MPSI · Chapitre 18 · Second semestre
Espaces préhilbertiens réels
Produit scalaire, norme, inégalité de Cauchy-Schwarz, orthogonalité, bases orthonormées, procédé de Gram-Schmidt, projection orthogonale.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Produit scalaire
- Norme
- Inégalité de Cauchy-Schwarz
- Orthogonalité
- Bases orthonormées
- Procédé de Gram-Schmidt
- Projection orthogonale
Depuis le collège, la géométrie repose sur trois mots : longueur, angle droit, distance. On mesure un segment, on reconnaît un angle droit au théorème de Pythagore, on calcule la distance d'un point à une droite. Tout cela vit dans le plan ou dans l'espace, où les coordonnées fournissent des formules explicites. Mais l'algèbre linéaire de première année a construit des espaces vectoriels où ces trois mots n'ont, en l'état, aucun sens. Quelle est la « longueur » du polynôme ? Quel « angle » séparent les fonctions et sur ? À quelle « distance » la matrice se trouve-t-elle de l'ensemble des matrices symétriques ? Ces questions n'ont pas de réponse tant qu'on n'a rien ajouté à la structure d'espace vectoriel : la structure linéaire seule ne sait ni mesurer, ni comparer.
Ce chapitre installe une géométrie dans un espace vectoriel réel quelconque, et il le fait avec une seule donnée supplémentaire : un produit scalaire, c'est-à-dire une façon de multiplier deux vecteurs pour obtenir un nombre, soumise à quatre exigences. C'est peu, et pourtant tout en découle. La norme se lit sur le produit scalaire d'un vecteur avec lui-même, la distance sur la norme de la différence, l'orthogonalité sur l'annulation du produit scalaire, et le théorème de Pythagore devient un calcul de deux lignes. Le fait remarquable, et c'est la leçon du chapitre, est que le vocabulaire géométrique reste pertinent bien au-delà du plan et de l'espace : on parlera sans rougir de la projection orthogonale d'une fonction sur l'espace des polynômes de degré au plus .
Trois résultats dominent, et ils sont tous les trois d'un usage constant. L'inégalité de Cauchy-Schwarz est une machine à fabriquer des inégalités : appliquée aux sommes finies, aux intégrales ou aux matrices, elle produit en une ligne des majorations qu'aucun calcul direct n'atteindrait, et son cas d'égalité fournit en prime l'information « les deux vecteurs sont colinéaires ». Le procédé de Gram-Schmidt est une fabrique de repères : partant d'une base quelconque, il construit mécaniquement une base orthonormée, dans laquelle tous les calculs se simplifient — les coordonnées d'un vecteur s'y lisent par un simple produit scalaire, et le produit scalaire y reprend sa forme canonique. La projection orthogonale, enfin, répond à la question « quel est le point le plus proche ? » : parmi tous les vecteurs d'un sous-espace , il en existe un et un seul qui minimise la distance à un vecteur donné , et c'est le projeté orthogonal de sur . C'est le principe des moindres carrés : ajuster une droite à un nuage de points, approcher une fonction compliquée par un polynôme de petit degré, ce sont des problèmes de projection orthogonale déguisés, et le théorème de la meilleure approximation les résout tous d'un coup.
Le plan suit cet ordre. On définit d'abord le produit scalaire et l'on traite en détail les quatre exemples fondamentaux qui reviendront sans cesse : , les matrices, les fonctions continues sur un segment, les polynômes. On en déduit la norme et ses identités de calcul, puis l'inégalité de Cauchy-Schwarz et ses conséquences, dont l'inégalité triangulaire. Vient ensuite l'orthogonalité : Pythagore, familles orthogonales, orthogonal d'une partie. Les bases orthonormées et le procédé de Gram-Schmidt occupent la cinquième section, la projection orthogonale et la distance à un sous-espace la sixième, les hyperplans la septième. Une synthèse des méthodes clôt le chapitre.
Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes. La lettre désigne un espace vectoriel sur ; tous les espaces de ce chapitre sont réels, sans aucune exception. Le produit scalaire de deux vecteurs et se note (la notation , courante dans d'autres ouvrages, désigne exactement la même chose ; nous ne l'emploierons pas). La norme associée se note , la distance , et la distance d'un vecteur à un sous-espace . L'orthogonal d'une partie se note , et le projeté orthogonal sur un sous-espace se note . Les familles de vecteurs sont écrites lorsqu'elles sont quelconques, et lorsqu'elles sont orthonormées : cette convention typographique sera respectée partout, et elle évite bien des erreurs. Enfin, désigne le sous-espace engendré par , l'espace des matrices carrées réelles d'ordre , la transposée de , sa trace, et l'espace des fonctions continues de dans .
Produit scalaire
Formes bilinéaires symétriques définies positives
Un produit scalaire est une application qui à deux vecteurs associe un nombre réel, en respectant quatre exigences. Détaillons-les une à une, car chacune joue un rôle précis dans la suite.
Définition
Soit un espace vectoriel réel. Une application est appelée produit scalaire sur lorsqu'elle vérifie les quatre propriétés suivantes.
- Bilinéarité. Pour tout , l'application est linéaire, et pour tout , l'application est linéaire.
- Symétrie. Pour tous , .
- Positivité. Pour tout , .
- Caractère défini. Pour tout , si alors .
On note alors .
Remarque
Ce que dit chaque axiome.
- La bilinéarité est la compatibilité avec la structure d'espace vectoriel : elle permet de développer exactement comme on développe un produit de nombres. C'est elle qui rend tous les calculs du chapitre possibles. Attention : bilinéaire ne veut pas dire linéaire sur ; l'application n'est pas linéaire, elle est linéaire en chaque variable, l'autre étant figée.
- La symétrie dit qu'il n'y a pas d'ordre privilégié entre les deux arguments. Combinée à la bilinéarité, elle divise le travail par deux : la linéarité à gauche entraîne la linéarité à droite, puisque .
- La positivité est ce qui autorise à poser : sans elle, la racine carrée n'aurait pas de sens.
- Le caractère défini est ce qui empêche un vecteur non nul d'être de longueur nulle. C'est l'axiome le plus délicat à vérifier en pratique, et c'est presque toujours celui que l'on oublie.
Propriété
Soit un produit scalaire sur . Alors, pour tout , . De plus, la propriété 4 se renforce en une équivalence :
Démonstration. L'application est linéaire, donc elle envoie le vecteur nul sur le réel : , et la symétrie donne l'autre égalité.
Pour l'équivalence, le sens direct est l'axiome 4. Réciproquement, si , ce que l'on vient d'écrire donne .
Remarque
Une conséquence utilisée en permanence. Si vérifie pour tout , alors : il suffit de prendre . Autrement dit, le seul vecteur orthogonal à tout le monde est le vecteur nul. C'est la méthode standard pour prouver qu'un vecteur est nul dans ce chapitre, et nous l'affinerons en section 4 : il suffira de tester sur une famille génératrice.
Espaces préhilbertiens et espaces euclidiens
Définition
On appelle espace préhilbertien réel tout couple formé d'un espace vectoriel réel et d'un produit scalaire sur .
Lorsque, de plus, est de dimension finie, on dit que est un espace euclidien.
Remarque
Trois précisions de vocabulaire.
- Un espace euclidien est donc un espace préhilbertien réel de dimension finie : tout ce qui est démontré pour les préhilbertiens vaut pour les euclidiens, mais pas l'inverse. Dans les énoncés ci-dessous, il faudra faire très attention à l'hypothèse de dimension : plusieurs résultats de la section 6 sont faux en dimension infinie.
- Un même espace vectoriel peut être muni de plusieurs produits scalaires différents, qui donnent des géométries différentes. Parler de « l'espace euclidien » sans autre précision signifie qu'on l'a muni du produit scalaire canonique décrit ci-dessous ; toute autre convention doit être annoncée.
- L'espace nul est euclidien (de dimension ), avec l'unique application . Ce cas dégénéré n'a aucun intérêt, mais il évite des exceptions dans les énoncés.
Propriété
Soient un espace préhilbertien réel et un sous-espace vectoriel de . Alors la restriction de à est un produit scalaire sur . En particulier, si est de dimension finie, est un espace euclidien.
Démonstration. Les quatre axiomes sont des propriétés vérifiées pour tous les vecteurs de ; elles restent donc vraies lorsqu'on se restreint aux vecteurs de . La bilinéarité et la symétrie s'héritent immédiatement, la positivité aussi, et si vérifie , alors , qui appartient bien à et en est le vecteur nul.
Remarque
Pourquoi cette remarque anodine est capitale. Elle permet de dire : « soit un sous-espace de dimension finie d'un préhilbertien ; est un espace euclidien, donc il possède une base orthonormée ». C'est l'articulation exacte de toute la section 6, où pourra être de dimension infinie (un espace de fonctions, par exemple) alors que sera de dimension finie (un espace de polynômes de degré borné).
Les quatre exemples fondamentaux
Ces quatre exemples reviendront dans chaque exercice du chapitre. Il faut savoir les énoncer sans hésiter et refaire la vérification des axiomes.
Exemple
Le produit scalaire canonique de . Pour et dans , on pose
Bilinéarité. Fixons . Pour et , la -ième coordonnée de vaut , donc
La linéarité à droite s'en déduit par symétrie.
Symétrie. Le produit de deux réels est commutatif : pour tout , donc les deux sommes coïncident.
Positivité et caractère défini. On a comme somme de carrés. Et si cette somme est nulle, chacun de ses termes, qui sont tous positifs ou nuls, est nul : pour tout , donc pour tout , c'est-à-dire .
En identifiant à par les matrices colonnes, ce produit scalaire s'écrit , où l'on identifie la matrice obtenue à son unique coefficient.
Exemple
Le produit scalaire canonique de . Pour et dans , on pose
Le calcul décisif. Le coefficient diagonal d'indice de la matrice vaut
donc, en sommant sur ,
Autrement dit, c'est le produit scalaire canonique de lu sur les coefficients des matrices. Les quatre axiomes s'en déduisent aussitôt : bilinéarité et symétrie par le même calcul que dans , puis
avec nullité si et seulement si tous les sont nuls, c'est-à-dire .
Une autre preuve de la symétrie. Une matrice et sa transposée ont même trace, donc
Norme associée. : c'est la racine de la somme des carrés de tous les coefficients.
Exemple
Le produit scalaire intégral sur . Soit un segment avec . Pour , on pose
Bonne définition. Le produit est continu sur le segment , donc son intégrale existe : l'application est bien à valeurs dans .
Bilinéarité. C'est la linéarité de l'intégrale : .
Symétrie. Immédiate, car pour tout .
Positivité. La fonction est continue et positive sur avec , donc par positivité de l'intégrale.
Caractère défini. C'est le point délicat, et il repose sur un théorème du chapitre d'intégration : une fonction continue et positive sur un segment, d'intégrale nulle, est identiquement nulle. Ici, est continue et positive, et : donc est la fonction nulle, puis pour tout , donc .
Remarque
Pourquoi la continuité est indispensable. Si l'on remplaçait par l'espace des fonctions continues par morceaux, la même formule ne définirait plus un produit scalaire : la fonction nulle partout sauf en un point, où elle vaut , est non nulle et vérifie pourtant . Le caractère défini tombe. Retenez le mécanisme : c'est toujours l'axiome 4 qui casse en premier, et c'est toujours lui qu'il faut regarder de près.
Exemple
Deux produits scalaires sur les polynômes.
Version intégrale. Sur tout entier, posons
Bilinéarité, symétrie et positivité se traitent comme ci-dessus. Le caractère défini demande une étape de plus. Supposons . La fonction polynomiale associée à est continue et positive sur , donc elle est nulle sur : la fonction s'annule en tout point de . Le polynôme a donc une infinité de racines, et un polynôme ayant une infinité de racines est le polynôme nul. Donc . On ne peut pas se contenter d'écrire « est nulle sur donc » : c'est l'argument sur les racines qui fait passer de la fonction au polynôme.
Version discrète. Fixons et réels deux à deux distincts . Sur , posons
La bilinéarité vient de ce que est linéaire, la symétrie est évidente, et . Pour le caractère défini : si cette somme de carrés est nulle, alors pour tout , donc admet racines deux à deux distinctes. Or : un polynôme de degré au plus ayant racines distinctes est nul. Donc .
Remarque
Le piège de la version discrète. L'hypothèse est essentielle. Sur tout entier, la même formule n'est pas un produit scalaire : le polynôme
de degré , est non nul et vérifie . Il faut donc systématiquement vérifier que le nombre de points d'évaluation dépasse strictement le degré maximal autorisé. Avec points, on travaille sur , pas au-delà.
Reconnaître un produit scalaire
Méthode
Montrer qu'une application est un produit scalaire. Toujours dans cet ordre, pour minimiser le travail.
- Vérifier que est bien un réel défini pour tous : une intégrale doit exister (fonction continue sur un segment), une somme doit être finie, une trace doit porter sur une matrice carrée.
- Établir la symétrie en premier. Elle est en général immédiate, et elle divise par deux le travail sur la bilinéarité.
- Établir la linéarité par rapport à la première variable, la seconde s'en déduisant par symétrie. Le rédiger avec une combinaison linéaire , en une seule fois.
- Calculer et le mettre sous forme de somme de carrés, d'intégrale d'un carré, ou d'une expression manifestement positive. C'est ici qu'un regroupement astucieux est parfois nécessaire.
- Traiter le caractère défini, en partant de et en descendant jusqu'à . Les trois arguments récurrents sont : une somme de carrés nulle a tous ses termes nuls ; une fonction continue positive d'intégrale nulle est nulle ; un polynôme ayant strictement plus de racines que son degré est nul.
Exemple
Un produit scalaire non canonique sur . Posons, pour et ,
La symétrie est claire : l'expression est inchangée quand on échange les rôles de et , les deux termes croisés se permutant. La bilinéarité vient de ce que chaque terme est de la forme . Reste le point délicat :
Cette écriture, obtenue par mise sous forme canonique, rend la positivité évidente. Et si , alors et , d'où : le caractère défini est acquis. C'est donc un produit scalaire, différent du produit scalaire canonique.
Exemple
Deux applications qui n'en sont pas.
Défaut de positivité. Sur , l'application est bilinéaire et symétrique, mais : elle n'est pas positive.
Défaut du caractère défini. Sur , l'application est bilinéaire, symétrique et positive, puisque . Mais le vecteur est non nul et vérifie : l'axiome 4 tombe. Géométriquement, cette application « ne voit pas » la seconde coordonnée : elle mesure la longueur de la projection sur le premier axe, pas celle du vecteur.
Défaut de bilinéarité. Sur , l'application est symétrique et vérifie pour tout , mais elle n'est pas linéaire en : , alors qu'une application linéaire envoie sur .
Norme associée
Norme et distance
Définition
Soit un espace préhilbertien réel. Pour , on appelle norme de le réel positif
Pour , on appelle distance de à le réel positif .
La définition a un sens grâce à la positivité du produit scalaire, et elle donne immédiatement l'identité fondamentale , qu'on utilisera dans les deux sens sans le signaler.
Propriété
Soient et .
- Séparation. , et si et seulement si .
- Homogénéité. .
- Inégalité triangulaire. .
Démonstration. Point 1. La positivité de la racine carrée donne . De plus équivaut à , c'est-à-dire à par le caractère défini.
Point 2. Par bilinéarité, , donc
en n'oubliant pas que et non .
Point 3. Cette inégalité repose sur l'inégalité de Cauchy-Schwarz : elle sera démontrée à la section suivante, où elle porte le nom d'inégalité de Minkowski.
Propriété
L'application vérifie, pour tous :
Démonstration. La première équivalence est la séparation appliquée à . La symétrie vient de . Enfin, en écrivant et en appliquant l'inégalité triangulaire pour la norme,
Définition
Un vecteur est dit unitaire (ou normé) lorsque .
Si , le vecteur est unitaire : on l'appelle le normalisé de , et l'opération qui le fabrique s'appelle la normalisation.
Démonstration. Comme , on a et l'écriture a un sens. L'homogénéité donne alors
Remarque
Le réflexe de la normalisation. Chaque fois qu'un énoncé demande une famille orthonormée, une base orthonormée ou un vecteur normal unitaire, la dernière étape du calcul consiste à diviser par la norme. C'est mécanique, et c'est l'oubli le plus fréquent du chapitre. Notez aussi que et engendrent la même droite vectorielle : normaliser ne change jamais la direction.
Identités remarquables
Propriété
Pour tous :
Plus généralement, pour une famille finie de vecteurs de et des réels :
Démonstration. Pour la première identité, la bilinéarité permet de développer comme un produit remarquable :
les deux termes croisés étant égaux par symétrie. La seconde s'obtient en remplaçant par , ce qui change en et laisse inchangé.
Pour le cas général, la bilinéarité donne
Dans cette double somme, on isole les termes diagonaux , qui valent , puis on regroupe deux par deux les termes et avec : par symétrie ils sont égaux, ce qui produit le facteur .
Méthode
Développer une norme au carré. Le réflexe est toujours le même : ne jamais manipuler directement, mais passer au carré pour retrouver un produit scalaire, développer par bilinéarité, puis revenir à la norme à la fin. Trois consignes.
- Écrire et développer comme un produit de polynômes, en n'oubliant aucun terme croisé.
- Utiliser la symétrie pour regrouper et .
- Ne jamais écrire : c'est faux en général, et c'est précisément ce que l'inégalité triangulaire remplace par une inégalité.
Exemple
Un calcul type. Soient et deux vecteurs unitaires vérifiant . Calculons . On développe :
donc . Le calcul n'utilise que la bilinéarité : à aucun moment on n'a besoin de savoir dans quel espace on travaille.
Polarisation et parallélogramme
Les identités précédentes se lisent aussi dans l'autre sens : elles permettent de reconstituer le produit scalaire à partir de la seule norme.
Propriété
Identités de polarisation. Pour tous :
Démonstration. Les deux premières formules s'obtiennent en isolant dans les deux identités remarquables. Pour la troisième, on soustrait la seconde identité de la première :
Remarque
Ce que disent les identités de polarisation. Le produit scalaire et la norme portent exactement la même information : la norme se calcule à partir du produit scalaire par définition, et réciproquement le produit scalaire se calcule à partir de la norme par polarisation. En pratique, ces identités servent chaque fois qu'un énoncé fournit des normes et demande un produit scalaire, ou impose une condition du type « » : cette dernière égalité équivaut, d'après la troisième formule, à , c'est-à-dire à l'orthogonalité de et .
Propriété
Identité du parallélogramme. Pour tous :
Démonstration. Il suffit d'additionner les deux identités remarquables : les termes se compensent, et il reste .
Remarque
Interprétation géométrique. Construisons le parallélogramme de sommets , , et . Ses quatre côtés ont pour longueurs , , et ; ses deux diagonales ont pour longueurs et . L'identité affirme donc que la somme des carrés des deux diagonales égale la somme des carrés des quatre côtés. Dans le cas particulier du rectangle, où , les deux diagonales ont même longueur et l'on retrouve le théorème de Pythagore.
Cette identité est une contrainte forte, et elle sert à disqualifier des candidats. Sur , considérons l'application : avec et , on obtient , alors que . L'identité du parallélogramme n'est pas vérifiée : il n'existe aucun produit scalaire sur dont soit la norme associée.
Inégalité de Cauchy-Schwarz
L'inégalité et son cas d'égalité
C'est le théorème central du chapitre, et l'un des plus utilisés de tout le programme.
Propriété
Inégalité de Cauchy-Schwarz. Soit un espace préhilbertien réel. Pour tous :
De plus, il y a égalité si et seulement si la famille est liée, c'est-à-dire si et seulement si l'un des deux vecteurs est multiple de l'autre.
Démonstration. Cas . Alors et : l'inégalité s'écrit , elle est vraie, avec égalité. Et la famille est liée, puisqu'elle contient le vecteur nul. Les deux membres de l'équivalence sont donc vrais simultanément.
Cas . Considérons la fonction définie par
Par positivité de la norme, pour tout réel . En développant par bilinéarité,
Comme , on a : est un trinôme du second degré de coefficient dominant strictement positif, qui ne prend que des valeurs positives ou nulles. Un tel trinôme a un discriminant négatif ou nul :
c'est-à-dire . Les deux membres étant positifs, on prend la racine carrée, croissante sur , et il vient .
Cas d'égalité, sens direct. Supposons avec . Alors , donc le trinôme admet une racine double . En ce point, , donc par séparation de la norme, c'est-à-dire : la famille est liée.
Cas d'égalité, réciproque. Supposons liée avec . Alors pour un réel , et
Remarque
Trois commentaires sur la démonstration.
- Le ressort est l'introduction d'un paramètre réel : on ne compare pas et directement, on regarde toute la droite et l'on exploite le fait que la norme y reste positive. C'est un raisonnement à connaître, car il se réutilise tel quel dans de nombreux exercices.
- La positivité de la norme suffit à obtenir l'inégalité ; c'est le caractère défini qui donne le cas d'égalité, via l'implication . Les deux axiomes travaillent à des endroits différents.
- Si et sont tous deux non nuls, la conclusion du cas d'égalité s'écrit plus simplement : et sont colinéaires.
Remarque
Ce que Cauchy-Schwarz autorise à dire. Lorsque et sont non nuls, l'inégalité se réécrit
Ce quotient est donc le cosinus d'un unique réel de , ce qui légitime le vocabulaire géométrique employé dans tout le chapitre : dans le plan usuel, on retrouve exactement le cosinus de l'angle géométrique entre les deux vecteurs. La valeur correspond à l'orthogonalité, les valeurs à la colinéarité, c'est-à-dire au cas d'égalité.
Inégalité triangulaire
Propriété
Inégalité de Minkowski, ou inégalité triangulaire. Pour tous :
avec égalité si et seulement si et sont positivement colinéaires, c'est-à-dire si et seulement si l'un des deux vecteurs est le produit de l'autre par un réel positif ou nul.
Démonstration. Développons le carré du membre de gauche et majorons le terme croisé par Cauchy-Schwarz :
en utilisant . Les deux membres extrêmes étant positifs, la croissance de la racine carrée donne l'inégalité annoncée.
Cas d'égalité. La chaîne de calcul montre que l'égalité équivaut à
c'est-à-dire à la conjonction de deux conditions : (cas d'égalité de Cauchy-Schwarz) et .
Supposons cette égalité réalisée. Si , alors et la conclusion est acquise. Sinon, le cas d'égalité de Cauchy-Schwarz fournit tel que , et alors impose : les deux vecteurs sont positivement colinéaires.
Réciproquement, si avec , alors puisque ; l'égalité a bien lieu. Le cas où est un multiple positif de se traite de même.
Propriété
Inégalité triangulaire renversée. Pour tous :
Démonstration. En écrivant et en appliquant l'inégalité triangulaire,
En échangeant les rôles de et , on obtient de même . Un réel dont l'opposé et lui-même sont majorés par vérifie : c'est la conclusion.
Remarque
À quoi sert la version renversée. Elle minore une norme de différence, là où l'inégalité triangulaire la majore. C'est l'outil des raisonnements du type « si et sont très différentes, alors et sont loin l'un de l'autre ». On la retrouve à l'identique pour la valeur absolue sur , qui est la norme associée au produit scalaire sur l'espace préhilbertien .
Les trois formes concrètes
Appliquée aux trois produits scalaires usuels, l'inégalité de Cauchy-Schwarz prend trois visages qu'il faut savoir écrire de mémoire.
Propriété
Forme discrète. Pour tous réels et :
avec égalité si et seulement si les deux familles et sont proportionnelles.
Forme intégrale. Pour toutes fonctions continues sur un segment avec :
avec égalité si et seulement si et sont proportionnelles.
Forme matricielle. Pour toutes matrices :
avec égalité si et seulement si et sont proportionnelles.
Démonstration. Chacune des trois est l'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée au produit scalaire correspondant : le produit scalaire canonique de , le produit scalaire intégral sur , et le produit scalaire canonique de . Dans chaque cas, on a élevé l'inégalité au carré, ce qui est licite puisque les deux membres sont positifs, et le cas d'égalité « famille liée » se traduit par « proportionnelles ».
Remarque
Une extension gratuite de la forme intégrale. L'inégalité reste vraie pour des fonctions seulement continues par morceaux : la démonstration par le trinôme n'utilise que la positivité de , qui subsiste. En revanche le cas d'égalité, lui, tombe, exactement pour la même raison qui empêche d'être un produit scalaire sur cet espace.
Choisir les bons vecteurs
Méthode
Appliquer Cauchy-Schwarz. L'inégalité ne sert à rien tant qu'on n'a pas décidé quels sont les deux vecteurs. Trois stratégies couvrent la quasi-totalité des exercices.
- Prendre l'un des deux vecteurs constant. Avec , la forme discrète donne ; avec , la forme intégrale donne . C'est le réflexe dès qu'on veut relier une somme à une somme de carrés.
- Couper chaque terme en deux facteurs. Pour faire apparaître et avec des , on écrit et l'on applique l'inégalité aux familles et . Même idée avec une fonction : lorsque .
- Lire la quantité à majorer comme un produit scalaire. Une expression de la forme ou est un produit scalaire : on l'écrit comme tel, puis on majore par le produit des normes, que l'on calcule séparément.
Dans les trois cas, ne pas oublier d'examiner le cas d'égalité lorsque l'énoncé demande quand l'inégalité obtenue est optimale : il s'agit toujours de la proportionnalité des deux familles choisies.
Exemple
Trois inégalités classiques.
Somme et somme de carrés. Pour tous réels , , , l'inégalité appliquée à et donne
avec égalité si et seulement si est proportionnel à , c'est-à-dire si et seulement si .
L'inégalité des inverses. Soient . Appliquons l'inégalité aux familles et : leur produit scalaire vaut , donc
avec égalité si et seulement si . En particulier, si , alors .
Version intégrale. Soit continue et strictement positive sur . En écrivant , il vient
avec égalité si et seulement si et sont proportionnelles, c'est-à-dire si et seulement si est constante.
Exemple
Un problème de minimisation. Cherchons le minimum de lorsque décrit l'ensemble des fonctions continues sur vérifiant .
L'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée à et à la fonction constante donne
Le minimum cherché est donc au moins . Il vaut exactement , car la fonction constante satisfait la contrainte et donne . Le cas d'égalité montre de plus que c'est la seule fonction qui réalise ce minimum : l'égalité impose proportionnelle à la fonction constante , donc constante, et la contrainte force la valeur .
Exemple
Une majoration avec un poids. Soit continue sur . Majorons . On lit l'intégrale comme le produit scalaire de et de :
puisque . La constante est optimale : elle est atteinte pour , cas où les deux fonctions sont proportionnelles.
Orthogonalité
Vecteurs orthogonaux et théorème de Pythagore
Définition
Soient . On dit que et sont orthogonaux, et l'on note , lorsque
Remarque
Deux observations immédiates. La relation est symétrique : équivaut à . Le vecteur nul est orthogonal à tous les vecteurs de , et c'est le seul vecteur orthogonal à lui-même, puisque entraîne .
Attention. L'égalité n'entraîne pas que ou soit nul : dans , les vecteurs et sont orthogonaux et tous deux non nuls. Le produit scalaire n'est pas un produit de nombres, et la règle « un produit nul entraîne un facteur nul » n'a pas cours ici.
Propriété
Théorème de Pythagore. Soient . Alors
Démonstration. L'identité remarquable donne . L'égalité annoncée équivaut donc à , c'est-à-dire à .
Remarque
Une équivalence, pas seulement une implication. Dans le cadre réel, le théorème de Pythagore et sa réciproque sont un seul et même énoncé, obtenu par une équivalence de deux lignes. C'est un cas rare où un théorème célèbre se démontre plus vite que son énoncé ne s'écrit ; toute la difficulté a été absorbée par les axiomes du produit scalaire.
Définition
Une famille finie de vecteurs de est dite orthogonale lorsque ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux :
Elle est dite orthonormale (ou orthonormée) lorsqu'elle est orthogonale et que tous ses vecteurs sont unitaires, ce qui se résume en
Propriété
Théorème de Pythagore, version famille finie. Si est une famille orthogonale de vecteurs de , alors
Démonstration. Reprenons le développement général établi à la section 2, avec tous les égaux à :
La famille étant orthogonale, chaque terme de la seconde somme est nul, et il ne reste que la première.
Remarque
La réciproque est fausse dès que . Dans muni du produit scalaire canonique, prenons
Alors , donc , tandis que . L'égalité de Pythagore est vérifiée, et pourtant la famille n'est pas orthogonale : . Ce qui se produit ici est une compensation, . Seul le cas fournit une équivalence.
Familles orthogonales et liberté
Propriété
Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre. En particulier, toute famille orthonormale est libre.
Démonstration. Soit une famille orthogonale dont tous les vecteurs sont non nuls, et soient des réels tels que
Fixons et prenons le produit scalaire des deux membres avec . Par bilinéarité,
tous les termes d'indice étant nuls par orthogonalité. Comme , on a , d'où . Ceci valant pour tout , la famille est libre.
Une famille orthonormale est orthogonale et formée de vecteurs de norme , donc non nuls : elle est libre.
Remarque
L'hypothèse « non nuls » ne peut pas sauter. La famille de est orthogonale, car , et pourtant elle est liée : toute famille contenant le vecteur nul est liée. Dans une famille orthonormale, le problème ne se pose pas, la norme excluant le vecteur nul.
La conséquence pratique. Dans un espace euclidien de dimension , une famille orthonormale a au plus vecteurs, et toute famille orthonormale de vecteurs est une base : c'est une famille libre de cardinal . On économise ainsi la vérification du caractère générateur, ce qui est un gain considérable.
Méthode
Le geste fondamental : tester par produit scalaire. Devant une relation vectorielle à exploiter (typiquement une combinaison linéaire nulle, ou une décomposition à identifier), le réflexe est de prendre le produit scalaire des deux membres avec un vecteur bien choisi, en général l'un des vecteurs d'une famille orthogonale. Par bilinéarité, tous les termes sauf un disparaissent, et l'on isole le coefficient cherché. Cette technique donne la liberté des familles orthogonales, les coordonnées dans une base orthonormée, la formule du projeté orthogonal, et l'unicité dans Gram-Schmidt : c'est le même geste, répété.
L'orthogonal d'une partie
Définition
Soit une partie non vide de . On appelle orthogonal de l'ensemble
c'est-à-dire l'ensemble des vecteurs de orthogonaux à tous les éléments de .
Propriété
Pour toute partie non vide de , l'ensemble est un sous-espace vectoriel de , y compris lorsque n'en est pas un.
Démonstration. Pour , notons l'application : c'est une forme linéaire sur , par linéarité du produit scalaire en sa première variable. Or
puisque dire que est orthogonal à tous les , c'est dire que appartient au noyau de chaque . Le noyau d'une forme linéaire est un sous-espace vectoriel de , et une intersection quelconque de sous-espaces vectoriels est un sous-espace vectoriel : en est un.
On peut aussi le vérifier directement : car pour tout ; et si et , alors pour tout ,
donc .
Propriété
Soient et deux parties non vides de , et soit un sous-espace vectoriel de .
- et .
- Si , alors : l'orthogonal décroît pour l'inclusion.
- .
- .
- , donc la somme est directe.
Démonstration. Point 1. Tout vecteur est orthogonal à , donc . Réciproquement, si , alors est orthogonal à tous les vecteurs de , en particulier à lui-même : , donc .
Point 2. Soit . Alors est orthogonal à tout élément de , donc en particulier à tout élément de , qui est inclus dans : .
Point 3. Soit . Pour tout , on a , donc par symétrie. Ceci valant pour tout , le vecteur appartient à .
Point 4. L'inclusion résulte du point 2 appliqué à . Réciproquement, soit et soit : il existe des vecteurs de et des réels tels que . Alors
donc .
Point 5. Soit . Comme , il est orthogonal à tout vecteur de , en particulier à lui-même puisque . Donc et . Une somme de deux sous-espaces d'intersection réduite au vecteur nul est directe.
Méthode
Déterminer un orthogonal en pratique. Le point 4 est l'outil de calcul : pour décrire lorsque , il suffit d'écrire que est orthogonal aux générateurs, et non à tous les vecteurs de . On obtient un système linéaire de équations :
Sa résolution donne sous forme paramétrée, donc une base.
Symétriquement, pour prouver qu'un vecteur est nul, il suffit de montrer qu'il est orthogonal à tous les vecteurs d'une famille génératrice de : on conclut alors .
Exemple
Un calcul dans . Soit avec et , dans muni du produit scalaire canonique. Un vecteur appartient à si et seulement si
Ce système donne et , les paramètres libres étant et :
Donc , de dimension . On vérifie la cohérence : , conformément au théorème de la section 6.
Remarque
En dimension infinie, tout peut mal se passer. L'inclusion du point 3 peut être stricte, et peut être réduit à alors que .
Voici un exemple entièrement élémentaire. Soit l'espace des suites réelles nulles à partir d'un certain rang, muni de : cette somme n'a qu'un nombre fini de termes non nuls, c'est donc une somme finie, et l'on vérifie sans peine que c'est un produit scalaire. Soit
qui est un hyperplan de comme noyau d'une forme linéaire non nulle. Soit . Pour tous entiers , la suite (où vaut au rang et ailleurs) appartient à , donc . Tous les termes de sont donc égaux ; comme est nulle à partir d'un certain rang, cette valeur commune est , donc . Ainsi , d'où et .
La morale. Tous les résultats de la section 6 exigeront une hypothèse de dimension finie sur . Ce n'est pas une précaution d'écriture, c'est une nécessité.
Sous-espaces orthogonaux
Définition
Deux sous-espaces vectoriels et de sont dits orthogonaux, ce que l'on note , lorsque
Une famille de sous-espaces est dite deux à deux orthogonale lorsque dès que .
Propriété
Soient et deux sous-espaces vectoriels de .
- si et seulement si , si et seulement si .
- Si et , alors si et seulement si pour tous et .
- Si , alors la somme est directe.
Démonstration. Point 1. Dire que tout est orthogonal à tout , c'est dire que tout appartient à , c'est-à-dire . La symétrie du produit scalaire donne l'autre équivalence.
Point 2. Le sens direct est clair, les et appartenant respectivement à et . Réciproquement, supposons pour tous . Chaque est alors orthogonal à tous les générateurs de , donc d'après le point 4 de la propriété précédente. Ainsi , ce dernier étant un sous-espace vectoriel ; le point 1 conclut.
Point 3. Soit . Alors et , donc par orthogonalité des deux sous-espaces, d'où .
Propriété
Si est une famille de sous-espaces vectoriels de deux à deux orthogonaux, alors la somme est directe.
Démonstration. Soient tels que ; il s'agit de montrer que tous les sont nuls. Fixons et prenons le produit scalaire avec :
car pour on a , et , donc . Il vient , et ceci pour tout . La somme est donc directe.
Exemple
Matrices symétriques et antisymétriques. Munissons de son produit scalaire canonique, et notons et les sous-espaces des matrices symétriques et antisymétriques. Montrons qu'ils sont orthogonaux.
Soient et . D'une part,
puisque . D'autre part, par symétrie du produit scalaire,
en utilisant puis . En comparant les deux expressions, , donc et .
Comme on sait déjà que , via la décomposition
ces deux sous-espaces sont supplémentaires orthogonaux l'un de l'autre : . Nous en tirerons en section 6 la projection orthogonale sur les matrices symétriques.
Bases orthonormées
Coordonnées dans une base orthonormée
Définition
Soit un espace euclidien de dimension . On appelle base orthonormée (ou base orthonormale) de toute base de qui est une famille orthonormale, c'est-à-dire vérifiant .
Propriété
Soit une base orthonormée de l'espace euclidien . Pour tous :
- Coordonnées. .
- Produit scalaire. .
- Norme. .
Démonstration. Point 1. La famille est une base, donc il existe des réels , uniques, tels que . Prenons le produit scalaire avec :
tous les termes d'indice étant nuls et valant . La -ième coordonnée de est donc .
Point 2. Notons et . En développant par bilinéarité,
seuls les termes survivant.
Point 3. C'est le point 2 avec .
Remarque
Ce que ce théorème signifie vraiment. Dans une base orthonormée, les coordonnées d'un vecteur se lisent par un produit scalaire, sans résoudre le moindre système linéaire : c'est l'avantage décisif de ces bases. Et le produit scalaire y reprend sa forme la plus simple, celle de : en notant et les matrices colonnes des coordonnées de et dans la base orthonormée,
Autrement dit, tout espace euclidien de dimension se calcule comme canonique, pourvu qu'on ait pris la peine de fabriquer une base orthonormée. C'est exactement ce que va permettre le procédé de Gram-Schmidt.
Attention. Ces formules sont fausses dans une base quelconque. Si n'est pas orthonormée, écrire est une erreur grave, et l'une des plus fréquentes du chapitre.
Le procédé de Gram-Schmidt
Propriété
Théorème d'orthonormalisation de Gram-Schmidt. Soient un espace préhilbertien réel et une famille libre de vecteurs de . Il existe une unique famille orthonormale de vérifiant les deux conditions suivantes :
- pour tout , ;
- pour tout , .
Démonstration. Raisonnons par récurrence sur , en montrant à chaque étape l'existence et l'unicité de une fois fixés.
Initialisation. La famille étant libre, . Posons : c'est un vecteur unitaire, puisque est un multiple non nul de , et
Pour l'unicité, soit un vecteur unitaire tel que et . La première condition donne pour un réel ; la condition impose ; enfin impose . Donc et .
Hérédité. Soit , et supposons construite une famille orthonormale vérifiant les deux conditions jusqu'au rang . Posons
Le vecteur est orthogonal à . En effet, pour ,
puisque vaut si et sinon.
Le vecteur est non nul. Si l'on avait , alors appartiendrait à , ce qui contredirait la liberté de la famille .
Construction de . Posons . La famille est orthonormale d'après les deux points précédents. Elle vérifie la condition 2 au rang :
car est orthogonal à . Enfin, la condition 1 : par construction, est combinaison linéaire de et de , donc de , d'où l'inclusion ; les deux sous-espaces ont pour dimension , la famille de gauche étant orthonormale donc libre et celle de droite libre par hypothèse. Une inclusion entre sous-espaces de même dimension finie est une égalité.
Unicité. Soit un vecteur unitaire tel que soit orthonormale, que et que . Comme est une base orthonormée de et que appartient à ce sous-espace, on peut écrire avec . Or est orthogonal à , donc et . La condition donne , et
impose , c'est-à-dire . La récurrence est achevée.
Remarque
À quoi servent les deux conditions. La condition 1, dite condition de drapeau, dit que le procédé respecte l'ordre des vecteurs : les premiers vecteurs orthonormés engendrent le même sous-espace que les premiers vecteurs de départ. Elle est ce qui rend le procédé algorithmique : on traite les vecteurs un par un, sans jamais revenir en arrière. La condition 2, dite de positivité, sert uniquement à lever l'ambiguïté de signe : sans elle, chaque pourrait être remplacé par , et il y aurait familles solutions.
Conséquence importante. Si l'on change l'ordre des vecteurs , on obtient en général une famille orthonormée différente : le procédé n'est pas symétrique en ses arguments.
L'algorithme en pratique
Méthode
Le procédé de Gram-Schmidt, mode d'emploi. Partant d'une famille libre , on calcule successivement, pour allant de à :
la somme étant vide (donc nulle) pour , ce qui donne .
Comment le lire. À l'étape , on retranche à tout ce qu'il « contient déjà » des directions précédentes : le vecteur est exactement le projeté orthogonal de sur , comme la section 6 le confirmera. Ce qui reste, , est orthogonal à tout ce qui précède ; il ne reste plus qu'à le normaliser.
Trois conseils de calcul.
- Vérifier l'orthogonalité au fur et à mesure : après avoir calculé , contrôler que pour . C'est deux lignes de calcul et cela évite de propager une erreur.
- Retarder les racines carrées. On peut travailler avec la famille orthogonale non normée définie par
puis normaliser tout à la fin. Les calculs restent alors en nombres rationnels, ce qui est nettement plus confortable. 3. Ne jamais oublier la normalisation finale. Une famille orthogonale n'est pas une famille orthonormée, et toutes les formules de la section précédente exigent des vecteurs unitaires.
Exemple
Gram-Schmidt dans . Orthonormalisons la base de euclidien canonique définie par
Étape 1. , donc
Étape 2. On calcule , puis
Contrôle : . Ensuite , donc et
Étape 3. On calcule et , puis
Contrôle : ce vecteur est bien orthogonal à et à . Enfin , donc et
Bilan. La base orthonormée obtenue est
On vérifie que pour , comme le théorème l'annonce : ces valeurs sont respectivement , et , c'est-à-dire les normes .
Exemple
Gram-Schmidt dans . Munissons du produit scalaire
et orthonormalisons la base canonique .
Étape 1. , donc .
Étape 2. , l'intégrande étant impair sur un intervalle symétrique. Donc , et , d'où
Étape 3. On calcule , et par imparité de . Donc
Calculons sa norme :
Ainsi , et
Contrôle. , et . La famille est bien orthonormée.
Existence de bases orthonormées
Propriété
Tout espace euclidien de dimension admet une base orthonormée.
Démonstration. L'espace étant de dimension finie , il admet une base , qui est en particulier une famille libre. Le procédé de Gram-Schmidt lui associe une famille orthonormale vérifiant . Cette famille est génératrice et libre, c'est donc une base orthonormée de .
Propriété
Théorème de la base orthonormée incomplète. Soit un espace euclidien de dimension . Toute famille orthonormale de , avec , peut être complétée en une base orthonormée de .
Démonstration. La famille est orthonormale, donc libre. Le théorème de la base incomplète, vu en algèbre linéaire, permet de la compléter en une base de .
Appliquons le procédé de Gram-Schmidt à cette base, et notons la famille orthonormale obtenue. Je dis que pour . En effet, la famille est orthonormale, elle vérifie pour tout ainsi que : elle satisfait donc les deux conditions du théorème de Gram-Schmidt appliqué aux premiers vecteurs. Par unicité, elle coïncide avec .
La famille est ainsi une base orthonormée de complétant la famille de départ.
Remarque
Le mécanisme à retenir. Gram-Schmidt ne touche pas aux vecteurs déjà orthonormés situés en tête de la famille : c'est une conséquence directe de la partie unicité du théorème, et c'est ce qui rend le théorème de la base orthonormée incomplète immédiat. En pratique, pour compléter une famille orthonormale, on complète d'abord en une base quelconque, puis on applique Gram-Schmidt en laissant les premiers vecteurs en place.
Projection orthogonale
Le supplémentaire orthogonal
Voici le théorème qui met en marche toute la section : il donne un supplémentaire canonique, et une seule hypothèse est requise.
Propriété
Théorème du supplémentaire orthogonal. Soient un espace préhilbertien réel et un sous-espace vectoriel de de dimension finie. Alors
Démonstration. Nous savons déjà que la somme est directe, puisque . Il reste à montrer que .
Cas . Alors et l'égalité est claire.
Cas général. Notons . Le sous-espace , muni de la restriction du produit scalaire, est un espace euclidien : il possède donc une base orthonormée .
Soit . Posons
Par construction, comme combinaison linéaire des , et . Montrons que . Pour ,
Le vecteur est donc orthogonal à tous les vecteurs de la famille , qui engendre : d'après la caractérisation par une famille génératrice, .
Tout s'écrit donc comme somme d'un élément de et d'un élément de , ce qui achève la démonstration.
Remarque
Où l'hypothèse sert. Elle sert à une seule chose : garantir l'existence d'une base orthonormée finie de , dont la démonstration a besoin pour fabriquer explicitement . Sans elle, l'énoncé est faux, comme le montre le contre-exemple des suites presque nulles donné à la section 4. Notez que , lui, peut parfaitement être de dimension infinie : c'est le cas d'usage principal, où est un espace de fonctions et un espace de polynômes de degré borné.
Propriété
Soit un espace euclidien de dimension , et soit un sous-espace vectoriel de . Alors
Démonstration. Le sous-espace est de dimension finie, donc et la formule des dimensions d'une somme directe donne , d'où la première égalité.
Pour la seconde, nous savons que . Appliquons la formule des dimensions à , qui est lui aussi de dimension finie :
Une inclusion entre deux sous-espaces de même dimension finie est une égalité : .
Remarque
Un outil de démonstration. L'égalité sert à transformer une question sur en une question sur , souvent plus simple lorsque est de petite dimension. Elle donne aussi un critère commode : pour deux sous-espaces et d'un espace euclidien, si et seulement si .
Le projeté orthogonal
Définition
Soient un espace préhilbertien réel et un sous-espace vectoriel de dimension finie de . On appelle projection orthogonale sur la projection sur parallèlement à , associée à la décomposition . On la note .
Pour , le vecteur est appelé projeté orthogonal de sur : c'est l'unique vecteur de tel que .
Propriété
Caractérisation et calcul du projeté orthogonal. Soient un sous-espace de dimension finie de et .
- Caractérisation. Pour , on a si et seulement si
- Formule dans une base orthonormée. Si est une base orthonormée de , alors
- Caractérisation par une famille génératrice. Si engendre , alors si et seulement si et pour tout .
Démonstration. Point 1. C'est la définition d'une projection associée à une somme directe : s'écrit de manière unique avec et , et .
Point 2. La démonstration du théorème du supplémentaire orthogonal a construit exactement cette décomposition : appartient à et appartient à . Par unicité de la décomposition, . En particulier, la valeur obtenue ne dépend pas de la base orthonormée choisie.
Point 3. Un vecteur est orthogonal à si et seulement s'il est orthogonal à une famille génératrice de , d'après l'égalité . Le point 3 est donc une reformulation du point 1.
Propriété
Soit un sous-espace de dimension finie de . La projection orthogonale vérifie :
- est un endomorphisme de ;
- ;
- et ;
- si et seulement si ;
- si est aussi de dimension finie (par exemple si est de dimension finie), ;
- pour tout .
Démonstration. Points 1 à 4. Ce sont les propriétés générales d'une projection associée à une décomposition en somme directe , établies dans le chapitre d'algèbre linéaire : la projection sur parallèlement à est linéaire, idempotente, d'image et de noyau , et elle laisse fixes exactement les vecteurs de .
Point 5. Pour , écrivons avec et . Alors . Comme en dimension finie, la décomposition est la décomposition de suivant , donc . Il vient .
Point 6. Avec les mêmes notations, et sont orthogonaux, donc le théorème de Pythagore donne
et l'on conclut par croissance de la racine carrée.
Exemple
Projection sur les matrices symétriques. Dans muni du produit scalaire canonique, on a vu que et sont supplémentaires et orthogonaux, donc . La décomposition
est donc exactement la décomposition suivant , ce qui donne sans le moindre calcul
Application numérique. Prenons dans . Alors , donc
La distance de à l'espace des matrices symétriques vaut donc
Distance à un sous-espace et meilleure approximation
Définition
Soient et un sous-espace vectoriel de . On appelle distance de à le réel
Propriété
Théorème de la meilleure approximation. Soient un espace préhilbertien réel, un sous-espace vectoriel de dimension finie de , et . Alors la borne inférieure définissant est atteinte en un unique point, à savoir :
avec égalité si et seulement si . En particulier,
Démonstration. Notons et soit quelconque. Décomposons
la première appartenance venant de la caractérisation du projeté orthogonal, la seconde du fait que et sont tous deux dans le sous-espace . Ces deux vecteurs sont donc orthogonaux, et le théorème de Pythagore donne
En passant à la racine carrée, pour tout : le minimum est atteint en , et la borne inférieure vaut .
Unicité. L'inégalité ci-dessus est une égalité si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si par séparation de la norme.
Remarque
Pourquoi ce théorème est le cœur du chapitre. Il transforme un problème de minimisation, a priori difficile puisqu'il porte sur une infinité de candidats, en un problème de calcul algébrique : il suffit de calculer , ce qu'une base orthonormée de ou un système linéaire fournit en quelques lignes. C'est le principe des moindres carrés, et c'est pourquoi les énoncés d'exercice se présentent souvent sous une forme qui ne mentionne ni projection ni orthogonalité :
- « déterminer » est le calcul de ;
- « quelle est la matrice symétrique la plus proche de ? » est le calcul de ;
- « minimiser » est l'ajustement affine d'un nuage de points.
Le réflexe. Devant un minimum d'une somme ou d'une intégrale de carrés, chercher l'espace préhilbertien et le sous-espace cachés derrière l'énoncé.
Propriété
Inégalité de Bessel. Soit une famille orthonormale de . Alors, pour tout ,
avec égalité si et seulement si .
Démonstration. Posons , dont est une base orthonormée puisque cette famille est libre et génératrice de . Le projeté orthogonal de sur vaut , et sa norme se calcule par la formule de la norme dans une base orthonormée :
Le théorème de Pythagore appliqué à , somme de deux vecteurs orthogonaux, donne
ce qui est l'inégalité annoncée. Il y a égalité si et seulement si , c'est-à-dire , c'est-à-dire .
Propriété
Formule de la distance. Avec les notations précédentes, si est une base orthonormée de et , alors
Plus généralement, sans base orthonormée, .
Démonstration. La première formule est la relation de Pythagore ci-dessus, réécrite sous la forme .
Pour la seconde, notons et observons que , puisque et . Alors
Calculer une distance à un sous-espace
Méthode
Calculer : trois voies. Le choix se fait sur la taille des objets en présence.
Voie A — base orthonormée de . À privilégier si est de petite dimension ou si une base orthonormée saute aux yeux (par exemple grâce à des arguments de parité).
- Construire une base orthonormée de , au besoin par Gram-Schmidt.
- Calculer .
- Conclure par , ou plus vite par .
Voie B — système linéaire dans une base quelconque. À privilégier quand Gram-Schmidt produirait des racines carrées désagréables.
- Prendre une base de , pas nécessairement orthonormée, et poser avec des inconnues .
- Écrire les équations , soit
- Résoudre ce système linéaire de équations à inconnues, ce qui donne , puis calculer .
Voie C — passer par l'orthogonal. À privilégier quand est nettement plus petite que , typiquement lorsque est un hyperplan.
- Déterminer une base orthonormée de , avec .
- Utiliser , donc
Exemple
Une distance dans , calculée de deux façons. Dans euclidien canonique, soient
Voie B : le système linéaire. Cherchons . Les produits scalaires utiles sont
Le système s'écrit
La seconde équation donne , que l'on reporte dans la première : , donc et . Ainsi
puis
Voie C : par l'orthogonal. Le sous-espace est de dimension dans , donc est une droite. Un vecteur y appartient si et seulement si et , c'est-à-dire . Prenons donc , de norme , et normalisons : . Alors
Les deux voies concordent, et la seconde tient en trois lignes : c'est le bon réflexe dès que est un hyperplan.
Exemple
Meilleure approximation d'une fonction par un polynôme. Munissons du produit scalaire , et cherchons
C'est le carré de la distance de la fonction au sous-espace , de dimension . Nous disposons déjà d'une base orthonormée de , calculée plus haut :
Les coefficients valent et (intégrande impair), donc
Le polynôme de degré au plus le plus proche de est donc la constante , et
valeur déjà calculée lors de l'orthonormalisation. Le minimum est atteint pour et , et pour ce seul couple.
Exemple
Le même problème par la voie B. Munissons cette fois du produit scalaire , et cherchons
La base de n'est pas orthonormée pour ce produit scalaire ; utilisons le système linéaire. Les produits scalaires utiles sont
En posant , les équations et donnent
De la première, ; en reportant dans la seconde, , soit , d'où puis . Le polynôme cherché est
Pour la distance, utilisons la formule , qui évite de développer un carré :
Le minimum vaut donc , atteint pour le seul couple .
Hyperplans d'un espace euclidien
Vecteur normal à un hyperplan
Rappelons qu'un hyperplan d'un espace vectoriel de dimension est un sous-espace de dimension , ou de façon équivalente le noyau d'une forme linéaire non nulle. Dans un espace euclidien, ces objets admettent une description particulièrement simple.
Propriété
Soit un espace euclidien de dimension .
- Pour tout vecteur non nul, l'ensemble est un hyperplan de .
- Réciproquement, pour tout hyperplan de , le sous-espace est une droite vectorielle, et pour tout vecteur non nul de .
Démonstration. Point 1. L'application est une forme linéaire sur , et elle est non nulle puisque . Son noyau est donc un hyperplan, et ce noyau est exactement .
Point 2. Soit un hyperplan, de dimension . La formule des dimensions donne : c'est une droite vectorielle. Soit un vecteur non nul de , de sorte que . Alors, en utilisant successivement et ,
Définition
Soit un hyperplan d'un espace euclidien . On appelle vecteur normal à tout vecteur non nul de , c'est-à-dire tout vecteur tel que .
Remarque
Unicité à un facteur près. Comme est une droite, deux vecteurs normaux à un même hyperplan sont colinéaires : le vecteur normal est unique à un facteur multiplicatif non nul près. Il existe exactement deux vecteurs normaux unitaires, opposés l'un de l'autre. Dans les formules ci-dessous, le choix entre les deux est sans importance, la valeur absolue effaçant le signe.
Exemple
Lire le vecteur normal sur une équation. Dans euclidien canonique, soit l'hyperplan d'équation
où . Cette équation s'écrit avec : les coefficients de l'équation sont exactement les coordonnées d'un vecteur normal. C'est la lecture immédiate à faire dans tout exercice.
Dans muni du produit scalaire canonique, l'hyperplan admet pour vecteur normal, puisque .
Distance à un hyperplan
Propriété
Distance d'un vecteur à un hyperplan. Soient un espace euclidien, un hyperplan de et un vecteur normal à . Alors, pour tout ,
et le projeté orthogonal de sur vaut
Démonstration. Le sous-espace est la droite , dont est une base orthonormée. La formule du projeté orthogonal dans une base orthonormée donne donc
Comme , on obtient l'expression annoncée de , puis
Propriété
Formule dans . Soit l'hyperplan de euclidien canonique d'équation , avec non nul. Alors, pour tout ,
Démonstration. C'est la formule précédente appliquée au vecteur normal , dont la norme vaut et pour lequel .
Exemple
Trois calculs.
Dans . Soit le plan d'équation et . Le vecteur est normal à , avec , et . Donc
Le projeté vaut , et l'on contrôle qu'il appartient bien à : .
Dans . Soit l'hyperplan d'équation et . Ici , et , donc
Le projeté vaut , dont la somme des coordonnées est bien nulle, et est de norme .
Dans . Soit et . Le vecteur normal est , de norme , et , donc
La matrice de trace nulle la plus proche de est .
Méthode
Reconnaître qu'on est face à un hyperplan. Dès qu'un sous-espace est décrit par une seule équation linéaire — une somme de coordonnées nulle, une trace nulle, une valeur d'évaluation nulle, une intégrale nulle — c'est un hyperplan, et la formule de la distance s'applique directement. Il suffit d'identifier le vecteur tel que l'équation s'écrive : ce vecteur est le normal, et le calcul tient en deux lignes. C'est toujours plus rapide que de chercher une base de l'hyperplan puis d'appliquer Gram-Schmidt à vecteurs.
Méthodes du chapitre
Le tableau des réflexes
| Situation rencontrée | Outil à mobiliser |
|---|---|
| Prouver qu'une application est un produit scalaire | Les quatre axiomes, dans l'ordre de la méthode |
| Majorer une somme, une intégrale, une trace | Cauchy-Schwarz, avec le bon second vecteur |
| Savoir quand une majoration est optimale | Cas d'égalité : familles proportionnelles |
| Calculer une norme de combinaison linéaire | Développement par bilinéarité |
| Reconnaître une orthogonalité cachée | Polarisation, ou identité de Pythagore |
| Montrer qu'une famille est libre | Orthogonale et sans vecteur nul |
| Décrire l'orthogonal d'un sous-espace | Système linéaire sur une famille génératrice |
| Fabriquer une base orthonormée | Procédé de Gram-Schmidt |
| Lire les coordonnées d'un vecteur | Base orthonormée, puis produits scalaires |
| Minimiser une somme ou une intégrale de carrés | Projection orthogonale, meilleure approximation |
| Calculer une distance à un sous-espace | Base orthonormée, système linéaire, ou orthogonal |
| Traiter un sous-espace d'équation unique | Hyperplan et vecteur normal |
Les erreurs classiques
- Oublier le caractère défini. Une forme bilinéaire symétrique positive n'est pas un produit scalaire. C'est l'axiome 4 qui distingue d'un vrai produit scalaire sur , et c'est lui qui interdit la formule sur tout entier.
- Traiter le produit scalaire comme un produit de nombres. L'égalité n'entraîne ni ni . De même, n'entraîne pas ; elle entraîne seulement .
- Écrire . C'est faux sauf si et sont positivement colinéaires. Pour toute norme de somme, passer au carré et développer.
- Croire à la réciproque de Pythagore pour trois vecteurs ou plus. L'égalité n'entraîne l'orthogonalité deux à deux que dans le cas .
- Utiliser la formule dans une base non orthonormée. Cette formule, comme celle du projeté orthogonal, exige une base orthonormée. Dans une base quelconque, il faut résoudre un système linéaire.
- Oublier de normaliser à la fin de Gram-Schmidt. Le procédé produit d'abord une famille orthogonale ; sans division par les normes, toutes les formules ultérieures sont fausses.
- Appliquer sans hypothèse de dimension. Le théorème exige que soit de dimension finie. En dimension infinie, peut être réduit à pour un strictement inclus dans , et peut être strictement plus grand que .
- Confondre projeté et distance. Le projeté est un vecteur de ; la distance est le réel . Une réponse à une question de distance qui est un vecteur est nécessairement fausse.
- Chercher une base de quand est un hyperplan. Passer par , qui est une droite : la formule économise tout le travail.
- Ne pas vérifier ses calculs de Gram-Schmidt. Contrôler l'orthogonalité de chaque vecteur construit avec tous les précédents, et vérifier que les normes valent bien : deux lignes de calcul qui sauvent un exercice entier.
Bloqué sur « Espaces préhilbertiens réels » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.