MPSI · Chapitre 02 · Premier semestre
Compléments de calcul algébrique et de trigonométrie
Sommes et produits, formule du binôme, sommes doubles, pivot sur de petits systèmes, inégalités, trigonométrie.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Sommes et produits
- Formule du binôme
- Sommes doubles
- Pivot sur de petits systèmes
- Inégalités
- Trigonométrie
Le premier chapitre a fixé la langue : les connecteurs, les quantificateurs, les modes de raisonnement, le vocabulaire des ensembles et des applications. Celui-ci fixe la technique. Il ne contient presque aucune théorie, mais il rassemble les gestes de calcul que vous répéterez toute l'année, et dont l'absence bloque immédiatement : manipuler un symbole , changer d'indice sans se tromper, reconnaître un télescopage, développer , intervertir deux sommes, résoudre un système linéaire proprement, majorer une expression, jongler avec les formules de trigonométrie. Les erreurs qu'on y commet ne sont pas des erreurs de compréhension mais des erreurs d'exécution, et elles se paient plus tard, dans des exercices où le calcul n'est plus le sujet mais seulement l'outil.
Les notations suivantes sont fixées pour tout le chapitre : , , désignent des indices entiers, et des entiers naturels, , , , des réels, et une famille finie de réels ; , , , les ensembles usuels de nombres, et , , leurs variantes habituelles. Les propriétés de que nous utilisons (ordre total, compatibilité avec les opérations, existence de la racine carrée d'un réel positif) sont admises : leur construction n'est pas au programme.
Sommes et produits
Familles finies et notation
Définition
Soit un ensemble fini. Une famille finie de réels indexée par est une application de dans ; on la note plutôt que , et s'appelle le terme d'indice de la famille.
Le cas le plus fréquent est celui où est un ensemble d'entiers consécutifs. Pour deux entiers et avec , on note la famille des réels .
Définition
Soient et deux entiers. La somme des termes de la famille , notée , est définie par récurrence sur :
- (somme vide) ;
- pour tout entier , .
De même, le produit des termes de la famille, noté , est défini par (produit vide) et .
Remarque
Les conventions « somme vide » et « produit vide » ne sont pas des caprices : ce sont les seules valeurs qui rendent les formules générales valables sans exception. Par exemple, la relation appliquée à impose que la somme vide vaille . Elles évitent d'avoir à traiter à part le cas dans chaque énoncé, et permettent d'initialiser les récurrences au rang le plus bas possible.
Définition
Dans l'écriture , la lettre est un indice muet : elle n'a d'existence qu'à l'intérieur du symbole , et la remplacer partout par une autre lettre non utilisée ne change pas la valeur de la somme. Ainsi
Remarque
Deux fautes très fréquentes, qu'il faut traquer dès maintenant.
- Écrire l'indice muet en dehors du . Une expression comme « » n'a aucun sens : le membre de gauche ne dépend pas de , le membre de droite en dépend.
- Utiliser la même lettre pour deux choses différentes. Dans une expression contenant déjà un , on n'écrit jamais . L'indice muet doit être une lettre neuve.
Le nombre de termes de la somme est , et non . Cette erreur de « décalage de » est la plus courante de toutes : pour la conjurer, on peut vérifier sur un cas minuscule, par exemple , qui comporte bien termes.
Règles de calcul
Propriété
Soient et deux familles de réels, et , deux réels.
- Linéarité : .
- Somme de termes constants : pour tout réel , .
- Relation de Chasles : pour tout entier tel que , .
Démonstration. Démontrons le premier point par récurrence sur . Pour , notons la proposition
Initialisation. Pour , les trois sommes sont vides, donc nulles : l'égalité s'écrit , elle est vraie. Donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier tel que soit vraie. Alors, en utilisant la définition de la somme puis l'hypothèse de récurrence,
Donc est vraie.
Conclusion. Par récurrence, est vraie pour tout entier .
Le deuxième point s'obtient en appliquant le premier à la famille constante, ou directement par une récurrence analogue : la somme vide vaut , et l'ajout d'un terme augmente le nombre de termes de . Le troisième point se démontre par récurrence sur à fixé, l'initialisation au rang étant l'égalité .
Remarque
La linéarité ne concerne que l'addition et la multiplication par un réel fixe. Il n'existe aucune règle du type , ni , ni . Le moindre doute se lève en testant sur deux termes : alors que .
Pour les produits, les règles correspondantes sont multiplicatives.
Propriété
Soient et deux familles de réels et un réel. En notant le nombre de termes,
La relation de Chasles vaut aussi pour les produits : pour tout entier tel que ,
Remarque
On passe d'un produit à une somme par le logarithme : si tous les sont strictement positifs, alors
Cette transformation, qui découle de et d'une récurrence immédiate, est utile pour étudier un produit dont on ne sait rien faire directement. Nous l'utiliserons peu dans ce chapitre, mais elle doit être connue.
Changements d'indice
Un changement d'indice consiste à décrire les mêmes termes en les repérant autrement. La somme ne change pas, seule son écriture change. Deux changements suffisent en pratique.
Propriété
Soient une famille de réels et un entier.
- Translation d'indice : . On l'obtient en posant .
- Réflexion d'indice : . On l'obtient en posant , ce qui revient à parcourir les termes dans l'autre sens.
Méthode
Effectuer un changement d'indice sans se tromper. On procède toujours dans cet ordre.
- Écrire explicitement la substitution : « posons », donc « ».
- Traduire les bornes : quand vaut , vaut ; quand vaut , vaut . Les nouvelles bornes sont donc et .
- Remplacer partout par son expression en fonction de dans le terme général, y compris dans les exposants et les indices.
- Vérifier sur le premier terme : celui obtenu pour doit être exactement l'ancien terme .
La quatrième étape n'est pas facultative. Elle coûte trois secondes et elle détecte la quasi-totalité des erreurs.
Exemple
Écrivons comme une somme d'indice partant de .
Posons , c'est-à-dire . Quand , ; quand , . Le terme général devient . Donc
Vérification sur le premier terme : pour on trouve , et pour l'ancien terme vaut . Les deux coïncident.
Regroupements et découpages
La relation de Chasles permet de couper une somme en deux. On peut aussi regrouper les termes selon la parité de l'indice.
Propriété
Soit une famille de réels. Alors
Ces égalités se retiennent en comptant les termes plutôt qu'en les apprenant : dans la première, il y a termes à gauche et à droite ; dans la seconde, termes à gauche et à droite.
Exemple
Calculons .
Séparons les indices pairs et impairs. Pour pair, ; pour impair, . Donc
Le résultat est conforme à l'intuition : les termes s'annulent deux à deux et il reste le premier.
Télescopage
C'est la technique la plus rentable du chapitre : elle transforme une somme de termes en une différence de deux termes.
Propriété
Soit une famille de réels. Alors
Démonstration. Raisonnons par récurrence sur . Pour , notons la proposition « ».
Initialisation. Pour , la somme est vide donc nulle, et le membre de droite vaut . Donc est vraie.
Hérédité. Soit tel que soit vraie. Alors
ce qui est exactement l'égalité voulue au rang . Donc est vraie.
Conclusion. Par récurrence, est vraie pour tout entier .
Méthode
Reconnaître et exploiter un télescopage. Devant une somme qui résiste, on cherche une famille telle que . Trois indices doivent y faire penser :
- le terme général est une différence de deux expressions de même forme, l'une se déduisant de l'autre en remplaçant par (par exemple , ou ) ;
- le terme général est une fraction dont le dénominateur est un produit de facteurs consécutifs, comme : on la décompose alors en différence de deux fractions simples ;
- le terme général contient une racine, comme , éventuellement après multiplication par la quantité conjuguée.
Une fois identifié, on applique la formule et on conclut. Il reste à vérifier le résultat sur ou .
Exemple
Calculons pour .
Cherchons deux réels et tels que pour tout . En réduisant au même dénominateur, le membre de droite vaut . Il suffit donc de prendre et , et l'on vérifie effectivement que pour tout ,
Posons alors pour : on a . Par télescopage,
Vérification : pour , et la formule donne ; pour , et la formule donne .
La version multiplicative s'énonce de la même façon.
Propriété
Soit une famille de réels tous non nuls. Alors
Démonstration. La récurrence est en tout point semblable à celle du télescopage additif. Pour , le produit est vide donc vaut , et le membre de droite vaut . Si l'égalité est vraie au rang , alors
la simplification étant licite car . Par récurrence, la formule vaut pour tout .
Exemple
Calculons pour .
Pour tout , on factorise le terme général :
Le produit se scinde donc en deux produits télescopiques. En posant , on a , et en posant , on a . D'où
Vérification : pour , , et la formule donne ; pour , , et la formule donne .
Sommes usuelles à connaître par coeur
Les résultats de cette section doivent être sus sans hésitation, et leurs démonstrations doivent pouvoir être refaites : plusieurs sont des exemples canoniques de récurrence ou de télescopage.
Somme des entiers, des carrés, des cubes
Propriété
Pour tout entier ,
Ces trois formules restent valables pour , les deux membres étant alors nuls.
Démonstration de la première formule, par récurrence. Pour , notons la proposition « ».
Initialisation. Pour , la somme est vide donc nulle, et . Donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier tel que soit vraie. Alors
qui est bien la formule au rang . Donc est vraie.
Conclusion. Par récurrence, pour tout entier , .
Remarque
On peut aussi obtenir cette formule sans récurrence, par réflexion d'indice. En posant et en réécrivant (réflexion d'indice avec ), on additionne les deux écritures :
d'où . C'est l'argument attribué au jeune Gauss, et c'est surtout une bonne illustration de ce que permet un changement d'indice.
Démonstration de la deuxième formule, par télescopage. Notons et partons de l'identité, valable pour tout entier ,
Sommons cette égalité pour allant de à . Le membre de gauche se télescope (c'est le cas ) et vaut . Le membre de droite se calcule par linéarité :
On obtient donc
Or . Ainsi
d'où .
Démonstration de la troisième formule, par récurrence. Notons la proposition « ».
Initialisation. Pour , les deux membres sont nuls, donc est vraie.
Hérédité. Soit tel que soit vraie. Alors
c'est-à-dire la formule au rang . Donc est vraie.
Conclusion. Par récurrence, la formule vaut pour tout entier .
Remarque
La démonstration par télescopage de est plus instructive que la récurrence : elle produit le résultat, alors que la récurrence se contente de le vérifier. Le même procédé, appliqué à , donne la somme des cubes à partir de celle des carrés, et ainsi de suite. C'est la méthode à connaître si l'on vous demande un jour de concours.
Exemple
Calculons , la somme des premiers entiers impairs.
Par linéarité,
Vérification : pour , .
Somme géométrique
Propriété
Soit un réel et un entier naturel.
- Si , alors .
- Si , alors .
Démonstration. Le cas est immédiat : la somme comporte termes tous égaux à .
Supposons et posons . Calculons en effectuant un changement d'indice :
où l'on a posé . Par conséquent,
les deux sommes de à étant égales (l'indice est muet) et se simplifiant. Ainsi , et comme on peut diviser par , ce qui donne le résultat annoncé.
Remarque
Il faut retenir la formule sous une forme parlante, valable quels que soient les indices de départ et d'arrivée :
Par exemple pour , ce que l'on retrouve en factorisant par et en se ramenant à la formule de base.
Exemple
Calculons et .
Pour , la raison est , donc
Vérification : pour , , et la formule donne .
Pour , la raison est et l'indice part de :
Factorisation de
Propriété
Pour tous réels et et tout entier ,
Démonstration. Soient et deux réels et . Développons le membre de droite en distribuant :
Posons, pour , . Alors et . L'expression précédente s'écrit donc
par télescopage. C'est bien l'égalité annoncée.
Les cas particuliers suivants doivent être immédiats.
a. : .
b. : .
c. : .
d. : .
Le point c redonne la somme géométrique : pour , .
Exemple
Factorisons pour .
Comme , la formule appliquée à , et donne
Vérification : en développant le produit, le terme constant vaut , et le coefficient de vaut , comme attendu. On peut aussi tester en : le membre de gauche vaut , et le membre de droite .
Somme arithmétique générale
Propriété
Soient et deux réels et un entier naturel. En posant pour ,
Démonstration. Par linéarité et grâce à la somme des entiers,
Pour la seconde écriture, il suffit de remarquer que , donc
ce qui est bien la même quantité.
Remarque
La forme à retenir est la seconde : une somme de termes en progression arithmétique vaut le nombre de termes multiplié par la moyenne du premier et du dernier. Elle évite tout calcul d'indice. Par exemple, la somme des entiers de à comporte termes, et vaut .
Factorielle et coefficients binomiaux
Factorielle
Définition
Soit un entier naturel. On appelle factorielle de , et l'on note , le produit des entiers de à :
En particulier , puisqu'il s'agit d'un produit vide.
Propriété
Pour tout entier , on a . Plus généralement, pour tous entiers ,
Démonstration. La première égalité est exactement la définition récursive du produit : . La seconde s'en déduit en appliquant la relation de Chasles au produit : , puis en divisant par , qui est non nul.
Remarque
Les premières valeurs sont à connaître : , , , , , , . La factorielle croît très vite, et il est presque toujours maladroit de la calculer : dans un quotient, on simplifie avant de multiplier. Écrire prend une ligne ; calculer n'en finit pas.
Exemple
Simplifions les expressions suivantes, où désigne un entier naturel.
a. , d'après la propriété précédente avec .
b. , après réduction au même dénominateur .
Définition des coefficients binomiaux
Définition
Soient et deux entiers tels que . On appelle coefficient binomial parmi , et l'on note , le nombre
Par convention, on pose lorsque ou .
Remarque
La convention d'annulation hors de l'intervalle n'est pas décorative : elle permet d'écrire les formules sans se soucier des bornes, exactement comme la convention de somme vide. Signalons également, sans nous en servir, que compte le nombre de parties à éléments d'un ensemble à éléments : cette lecture sera établie dans le chapitre de dénombrement. Dans ce chapitre-ci, est un objet de calcul, défini par la formule ci-dessus, et toutes nos démonstrations reposent uniquement sur cette formule.
Propriété
Soient et des entiers avec .
- Valeurs immédiates : , (pour ), et (pour ).
- Symétrie : .
- Forme abrégée : , le numérateur comptant exactement facteurs.
Démonstration. Pour le premier point, car , et de même . Pour , . Pour , .
Pour la symétrie, il suffit d'écrire la définition en remplaçant par , ce qui est licite car :
les deux expressions ne différant que par l'ordre des facteurs du dénominateur.
Pour le troisième point, la propriété sur les quotients de factorielles donne , produit de entiers consécutifs. En divisant par , on obtient la forme annoncée.
Méthode
Calculer un coefficient binomial à la main. On n'utilise jamais la définition telle quelle. On procède ainsi.
- Si , remplacer d'abord par grâce à la symétrie : on se ramène au plus petit des deux indices.
- Écrire la forme abrégée : facteurs décroissants à partir de au numérateur, au dénominateur.
- Simplifier avant de multiplier.
Exemple
Calculons et .
Pour le premier, est déjà le plus petit indice, donc
où l'on a simplifié avant tout calcul.
Pour le second, la symétrie donne . Le calcul direct aurait demandé dix facteurs au numérateur.
Formule de Pascal et triangle de Pascal
Propriété
Pour tout entier et tout entier ,
Démonstration. Traitons d'abord le cas , le seul où les trois coefficients sont donnés par la formule des factorielles. On a
Réduisons au même dénominateur . Dans la première fraction, on multiplie haut et bas par , ce qui transforme en ; dans la seconde, on multiplie haut et bas par , ce qui transforme en . Il vient
Il reste à vérifier les cas exclus. Si , le membre de gauche vaut , et le membre de droite . Si , les trois coefficients sont nuls par convention et l'égalité s'écrit . La formule est donc valable pour tout .
Remarque
La formule de Pascal montre au passage que tous les coefficients binomiaux sont des entiers naturels, ce que la définition par un quotient de factorielles ne rend pas évident. En effet, montrons par récurrence sur la proposition : « pour tout entier , ». Pour , et pour , donc est vraie. Si est vraie, soit un entier : si , ; si , ; si , la formule de Pascal donne , somme de deux entiers naturels par hypothèse de récurrence. Donc est vraie, et vaut pour tout .
La formule de Pascal permet de construire de proche en proche le tableau des coefficients binomiaux, appelé triangle de Pascal : chaque coefficient s'obtient en ajoutant celui qui est juste au-dessus et celui qui est au-dessus à gauche.
Exemple
Vérifions la construction sur la dernière ligne. Le coefficient s'obtient bien comme , et comme . On lit également la symétrie de chaque ligne, et le fait que la somme des termes de la ligne vaut : pour , . Cette dernière observation sera démontrée dans la section suivante.
Pour obtenir la ligne , il suffit de poursuivre : , , , , , , , .
Formule du capitaine
Propriété
Pour tous entiers et tels que ,
Démonstration. Soient et deux entiers tels que . Partons du membre de gauche :
où l'on a utilisé , licite puisque . Calculons maintenant le membre de droite. Comme , le coefficient est bien défini par la formule des factorielles, et
Les deux membres sont égaux à la même quantité, ce qui achève la démonstration.
Remarque
Le nom vient de la lecture combinatoire de l'égalité : choisir une équipe de personnes parmi puis désigner son capitaine, ou choisir d'abord le capitaine parmi les personnes puis compléter l'équipe. Nous n'utilisons pas cet argument, mais il aide à retenir la formule. Retenez surtout son usage : elle sert à faire sortir le facteur qui empêche d'appliquer directement le binôme dans une somme du type .
Exemple
Simplifions pour et réel, en préparation du calcul de la section suivante.
D'après la formule du capitaine, pour tout tel que , on a . Donc
En posant , cette dernière somme s'écrit . Le facteur , qui bloquait tout, a disparu.
Formule du binôme de Newton
Propriété
Soient et deux réels et un entier naturel. Alors
Remarque
Les deux écritures sont équivalentes : on passe de l'une à l'autre par la réflexion d'indice , combinée à la symétrie . Par ailleurs, la démonstration ci-dessous n'utilise des réels et que les propriétés suivantes : on peut les additionner et les multiplier, et leur produit ne dépend pas de l'ordre des facteurs. La formule reste donc valable pour deux objets quelconques qui commutent, c'est-à-dire tels que . Vous rencontrerez plus tard des cadres de calcul où la multiplication n'est pas commutative : cette hypothèse devra alors être vérifiée avant tout usage de la formule.
Démonstration. Fixons deux réels et et raisonnons par récurrence sur . Pour , notons la proposition
Initialisation. Pour , le membre de gauche vaut . Le membre de droite se réduit au seul terme d'indice , soit . Donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier tel que soit vraie. Écrivons et utilisons l'hypothèse de récurrence, puis la linéarité de la somme :
Dans la première somme, effectuons le changement d'indice : quand décrit les entiers de à , décrit ceux de à , et devient . Dans la seconde, renommons simplement l'indice muet en . Il vient
Isolons maintenant le terme d'indice dans la première somme et celui d'indice dans la seconde, afin que les deux sommes restantes portent sur les mêmes indices :
La formule de Pascal transforme le crochet en . De plus et , ce qui permet de réintégrer ces deux termes dans la somme, aux indices et :
C'est exactement .
Conclusion. Par récurrence, pour tout entier naturel et tous réels et , .
Méthode
Développer une puissance avec le binôme. Pour développer où et sont des expressions :
- identifier clairement et , signe compris : dans , on prend et , jamais ;
- écrire la somme complète avec les coefficients de la ligne du triangle de Pascal ;
- calculer chaque terme séparément, en surveillant les puissances des coefficients numériques : , et non ;
- contrôler le résultat en donnant une valeur simple à la variable, par exemple puis .
Exemple
Développons pour réel.
La ligne du triangle de Pascal est . Avec et , la formule du binôme donne
Contrôle : pour , les deux membres valent ; pour , le membre de gauche vaut et le membre de droite .
Conséquences immédiates
Propriété
Pour tout entier , . Pour tout entier , .
Démonstration. Pour la première égalité, appliquons la formule du binôme avec :
Pour la seconde, appliquons-la avec et , en supposant :
L'égalité exige , ce qui explique la restriction : pour , la somme vaut et non .
Remarque
En additionnant puis en soustrayant ces deux égalités, on obtient, pour , que la somme des coefficients binomiaux d'indice pair et celle des coefficients d'indice impair valent toutes deux . Sur la ligne du triangle : et .
Exemple
Calculons pour .
Le facteur interdit d'appliquer directement le binôme. La formule du capitaine le fait disparaître : pour , , donc
où l'on a posé , puis utilisé la somme des coefficients de la ligne .
Vérification : pour , , et la formule donne ; pour , , et la formule donne .
Sommes doubles
Familles à deux indices
Définition
Soient et deux ensembles finis. Une famille de réels indexée par est une application de dans , notée . La somme de ses termes se note
Lorsque et , on écrit plus simplement , et dans le cas où .
Une telle famille se visualise comme un tableau rectangulaire, l'indice repérant la ligne et l'indice la colonne :
Propriété
Soit une famille de réels indexée par . Alors
Ce résultat est admis. On dit que l'on intervertit les deux sommes.
Remarque
La justification est celle du tableau ci-dessus. La première écriture calcule d'abord la somme de chaque ligne, puis additionne les résultats. La seconde calcule d'abord la somme de chaque colonne, puis additionne les résultats. Dans les deux cas, chaque case du tableau est comptée une fois et une seule, donc on obtient le même nombre : la somme de tous les termes. Une démonstration complète se fait par récurrence sur , à partir de la linéarité de la somme, et n'apporte rien de plus que cette image.
Insistons : cette liberté n'existe que parce que les sommes sont finies. Nous verrons dans un chapitre ultérieur que l'interversion de deux sommations infinies demande des précautions.
Propriété
Soient et deux familles de réels. Alors
Démonstration. Notons , qui est un réel fixé, indépendant de . Par linéarité de la somme d'indice , on peut faire entrer le facteur constant dans la somme :
Or, pour chaque fixé, est une constante vis-à-vis de l'indice , donc une nouvelle application de la linéarité donne . En reportant, on obtient l'égalité annoncée.
Remarque
Cette formule est la version correcte de l'égalité fausse mentionnée plus haut : le produit de deux sommes n'est pas la somme des produits terme à terme, c'est la somme de tous les produits croisés. Sur deux termes chacune : , quatre termes et non deux.
Exemple
Calculons .
Fixons et sommons d'abord sur . Comme est constant vis-à-vis de ,
Il reste à sommer ce résultat sur :
Vérification : pour , les quatre termes sont , , , , de somme , et la formule donne .
Sommes triangulaires
Définition
Soit une famille de réels indexée par . On note
la somme des termes pour lesquels le couple vérifie , c'est-à-dire la somme des cases situées sur la diagonale du tableau ou au-dessus. On définit de même , où la diagonale est exclue.
Propriété
Avec les mêmes notations,
Méthode
Passer d'une écriture à l'autre. La règle tient en une phrase : on choisit lequel des deux indices sera l'indice extérieur, puis on décrit, à cet indice fixé, l'ensemble des valeurs possibles de l'autre.
- Écrire la condition sous la forme d'une double inégalité complète, ici .
- Pour sommer d'abord sur (indice intérieur), on fixe : la condition impose , et décrit .
- Pour sommer d'abord sur , on fixe : la condition impose , et décrit .
- Contrôler en comptant les termes : la somme triangulaire large comporte termes, la stricte en comporte .
Le contrôle de la quatrième étape se fait tout seul : pour la première écriture, et pour la seconde.
Propriété
Soit une famille indexée par . Alors
Démonstration. Soit un couple d'entiers tels que et . Comme l'ordre sur les entiers est total, exactement l'un des trois cas , , se produit. Les trois sommes du membre de droite portent donc sur trois parties deux à deux disjointes dont la réunion est l'ensemble de tous les couples : chaque terme est compté une fois et une seule dans chaque membre.
Propriété
Soit une famille de réels. Alors
Démonstration. D'après la formule du produit de deux sommes, appliquée à la même famille pour les deux facteurs,
Découpons cette somme double selon les trois cas , et :
La somme du milieu vaut . Quant à la dernière, échangeons les noms des deux indices muets : elle s'écrit , et comme le produit de deux réels ne dépend pas de l'ordre des facteurs, elle est égale à . Les deux sommes triangulaires sont donc égales, d'où le facteur .
Pour , on retrouve l'identité du lycée .
Exemple
Calculons .
Sommons d'abord sur , à fixé. Comme est constant vis-à-vis de ,
Il reste à sommer sur , en utilisant les sommes usuelles :
la dernière ligne utilisant la factorisation , que l'on obtient par le discriminant ou en vérifiant le développement.
Vérification : pour , les trois termes sont , et , de somme , et la formule donne . Pour , la somme vaut , et la formule donne .
Systèmes linéaires et méthode du pivot de Gauss
Vocabulaire
Définition
Soient et deux entiers naturels non nuls. On appelle système linéaire de équations à inconnues un système de la forme
où les et les sont des réels donnés, appelés respectivement coefficients et seconds membres, et où sont les inconnues.
Une solution est un -uplet de réels vérifiant simultanément les égalités. Résoudre le système, c'est déterminer l'ensemble de ses solutions, qui est une partie de .
Définition
Un système est dit homogène lorsque tous ses seconds membres sont nuls. Il est dit compatible lorsqu'il admet au moins une solution, et incompatible sinon. Deux systèmes sont dits équivalents lorsqu'ils ont exactement le même ensemble de solutions.
Remarque
Un système homogène est toujours compatible : le -uplet nul , appelé solution triviale, en est toujours solution. La question intéressante, pour un système homogène, n'est donc pas l'existence d'une solution mais l'existence d'une solution autre que la solution triviale.
Opérations élémentaires sur les lignes
Résoudre un système consiste à le remplacer par un système équivalent plus simple. Trois transformations, et trois seulement, sont autorisées.
Propriété
On note les lignes d'un système linéaire. Chacune des trois opérations élémentaires suivantes transforme le système en un système équivalent.
- Échange de deux lignes : avec .
- Dilatation d'une ligne : , où est un réel non nul.
- Transvection : , où est un réel quelconque et où .
Démonstration. Dans les trois cas, il suffit de montrer que toute solution du système de départ est solution du système obtenu, puis d'observer que l'opération est réversible par une opération de même nature, ce qui donne l'inclusion réciproque.
Pour l'échange, il n'y a rien à démontrer : les mêmes égalités sont écrites dans un autre ordre, et l'opération effectuée une seconde fois rétablit le système initial.
Pour la dilatation, soit une solution du système de départ. La ligne est une égalité entre deux réels ; en multipliant ses deux membres par , on obtient une égalité encore vraie, donc le -uplet vérifie la nouvelle ligne, et les autres lignes sont inchangées. Réciproquement, l'opération , licite car , ramène au système initial. L'hypothèse est essentielle : multiplier une ligne par la transformerait en l'égalité , et l'information qu'elle portait serait définitivement perdue.
Pour la transvection, soit une solution du système de départ. Il vérifie et ; en additionnant membre à membre l'égalité et l'égalité multipliée par , on obtient une égalité vraie, qui est exactement la nouvelle ligne . Les autres lignes, en particulier , sont inchangées. Réciproquement, l'opération ramène au système initial. L'hypothèse est essentielle : l'opération reviendrait à multiplier par , ce qui n'est réversible que si .
Remarque
Deux erreurs de rédaction sont sanctionnées sans discussion. La première consiste à modifier une ligne et à s'en servir dans la même étape, par exemple et écrites simultanément : le résultat dépend alors de l'ordre et l'équivalence n'est plus garantie. On ne se sert comme lignes pivots que de lignes non modifiées à cette étape. La seconde consiste à ne pas noter l'opération effectuée : la mention à droite du nouveau système n'est pas une décoration, c'est ce qui permet de refaire le calcul en cas d'erreur.
Systèmes échelonnés
Définition
Un système linéaire est dit échelonné lorsque, en lisant les lignes de haut en bas, le nombre de coefficients nuls situés au début de chaque ligne augmente strictement, jusqu'à d'éventuelles lignes entièrement nulles au premier membre.
Dans un tel système, le premier coefficient non nul de chaque ligne s'appelle un pivot. L'inconnue correspondante est dite principale. Les inconnues qui ne sont associées à aucun pivot sont dites secondaires, ou paramètres.
Remarque
Un système échelonné se résout de bas en haut : la dernière ligne non triviale donne la valeur d'une inconnue principale (éventuellement en fonction des paramètres), que l'on reporte dans la ligne du dessus, et ainsi de suite. C'est ce que l'on appelle la remontée.
Méthode
Méthode du pivot de Gauss. Pour résoudre un système linéaire, on procède en deux temps.
Descente : échelonner le système.
- Choisir dans la première colonne une ligne dont le coefficient est non nul, et l'amener en première position par un échange si nécessaire. Ce coefficient est le premier pivot. Si toute la colonne est nulle, passer à la colonne suivante.
- Éliminer l'inconnue correspondante dans toutes les lignes situées en dessous, par des transvections .
- Recommencer avec le système formé des lignes restantes et des colonnes suivantes, jusqu'à épuisement.
Remontée : conclure.
- Examiner les lignes dont le premier membre est nul. Si l'une d'elles a un second membre non nul, le système est incompatible : l'ensemble des solutions est vide, et le travail est terminé.
- Sinon, choisir comme paramètres les inconnues secondaires, exprimer les inconnues principales en fonction de ces paramètres en remontant les lignes, et décrire l'ensemble des solutions par une phrase complète.
En pratique, on privilégie les pivots égaux à ou de valeur absolue petite, et l'on évite les fractions le plus longtemps possible, quitte à multiplier une ligne par un entier non nul avant de l'utiliser.
Propriété
Un système linéaire relève de l'un des trois cas suivants, et d'un seul :
- il admet une unique solution ;
- il n'admet aucune solution ;
- il admet une infinité de solutions.
Après échelonnement, le cas 2 correspond à la présence d'une ligne du type avec . En l'absence d'une telle ligne, le cas 1 correspond à la situation où toutes les inconnues sont principales, et le cas 3 à celle où il subsiste au moins une inconnue secondaire.
Remarque
On retiendra qu'un système linéaire ne peut pas avoir exactement deux solutions, ni exactement dix-sept. Cette trichotomie est admise ici ; elle sera pleinement justifiée dans le chapitre consacré à l'algèbre linéaire. Notons dès à présent qu'un système homogène, toujours compatible, relève donc du cas 1 (la seule solution est alors la solution triviale) ou du cas 3.
Exemples complets
Exemple
Résolvons dans le système
Descente. Le coefficient de dans vaut : c'est un pivot commode. On élimine dans les deux autres lignes par et . Le système équivalent obtenu est
Le pivot suivant est le coefficient de dans . On élimine dans par :
Le système est échelonné : les trois pivots sont , et , et les trois inconnues sont principales.
Remontée. La troisième ligne donne . En reportant dans la deuxième, , donc et . En reportant dans la première, , donc .
Conclusion. Le système admet une unique solution : l'ensemble des solutions est . Vérification dans les trois équations de départ : , , .
Exemple
Résolvons dans le système
Descente. Les opérations et donnent
puis donne
Remontée. La troisième ligne est toujours vraie : elle n'apporte aucune information et disparaît. Les pivots sont le coefficient de dans et celui de dans : les inconnues et sont principales, et est secondaire. Posons , avec . La deuxième ligne donne , et la première .
Conclusion. Le système admet une infinité de solutions, et l'ensemble des solutions est
Vérification pour , c'est-à-dire pour le triplet : , , .
Si l'on remplace le second membre de la troisième équation par , le même échelonnement conduit à la ligne : le système devient incompatible et son ensemble de solutions est vide. Un changement de second membre suffit donc à faire passer du cas 3 au cas 2.
Exemple
Discutons, suivant la valeur du réel , le système
Descente. Les opérations et donnent
puis donne
Tout se joue sur le coefficient , qui est le troisième pivot lorsqu'il est non nul. Deux cas se présentent.
Premier cas : . La troisième ligne donne . La deuxième donne alors
et la première
Le système admet donc une unique solution, à savoir
Vérification pour : la solution annoncée est , et l'on a bien , , .
Second cas : . La troisième ligne s'écrit , ce qui est impossible. Le système est incompatible et l'ensemble des solutions est vide.
Conclusion. Pour , le système admet une unique solution donnée ci-dessus ; pour , il n'en admet aucune. Le cas d'une infinité de solutions n'apparaît pas ici, mais il suffit de remplacer le second membre de par pour que la dernière ligne devienne : le système admet alors une unique solution si , et une infinité de solutions, décrites par avec , si .
Inégalités dans
Ordre et compatibilité avec les opérations
L'ensemble est muni d'une relation d'ordre totale, notée : deux réels sont toujours comparables. Nous admettons cette propriété ainsi que les règles de compatibilité suivantes, qui sont la base de tout calcul sur les inégalités.
Propriété
Soient , , , des réels.
- Addition d'un réel : si , alors .
- Addition de deux inégalités de même sens : si et , alors .
- Multiplication : si et , alors ; si et , alors .
- Produit de deux inégalités entre réels positifs : si et , alors .
Démonstration. Les points 1 et 3 sont admis, ce sont les axiomes de compatibilité de l'ordre de . Les deux autres s'en déduisent.
Pour le point 2, supposons et . Le point 1 appliqué à l'inégalité avec le réel donne . Le même point appliqué à l'inégalité avec le réel donne . Par transitivité de l'ordre, .
Pour le point 4, supposons et . Comme , le point 3 appliqué à donne . Comme , le point 3 appliqué à donne . Par transitivité, .
Remarque
Trois manipulations sont interdites, et elles sont pourtant tentantes.
- On ne soustrait pas deux inégalités membre à membre : de et on ne déduit pas , qui est fausse. Pour soustraire, on change le sens de la seconde inégalité et on additionne.
- On ne divise pas deux inégalités membre à membre, pour la même raison.
- On ne multiplie pas deux inégalités entre réels quelconques : de et on ne déduit pas . L'hypothèse de positivité du point 4 n'est pas négociable.
Propriété
Soient et deux réels.
- Passage à l'inverse : si , alors . Le passage à l'inverse renverse l'ordre sur les réels strictement positifs.
- Passage au carré : si , alors . Réciproquement, si , et , alors .
Démonstration. Pour le premier point, supposons . Alors comme produit de deux réels strictement positifs, et
car et . Donc , et ces deux quantités sont strictement positives comme inverses de réels strictement positifs.
Pour le second point, supposons . Alors
comme produit de deux réels positifs. Donc . Pour la réciproque, raisonnons par contraposition : si , alors le sens direct appliqué à donne , et l'inégalité est même stricte puisque est un produit de deux réels strictement positifs. On a donc , ce qui est la négation de .
Remarque
L'hypothèse de positivité est indispensable dans les deux cas. Ainsi mais : la fonction carré n'est pas croissante sur tout entier. De même, mais : l'ordre n'est pas renversé, car les deux réels ne sont pas de même signe.
Valeur absolue
Définition
Soit un réel. La valeur absolue de est le réel
Géométriquement, est la distance de à , et est la distance entre les réels et .
Propriété
Soient , des réels et un réel positif.
- , et si et seulement si .
- , , et , c'est-à-dire .
- .
- .
Démonstration. Les points 1 et 2 se traitent en distinguant les cas selon les signes de et de ; par exemple, si et , alors , donc , et les trois autres cas sont analogues.
Pour le point 3 : si , alors , donc , et . Si , alors , donc , et . Dans les deux cas l'encadrement est vérifié.
Pour le point 4, montrons les deux implications. Supposons . D'après le point 3, et , cette seconde inégalité donnant . Donc . Réciproquement, supposons . Si , alors . Si , alors , et l'inégalité donne , c'est-à-dire . Dans les deux cas, .
Propriété
Soient et deux réels.
- Inégalité triangulaire : .
- Seconde inégalité triangulaire : .
- Cas d'une somme : pour toute famille de réels, .
Démonstration. Pour le point 1, appliquons l'encadrement à puis à :
En additionnant ces deux encadrements membre à membre, ce qui est licite pour des inégalités de même sens, on obtient
Comme , le point 4 de la propriété précédente, appliqué au réel et au majorant , donne exactement .
Pour le point 2, écrivons et appliquons l'inégalité triangulaire :
En échangeant les rôles de et de , on obtient de même , c'est-à-dire . En rassemblant les deux inégalités,
et le point 4 de la propriété précédente conclut : .
Pour le point 3, raisonnons par récurrence sur . Pour , les deux membres sont nuls. Supposons la propriété vraie au rang . Alors, par l'inégalité triangulaire puis par hypothèse de récurrence,
La propriété est donc vraie au rang , et par récurrence pour tout .
Exemple
Résolvons dans les inéquations et .
Pour la première, l'équivalence du point 4 donne
où l'on a ajouté à chaque membre, puis divisé par , ce qui conserve le sens des inégalités. L'ensemble des solutions est donc l'intervalle .
Pour la seconde, on nie l'équivalence précédente : équivaut à la négation de , c'est-à-dire à ou , soit ou . En termes de distance, on cherche les réels dont la distance à dépasse . L'ensemble des solutions est la réunion des deux intervalles ouverts, à savoir les réels strictement inférieurs à et ceux strictement supérieurs à .
Deux inégalités classiques
Propriété
Inégalité de Bernoulli. Pour tout réel et tout entier naturel ,
Démonstration. Fixons un réel et raisonnons par récurrence sur . Notons la proposition « ».
Initialisation. Pour , le membre de gauche vaut et le membre de droite . L'inégalité est vraie, donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier tel que soit vraie. Comme , on a . On peut donc multiplier l'inégalité par le réel positif sans en changer le sens :
Or
la dernière inégalité venant de . Par transitivité, , donc est vraie.
Conclusion. Par récurrence, l'inégalité vaut pour tout entier naturel .
Remarque
L'hypothèse sert uniquement à garantir dans l'hérédité, c'est-à-dire à autoriser la multiplication de l'inégalité par . Elle n'est pas superflue : pour et , le membre de gauche vaut et le membre de droite , or est faux.
Propriété
Inégalité entre moyenne géométrique et moyenne arithmétique. Pour tous réels positifs et ,
avec égalité si et seulement si .
Démonstration. Soient et . Leurs racines carrées existent, et
puisqu'un carré est positif. D'où l'inégalité annoncée.
Le cas d'égalité a lieu si et seulement si , c'est-à-dire , ce qui équivaut à en élevant au carré.
Exemple
Montrons que pour tout réel , on a .
Soit . Appliquons l'inégalité précédente aux réels positifs et :
d'où en multipliant par . L'égalité a lieu si et seulement si , c'est-à-dire puisque .
On peut aussi conclure directement : car .
Majorer, minorer, encadrer une somme
Méthode
Encadrer une somme. Pour encadrer dont on ne sait pas calculer la valeur exacte, on procède ainsi.
- Encadrer le terme général, à fixé, par des quantités indépendantes de : trouver deux réels et tels que pour tout tel que . Un encadrement du type « le dénominateur est compris entre ... et ... » suffit souvent, en n'oubliant pas que le passage à l'inverse renverse les inégalités.
- Sommer les inégalités obtenues, ce qui est licite car elles sont de même sens : .
- Contrôler la qualité de l'encadrement sur une petite valeur de , et vérifier qu'il répond bien à la question posée.
Le point délicat est le premier : l'encadrement du terme général doit être valable pour tous les indices concernés, ce qui suppose d'écrire explicitement « soit tel que ».
Exemple
Encadrons pour .
Soit un entier tel que . En ajoutant à chaque membre, on obtient . Ces trois quantités étant strictement positives, le passage à l'inverse renverse les inégalités :
Cet encadrement est valable pour chacun des indices. En sommant les inégalités de même sens, il vient
soit finalement
Vérification pour : , qui est bien compris entre et .
Trigonométrie
Cercle trigonométrique et mesure des angles
Définition
Le plan est rapporté à un repère orthonormé direct d'origine . On appelle cercle trigonométrique le cercle de centre et de rayon , orienté dans le sens direct, c'est-à-dire le sens inverse des aiguilles d'une montre.
Le radian est l'unité d'angle telle qu'un angle de mesure intercepte sur ce cercle un arc de longueur . Le cercle entier ayant pour longueur , un tour complet mesure radians, et un angle plat mesure radians. La conversion avec les degrés se fait par proportionnalité : degrés valent radians.
Définition
À tout réel , on associe le point du cercle trigonométrique obtenu en parcourant le cercle à partir du point de coordonnées , sur une longueur , dans le sens direct si et dans le sens indirect sinon. On appelle cosinus et sinus de , notés et , les coordonnées de ce point :
Remarque
Deux réels et donnent le même point du cercle si et seulement s'ils diffèrent d'un nombre entier de tours, c'est-à-dire s'il existe tel que . On dit alors que et sont congrus modulo , ce que l'on note . Un angle n'a donc pas une mesure, mais une infinité de mesures qui diffèrent deux à deux d'un multiple entier de .
Propriété
Pour tout réel :
- (relation fondamentale) ;
- et ;
- et : les fonctions et sont -périodiques ;
- et : la fonction est paire, la fonction est impaire.
Démonstration. Le point appartient au cercle de centre et de rayon : ses coordonnées vérifient donc l'équation de ce cercle, ce qui est le premier point. Le deuxième s'en déduit : , donc , c'est-à-dire , et de même pour le sinus. Le troisième traduit qu'ajouter à revient à effectuer un tour complet, ce qui ramène au même point. Le quatrième traduit que est le symétrique de par rapport à l'axe des abscisses, symétrie qui conserve l'abscisse et change le signe de l'ordonnée.
Définition
Soit un réel tel que , c'est-à-dire tel que pour tout . On appelle tangente de le réel
La fonction est impaire et -périodique.
Démonstration. L'imparité est immédiate : . Pour la périodicité, nous verrons ci-dessous que et , d'où , la définition ayant bien un sens en dès qu'elle en a un en .
Les valeurs suivantes doivent être connues instantanément, dans les deux sens : de l'angle vers la valeur, et de la valeur vers l'angle.
| non définie |
Remarque
Une manière commode de retenir la ligne du sinus : les valeurs sont , , , , . La ligne du cosinus est la même lue à l'envers, ce qui n'est pas un hasard : c'est la formule démontrée plus bas.
Exemple
Calculons et .
Pour le premier, on retranche un nombre entier de tours : . Comme , la -périodicité donne
Pour le second, l'imparité puis la périodicité donnent
Angles associés
Les formules suivantes se lisent toutes sur le cercle trigonométrique : chacune correspond à une symétrie qui échange ou transforme les coordonnées du point .
Angle opposé. et .
Angle supplémentaire. et .
Demi-tour. et .
Angle complémentaire. et .
Quart de tour. et .
Tangente. , et .
Méthode
Retrouver une formule d'angle associé sans l'apprendre. Ces formules ne se récitent pas, elles se reconstruisent en deux secondes.
- Placer approximativement sur le cercle, par exemple un angle aigu du premier quadrant, et placer le point image de l'angle demandé.
- Lire la position du nouveau point : le symétrique par rapport à l'axe des abscisses pour , par rapport à l'axe des ordonnées pour , par rapport à l'origine pour , par rapport à la première bissectrice pour .
- En déduire les signes, et repérer si les rôles du cosinus et du sinus sont échangés. Ils le sont exactement pour les angles faisant intervenir .
- Contrôler sur une valeur particulière, en évitant celles qui ne discriminent rien. Pour , la valeur ne tranche pas entre et , qui donnent toutes deux ; la valeur tranche, puisque .
Exemple
Simplifions .
D'après les formules ci-dessus, , et . Donc
Contrôle pour : , et .
Formules d'addition, de duplication et de linéarisation
Propriété
Pour tous réels et :
Lorsque les trois tangentes sont définies,
Ces formules sont admises.
Remarque
Le chapitre consacré aux nombres complexes fournira une démonstration de ces formules en une ligne, ainsi qu'un moyen mécanique de les retrouver. En attendant, il faut les connaître par coeur. Deux repères pour éviter les confusions : dans la formule du cosinus, le signe change par rapport à celui de l'angle, et les fonctions ne sont pas mélangées ; dans celle du sinus, le signe est conservé, et les fonctions sont mélangées.
Propriété
Formules de duplication. Pour tout réel :
Formules de linéarisation. Pour tout réel :
Démonstration. Les formules de duplication s'obtiennent en appliquant les formules d'addition avec :
Les deux autres écritures du cosinus s'en déduisent par la relation fondamentale : en remplaçant par , on obtient ; en remplaçant au contraire par , on obtient .
Les formules de linéarisation ne sont que ces deux dernières égalités résolues en et en : de on tire , et de on tire .
Remarque
Les formules de linéarisation servent à remplacer un carré par une expression du premier degré en et , au prix d'un doublement de l'angle. C'est la manoeuvre standard chaque fois qu'un carré gêne, et elle resservira massivement en analyse.
Exemple
Calculons la valeur exacte de .
L'angle n'est pas dans le tableau, mais il est différence de deux angles qui y sont : , ce que l'on vérifie en réduisant au dénominateur . La formule d'addition donne alors
Contrôle de vraisemblance : et , donc le résultat vaut environ , ce qui est cohérent pour le cosinus d'un angle proche de .
Produit en somme et somme en produit
Propriété
Transformation d'un produit en somme. Pour tous réels et :
Démonstration. Additionnons puis soustrayons les deux formules d'addition du cosinus :
les termes se simplifiant deux à deux. En divisant par , on obtient les deux premières égalités. La troisième s'obtient de la même façon en additionnant les deux formules d'addition du sinus :
Propriété
Transformation d'une somme en produit. Pour tous réels et :
Démonstration. Ce sont les mêmes formules, lues dans l'autre sens. Soient et deux réels ; posons
de sorte que et . La première formule de transformation d'un produit en somme s'écrit alors
c'est-à-dire, en multipliant par et en revenant à et ,
Les trois autres formules s'obtiennent exactement de la même manière, en partant des deux autres transformations, celle de s'obtenant en soustrayant les deux formules d'addition du sinus au lieu de les additionner, ce qui donne .
Remarque
Ces quatre formules sont dites « de l'angle moitié », car les angles qui apparaissent au second membre sont la demi-somme et la demi-différence des angles de départ. Elles servent à factoriser : une équation du type se ramène ainsi à un produit nul, et une somme de cosinus devient calculable par télescopage, comme dans l'exemple ci-dessous.
Exemple
Calculons , où est un réel tel que .
L'idée est de faire apparaître un télescopage en multipliant par , qui est non nul par hypothèse. Soit un entier tel que . La transformation d'un produit en somme, appliquée à et , donne
la dernière égalité utilisant l'imparité du sinus. En posant , le membre de droite est exactement . En sommant pour allant de à et en utilisant la linéarité puis le télescopage,
La transformation d'une somme en produit permet enfin de factoriser ce second membre : avec et , on a et , d'où
Comme , on peut diviser :
Vérification pour et : la somme vaut , et la formule donne .
Remarque
La condition signifie que n'est pas un multiple entier de . Dans le cas exclu, tous les cosinus valent et la somme vaut simplement . Signalons enfin que le chapitre sur les nombres complexes donnera une seconde méthode pour ce calcul, reposant sur la somme géométrique ; nous ne l'utilisons pas ici.
Équations trigonométriques
Propriété
Soient et deux réels.
et, lorsque les deux tangentes sont définies,
Remarque
Ces énoncés sont des équivalences, et c'est tout leur intérêt : ils donnent l'ensemble complet des solutions, sans oubli ni solution parasite. La justification se lit sur le cercle. Deux points du cercle ont la même abscisse si et seulement s'ils sont confondus ou symétriques par rapport à l'axe des abscisses, ce qui donne les deux familles et . Ils ont la même ordonnée si et seulement s'ils sont confondus ou symétriques par rapport à l'axe des ordonnées, ce qui donne et . Pour la tangente, les points sont confondus ou diamétralement opposés, d'où le pas de .
Exemple
Résolvons dans l'équation .
On commence par écrire le second membre comme un cosinus connu : d'après le tableau des valeurs remarquables. L'équation s'écrit donc , et l'équivalence ci-dessus donne
La figure ci-dessus montre la lecture géométrique : les solutions sont les réels dont le point image se trouve sur la droite verticale d'abscisse , laquelle coupe le cercle en exactement deux points, ceux d'angles et . Toutes les autres solutions s'obtiennent en ajoutant un nombre entier de tours.
Sur l'intervalle , il ne reste que deux solutions : , et .
Exemple
Résolvons dans l'équation .
L'équivalence relative au sinus donne deux familles de solutions, correspondant aux deux cas et , avec :
L'ensemble des solutions est la réunion de ces deux familles. Contrôle sur la seconde, pour : donne et , deux angles dont la somme vaut , donc supplémentaires, donc de même sinus.
Méthode
Résoudre une inéquation trigonométrique. On ne manipule pas les inégalités par le calcul : on lit sur le cercle.
- Résoudre d'abord l'équation associée, pour obtenir les angles frontières.
- Placer ces angles sur le cercle trigonométrique, et repérer la zone qui convient : une inéquation en se lit horizontalement (abscisse du point), une inéquation en se lit verticalement (ordonnée du point).
- Décrire l'arc obtenu par un intervalle d'angles, en choisissant un intervalle de longueur commode, par exemple ou .
- Ajouter la périodicité pour conclure sur tout entier.
Exemple
Résolvons l'inéquation sur l'intervalle .
L'équation associée a pour solutions, dans cet intervalle, et . Les points du cercle d'abscisse supérieure ou égale à sont ceux situés à droite de la droite verticale d'abscisse : ils forment l'arc qui joint le point d'angle au point d'angle en passant par le point d'angle .
L'ensemble des solutions dans est donc l'intervalle . Sur tout entier, les solutions sont les réels pour lesquels il existe tel que .
Écriture
Propriété
Soient et deux réels non tous les deux nuls. Posons . Il existe un réel , unique modulo , tel que
et l'on a alors, pour tout réel ,
Démonstration. Comme et ne sont pas tous les deux nuls, , et le couple vérifie
C'est donc un point du cercle trigonométrique : il existe un réel , unique modulo , dont il est le point image, c'est-à-dire tel que et .
Soit alors un réel. En factorisant par puis en appliquant la formule d'addition du cosinus,
Méthode
Mettre sous forme d'un seul cosinus.
- Calculer , qui est toujours positif : c'est l'amplitude.
- Factoriser par pour faire apparaître .
- Reconnaître comme un cosinus et comme un sinus du même angle : c'est l'unique étape qui demande le tableau des valeurs remarquables, et il faut que les deux conditions soient satisfaites simultanément, le signe compris.
- Conclure par , et vérifier sur une valeur simple de .
Cette écriture donne immédiatement le maximum et le minimum de l'expression, à savoir et , puisque le cosinus varie entre et . Elle ramène surtout toute équation du type à une équation en cosinus, que l'on sait résoudre.
Exemple
Résolvons dans l'équation .
Mise sous forme d'un cosinus. Ici et , donc . On cherche tel que
et le tableau des valeurs remarquables donne , qui vérifie bien les deux conditions. Ainsi, pour tout réel ,
Contrôle pour : le membre de gauche vaut , et le membre de droite .
Résolution. L'équation devient
D'après l'équivalence relative au cosinus, il existe tel que
c'est-à-dire ou .
Conclusion et vérification. L'ensemble des solutions est formé des réels et , pour . Pour , l'équation donne : correct. Pour , on a et , donc le membre de gauche vaut : correct également.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.