .
- Fabriquer un rayon explicite à partir de la marge dont on dispose. La marge, c'est l'écart entre les deux membres de l'inégalité stricte : si la condition est , on prend ; si c'est , on prend ; si c'est , on prend . Vérifier à voix haute que ce rayon est strictement positif, c'est le point où l'inégalité stricte est utilisée.
- Prendre et conclure en majorant, à l'aide du contrôle des coordonnées ou de l'inégalité triangulaire, la quantité qui doit rester du bon côté.
Le raccourci à connaître. Une partie décrite par plusieurs inégalités strictes est l'intersection des parties correspondantes ; si chacune est ouverte, l'intersection de deux d'entre elles l'est encore, et de proche en proche l'intersection d'un nombre fini d'entre elles aussi. Ainsi est ouvert comme intersection de trois demi-plans stricts, sans aucun calcul de rayon.
Remarque
Pourquoi cette notion, et rien de plus. Il serait faux de croire qu'on entame ici un cours de topologie. La notion d'ouvert n'est introduite que pour une raison très concrète, qui apparaîtra dès la section 3 : pour dériver par rapport à au point , il faut que ait un sens pour dans tout un intervalle autour de , donc il faut un peu de place autour de . Dire que est ouvert, c'est exactement garantir cette place en chacun de ses points, et rien d'autre.
De même, toutes les fonctions de ce chapitre sont continues, parce qu'elles sont fabriquées à partir des fonctions usuelles par sommes, produits, quotients et composées. Leur continuité ne sera jamais un objet d'étude : on ne cherchera pas de limite, on ne discutera pas de prolongement. Le programme est ici d'approche pratique, et l'énergie doit aller au calcul et aux applications, pas à la formalisation.
Fonctions de deux variables
Définition, domaine
Définition
Soit une partie ouverte de . On appelle fonction de deux variables définie sur toute application
L'ensemble est le domaine de , et est la valeur de au point .
Lorsqu'une fonction est donnée par une expression, on appelle domaine de cette expression l'ensemble des couples pour lesquels le calcul a un sens. Dans ce chapitre, on prendra toujours soin de se placer sur un ouvert, quitte à restreindre légèrement l'ensemble naturel.
Exemple
Quatre domaines.
- : le calcul exige . Le domaine est le demi-plan strict , qui est ouvert (méthode de la section 1, avec ).
- : le dénominateur s'annule au seul point . Le domaine est , qui est ouvert.
- : le domaine est le plan privé de la droite d'équation , qui est ouvert.
- : le calcul exige , et cet ensemble n'est pas ouvert. On travaillera donc sur le disque ouvert , en le disant explicitement. C'est une restriction sans conséquence : tout ce qui nous intéresse est local.
Surface représentative
Définition
Soit . On appelle surface représentative de la partie de l'espace
Remarque
C'est l'analogue exact de la courbe représentative d'une fonction d'une variable : au-dessus de chaque point du domaine, on place le point d'altitude . L'image mentale à garder est celle d'un relief : est une carte, est l'altitude du point de coordonnées , et est le paysage. Tout le vocabulaire du chapitre vient de là : pente, plus forte pente, col, sommet, ligne de niveau.
Cette surface est utile pour l'intuition, mais elle est difficile à dessiner et impossible à exploiter en calcul. C'est pourquoi on lui préfère deux lectures planes : les applications partielles, qui coupent le relief selon deux directions, et les lignes de niveau, qui le lisent comme une carte d'état-major.
Applications partielles
Définition
Soient et . On appelle applications partielles de en les deux fonctions d'une variable réelle
Remarque
Elles sont bien définies au voisinage du point. Comme est ouvert, il existe tel que . Pour , le point vérifie , donc appartient à : l'application est définie au moins sur l'intervalle ouvert . Même chose pour . C'est ici, et pour cette seule raison, que sert l'hypothèse « ouvert ».
Géométriquement, décrit l'altitude le long de la droite : c'est la coupe du relief par le plan vertical d'équation . L'intérêt est évident : et sont des fonctions d'une variable, sur lesquelles toute l'analyse de première année s'applique sans modification. Tout le chapitre consiste à ramener des questions à deux variables à des questions sur ces fonctions-là.
Exemple
Pour et , les applications partielles en sont
La première est une parabole, la seconde une droite : deux coupes très différentes d'une même surface, en un même point.
Lignes de niveau
Définition
Soient et . On appelle ligne de niveau de la partie du plan
Remarque
Comment lire un réseau de lignes de niveau. C'est exactement la lecture d'une carte de randonnée, où chaque courbe joint les points de même altitude.
- Deux lignes de niveau associées à des valeurs différentes de sont disjointes : un point a une seule altitude.
- Là où les lignes sont resserrées, la fonction varie vite : le relief est raide. Là où elles sont écartées, la fonction varie lentement.
- Une ligne de niveau peut être vide (aucun point n'atteint cette valeur), réduite à un point (un sommet ou un creux isolé), ou formée de plusieurs morceaux.
- Les lignes de niveau ne disent rien du sens de variation : il faut indiquer les valeurs de pour savoir de quel côté ça monte.
On démontrera en section 5 le lien géométrique fondamental : le gradient est orthogonal aux lignes de niveau, et il pointe vers les valeurs croissantes.
Exemple
Quatre réseaux de lignes de niveau à connaître.
Une fonction affine, . La ligne de niveau est la droite d'équation : on obtient une famille de droites parallèles, de vecteur directeur , régulièrement espacées lorsque décrit une progression arithmétique. Le relief est un plan incliné.
Un paraboloïde de révolution, . Pour , la ligne de niveau est vide ; pour , elle est réduite au point ; pour , c'est le cercle de centre l'origine et de rayon . Les cercles se resserrent quand grandit, puisque croît de moins en moins vite : le relief est de plus en plus raide quand on s'éloigne.
Une selle, . La ligne de niveau est la réunion des deux droites et ; pour , c'est une hyperbole, tournée « vers la droite et la gauche » si , « vers le haut et le bas » si . On y reviendra en section 7 : c'est l'exemple type d'un point critique sans extremum.
Une fonction radiale, c'est-à-dire de la forme . Sa valeur ne dépend que de la distance à l'origine, donc ses lignes de niveau sont des cercles centrés en l'origine (ou des réunions de tels cercles). Réciproquement, une fonction de classe qui ne varie pas lorsqu'on tourne autour de l'origine est radiale : on le démontrera par le calcul en section 6.
Méthode
Tracer et exploiter un réseau de lignes de niveau. La démarche est toujours la même, et elle donne en quelques minutes une image fidèle du relief.
- Écrire l'équation et la reconnaître. Droite, cercle, ellipse, hyperbole, parabole : les coniques du programme suffisent presque toujours. Si l'équation ne se reconnaît pas, on l'exprime sous la forme et on trace la courbe d'une fonction d'une variable.
- Discuter selon . Pour quelles valeurs de la ligne est-elle vide, réduite à un point, ou une vraie courbe ? Le passage d'un cas à l'autre repère les points remarquables du relief : une ligne de niveau réduite à un point est le signe d'un sommet ou d'un creux.
- Tracer quelques valeurs régulièrement espacées, par exemple , et indiquer les valeurs sur le dessin. Sans les valeurs, le dessin ne dit pas dans quel sens ça monte.
- Lire le relief. Lignes resserrées, forte pente ; lignes écartées, faible pente ; lignes qui se croisent en un point, point critique de type col.
L'exemple filé du chapitre
Pour ne pas multiplier les fonctions, une seule servira de fil rouge d'un bout à l'autre du cours. On la reprendra à chaque nouvel outil.
Exemple
La fonction .
Domaine. Elle est définie sur tout entier, qui est ouvert.
Lignes de niveau. L'équation n'a pas de solution si , a pour seule solution si , et décrit pour une ellipse centrée à l'origine, de demi-axes dans la direction et dans la direction . L'ellipse est donc « aplatie » verticalement : à même effort, on gagne plus d'altitude en avançant selon que selon , puisque le coefficient pèse sur .
Surface. C'est un paraboloïde elliptique, une cuvette dont le fond est l'origine, où vaut .
Applications partielles en . Ce sont
deux paraboles. Elles valent toutes les deux au point considéré, puisque , mais leurs pentes en ce point ne sont pas les mêmes : et . C'est précisément l'objet de la section suivante.
La figure ci-dessous montre le réseau de lignes de niveau de cette fonction, ainsi que le vecteur gradient en un point, qui sera défini en section 4 : on constate qu'il est perpendiculaire à l'ellipse qui passe par ce point, et dirigé vers les ellipses de niveau plus grand.
Dérivées partielles d'ordre 1
Définition
L'idée est celle annoncée en introduction : on fige une variable et on dérive comme en première année. La définition ne fait donc que recopier celle du nombre dérivé, appliquée aux applications partielles.
Définition
Soient un ouvert de , et .
On dit que admet une dérivée partielle par rapport à la première variable en lorsque le taux d'accroissement
admet une limite finie quand tend vers . Cette limite est alors notée .
De même, si le taux admet une limite finie en , celle-ci est notée .
Remarque
Trois lectures de la même définition.
- En termes d'applications partielles : admet une dérivée partielle par rapport à en si et seulement si l'application partielle est dérivable en , et alors . C'est la formulation la plus utile : une dérivée partielle est un nombre dérivé de fonction d'une variable, rien de plus.
- En termes de pente : est la pente du relief au point quand on se déplace parallèlement à l'axe des abscisses, et la pente quand on se déplace parallèlement à l'axe des ordonnées.
- Notation : on rencontre aussi et pour désigner ces deux nombres. Ces notations sont exactement synonymes des précédentes ; nous ne les emploierons plus dans ce cours.
Enfin, le symbole n'est pas un « décoratif » : l'écriture signale qu'il y a d'autres variables tenues fixes. Écrire pour une fonction de deux variables est une faute.
Méthode
Calculer une dérivée partielle : la règle pratique. Pour calculer , on traite comme une constante et l'on dérive l'expression par rapport à avec toutes les règles de première année (somme, produit, quotient, composée, dérivées usuelles). Pour , on traite comme une constante et l'on dérive par rapport à .
Deux réflexes qui évitent la moitié des erreurs.
- Avant de dériver, écrire ce qu'on fige. Par exemple : « à fixé, est un produit ». Cela oblige à voir quels facteurs sont des constantes.
- Après avoir dérivé, vérifier sur un point simple en revenant à l'application partielle. Si doit valoir , on calcule , on la dérive en , et l'on compare. Ce contrôle coûte trente secondes et détecte presque toutes les fautes de calcul.
Quatre calculs entièrement détaillés
Exemple
Un polynôme. Soit , définie sur .
À figé, la fonction est un polynôme en , dont le terme est une constante :
À figé, la fonction est un polynôme en , dont le terme est une constante et un coefficient :
Contrôle. En : . Vérification par l'application partielle : , de dérivée , qui vaut bien en .
Exemple
Un produit avec une exponentielle. Soit , définie sur .
À figé, c'est le produit de et de , dont la dérivée est (composée avec la fonction affine , de dérivée ). La formule du produit donne
À figé, la fonction est le produit de la constante par , de dérivée :
Contrôle en . Les formules donnent et . Par les applications partielles : , de dérivée ; et , de dérivée , qui vaut en . Les deux concordent.
Exemple
Un quotient. Soit , définie sur puisque le dénominateur est toujours supérieur ou égal à .
À figé, la formule du quotient avec et donne, pour le numérateur,
d'où
À figé, avec de dérivée et de dérivée :
d'où
Contrôle en . Les formules donnent et . Par les applications partielles : , de dérivée , qui vaut en ; et , dont la dérivée vaut en . Cohérent.
Exemple
Une composée. Soit , définie sur l'ouvert , où .
À figé, c'est la composée de (de dérivée ) par le logarithme, d'où
Un deuxième exemple de composée. Pour sur , à figé la dérivée de vaut , et à figé la dérivée de vaut :
Exemple
L'exemple filé. Pour , on obtient immédiatement
et en particulier , . On retrouve bien les pentes et calculées en section 2 : la fonction monte deux fois plus vite dans la direction que dans la direction , ce que le réseau d'ellipses aplaties laissait prévoir.
Fonctions de classe
Une fonction peut posséder des dérivées partielles en tout point sans se comporter raisonnablement pour autant. Comme le programme ne s'intéresse pas à ces pathologies, on impose dès le départ une hypothèse confortable, qui sera l'hypothèse de tous les théorèmes du chapitre.
Définition
Soit un ouvert de . Une fonction est dite de classe sur lorsque
- admet en tout point de une dérivée partielle par rapport à et une dérivée partielle par rapport à ;
- les deux fonctions ainsi définies,
sont continues sur .
Remarque
La classe est une propriété globale sur un ouvert, jamais une propriété en un point isolé : on dit « est de classe sur », et l'ouvert doit être précisé. C'est cette hypothèse qui autorisera, à partir de la section 4, le développement limité d'ordre et tout ce qui en découle. En pratique, on ne la vérifie jamais en revenant à la définition : on l'obtient toujours par les opérations ci-dessous.
Propriété
Opérations sur les fonctions de classe . Soit un ouvert de .
- Les fonctions constantes, la fonction et la fonction sont de classe sur . Par conséquent, toute fonction polynomiale en et est de classe sur .
- Si et sont de classe sur et si , alors est de classe sur , avec
- Si et sont de classe sur , alors l'est aussi, avec
- Si de plus ne s'annule pas sur , alors est de classe sur , avec
- Si est de classe sur , si est un intervalle contenant et si est de classe , alors est de classe sur , avec
Les formules analogues pour s'obtiennent en échangeant les rôles des deux variables.
Démonstration. Le principe est le même dans les cinq cas : on fige une variable, on applique le théorème d'une variable correspondant à l'application partielle, puis on vérifie la continuité de l'expression obtenue.
Point 1. L'application partielle de selon la première variable est , de dérivée ; selon la seconde, c'est la constante , de dérivée . Donc les dérivées partielles valent respectivement et : ce sont des fonctions constantes, donc continues. Le cas de est symétrique, celui des constantes est immédiat. Une fonction polynomiale s'obtient à partir de ces trois briques par les points 2 et 3.
Points 2, 3, 4. Fixons et travaillons sur les applications partielles en , définies sur un intervalle ouvert autour de comme on l'a vu. Par exemple pour le produit : est dérivable en , comme produit de deux fonctions dérivables, et sa dérivée y vaut
Ceci vaut en tout point de , ce qui donne la formule annoncée. La fonction obtenue est continue sur comme somme de produits de fonctions continues, donc est bien de classe . Les points 2 et 4 se traitent mot pour mot de la même façon, avec la linéarité de la dérivation et la formule du quotient d'une variable, le dénominateur ne s'annulant pas.
Point 5. Toujours à figé, la fonction est la composée d'une fonction dérivable en par une fonction dérivable en : elle est dérivable en , de dérivée . La fonction est continue sur comme composée de fonctions continues, donc le produit l'est aussi.
Remarque
Une fonction d'une variable vue comme fonction de deux variables. Soit une fonction de classe sur un intervalle ouvert . La fonction
définie sur l'ouvert , est de classe , avec
La seconde application partielle est en effet constante, donc de dérivée nulle. Cette observation, qui paraît anodine, servira constamment en section 6 : les solutions des équations aux dérivées partielles s'écrivent avec des fonctions d'une variable composées avec une expression en et , et c'est ce petit calcul qui permet de dériver de telles écritures.
Corollaire immédiat, par composition : pour de classe sur et réels, la fonction est de classe sur , de dérivées partielles et .
Méthode
La phrase à écrire en copie. On ne démontre jamais qu'une fonction usuelle est de classe en revenant aux taux d'accroissement. On écrit une phrase de justification par opérations, qui doit nommer l'ouvert et nommer les opérations. Trois modèles à recopier.
- « La fonction est polynomiale, donc de classe sur . »
- « La fonction est de classe sur comme quotient de deux fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas. »
- « La fonction est de classe sur l'ouvert comme composée de la fonction polynomiale , à valeurs dans , par la fonction , qui est de classe sur . »
Le point que les correcteurs sanctionnent est l'oubli de l'ouvert : écrire « est de classe » sans dire où n'a pas de sens, et fait rater les cas où le domaine doit être restreint.
Développement limité d'ordre 1, gradient, plan tangent
Le théorème fondamental du chapitre
En une variable, la dérivabilité en un point équivaut à l'existence d'un développement limité d'ordre : . Le théorème suivant est l'analogue à deux variables. Il n'est pas une simple reformulation de la définition des dérivées partielles : celles-ci ne renseignent a priori que sur deux directions, tandis que le développement limité contrôle tous les déplacements à la fois. C'est l'hypothèse de classe qui permet ce passage, et le résultat est admis.
Propriété
Développement limité à l'ordre (admis). Soient un ouvert de , une fonction de classe sur et . Il existe tel que et une fonction , définie sur la boule , vérifiant
telles que, pour tout de norme strictement inférieure à ,
Définition
Soient de classe sur un ouvert et . On appelle gradient de en le vecteur de
Avec cette notation, et en abrégeant le terme de reste, le développement limité d'ordre s'écrit sous la forme condensée qu'il faut savoir écrire de mémoire :
Remarque
Ce que signifie le petit o d'une norme. L'écriture désigne une quantité de la forme , où devient aussi petit qu'on veut dès que est assez petit. Autrement dit, le reste n'est pas seulement petit : il est négligeable devant la distance parcourue. Si l'on divise l'égalité du théorème par , on lit exactement cela :
Deux commentaires. D'abord, la valeur n'est pas une coquetterie : elle permet d'utiliser la formule y compris lorsque est le vecteur nul, ce qui servira dans la démonstration de la règle de la chaîne, où l'accroissement peut s'annuler. Ensuite, le membre de droite du développement,
est une expression affine en : au premier ordre, une fonction de classe se comporte comme une fonction affine, et tous les coefficients de cette fonction affine sont les dérivées partielles. C'est tout le contenu du théorème, et c'est l'idée maîtresse du chapitre.
Exemple
Le développement de l'exemple filé. Pour et , on a et , donc
Ici, le reste se calcule exactement : en développant,
Le reste vaut donc , et il est bien négligeable devant , puisque
Le gradient indique la direction de plus forte pente
Propriété
Soient de classe sur un ouvert et tel que . Alors, pour tout vecteur unitaire de ,
l'égalité de droite ayant lieu si et seulement si , celle de gauche si et seulement si .
Démonstration. L'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée aux vecteurs et donne
puisque , ce qui est exactement l'encadrement annoncé.
Le cas d'égalité de Cauchy-Schwarz impose que la famille soit liée, donc, étant non nul, que pour un réel . La condition donne , d'où . Le choix du signe donne , c'est le maximum ; le signe donne l'opposé, c'est le minimum.
Remarque
Pourquoi cela s'appelle la plus forte pente. D'après le développement limité, un déplacement de petite longueur à partir de dans la direction unitaire produit la variation
Au premier ordre, la variation est donc proportionnelle à . La propriété précédente dit que, parmi toutes les directions possibles, celle où l'on monte le plus vite est celle du gradient, et que la pente y vaut exactement ; celle où l'on descend le plus vite est la direction opposée. Les directions orthogonales au gradient, elles, donnent une variation nulle au premier ordre : ce sont les directions dans lesquelles on suit le relief à altitude constante, ce qui annonce le résultat de la section 5 sur les lignes de niveau.
Plan tangent à la surface représentative
Définition
Soient de classe sur un ouvert et . On appelle plan tangent à la surface représentative de au point le plan de d'équation
Remarque
Pourquoi ce plan et pas un autre. Posons . L'équation ci-dessus s'écrit , et le développement limité dit précisément que l'écart entre la surface et ce plan,
est négligeable devant la distance au point de contact. Le plan tangent est donc le plan qui épouse la surface au premier ordre, exactement comme la tangente à une courbe.
Trois remarques pratiques.
- Le plan tangent contient les tangentes aux deux courbes obtenues en coupant la surface par les plans et : ce sont les droites dirigées par et .
- Un vecteur normal au plan tangent est , comme on le vérifie en calculant son produit scalaire avec les deux vecteurs précédents.
- Le plan tangent est horizontal si et seulement si . On retrouvera cette condition en section 7 : c'est la condition nécessaire d'extremum, et l'image du plan tangent horizontal (sommet, creux, ou col) en donne la bonne intuition.
Exemple
Deux plans tangents.
L'exemple filé. Pour en , on a et , donc le plan tangent au point a pour équation
Contrôle. Le point de contact doit appartenir au plan : pour , on trouve .
Un produit. Pour en : , vaut , vaut . Le plan tangent au point est
Contrôle. En : , correct.
Calculer une valeur approchée
Méthode
Approcher au voisinage d'un point. Le développement limité fournit la meilleure approximation affine. La rédaction tient en quatre temps.
- Choisir le point de référence : un point voisin de celui qui est demandé, et où toutes les valeurs se calculent exactement (souvent un point à coordonnées entières, ou un point où l'on connaît des valeurs remarquables).
- Calculer et , après avoir justifié en une phrase que est de classe sur un ouvert contenant .
- Écrire l'accroissement et appliquer
- Annoncer que c'est une valeur approchée : le calcul ne donne pas le résultat exact, il donne l'approximation affine. On peut, quand c'est facile, comparer à la valeur exacte pour mesurer l'erreur.
Exemple
Trois valeurs approchées.
L'exemple filé. Approchons pour . Avec et :
La valeur exacte est : l'erreur vaut , conforme à un reste d'ordre .
Une racine carrée. Approchons . Posons , de classe sur comme composée, avec
En : et . Avec :
La valeur exacte est : l'erreur vaut .
Une puissance. Approchons . Posons , de classe sur l'ouvert , avec
En : , et puisque . Avec :
à comparer à la valeur exacte . Le fait que la dérivée partielle par rapport à soit nulle en ce point se lit sur l'énoncé : au voisinage de , la valeur de l'exposant n'a presque aucune influence, puisque élevé à n'importe quelle puissance vaut .
Dérivée suivant un vecteur
Les dérivées partielles ne décrivent que deux directions de déplacement. Rien n'empêche de faire la même chose dans une direction quelconque.
Définition
Soient , et . On dit que admet une dérivée en suivant le vecteur lorsque la fonction
définie pour assez proche de , est dérivable en . On note alors sa dérivée en , c'est-à-dire
Remarque
La fonction est bien définie près de : si , il existe tel que , et pour on a , donc . Le cas est sans intérêt : la fonction est constante et .
Les dérivées partielles sont les cas particuliers et : en notant et ,
Propriété
Soient de classe sur un ouvert et . Alors, pour tout vecteur de , la dérivée de en suivant existe et vaut
Démonstration. Le cas étant immédiat, supposons . Appliquons le développement limité d'ordre en à l'accroissement , licite dès que :
où l'on a utilisé la linéarité du produit scalaire en la seconde variable et l'homogénéité de la norme. Pour , divisons par :
Le quotient vaut , donc le dernier terme est majoré en valeur absolue par . Or tend vers quand tend vers , donc tend vers . Par encadrement, le taux d'accroissement tend vers , ce qui est exactement l'énoncé.
Remarque
Deux conséquences à retenir.
- L'application est linéaire : cela se lit directement sur la formule . Ainsi et . Autrement dit, la connaissance de deux pentes, celles selon et , donne la pente dans toutes les directions : c'est spectaculaire, et c'est faux sans l'hypothèse de classe .
- Lorsque est unitaire, est la pente du relief dans la direction , et la section précédente en donne le maximum : .
Exemple
Sur l'exemple filé. Pour et , on a .
Dans la direction unitaire :
Dans la direction unitaire , orthogonale à la précédente :
la fonction descend donc légèrement dans cette direction. La pente maximale vaut , atteinte dans la direction : la valeur obtenue plus haut en est très proche, ce qui est logique puisque est presque colinéaire à .
La règle de la chaîne
C'est la formule centrale du chapitre. Tout ce qui suit, changements de variables, équations aux dérivées partielles, relation d'Euler, orthogonalité du gradient aux lignes de niveau, n'en est qu'une application.
Dérivation le long d'un arc
Propriété
Règle de la chaîne. Soient un intervalle de , et et deux fonctions de classe sur . Soient un ouvert de tel que pour tout , et une fonction de classe sur .
Alors la fonction est de classe sur , et pour tout :
Démonstration. Fixons et posons , qui appartient à par hypothèse.
Mise en place. Comme est de classe sur l'ouvert , le développement limité d'ordre en fournit un rayon tel que et une fonction définie sur , nulle en et arbitrairement petite près de , telle que
Pour , posons
de sorte que et . Les fonctions et sont dérivables donc continues en , et l'inégalité triangulaire donne
Il existe donc tel que pour tout vérifiant : le développement limité s'applique à pour ces valeurs de .
Le taux d'accroissement. Soit avec . En remplaçant par dans le développement limité puis en divisant par , il vient
Les deux premiers termes. Par définition des nombres dérivés de et en , ils tendent respectivement vers et quand tend vers .
Le terme de reste. Notons et . Par homogénéité de la norme,
Comme et , cette quantité tend vers ; ayant une limite finie, elle est bornée au voisinage de , disons par un réel . Par ailleurs tend vers , donc tend vers — c'est ici que la convention est utile, car peut très bien s'annuler pour certaines valeurs de . Finalement
Conclusion. Le taux d'accroissement de en admet donc une limite finie : est dérivable en , avec
Ceci vaut pour tout . Enfin, est continue et les fonctions et sont continues sur puisque est de classe ; par composition, produit et somme de fonctions continues, est continue sur . Donc est de classe sur .
Remarque
Comment retenir la formule. Elle se lit : « on dérive par rapport à chaque variable, on multiplie par la dérivée de cette variable, et on additionne ». Il y a donc un terme par variable, et c'est le contrôle immédiat à faire : une formule de dérivation en chaîne à deux variables qui ne comporte qu'un seul terme est fausse.
Sous forme vectorielle, en notant l'arc et son vecteur vitesse,
La variation de l'altitude le long d'un chemin est donc le produit scalaire du gradient par la vitesse : elle est maximale quand on avance dans la direction du gradient, et nulle quand on avance perpendiculairement.
Exemple
Deux vérifications directes.
Le long d'un cercle. Prenons , et . La règle de la chaîne donne
Vérification directe : , donc . Les deux calculs concordent.
Le long d'une parabole. Prenons , et . On a calculé en section 3 que et , donc
Vérification directe : , donc . Identique.
Composition avec un changement de variables
Propriété
Règle de la chaîne, version à deux paramètres. Soient et deux ouverts de , et et deux fonctions de classe sur telles que pour tout . Soit une fonction de classe sur . Alors la fonction
est de classe sur , et en notant :
Démonstration. Il suffit d'appliquer la règle de la chaîne à une variable figée. Fixons et calculons , c'est-à-dire la dérivée en de l'application partielle .
Comme est ouvert, il existe tel que , et l'application partielle est donc définie sur l'intervalle . Sur cet intervalle, posons
Ces deux fonctions sont de classe sur : elles sont dérivables, de dérivées et par définition des dérivées partielles, et ces dérivées sont continues en comme composées des fonctions continues , avec l'application continue . De plus, l'arc est à valeurs dans .
La règle de la chaîne s'applique donc à et donne, en , la première formule annoncée. La seconde s'obtient en figeant au lieu de .
Enfin, les deux expressions obtenues sont continues sur : ce sont des sommes de produits de fonctions continues, les facteurs et étant continus comme composées. Donc est de classe sur .
Méthode
Poser proprement un changement de variables. Un changement de variables mal posé est la première cause d'erreur du chapitre. La rédaction correcte comporte toujours les mêmes ingrédients.
- Décrire les deux ouverts : l'ouvert des nouvelles variables , l'ouvert des anciennes .
- Donner les formules dans les deux sens : et en fonction de et pour pouvoir dériver, et et en fonction de et pour pouvoir revenir. Vérifier que le passage est bijectif entre et .
- Nommer la fonction composée : « posons ». Ne jamais écrire : ce n'est pas la même fonction, et cette confusion de notation fait perdre le contrôle des formules.
- Appliquer la règle de la chaîne en écrivant systématiquement les deux termes, puis remplacer.
Exemple
Un changement de variables polynomial. Soit une fonction de classe sur , et posons, pour ,
Ici et , deux fonctions polynomiales donc de classe sur , de dérivées partielles
La règle de la chaîne donne donc, en notant ,
En soustrayant, on obtient une relation qui sert dans de nombreux exercices :
Contrôle sur un cas explicite. Prenons . Alors
donc . La formule générale donne, avec et :
Les deux résultats coïncident.
Le cas des coordonnées polaires
C'est le changement de variables le plus utile du chapitre, et il faut savoir le refaire de mémoire.
Propriété
Passage en polaires. Soient un ouvert de et de classe sur . Posons et, pour tel que appartienne à ,
Alors
Réciproquement, pour , ce système s'inverse en
Démonstration. Les fonctions et sont de classe sur comme produits et composées de fonctions usuelles, avec
Les deux premières formules sont donc exactement la règle de la chaîne à deux paramètres.
Pour l'inversion, calculons la combinaison en remplaçant :
où l'on a abrégé et . Le calcul de est identique et donne . L'hypothèse est indispensable, puisqu'on divise par .
Remarque
Deux conséquences utiles. D'abord, une lecture géométrique : est la dérivée de suivant le vecteur unitaire radial , et la dérivée suivant le vecteur unitaire orthoradial . Ensuite, la norme du gradient s'exprime simplement : en élevant au carré les deux formules d'inversion et en additionnant, les doubles produits se compensent et il reste
Exemple
Un contrôle sur une fonction connue. Prenons sur le demi-plan ouvert . Un point de s'écrit avec et , et alors
Donc et . Les formules d'inversion donnent
Contrôle direct. À figé, , et à figé, . Les deux méthodes donnent le même résultat.
Le gradient est orthogonal aux lignes de niveau
Propriété
Soient de classe sur un ouvert , , et un arc de classe sur un intervalle , à valeurs dans la ligne de niveau de . Alors, pour tout ,
En particulier, si , la tangente en à la ligne de niveau passant par a pour équation
Démonstration. Posons . Par hypothèse, appartient à pour tout , donc est la fonction constante égale à sur , et pour tout . Par ailleurs, la règle de la chaîne donne . En égalant les deux expressions, on obtient le résultat.
Pour la tangente : le vecteur dirige la tangente à la ligne de niveau, et il est orthogonal à au point . La tangente est donc la droite passant par et orthogonale à , d'équation , ce qui est la formule annoncée.
Remarque
L'image à retenir. Sur une carte de randonnée, le gradient est perpendiculaire aux courbes de niveau et pointe vers le haut : c'est la direction dans laquelle on monte le plus vite, et c'est aussi, mot pour mot, ce que dit la propriété de la section 4. Le fait que le gradient pointe vers les valeurs croissantes se lit sur le développement limité : en se déplaçant de vers avec petit,
dès que est assez petit et non nul.
Exemple
Sur l'exemple filé. La ligne de niveau de passant par est l'ellipse d'équation . Le gradient en vaut , donc la tangente à l'ellipse en ce point a pour équation
Contrôle par un paramétrage. L'ellipse se paramètre par . Le point correspond à et , et alors
Le produit scalaire avec le gradient vaut : l'orthogonalité est bien vérifiée.
Sur une fonction radiale. Pour , le gradient en vaut : il est radial, donc orthogonal au cercle de centre l'origine passant par , ce qui est géométriquement évident.
Applications : équations aux dérivées partielles d'ordre 1
Une équation aux dérivées partielles est une équation dont l'inconnue est une fonction et qui porte sur ses dérivées partielles. Résoudre une telle équation, c'est décrire toutes les fonctions de classe sur un ouvert donné qui la vérifient. La stratégie est toujours la même : un changement de variables bien choisi transforme l'équation en une équation triviale, du type « une dérivée partielle est nulle », qu'on intègre à vue.
La méthode en trois temps
Méthode
Résoudre une équation aux dérivées partielles d'ordre 1.
Temps 1 : l'analyse. On suppose que est une solution, et on la transporte dans les nouvelles variables. Concrètement : on pose le changement de variables (les deux ouverts, les formules dans les deux sens), on définit , on calcule et par la règle de la chaîne, et on réécrit l'équation comme une condition sur .
Temps 2 : la résolution. La condition obtenue est du type , ou . On intègre à variable figée : à fixé, la fonction a une dérivée connue sur un intervalle, donc on la reconstitue à une constante près, et cette constante dépend de . C'est ce qui fait apparaître une fonction arbitraire , et non une constante arbitraire comme lorsqu'on intègre une fonction d'une seule variable. On revient enfin à en remplaçant et par leurs expressions en et .
Temps 3 : la SYNTHÈSE — obligatoire. L'analyse a seulement montré que si est solution, alors elle est de la forme trouvée. Il reste à vérifier la réciproque : on prend une fonction de la forme obtenue, on vérifie qu'elle est bien de classe sur l'ouvert, on calcule ses dérivées partielles et on contrôle qu'elle satisfait l'équation. Sans ce temps, la réponse est incomplète, et la rédaction est fausse : rien ne garantit a priori que toutes les fonctions candidates conviennent.
Un point de vigilance permanent : à quelle régularité la fonction arbitraire est-elle astreinte ? La réponse est toujours « de classe », et cela se justifie en une phrase, en reconnaissant comme une application partielle de .
Première équation : le transport
Exemple
L'équation . Dans cet exemple, et désignent deux constantes réelles non toutes les deux nulles. On cherche toutes les fonctions de classe sur telles que
Analyse. Posons le changement de variables
La matrice a pour déterminant : l'application est une bijection de sur , d'application réciproque
Posons , qui est de classe sur par la règle de la chaîne. Comme et , cette même règle donne
Ainsi, est solution si et seulement si sur .
Résolution. Fixons . La fonction est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle : elle est constante. Donc pour tout . Posons : c'est une application partielle de , donc une fonction de classe sur , de dérivée . On a donc , puis, en revenant aux variables initiales,
Synthèse. Réciproquement, soit une fonction de classe sur et . Cette fonction est de classe sur comme composée de la fonction polynomiale par , et
d'où . Elle est donc bien solution.
Conclusion : les solutions sont exactement les fonctions , où décrit l'ensemble des fonctions de classe sur .
Remarque
Ce que dit géométriquement cette équation. Le membre de gauche n'est autre que la dérivée de suivant le vecteur :
L'équation dit donc que ne varie pas lorsqu'on se déplace dans la direction : la solution est constante le long de chaque droite de vecteur directeur . Et c'est bien ce que dit la réponse, puisque la quantité ne change pas quand on remplace par :
La fonction est donc la donnée de la valeur commune de sur chacune de ces droites. On dit que ce sont les droites caractéristiques de l'équation.
Exemple
Application numérique. Résolvons sur . Ici et , donc et les solutions sont les avec de classe sur . Comme est arbitraire, on peut aussi bien écrire la réponse sous la forme
en posant . Contrôle : pour une telle , et , donc . Par exemple et sont solutions.
Deuxième équation : avec second membre
Exemple
L'équation sur .
Analyse. Posons
qui est une bijection de sur . Posons , de classe sur . Comme et , la règle de la chaîne donne
Puisque , la fonction est solution si et seulement si
Résolution. Fixons et posons . Alors est dérivable sur l'intervalle , de dérivée : elle est constante. Donc , où est de classe sur comme application partielle de . En revenant aux variables initiales, avec :
Synthèse. Réciproquement, soit de classe sur et . Cette fonction est de classe sur comme somme d'une fonction polynomiale et d'une composée, et
donc . Elle est bien solution.
Conclusion : les solutions sont exactement les fonctions
Remarque
La structure de l'ensemble des solutions. Elle est la même que pour les équations linéaires du premier ordre en une variable : une solution particulière plus la solution générale de l'équation homogène associée. Ici, est une solution particulière, et l'équation homogène a pour solutions les d'après le premier exemple, avec et . Ce n'est pas un hasard : la différence de deux solutions de l'équation avec second membre est solution de l'équation homogène.
Troisième équation : un changement de variables en polaires
Exemple
L'équation sur .
Analyse. Passons en polaires : pour , posons , définie et de classe sur puisque ne s'annule jamais pour . La formule établie en section 5 donne, avec ,
Le membre de gauche de l'équation est donc exactement : la fonction est solution si et seulement si sur .
Résolution. À fixé, est de dérivée nulle sur l'intervalle , donc constante : . Posons , fonction de classe sur comme application partielle de . Tout point de s'écrit avec , donc
Synthèse. Réciproquement, si est de classe sur et , alors est de classe sur comme composée de , à valeurs dans , par , et
d'où .
Conclusion : les solutions sont exactement les fonctions radiales de classe , c'est-à-dire les . L'équation de départ signifiait exactement « la dérivée de dans la direction orthoradiale est nulle », c'est-à-dire « ne varie pas quand on tourne autour de l'origine » : on vient donc de démontrer par le calcul ce que la section 2 annonçait, ne pas varier en tournant autour de l'origine et ne dépendre que de la distance à l'origine, c'est la même chose.
Exemple
Une quatrième équation, à coefficients variables : sur le demi-plan .
Analyse. Posons et , ce qui définit une bijection de sur , de réciproque et . Posons , de classe sur . Comme et , la règle de la chaîne donne, avec ,
donc, en multipliant par et en reconnaissant ,
Comme , la fonction est solution si et seulement si sur .
Résolution. À fixé, est de dérivée nulle sur l'intervalle , donc constante : . Posons , de classe sur comme application partielle de . Il vient
Synthèse. Réciproquement, pour de classe sur , la fonction est de classe sur comme composée de , quotient à dénominateur non nul sur , par , et
d'où .
Conclusion : les solutions sont exactement les . On reconnaîtra, à la fin de cette section, la relation d'Euler dans le cas : ce sont exactement les fonctions homogènes de degré sur ce demi-plan, c'est-à-dire celles qui ne dépendent que de la direction du point, et pas de sa distance à l'origine.
Remarque
Une fonction arbitraire, et non une constante. C'est la différence de nature entre une équation aux dérivées partielles et une équation portant sur une fonction d'une seule variable. Là, la condition sur un intervalle laisse une constante libre. Ici, la condition laisse libre la valeur commune de sur chaque droite , c'est-à-dire une fonction entière de .
Autrement dit, l'ensemble des solutions est bien plus vaste : il est paramétré par une fonction d'une variable, pas par un nombre. C'est pourquoi une réponse du type « » à une équation aux dérivées partielles est presque toujours fausse : elle oublie l'essentiel des solutions.
Les fonctions de gradient nul
En une variable, une fonction dérivable de dérivée nulle sur un intervalle est constante. Voici l'énoncé à deux variables, avec la même prudence sur le domaine.
Propriété
Soit une fonction de classe sur , où est soit tout entier, soit une boule ouverte . Si
alors est constante sur .
Démonstration. Soient et deux points de ; montrons que .
Le segment reste dans . Posons, pour , , c'est-à-dire
Si , il n'y a rien à vérifier. Si , écrivons ; comme , les deux coefficients sont positifs, et l'inégalité triangulaire jointe à l'homogénéité de la norme donne
donc pour tout .
Application de la règle de la chaîne. Les fonctions et sont affines, donc de classe sur l'intervalle , et l'arc est à valeurs dans . La fonction est donc de classe sur , avec
puisque le gradient est nul en tout point de .
Conclusion. La fonction est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle , donc constante. En particulier
Les points et étant quelconques, est constante sur .
Remarque
L'argument a besoin que le segment reste dans l'ouvert, et c'est une vraie restriction. La démonstration ci-dessus s'adapte telle quelle à tout ouvert dans lequel deux points quelconques peuvent être joints par un segment entièrement contenu dedans (un disque, un rectangle ouvert, un demi-plan, une bande, le plan entier), mais pas au-delà.
Un contre-exemple. Prenons
qui est un ouvert comme réunion de deux ouverts. Les deux boules sont disjointes : un point commun serait à distance de et de , donc les deux centres seraient à distance , alors qu'ils sont à distance . Définissons par sur la première boule et sur la seconde.
Cette fonction est de classe sur de gradient nul : chaque point de est dans l'une des deux boules, sur laquelle est constante, donc les deux applications partielles y sont constantes et les deux dérivées partielles sont nulles en ce point ; les fonctions et sont donc identiquement nulles sur , en particulier continues. Et pourtant n'est pas constante.
Ce qui a échoué est visible : le segment joignant à sort de , puisque son point milieu est à distance de chacun des deux centres. On ne peut donc pas propager l'information « la pente est nulle » d'une boule à l'autre.
Propriété
Corollaire. Soient et deux fonctions de classe sur , où est ou une boule ouverte. Si pour tout , alors est constante sur : les deux fonctions diffèrent d'une constante.
Démonstration. La fonction est de classe sur par opérations, et ses dérivées partielles sont les différences de celles de et , donc nulles en tout point. La propriété précédente s'applique.
Fonctions homogènes et relation d'Euler
Définition
Soit un ouvert de stable par dilatation, c'est-à-dire tel que pour tout et tout . Soit un réel, en pratique un entier. Une fonction est dite homogène de degré lorsque
Remarque
Les ouverts stables par dilatation sont les réunions de demi-droites ouvertes issues de l'origine, auxquelles l'origine elle-même peut être ajoutée : , , un demi-plan strict passant par l'origine, un quart de plan ouvert. L'hypothèse de stabilité n'est pas une coquetterie : sans elle, l'écriture n'aurait aucun sens.
Quelques exemples immédiats : est homogène de degré sur ; est homogène de degré ; est homogène de degré sur ; est homogène de degré sur le même ouvert. Plus généralement, un polynôme dont tous les monômes sont de même degré total est homogène de degré .
Propriété
Relation d'Euler. Soient un ouvert stable par dilatation, un réel et une fonction de classe sur . Alors est homogène de degré si et seulement si
Démonstration. Sens direct. Supposons homogène de degré et fixons . L'arc est de classe sur l'intervalle , à valeurs dans par stabilité. La fonction
est donc de classe sur , et la règle de la chaîne, appliquée avec et , dont les dérivées valent respectivement et , donne
Mais l'hypothèse d'homogénéité dit précisément que pour tout , d'où par dérivation directe . En égalant les deux expressions et en prenant :
Réciproque. Supposons la relation vérifiée en tout point de , et fixons . Posons, pour ,
La fonction est de classe sur comme produit de et de , et
Appliquons maintenant la relation d'Euler au point , qui appartient à :
c'est-à-dire, après division par ,
En reportant dans l'expression de :
Ainsi est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle : elle est constante, égale à . On en déduit
pour tout et tout : la fonction est homogène de degré .
Remarque
La relation d'Euler en polaires. La formule du passage en polaires donne , donc, en multipliant par et en reconnaissant et ,
La relation d'Euler s'écrit donc , dont la résolution à figé redonne : une fonction homogène de degré est une fonction dont le profil angulaire est fixe, et dont l'amplitude est multipliée par quand on s'éloigne de l'origine.
Exemple
Trois vérifications de la relation d'Euler.
Un monôme. sur , homogène de degré puisque . Ses dérivées partielles sont et , donc
Une racine. sur , homogène de degré . Ses dérivées partielles sont et , donc
Un quotient. sur , homogène de degré . Notons et . La formule du quotient donne
d'où
ce qui est bien la relation d'Euler pour . Ce calcul, mené sans jamais développer, est un bon exemple de l'économie que permet la relation.
Extremums
Définitions
Le vocabulaire est celui d'une variable, mais il faut le manier avec une rigueur particulière : la distinction entre local et global est ici la source d'erreur numéro un.
Définition
Soient un ouvert de , et .
- admet un maximum local en lorsqu'il existe tel que et
- admet un minimum local en lorsqu'il existe tel que et pour tout .
- admet un maximum global sur en lorsque pour tout , et un minimum global sur en lorsque pour tout .
- Un extremum (local ou global) est un maximum ou un minimum. On le dit strict lorsque l'inégalité correspondante est stricte pour .
Remarque
Trois précisions de vocabulaire, et une mise en garde.
- L'extremum est une valeur, ; le point est l'endroit où elle est atteinte. On dit « admet un maximum en , et ce maximum vaut ». Répondre « le maximum est » à une question sur la valeur du maximum est une faute.
- Un extremum global est en particulier un extremum local : il suffit de prendre n'importe quelle boule incluse dans . La réciproque est fausse, et l'exemple traité plus bas le montre : la fonction y a un maximum local strict à l'origine, alors qu'elle prend des valeurs bien plus grandes ailleurs.
- Un même point peut être un maximum local et un minimum local : c'est le cas de tout point pour une fonction constante.
- Enfin, une fonction peut parfaitement n'avoir aucun extremum, même sur tout entier : n'a ni maximum ni minimum.
La condition nécessaire du premier ordre
Propriété
Condition nécessaire d'extremum local. Soient un ouvert de , une fonction de classe sur et . Si admet un extremum local en , alors
Démonstration. Traitons le cas d'un maximum local ; le cas d'un minimum s'en déduit en appliquant le résultat à , qui admet alors un maximum local en et dont les dérivées partielles sont les opposées de celles de .
Par hypothèse, il existe tel que et pour tout .
Première variable. Considérons l'application partielle . Comme on l'a vu en section 2, et c'est ici que l'hypothèse « ouvert » est utilisée, elle est définie sur l'intervalle ouvert , car pour . Elle est dérivable en , avec .
Pour tout , le point appartient à , donc
Autrement dit, admet un maximum en , et le point est intérieur à l'intervalle , c'est-à-dire n'est pas une de ses extrémités. Le théorème de première année s'applique : . Rappelons-en l'argument, car il montre exactement où sert le fait que le point ne soit pas au bord. Pour avec ,
puisque le numérateur est négatif ou nul et le dénominateur strictement positif ; en faisant tendre vers par valeurs supérieures, on obtient . Pour , le quotient est au contraire positif ou nul, et la limite donne . Ces deux inégalités imposent , donc .
Seconde variable. Le raisonnement est identique avec , définie sur , et donne .
Remarque
Le rôle de l'hypothèse « ouvert » est essentiel. L'argument ci-dessus a besoin de pouvoir bouger des deux côtés de en restant dans le domaine. Si le point est au bord du domaine, tout s'effondre.
Prenons et cherchons son maximum sur le carré plein . Il est clair que ce maximum vaut et qu'il est atteint au point . Pourtant . Il n'y a évidemment aucune contradiction : le carré plein n'est pas un ouvert, et il n'existe aucune boule centrée en incluse dedans. L'application partielle atteint son maximum sur à l'extrémité de l'intervalle, situation dans laquelle la dérivée n'a aucune raison de s'annuler.
Conséquence pratique, à retenir pour la fin de cette section : quand on cherche les extremums sur un domaine qui a un bord, la condition « gradient nul » ne s'applique qu'à l'intérieur du domaine, et le bord doit être étudié séparément.
Points critiques
Définition
Soit une fonction de classe sur un ouvert . On appelle point critique de tout point tel que .
Remarque
Le théorème précédent se relit ainsi : sur un ouvert, tout extremum local est un point critique. La recherche des extremums commence donc toujours par la résolution du système
qui fournit la liste, souvent courte, des candidats.
Mais la réciproque est fausse : un point critique n'est pas nécessairement un extremum. Un point critique est un point où le plan tangent est horizontal, ce qui recouvre trois situations : un sommet, un creux, ou un col — comme un col de montagne, où l'on monte dans une direction et descend dans l'autre. C'est l'objet du contre-exemple ci-dessous, puis de toute la fin du chapitre : après avoir trouvé les points critiques, tout le travail reste à faire.
Exemple
Le contre-exemple fondamental : le point selle. Soit , de classe sur comme fonction polynomiale. Ses dérivées partielles sont
et le système , a pour unique solution : l'origine est le seul point critique, et .
Pourtant, n'admet pas d'extremum local en . Soit en effet quelconque. Les deux points et appartiennent à , et
Toute boule centrée à l'origine contient donc des points où est strictement plus grande et des points où est strictement plus petite qu'en l'origine : ce n'est ni un maximum local, ni un minimum local.
On dit que l'origine est un point selle, ou un col. Le nom vient de la forme de la surface : le long de l'axe des abscisses, la fonction a un minimum, et le long de l'axe des ordonnées, la fonction a un maximum. La surface monte dans une direction et descend dans l'autre, exactement comme une selle de cheval.
La figure ci-dessous montre les lignes de niveau de cette fonction. On y lit la structure caractéristique d'un point selle : deux droites qui se croisent au niveau , et quatre familles d'hyperboles, deux de niveau positif et deux de niveau négatif, qui se répartissent dans les quatre secteurs.
Déterminer la nature d'un point critique
Aucun outil automatique n'est disponible pour classer un point critique : tout se fait à la main, et c'est le cœur du savoir-faire de ce chapitre. Quatre techniques suffisent en pratique.
Méthode
Nature d'un point critique : les quatre techniques. On pose systématiquement , et l'on étudie le signe de la différence
Il s'agit de montrer que garde un signe constant près de — extremum — ou qu'elle prend les deux signes — pas d'extremum.
- Mise sous forme canonique. Si est un polynôme dont la partie utile est du second degré, on regroupe en carrés : . Le signe se lit alors immédiatement. C'est la technique de premier réflexe.
- Minoration ou majoration directe. On cherche une inégalité valable partout, ou au moins sur une boule : prouve un minimum local, un maximum local. Les outils sont les identités remarquables, l'inégalité , les majorations de restes du type .
- Restriction à des droites ou à des arcs. Pour prouver qu'il n'y a pas d'extremum, il suffit d'exhiber deux chemins passant par le long desquels prend des signes opposés : par exemple et , ou et . Attention, cette technique ne prouve jamais l'existence d'un extremum (voir la remarque qui suit).
- Changement de variables. Un changement affine (, ) ou le passage en polaires (, ) rend parfois le signe évident, notamment lorsque la fonction est homogène ou ne dépend que de .
Exemple
Technique 1 : forme canonique. Soit , de classe sur .
Points critiques. Le système s'écrit
En retranchant les deux équations, , puis : l'unique point critique est , où .
Nature. Posons , et développons :
Les termes du premier degré se compensent, ce qui est un bon contrôle : c'est toujours le cas en un point critique. Il reste à étudier le signe de , que l'on met sous forme canonique en :
avec égalité si et seulement si et , c'est-à-dire .
Conclusion : admet en un minimum global strict, de valeur . Elle n'admet pas de maximum, puisque prend des valeurs arbitrairement grandes.
Exemple
Technique 2 : majoration directe. Soit , de classe sur .
Points critiques. Par composition, et . Le système est vérifié si , ou bien si : les points critiques sont l'origine et tous les points du cercle unité.
Sur le cercle unité. La fonction est un carré, donc partout, et elle vaut exactement quand . Chaque point du cercle unité est donc un minimum global, de valeur .
À l'origine. On a . Posons , de sorte que . Alors
Donc, pour tout point de la boule ouverte , où , on a , avec égalité si et seulement si , c'est-à-dire au seul point .
Conclusion : l'origine est un maximum local strict, de valeur . Ce n'est pas un maximum global, puisque . C'est l'exemple à citer pour se rappeler qu'un maximum local peut être très loin d'être global.
Exemple
Technique 3 : restriction à des droites. Soit , de classe sur .
Points critiques. Le système et équivaut à et . En substituant, , soit , d'où ou . Les points critiques sont et , avec et .
En : pas d'extremum. Restreignons à l'axe des abscisses : . Cette quantité est strictement positive pour et strictement négative pour . Or toute boule contient les points et : la fonction prend donc, aussi près de l'origine que l'on veut, des valeurs strictement supérieures et strictement inférieures à . L'origine n'est pas un extremum local.
En : minimum local. Posons , :
Minorons la partie quadratique : comme , on a
Majorons la partie cubique : en notant , on a et , donc
Par conséquent, pour ,
Conclusion : admet en un minimum local strict de valeur , et n'a pas d'extremum en . Le minimum n'est pas global : prend des valeurs arbitrairement négatives.
Remarque
Le piège des restrictions aux droites : elles ne prouvent JAMAIS un extremum. Considérons
Ses dérivées partielles sont et , toutes deux nulles à l'origine : c'est un point critique, et .
Le long de toute droite passant par l'origine, a un minimum strict en . En effet, pour la droite avec ,
et le facteur entre parenthèses tend vers quand tend vers , donc il est strictement positif pour assez petit : pour petit. Pour la droite , si , et pour la droite , si .
Et pourtant l'origine n'est pas un minimum local. Suivons l'arc :
Comme les points sont aussi proches de l'origine que l'on veut, la fonction prend des valeurs strictement négatives dans toute boule centrée à l'origine : il n'y a pas de minimum local.
Moralité : la restriction à des droites, ou même à toutes les droites, sert uniquement à démontrer qu'un point n'est PAS un extremum. Pour prouver qu'il en est un, il faut une minoration ou une majoration valable dans toute une boule.
Exemple
Technique 4 : changement de variables. Soit , de classe sur comme quotient de fonctions polynomiales à dénominateur ne s'annulant pas. On vérifie que : en effet
qui s'annule en l'origine, et de même pour l'autre dérivée partielle par symétrie des rôles de et . On a .
Passage en polaires. Posons et avec :
Le signe est celui de : il ne dépend que de la direction. En prenant , la valeur est strictement positive ; en prenant , elle est strictement négative. Comme ces points existent pour tout , aussi petit soit-il, toute boule centrée à l'origine contient des points où et des points où : l'origine est un point selle.
Un bonus. La même écriture donne le comportement global : puisque ,
et pourtant prend des valeurs aussi proches de que l'on veut. La fonction n'a donc pas de maximum global : elle s'approche de sans jamais l'atteindre.
Recherche d'extremums globaux
Méthode
Chercher les extremums globaux : trois situations types.
Situation 1 : sur un domaine borné décrit par des inégalités larges (disque plein, carré plein, triangle plein). On procède en deux temps.
- L'intérieur, qui est un ouvert : on y cherche les points critiques de et on calcule les valeurs correspondantes.
- Le bord, que l'on paramètre : un cercle par , un segment par ou . On est alors ramené à l'étude d'une fonction d'une variable sur un segment, tableau de variations compris.
On compare enfin toutes les valeurs obtenues. Lorsque le raisonnement a besoin de savoir que les bornes sont atteintes, on l'écrit explicitement : « est continue sur ce domaine borné, on admet qu'elle y atteint ses bornes » — une fois, et pas comme un théorème.
Situation 2 : sur tout entier. Le plus sûr est de chercher une inégalité globale du type avec étude du cas d'égalité : elle donne d'un seul coup l'existence, la valeur et le lieu du minimum. À défaut, on établit une minoration explicite hors d'un disque, du type « pour , on a », qui ramène la recherche à un domaine borné.
Situation 3 : avec une contrainte. On substitue : si la contrainte permet d'exprimer une variable en fonction des autres, on remplace dans l'expression à optimiser et on se ramène à moins de variables. Un problème concret à trois dimensions et une contrainte devient ainsi un problème à deux variables, ce qu'il faut annoncer clairement en début de résolution.
Exemple
Situation 1 : sur un disque plein. Cherchons les extremums globaux de sur le domaine . La fonction est polynomiale, donc de classe sur . Elle est continue sur ce domaine borné : on admet qu'elle y atteint ses bornes.
Temps 1 : l'intérieur. Sur le disque ouvert, qui est un ouvert, le système
donne, en substituant dans la seconde équation, , donc . Le seul point critique est l'origine, avec .
Temps 2 : le bord. Paramétrons le cercle unité par pour :
Comme décrit lorsque décrit , la fonction décrit exactement . Le minimum sur le bord, , est atteint pour , c'est-à-dire aux points ; le maximum, , est atteint pour , c'est-à-dire aux points et .
Comparaison. Chaque borne est atteinte soit en un point intérieur — et c'est alors un point critique —, soit sur le bord. Les valeurs candidates sont donc d'une part, et les valeurs de d'autre part.
Conclusion : le minimum de sur vaut , atteint à l'origine seulement ; le maximum vaut , atteint aux deux points et .
Double contrôle. La forme canonique montre que partout, avec égalité seulement à l'origine : le minimum est confirmé. Et l'inégalité donne, sur ,
ce qui confirme le maximum.
Exemple
Situation 1 bis : sur un triangle plein. Cherchons les extremums globaux de sur le triangle plein
La fonction est polynomiale, donc de classe sur . Elle est continue sur ce domaine borné : on admet qu'elle y atteint ses bornes.
Temps 1 : l'intérieur. C'est l'ensemble , ouvert comme intersection de trois demi-plans stricts. En développant :
À l'intérieur, et , donc le système se réduit à et . En multipliant la première équation par et en retranchant la seconde, , d'où , et
Temps 2 : le bord, réunion de trois segments. Sur le côté , ; sur le côté , ; sur le côté , le facteur est nul donc . La fonction est identiquement nulle sur le bord, et il n'y a même pas d'étude de variations à mener.
Comparaison. Sur , les trois facteurs , et sont positifs ou nuls, donc .
Conclusion : le minimum de sur vaut , atteint exactement aux points du bord ; le maximum vaut , atteint au seul point .
Lecture du résultat. En posant , la contrainte s'écrit avec , et . On vient donc de démontrer que le produit de trois réels positifs de somme est maximal lorsqu'ils sont tous égaux à , et que ce maximum vaut .
Exemple
Situation 2 : sur le plan entier. Cherchons les extremums globaux de sur .
Points critiques. Le système et équivaut à et , d'où , soit : . Les points critiques sont , et , avec
Une minoration globale. L'identité suivante, qu'on vérifie en développant, règle tout :
En effet, et . Le membre de droite est une somme de carrés, donc
avec égalité si et seulement si et . La seconde condition impose et de même signe, donc , puis : les cas d'égalité sont exactement et .
Le point . Sur la droite , , strictement négatif pour . Sur la droite , pour . La fonction prend donc les deux signes dans toute boule centrée à l'origine : ce point critique n'est pas un extremum, c'est un point selle.
Conclusion : admet un minimum global de valeur , atteint exactement en et . Elle n'admet pas de maximum, puisque prend des valeurs arbitrairement grandes.
Exemple
Situation 3a : une contrainte affine. Déterminons le minimum de sous la contrainte .
La contrainte permet d'exprimer ; on se ramène donc à une fonction d'une seule variable :
Ainsi , avec égalité si et seulement si , ce qui donne .
Conclusion : le minimum vaut , atteint au seul point .
Contrôle géométrique. La quantité est le carré de la distance à l'origine, et la distance de l'origine à la droite d'équation vaut , dont le carré est bien . Le point est d'ailleurs le projeté orthogonal de l'origine sur cette droite, puisque est colinéaire au vecteur normal .
Exemple
Situation 3b : un problème concret d'optimisation. Parmi tous les parallélépipèdes rectangles de volume , lequel a la plus petite surface totale ?
Mise en équations. Notons , , les trois dimensions, strictement positives. La contrainte est , et la surface totale vaut . La contrainte permet d'éliminer une variable, , ce qui ramène le problème à deux variables : il s'agit de minimiser, sur l'ouvert ,
puisque et .
Points critiques. La fonction est de classe sur comme somme de fonctions polynomiales et de quotients à dénominateurs non nuls, avec
Le système donne et , d'où , soit puisque . On en tire , puis , et .
Le minimum est global. Posons . L'inégalité , qui n'est autre que , donne
donc où . Or est dérivable sur avec
qui est strictement négatif sur et strictement positif sur : atteint son minimum en , où elle vaut . Donc sur , avec égalité si et seulement si et , c'est-à-dire .
Conclusion : la surface minimale vaut , et elle est atteinte pour le cube de côté . Le résultat est conforme à l'intuition, et le contrôle est immédiat : un cube de côté a bien un volume de et six faces d'aire .
Remarque
Ce que la substitution suppose, et quand elle échoue. Substituer une contrainte est légitime lorsqu'elle permet d'exprimer une variable en fonction de l'autre sur tout le domaine considéré ; il faut alors annoncer le nouveau domaine, comme on vient de le faire avec et .
Quand la contrainte ne se résout pas globalement, on ne substitue pas : on paramètre. C'est le cas typique de la contrainte , qui donnerait , c'est-à-dire deux branches, avec en prime deux points où la racine n'est pas dérivable. Le paramétrage règle le problème d'un coup, comme dans l'étude du bord du disque plus haut, et ramène à l'étude d'une seule fonction d'une variable sur un segment. Dès que la contrainte est une courbe fermée, c'est le paramétrage qu'il faut choisir.
Synthèse des méthodes
Le tableau des réflexes
| Ce qu'on me demande | Ce que je fais |
|---|---|
| Montrer qu'une partie est ouverte | Point quelconque, rayon explicite tiré de la marge, contrôle des coordonnées |
| Justifier la classe | Phrase par opérations, en nommant l'ouvert et les opérations |
| Calculer une valeur approchée | Point de référence voisin, puis |
| Écrire le plan tangent | |
| Trouver la pente dans une direction | , maximale pour colinéaire au gradient |
| Dériver | Règle de la chaîne, un terme par variable |
| Résoudre une équation aux dérivées partielles | Changement de variables, intégration à variable figée, puis synthèse |
| Montrer qu'une fonction est constante | Gradient nul, puis chaîne le long d'un segment resté dans l'ouvert |
| Montrer une propriété d'homogénéité | Relation d'Euler , dans le sens utile |
| Chercher des extremums | Points critiques d'abord, nature ensuite, à la main |
Les erreurs classiques
- Confondre point critique et extremum. L'implication ne va que dans un sens : un extremum local intérieur est un point critique, jamais l'inverse. Tant que la nature du point critique n'a pas été établie par une majoration, une minoration ou une restriction bien choisie, la question n'est pas traitée. L'exemple à garder en tête est à l'origine.
- Oublier de vérifier que l'ouvert contient le point. La condition « gradient nul » ne vaut qu'en un point intérieur au domaine. Sur un disque plein, un carré plein, un triangle plein, le bord échappe complètement au théorème et doit être paramétré puis étudié à part. Le maximum de sur , atteint en avec un gradient non nul, est le rappel permanent de ce piège.
- Oublier la synthèse dans une équation aux dérivées partielles. L'analyse produit une forme nécessaire ; sans la vérification réciproque, rien ne garantit que toutes les fonctions de cette forme conviennent, ni qu'elles sont de classe . Une résolution sans synthèse est une résolution fausse, même si la réponse finale est la bonne.
- Dériver une composée sans la règle de la chaîne. Écrire en oubliant le second terme est l'erreur la plus fréquente du chapitre. Le contrôle est mécanique : une variable, un terme ; deux variables, deux termes.
- Croire qu'un unique point critique donne un extremum global. L'unicité du point critique ne prouve rien du tout : la fonction n'a qu'un point critique et aucun extremum. Il faut soit une inégalité globale avec cas d'égalité, soit une étude complète sur un domaine borné, soit une minoration hors d'un disque.
- Restreindre à des droites pour prouver un extremum. Une restriction ne sert qu'à infirmer. La fonction a un minimum strict en le long de toutes les droites passant par l'origine, et n'a pourtant pas de minimum local en ce point.
- Confondre et la fonction composée dans un changement de variables. Écrire au lieu de mélange deux fonctions différentes et rend toutes les formules ininterprétables. On nomme la nouvelle fonction, toujours.
- Oublier l'hypothèse en polaires. Les formules d'inversion divisent par : elles n'ont aucun sens à l'origine, et l'ouvert de travail est .
- Croire qu'un gradient nul entraîne toujours la constance. L'argument passe par un segment tracé dans l'ouvert : sur une réunion de deux boules disjointes, une fonction de gradient nul peut valoir sur l'une et sur l'autre.
- Ne pas contrôler ses calculs de dérivées partielles. Le contrôle coûte trente secondes : on choisit un point simple, on écrit l'application partielle correspondante, on la dérive comme une fonction d'une variable, et l'on compare. La quasi-totalité des erreurs de calcul du chapitre est détectée ainsi.
Ouverture : les dérivées partielles d'ordre 2 (hors programme en MPSI)
Remarque
Avertissement, à lire avant la suite. Tout ce qui suit est hors programme en MPSI. Le programme de première année s'arrête au développement limité d'ordre , et son préambule précise que toute extension et tout développement théorique supplémentaire sont hors programme. L'ordre relève du programme de MP et de celui de PC, en deuxième année.
Autrement dit : rien de ce qui suit n'est exigible en colle ni en devoir surveillé de première année, aucune question du devoir surveillé de ce chapitre n'en dépend, et les seuls exercices des fiches qui l'utilisent portent la même mention d'ouverture. Cette section s'adresse à deux lecteurs : celui qui veut savoir d'où sortent les recettes qu'il entendra citer, et celui qui prépare déjà la deuxième année. Elle se lit après le reste du chapitre, jamais à la place : les techniques manuelles de la section 7 restent, elles, entièrement au programme, et ce sont elles qui sont évaluées.
Dérivées partielles d'ordre 2
Le mouvement est celui de la section 3, appliqué une seconde fois. Si admet des dérivées partielles en tout point de , les deux fonctions et sont elles-mêmes des fonctions de deux variables définies sur : rien n'empêche de leur appliquer à nouveau la définition.
Définition
Soient un ouvert de et admettant en tout point de des dérivées partielles d'ordre . Lorsqu'elles existent, on appelle dérivées partielles d'ordre de les quatre fonctions
Les deux dérivées obtenues en dérivant successivement par rapport aux deux variables différentes, et , sont appelées les dérivées croisées de .
Remarque
La convention de lecture, fixée une fois pour toutes. Dans l'écriture , la variable la plus proche de est celle par laquelle on dérive en premier : on dérive d'abord par rapport à , puis par rapport à . C'est la convention retenue dans tout ce cours et dans les exercices d'ouverture de la fiche. D'autres ouvrages adoptent l'ordre inverse ; le théorème de Schwarz ci-dessous rend la question sans conséquence en pratique, mais il faut savoir laquelle est en vigueur avant de recopier une formule.
Les notations de Monge. En un point fixé, on abrège les trois quantités utiles par
La lettre ne nomme qu'une des deux croisées ; cet abus n'est légitime que sous l'hypothèse du théorème de Schwarz, où les deux coïncident. Ces trois lettres servent au critère de la fin de cette section.
Une précision de notation. La lettre note partout ailleurs dans ce chapitre le rayon d'une boule , ainsi que le rayon polaire de la section 5. Dans cette section, et seulement ici, elle note : c'est pourquoi les rayons y sont notés .
Exemple
Un calcul complet. Reprenons la fonction de la section 3, dont on a établi que
Dérivons chacune de ces deux expressions par rapport à chacune des deux variables, en se souvenant que la dérivée partielle de vaut en et en :
Les deux croisées valent la même chose, et les deux chemins n'ont pourtant rien de commun : le premier dérive en un produit dont les deux facteurs dépendent de , le second dérive en le produit . C'est le meilleur contrôle qui soit sur un calcul de dérivées secondes : on calcule la croisée dans les deux sens et l'on compare.
Contrôle en . La croisée y vaut . Par l'application partielle : , de dérivée , qui vaut bien en .
Fonctions de classe
Définition
Soit un ouvert de . Une fonction est dite de classe sur lorsque est de classe sur et que ses deux dérivées partielles et sont elles-mêmes de classe sur .
De façon équivalente : les quatre dérivées partielles d'ordre existent en tout point de et y sont continues.
Propriété
Opérations. Soit un ouvert de . Toute fonction polynomiale est de classe sur . Si et sont de classe sur et , alors et le sont ; si de plus ne s'annule pas sur , alors l'est aussi. Enfin, si est de classe sur un intervalle contenant , alors est de classe sur .
Démonstration. C'est la propriété des opérations sur les fonctions de classe de la section 3, appliquée deux fois. Traitons le produit. La fonction est de classe sur , avec . Chacun des quatre facteurs de cette expression est de classe sur par hypothèse, donc la somme de produits l'est aussi, toujours par la même propriété. Il en va de même pour la dérivée en , donc est de classe . Les autres cas se traitent mot pour mot de la même façon, la composée en utilisant que est de classe comme composée.
Méthode
La phrase à écrire le jour où ce sera au programme, calquée sur celle de la section 3 pour la classe : elle doit nommer l'ouvert et nommer les opérations.
- « La fonction est de classe sur comme produit d'une fonction polynomiale et de la composée de la fonction polynomiale par l'exponentielle, qui est de classe sur . »
- « La fonction est de classe sur l'ouvert comme composée de la fonction polynomiale , à valeurs dans , par , qui est de classe sur . »
Comme à l'ordre , le point qui coûtera des points en deuxième année est l'oubli de l'ouvert.
Le théorème de Schwarz
Propriété
Théorème de Schwarz (admis). Soient un ouvert de et une fonction de classe sur . Alors les deux dérivées croisées de coïncident en tout point de :
Remarque
Portée pratique, et ce que le théorème ne dit pas. En pratique, sur tout ce que vous manipulez — sommes, produits, quotients et composées de fonctions usuelles sur un ouvert —, l'hypothèse est acquise en une phrase et l'ordre de dérivation ne compte pas. C'est ce qui autorise la notation de Monge, et c'est ce qui permet de calculer une croisée par le chemin le plus court des deux, l'autre servant de contrôle.
Mais c'est un théorème avec hypothèse, et l'énoncé « les dérivées croisées sont toujours égales » est faux. Ce qui manque dans le contre-exemple ci-dessous n'est ni la régularité d'ordre , ni l'existence des dérivées secondes : c'est leur continuité.
Exemple
Le contre-exemple. Soit définie sur par
Sur l'ouvert , cette fonction est de classe comme quotient de fonctions polynomiales à dénominateur non nul. Tout se joue à l'origine.
Les deux dérivées d'ordre sur les axes. Comme pour tout , le taux d'accroissement en au point vaut, pour et ,
et pour le taux est nul puisque . Donc pour tout réel . Le calcul symétrique, avec , donne
Les deux croisées en l'origine. Il ne reste qu'à dériver en les deux fonctions d'une variable obtenues, et , dont les dérivées valent respectivement et :
Les deux dérivées croisées existent en et elles diffèrent.
Ce qui manque. La fonction est de classe sur , et hors de l'origine on calcule
Cette expression est homogène de degré au sens de la section 6 : elle ne dépend que de la direction du point, pas de sa distance à l'origine. Or elle vaut en tout point de l'axe des abscisses privé de , en tout point de l'axe des ordonnées privé de , et le long de la droite . Aucune limite en n'est donc possible : la dérivée croisée n'est pas continue à l'origine, et n'est de classe sur aucun ouvert contenant . C'est exactement l'hypothèse du théorème qui tombe, et elle seule.
Laplacien et fonctions harmoniques
Définition
Soient un ouvert de et une fonction de classe sur . On appelle laplacien de la fonction
et l'on dit que est harmonique sur lorsque est identiquement nulle sur .
Exemple
Deux fonctions déjà rencontrées. La fonction , celle du point selle de la section 7, vérifie et , donc : elle est harmonique sur . Et la fonction de la section 3 est harmonique sur : en dérivant par la formule du quotient,
dont la somme est nulle. En revanche l'exemple filé n'est pas harmonique : .
Remarque
Le laplacien est l'opérateur central de la physique des milieux continus : l'équation de la chaleur, l'équation des ondes et l'équation du potentiel électrostatique s'écrivent toutes avec lui, et les fonctions harmoniques sont précisément les états d'équilibre de ces phénomènes. Les exercices d'ouverture de la fiche creusent le cas des fonctions harmoniques radiales, au sens de la section 6, et montrent que, sur l'ouvert , elles se réduisent aux , avec et réels, tandis qu'une fonction harmonique radiale sur tout entier est constante.
Une précision de notation. La lettre a déjà servi dans la section 7 pour noter l'accroissement . Ici elle s'applique à une fonction, et s'écrit toujours : les deux usages ne se rencontrent jamais dans la même formule.
Une équation aux dérivées partielles d'ordre 2 : l'équation des ondes
La méthode est celle de la section 6, dans le même schéma en trois temps : analyse, forme nécessaire, puis synthèse. Seul le calcul des dérivées est plus long, puisqu'il faut appliquer la règle de la chaîne deux fois de suite.
Exemple
L'équation des ondes. Soit . On cherche toutes les fonctions de classe sur , dont on note le point courant, telles que
Analyse. Posons le changement de variables
La matrice a pour déterminant : l'application est une bijection de sur , de réciproque et . Conformément à la méthode de la section 5, on nomme la fonction composée :
La fonction est de classe sur par la règle de la chaîne à deux paramètres de la section 5, appliquée à et à l'application affine . Ses deux dérivées partielles sont des combinaisons linéaires à coefficients constants de et composées avec cette même application, donc de classe par la même règle : est de classe .
La règle de dérivation, valable pour toute la suite. Soit une fonction de classe sur et . Les dérivées partielles des deux nouvelles variables sont
donc la règle de la chaîne à deux paramètres donne, avec un terme par variable,
toutes les dérivées de étant évaluées au point , ce que l'on cessera d'écrire.
Ordre 1. En appliquant cette règle à :
Ordre 2. Les fonctions et sont de classe puisque est de classe : la même règle leur est applicable. Abrégeons
le théorème de Schwarz garantissant que c'est bien la même quantité qui apparaît dans les deux ordres de dérivation. La règle appliquée à , puis à , donne
Il ne reste qu'à assembler. En dérivant par rapport à l'expression de :
et en dérivant par rapport à l'expression de :
La combinaison qui nous intéresse vaut donc
Les termes en et en disparaissent : c'est précisément ce que le changement de variables avait pour but de provoquer. Comme et comme est une bijection de sur , la fonction est solution si et seulement si est identiquement nulle sur .
Résolution. Fixons . La fonction est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle , donc constante. En posant , application partielle de donc de classe sur , on obtient pour tout .
La fonction est continue sur l'intervalle : elle y admet des primitives, dont l'une sera notée ; comme est de classe , la fonction est de classe sur . Fixons maintenant : la fonction est dérivable sur , de dérivée , donc constante, égale à sa valeur en . En posant , de classe sur comme application partielle de à une constante près, il vient , c'est-à-dire
Synthèse. Réciproquement, soient et deux fonctions de classe sur et . Cette fonction est de classe sur comme somme de deux composées d'une fonction polynomiale par une fonction de classe , et
puisque a pour dérivée et a pour dérivée . En dérivant une seconde fois selon le même principe, le facteur ou apparaissant une seconde fois,
Ainsi : toutes ces fonctions conviennent.
Conclusion : les solutions sont exactement les fonctions
Remarque
L'interprétation physique. À l'instant , le graphe de est celui de translaté de vers la droite : c'est un profil de forme fixe qui se déplace vers les croissants à la vitesse , sans jamais se déformer. De même, se propage vers les décroissants à la même vitesse. Une solution de l'équation des ondes est donc toujours la superposition de deux ondes se propageant en sens opposés à la vitesse , et la donnée arbitraire n'est pas un nombre mais deux fonctions, comme pour les équations d'ordre de la section 6.
Formule de Taylor-Young à l'ordre 2 et critère
Propriété
Développement limité à l'ordre (admis). Soient un ouvert de , une fonction de classe sur et . En notant , , les dérivées d'ordre de en au sens de Monge, on a, lorsque tend vers ,
Définition
Avec les mêmes notations, on appelle matrice hessienne de en la matrice symétrique
dont le déterminant vaut .
Propriété
Critère (nature d'un point critique). Soient une fonction de classe sur un ouvert et un point critique de , c'est-à-dire . Avec , , pris en :
- si et , alors admet en un minimum local strict ;
- si et , alors admet en un maximum local strict ;
- si , alors n'admet pas d'extremum en : c'est un point selle ;
- si , le critère ne permet pas de conclure.
Démonstration. Posons . Comme , le développement limité d'ordre s'écrit, avec et et en utilisant l'homogénéité de degré de ,
Tout se joue donc sur le signe de , et c'est la mise sous forme canonique de la technique 1 de la section 7 qui le donne. Supposons :
Cas 1 et 2. Si , alors , donc et et sont de même signe. Si de plus , les deux coefficients de la forme canonique sont strictement positifs, donc sauf en . La fonction est continue sur le segment : elle y atteint ses bornes, et son minimum est strictement positif. Pour assez petit, , donc le crochet est minoré par et la différence est strictement positive dès que : c'est un minimum local strict. Le cas s'obtient en appliquant ce qui précède à .
Cas 3. Si , alors prend les deux signes. En effet, si , on a et , qui sont de signes opposés ; et si , alors impose et change de signe. Par homogénéité, garde le même signe sur chaque demi-droite issue de l'origine : il existe donc deux angles et pour lesquels est respectivement strictement positive et strictement négative. Le même contrôle du reste que ci-dessus, mené à fixé, montre alors que prend les deux signes dans toute boule centrée en .
Remarque
Pourquoi le cas échappe au critère. Le signe de est celui de l'opposé du discriminant du trinôme : il décide si la forme quadratique garde un signe fixe ou prend les deux. Lorsqu'elle est nulle, ne prend plus qu'un seul signe au sens large : la forme canonique se réduit à si , à si , et à si . Dans tous ces cas, s'annule sur une droite entière au moins, et le terme d'ordre ne décide plus de rien : c'est le reste , dont on ne sait rien, qui tranche. Il faut alors revenir aux techniques manuelles de la section 7.
Le critère à l'épreuve des exemples du chapitre
Exemple
Quatre exemples de la section 7, repris en trois lignes chacun.
La forme canonique : en . On a et , d'où , , en tout point, et
C'est bien la nature locale obtenue plus haut par forme canonique, laquelle donnait de surcroît le caractère global, hors de portée du critère. Le lien est encore plus net qu'il n'y paraît : la partie quadratique de Taylor vaut ici , c'est-à-dire exactement l'expression que le développement à la main avait produite, reste nul compris, puisque est de degré .
La cubique : en et . Ici , et , donc . En : , point selle, ce que la restriction à l'axe des abscisses avait montré. En : avec , minimum local strict, ce que la minoration de la partie quadratique avait établi. Là encore, est mot pour mot la partie quadratique du développement mené à la main.
Le point selle de référence : en . On lit , , , donc : point selle. Deux lignes au lieu de l'exhibition, dans chaque boule centrée à l'origine, d'un point où est strictement positive et d'un point où elle est strictement négative.
Le piège des droites : en . Avec , on a et , d'où , et . En l'origine, , , et
Il faut donc l'étude de la section 7, et elle n'est pas une formalité : le long de toutes les droites passant par l'origine, a un minimum strict, et c'est la restriction à l'arc , où , qui prouve qu'il n'y a pas de minimum local. Aucun calcul de dérivées secondes ne pouvait le voir.
Remarque
La morale, sans complaisance. Le critère fait gagner du temps, beaucoup, sur le cas générique : trois dérivées secondes, une valeur en un point, un signe, et la nature locale du point critique tombe. Mais il ne remplace pas les techniques manuelles du chapitre, pour trois raisons que les exemples ci-dessus illustrent chacune.
- Il est muet dès que , et ce cas n'est ni rare ni décidable par analogie : la fonction le montre, et il faut alors savoir majorer, minorer, ou restreindre à un arc bien choisi.
- Il ne dit rien de global. Le minimum de en est global, et c'est la forme canonique, valable partout, qui l'établit ; le critère, lui, ne parle que d'une boule dont il ne précise même pas le rayon.
- Il suppose le point déjà critique et la fonction de classe sur un ouvert. Le vrai travail de la plupart des exercices, résoudre le système puis traiter le bord d'un domaine, lui échappe entièrement.
C'est très exactement pour cela que le programme de première année demande de savoir faire sans lui : ce qu'il automatise est la partie mécanique, et ce qu'il laisse intact est la partie qui demande une idée.
Bloqué sur « Fonctions de deux variables » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.