MP · Chapitre 11

Calcul différentiel et optimisation

Dérivée selon un vecteur, différentielle, gradient, règle de la chaîne, fonctions de classe Cᵏ, vecteurs tangents, optimisation aux premier et second ordres.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Dérivée selon un vecteur
  • Différentielle
  • Gradient
  • Règle de la chaîne
  • Fonctions de classe Cᵏ
  • Vecteurs tangents
  • Optimisation aux premier et second ordres

Pendant deux ans, vous avez dérivé des fonctions d'une seule variable réelle. Le chapitre sur les fonctions vectorielles a élargi le décor, mais d'un seul côté : l'arrivée était devenue un espace vectoriel, alors que le départ restait un intervalle de R. Le taux d'accroissement f(a+h)f(a)h gardait donc un sens littéral, puisqu'on divisait un vecteur par un scalaire. Ici, tout bascule de l'autre côté : c'est le départ qui devient vectoriel. Une fonction f prend en entrée un point a d'un espace E de dimension finie, et l'accroissement h est maintenant un vecteur. On ne peut plus diviser par h, et la définition de première année ne se recopie pas. Il faut inventer autre chose.

Le premier réflexe, celui de tout le monde, consiste à figer toutes les variables sauf une et à dériver comme avant : ce sont les dérivées partielles. C'est utile, c'est calculatoire, et c'est ce que vous ferez cent fois. Mais c'est aussi terriblement insuffisant, et il faut le comprendre dès la première page du chapitre. Connaître les dérivées partielles de f en a, c'est connaître le comportement de f le long de n droites seulement, celles qui sont dirigées par les vecteurs de base. Or on peut s'approcher de a par une infinité d'autres chemins, en particulier par des chemins courbes. Nous verrons une fonction qui admet en l'origine une dérivée dans toutes les directions et qui n'y est pourtant même pas continue : elle tend vers 0 le long de chaque droite passant par l'origine, et vaut 12 le long d'une parabole. Les dérivées partielles, seules, ne contrôlent rien.

La bonne notion tient en une phrase, et c'est le fil directeur de tout le chapitre : différentier, c'est approcher par une application linéaire. Dire que f est différentiable en a, c'est dire qu'il existe une application linéaire df(a) telle que f(a+h)=f(a)+df(a)(h)+o(h), c'est-à-dire que l'accroissement de f est linéaire en h, à un terme négligeable près. C'est exactement le développement limité d'ordre 1 de première année, écrit avec des vecteurs. L'objet nouveau, et il faut s'y habituer, c'est que la « dérivée » de f en a n'est plus un nombre ni un vecteur : c'est une application linéaire de E dans F. Une seule condition, mais globale, qui contrôle d'un coup toutes les directions et tous les chemins.

De cette définition découle toute la mécanique du calcul. Les dérivées partielles réapparaissent comme les valeurs de df(a) sur les vecteurs de base, ce qui donne la matrice jacobienne ; la composition devient un produit de matrices, c'est la règle de la chaîne ; et un théorème central, admis par le programme, retourne enfin la situation en notre faveur : si les dérivées partielles existent et sont continues sur un ouvert, alors la fonction est différentiable en tout point. C'est ce théorème qui rend le chapitre praticable, car il permet de conclure à la différentiabilité par un simple argument d'opérations, sans jamais revenir à la définition.

Vient ensuite la géométrie. Lorsque f est numérique et que l'espace de départ est euclidien, la différentielle, qui est une forme linéaire, se représente par un vecteur : le gradient, défini par df(a)(h)=f(a),h. Ce vecteur porte deux informations que rien d'autre ne donne aussi simplement : sa direction est celle de la plus forte pente, et il est orthogonal aux lignes ou surfaces de niveau. C'est ainsi qu'on écrit une équation de plan tangent sans aucun outil sophistiqué, en dérivant le long d'un arc tracé sur la surface.

Le dernier tiers du chapitre est le but de tout le reste : l'optimisation. Chercher le minimum d'une fonction de plusieurs variables, c'est le problème que posent la physique, l'économie, la statistique et une bonne moitié des problèmes de concours. La stratégie est en deux temps, exactement comme en première année. Au premier ordre, un extremum atteint en un point intérieur annule la différentielle : on obtient les points critiques, qui sont des candidats et rien de plus. Au second ordre, la matrice hessienne et le signe de ses valeurs propres décident, quand ils ne sont pas dégénérés. Et l'existence même d'un extremum, elle, ne vient jamais du calcul : elle vient de la compacité, ou de la coercivité, deux arguments de topologie qu'il faut produire avant de dériver quoi que ce soit.

Une remarque de méthode, enfin, qui vous évitera de perdre du temps. Trois théorèmes célèbres du calcul différentiel sont hors programme en MP : le théorème des fonctions implicites, le théorème d'inversion locale, et les multiplicateurs de Lagrange. Aucun exercice de concours de la filière ne peut donc exiger leur emploi, et aucun résultat de ce chapitre n'en a besoin. Une contrainte se traite par paramétrage ou par substitution, une tangente s'obtient en dérivant un arc explicite, un extremum sur un fermé borné s'obtient par compacité. Il en va de même de la différentielle seconde comme application bilinéaire : elle n'existe pas dans ce programme, et l'ordre 2 s'écrit uniquement avec les dérivées partielles secondes et la matrice hessienne. Sachez-le, et n'allez pas chercher ailleurs ce que ces outils élémentaires suffisent à faire.

Fixons les notations, valables partout dans le chapitre. Les lettres E, F, G désignent des R-espaces vectoriels normés de dimension finie, la norme étant notée sans indice quand aucune confusion n'est possible ; U désigne toujours un ouvert de E, et a un point de U. Lorsqu'une base B=(e1,,en) de E est fixée, les coordonnées d'un vecteur h y sont notées h1,,hn. On note Dvf(a) la dérivée de f en a selon le vecteur v, if(a) ou fxi(a) les dérivées partielles, df(a) la différentielle, Jf(a) la matrice jacobienne, f(a) le gradient et Hf(a) la matrice hessienne. Les classes de régularité s'écrivent C1, Ck, C. Le produit scalaire d'un espace euclidien est noté ,, et le gradient n'est défini que dans ce cadre : une fonction numérique sur un espace euclidien. Enfin, toutes les normes de E étant équivalentes puisque E est de dimension finie, aucune des notions de ce chapitre ne dépend du choix des normes, et l'on ne les précisera donc jamais.

Dérivée selon un vecteur, dérivées partielles

Dérivée selon un vecteur

Définition

Soient U un ouvert de E, f:UF, aU et vE. Comme U est ouvert, il existe η>0 tel que a+tvU pour tout t]η,η[, ce qui donne un sens à la définition suivante.

On dit que f admet une dérivée en a selon le vecteur v lorsque la limite

limt0t0f(a+tv)f(a)t

existe dans F. Cette limite se note alors Dvf(a).

Remarque

La justification de l'existence de η mérite d'être écrite une fois pour toutes. Si v=0E, tout t convient. Sinon, U étant ouvert, il existe r>0 tel que B(a,r)U ; il suffit de poser η=rv, car alors tv=tv<r pour t<η. C'est le premier rôle de l'hypothèse « U ouvert » : elle garantit qu'on peut bouger un peu dans n'importe quelle direction sans sortir de l'ensemble de définition. Cette hypothèse ne sera jamais décorative dans ce chapitre.

Posons φ:tf(a+tv), définie sur ]η,η[ et à valeurs dans F. C'est une fonction vectorielle d'une variable réelle, exactement l'objet du chapitre précédent, et par définition

Dvf(a)=φ(0).

Tout le calcul des dérivées selon un vecteur se ramène donc à de la dérivation en une variable : c'est le point de vue à adopter dans les exercices.

Propriété

Soient f:UF, aU, vE et λR. Si Dvf(a) existe, alors Dλvf(a) existe et

Dλvf(a)=λDvf(a).

En particulier D0Ef(a)=0F.

Démonstration. Si λ=0, le taux d'accroissement f(a+t0E)f(a)t est nul pour tout t0, donc la limite existe et vaut 0F, ce qui est bien 0Dvf(a).

Si λ0, posons s=λt. Pour t0 assez petit,

f(a+tλv)f(a)t=λf(a+sv)f(a)s.

Quand t0, on a s0 avec s0, donc le membre de droite tend vers λDvf(a) par composition de limites.

Remarque

Retenez bien ce que cette propriété ne dit pas. Elle affirme l'homogénéité de vDvf(a), et rien d'autre. L'additivité, c'est-à-dire Du+vf(a)=Duf(a)+Dvf(a), est fausse en général : nous en donnons un contre-exemple explicite à la fin de cette section. Autrement dit, l'application vDvf(a) n'a aucune raison d'être linéaire, et c'est précisément ce défaut que la différentiabilité viendra corriger.

Dérivées partielles dans une base

Définition

Soit B=(e1,,en) une base de E. Pour f:UF et aU, la i-ième dérivée partielle de f en a relativement à B est, lorsqu'elle existe, la dérivée de f en a selon le vecteur ei :

if(a)=Deif(a)=limt0t0f(a+tei)f(a)t.

On la note aussi fxi(a).

Remarque

Concrètement, si a=(a1,,an) dans la base B, alors

if(a)=ddt[f(a1,,ai1,t,ai+1,,an)]t=ai:

on dérive par rapport à la i-ième variable en figeant toutes les autres. C'est une dérivation en une variable, avec toutes les règles de première année (produit, quotient, composée), les autres variables jouant le rôle de constantes.

Pour E=R2, on écrit fx et fy ; pour E=R3, on ajoute fz. Un point de vocabulaire à ne pas négliger : la notation fx ne mentionne pas la base, alors que la notion en dépend. Changez de base, et les dérivées partielles changent. Ce n'est pas le cas de la différentielle, qui est un objet intrinsèque : c'est un argument de plus en sa faveur.

Voici quatre calculs de dérivées partielles. Dans chaque cas, on dérive par rapport à une variable en traitant les autres comme des constantes.

a. f(x,y)=x2y+exy : xf=2xy+yexy et yf=x2+xexy.

b. f(x,y)=xy sur R+×R : xf=yxy1 et yf=xylnx.

c. f(x,y)=Arctanyx sur R+×R : xf=yx2+y2 et yf=xx2+y2.

d. f(x,y,z)=xy1+z2 : xf=y1+z2, yf=x1+z2, zf=2xyz(1+z2)2.

Pour b., on écrit xy=eylnx avant de dériver en y. Pour c., la dérivation en x donne 11+y2/x2×(yx2)=x2x2+y2×(yx2)=yx2+y2.

Exemple

Une dérivée selon un vecteur quelconque. Soient f(x,y)=x2y, a=(1,1) et v=(1,2). Posons φ(t)=f(a+tv)=(1+t)2(1+2t). Alors

φ(t)=2(1+t)(1+2t)+2(1+t)2,doncDvf(a)=φ(0)=2+2=4.

On remarquera que xf(1,1)=2xy(1,1)=2 et yf(1,1)=x2(1,1)=1, et que 1×2+2×1=4 : la dérivée selon v=(1,2) est ici la combinaison des dérivées partielles avec les coordonnées de v. Ce n'est pas un hasard, mais ce n'est pas non plus une loi générale : cela vaudra exactement pour les fonctions différentiables, et c'est tout l'objet de la section suivante.

Ce que les dérivées selon un vecteur ne disent pas

C'est le passage le plus important de cette section, et celui que les candidats oublient le plus vite. L'existence des dérivées partielles, et même l'existence de la dérivée selon tout vecteur, n'entraîne ni la continuité, ni la différentiabilité.

Exemple

Le contre-exemple de référence. Soit f:R2R définie par

f(x,y)=x2yx4+y2si (x,y)(0,0),f(0,0)=0.

Toutes les dérivées selon un vecteur existent en l'origine. Soit v=(α,β)(0,0). Pour t0,

f(tα,tβ)f(0,0)t=1tt2α2tβt4α4+t2β2=1tt3α2βt2(t2α4+β2)=α2βt2α4+β2.

Si β0, ce quotient tend vers α2ββ2=α2β quand t0. Si β=0, le numérateur est nul, donc le quotient est nul pour tout t0 et la limite vaut 0. Dans tous les cas la limite existe :

Dvf(0,0)=α2β  si β0,Dvf(0,0)=0  si β=0.

En particulier xf(0,0)=D(1,0)f(0,0)=0 et yf(0,0)=D(0,1)f(0,0)=0.

La fonction n'est pourtant pas continue en l'origine. Approchons-nous par la parabole y=x2 : pour x0,

f(x,x2)=x2x2x4+x4=x42x4=12.

Ainsi f(x,x2)12 quand x0, alors que f(0,0)=0. La fonction f n'a donc pas de limite égale à f(0,0) en l'origine : elle n'y est pas continue, donc a fortiori elle n'y est pas différentiable (nous verrons que la différentiabilité entraîne la continuité).

Pourquoi cela ne contredit rien. Une dérivée selon un vecteur ne regarde f que le long d'une droite. Ici, f est nulle en l'origine et tend vers 0 le long de chaque droite passant par l'origine, mais elle vaut constamment 12 le long d'une parabole. Aucune information sur des droites ne peut détecter ce comportement : il faut une condition qui contrôle tous les chemins à la fois, et c'est exactement ce que fait le développement limité d'ordre 1.

Le défaut d'additivité. Sur cet exemple, D(1,1)f(0,0)=1 et D(0,1)f(0,0)=0, tandis que D(1,2)f(0,0)=12. Or 1+0=112 : l'application vDvf(0,0) n'est pas additive, donc pas linéaire.

Remarque

Un second exemple, plus court, mérite d'être connu car il tient en deux lignes. Soit

g(x,y)=xyx2+y2si (x,y)(0,0),g(0,0)=0.

Comme g(x,0)=0 et g(0,y)=0, les deux dérivées partielles existent en l'origine et y sont nulles. Pourtant g(t,t)=t22t2=12 pour t0, donc g n'est pas continue en (0,0). Deux dérivées partielles, c'est deux droites : il en reste une infinité.

Applications différentiables

La définition

Définition

Soient U un ouvert de E, f:UF et aU. On dit que f est différentiable en a lorsqu'il existe une application linéaire L:EF et une application ε, définie sur un voisinage de 0E, à valeurs dans F, de limite 0F en 0E, telles que

f(a+h)=f(a)+L(h)+hε(h)

pour tout h assez petit pour que a+hU.

L'application L est alors unique (voir ci-dessous) : on l'appelle la différentielle de f en a et on la note df(a). On écrit

f(a+h)=f(a)+df(a)(h)+o(h).

Remarque

Trois commentaires, à lire lentement.

D'abord, la notation o(h) désigne exactement une fonction de la forme hhε(h) avec ε(h)0F. C'est la traduction vectorielle du « petit o » de première année ; on ne peut pas diviser par un o, on peut seulement le majorer.

Ensuite, l'objet df(a) est une application linéaire de E dans F, pas un nombre ni un vecteur. L'écriture df(a)(h) est donc l'image du vecteur h par cette application, et l'écriture df(a)h se rencontre aussi. Ne confondez jamais df(a), qui est une application linéaire, avec df(a)(h), qui est un vecteur de F.

Enfin, on n'a pas eu besoin d'exiger la continuité de L : les espaces étant de dimension finie, toute application linéaire de E dans F est automatiquement continue. C'est un résultat du chapitre de topologie, et il sera utilisé sans commentaire dans toutes les démonstrations qui suivent. De même, comme toutes les normes de E (et de F) sont équivalentes, la différentiabilité et la valeur de df(a) ne dépendent pas des normes choisies.

Unicité de la différentielle

Théorème

Soient f:UF et aU. Si f est différentiable en a, l'application linéaire L de la définition est unique.

Démonstration. Supposons que deux applications linéaires L1 et L2 conviennent, avec des fonctions ε1 et ε2 de limite nulle. En soustrayant les deux développements, on obtient, pour tout h assez petit,

(L1L2)(h)=h(ε2(h)ε1(h)).

Posons δ=L1L2, qui est linéaire, et η(h)=ε2(h)ε1(h), de limite 0F en 0E.

Fixons un vecteur vE non nul et appliquons cette égalité à h=tv avec t>0 assez petit :

δ(tv)=tvη(tv),c’est-aˋ-diretδ(v)=tvη(tv)

par linéarité de δ et parce que tv=tv pour t>0. En divisant par t>0, il vient

δ(v)=vη(tv).

Le membre de gauche ne dépend pas de t, et le membre de droite tend vers 0F quand t0+, puisque tv0E. Donc δ(v)=0F.

Ceci valant pour tout v0E, et δ(0E)=0F par linéarité, on conclut δ=0, c'est-à-dire L1=L2.

Remarque

La démonstration mérite d'être retenue pour sa mécanique, qui resservira : pour identifier une application linéaire dans un développement limité, on teste sur un vecteur fixé v et on fait tendre t vers 0 le long de la droite Rv. C'est ce même mouvement qui donnera, deux propriétés plus loin, l'égalité Dvf(a)=df(a)(v).

Différentiabilité et continuité

Théorème

Si f:UF est différentiable en aU, alors f est continue en a.

Démonstration. Écrivons le développement limité : f(a+h)=f(a)+df(a)(h)+hε(h) avec ε(h)0F. L'application linéaire df(a) est continue puisque E est de dimension finie, donc il existe k0 tel que df(a)(h)kh pour tout hE. Par inégalité triangulaire,

f(a+h)f(a)df(a)(h)+hε(h)kh+hε(h).

Le majorant tend vers 0 quand h0E, donc f(a+h)f(a) : la fonction f est continue en a.

Remarque

La réciproque est évidemment fausse : la fonction (x,y)x2+y2 est continue sur R2 et n'est pas différentiable en l'origine, comme la valeur absolue en 0 ne l'est pas. Nous le vérifierons plus loin.

Ce théorème est surtout utile par contraposée : pour montrer qu'une fonction n'est pas différentiable en un point, le premier réflexe est de tester la continuité. Si elle échoue, tout est dit en trois lignes, et c'est ainsi qu'on liquide le contre-exemple x2yx4+y2 de la section précédente.

Différentiabilité et dérivées selon un vecteur

Théorème

Si f:UF est différentiable en aU, alors f admet en a une dérivée selon tout vecteur vE, et

Dvf(a)=df(a)(v).

En particulier, l'application vDvf(a) est linéaire, et if(a)=df(a)(ei) pour toute base (e1,,en) de E.

Démonstration. Soit vE. Si v=0E, les deux membres sont nuls. Supposons v0E et prenons t0 assez petit pour que a+tvU. Le développement limité appliqué à h=tv donne

f(a+tv)=f(a)+df(a)(tv)+tvε(tv)=f(a)+tdf(a)(v)+tvε(tv),

en utilisant la linéarité de df(a) et l'homogénéité de la norme. En divisant par t,

f(a+tv)f(a)t=df(a)(v)+ttvε(tv).

Le quotient tt vaut ±1, donc le second terme est majoré en norme par vε(tv), qui tend vers 0 quand t0. Ainsi le taux d'accroissement tend vers df(a)(v), ce qui signifie exactement que Dvf(a) existe et vaut df(a)(v).

Remarque

Ce théorème est la réparation annoncée au début du chapitre. Pour une fonction différentiable, l'application vDvf(a) est linéaire, donc entièrement déterminée par les n dérivées partielles. Le contre-exemple x2yx4+y2 se relit maintenant ainsi : ses dérivées selon un vecteur existent toutes mais ne dépendent pas linéairement de v, donc la fonction ne peut pas être différentiable en l'origine, indépendamment même de l'argument de continuité.

Retenez la hiérarchie, dans le bon sens et dans le bon ordre :

f diffeˊrentiable en a    {f continue en aDvf(a) existe pour tout v

et aucune des deux implications réciproques n'est vraie, même les deux réunies.

Les exemples de référence

Ces exemples sont à connaître par cœur : ils servent de briques dans presque tous les calculs de différentielle des concours.

Propriété

Application constante. Si f:UF est constante, alors f est différentiable en tout point a de U et df(a)=0.

Démonstration. On a f(a+h)f(a)=0F pour tout h admissible. Le développement limité est donc vérifié en prenant pour L l'application linéaire nulle et pour ε la fonction nulle. Par unicité, df(a)=0.

Propriété

Application linéaire. Si L:EF est linéaire, alors L est différentiable en tout point aE et

dL(a)=L.

Démonstration. Par linéarité, L(a+h)=L(a)+L(h) exactement, sans aucun reste. Le développement limité est donc vérifié avec la fonction ε identiquement nulle, et l'unicité donne dL(a)=L.

Remarque

C'est l'analogue de « la dérivée de xλx est λ », et c'est le point où l'on comprend la philosophie du chapitre : une application linéaire est sa propre approximation linéaire, en tout point. Notez que dL(a) ne dépend pas de a, ce qui est très particulier.

Propriété

Application affine. Si f:EF s'écrit f(x)=L(x)+b avec L linéaire et bF fixé, alors f est différentiable en tout point et df(a)=L.

Démonstration. On a f(a+h)=L(a)+L(h)+b=f(a)+L(h), sans reste.

Théorème

Application bilinéaire. Soient E1, E2, F des espaces vectoriels normés de dimension finie et B:E1×E2F une application bilinéaire. Alors B est différentiable en tout point (a,b) de E1×E2, et

dB(a,b)(h,k)=B(a,k)+B(h,b).

Démonstration. Munissons E1×E2 de la norme (h,k)=max(h,k), ce qui est licite puisque toutes les normes de cet espace de dimension finie sont équivalentes. Développons par bilinéarité :

B(a+h,b+k)=B(a,b)+B(a,k)+B(h,b)+B(h,k).

Posons L(h,k)=B(a,k)+B(h,b). C'est bien une application linéaire en (h,k) : la linéarité en chacune des deux variables de B donne l'additivité et l'homogénéité de L.

Il reste à voir que le terme B(h,k) est un o((h,k)). Comme E1×E2 est de dimension finie et B bilinéaire, B est continue et il existe C0 tel que

(h,k),B(h,k)Chk.

Donc B(h,k)C(h,k)2, c'est-à-dire B(h,k)(h,k)×(C(h,k)), où le second facteur tend vers 0 quand (h,k)(0,0). Le développement limité d'ordre 1 est établi, et l'unicité de la différentielle donne la formule annoncée.

Remarque

La formule dB(a,b)(h,k)=B(a,k)+B(h,b) est la version « différentielle » de la formule de dérivation d'un produit : on dérive un facteur à la fois. On la reconnaît sous ses innombrables déguisements : produit de deux fonctions numériques, produit scalaire, produit matriciel, produit vectoriel. Attention à l'ordre des arguments quand B n'est pas symétrique : pour le produit matriciel, dB(A,B0)(H,K)=AK+HB0, et l'on n'a pas le droit de commuter.

Exemple

Le produit de deux fonctions numériques. Soient f,g:UR différentiables en a. L'application (u,v)uv étant bilinéaire de R×R dans R, on obtient, en anticipant sur la règle de la chaîne,

d(fg)(a)=f(a)dg(a)+g(a)df(a),

égalité entre formes linéaires sur E, c'est-à-dire d(fg)(a)(h)=f(a)dg(a)(h)+g(a)df(a)(h) pour tout h.

Théorème

La forme quadratique associée à un endomorphisme. Soit E un espace euclidien et A un endomorphisme de E (que l'on identifiera à sa matrice dans une base orthonormée). L'application

q:xAx,x

est différentiable en tout point de E et

dq(x)(h)=(A+t ⁣A)x,h.

Si A est symétrique, cela se simplifie en dq(x)(h)=2Ax,h.

Démonstration. Développons par bilinéarité du produit scalaire et linéarité de A :

q(x+h)=Ax+Ah,x+h=Ax,x+Ax,h+Ah,x+Ah,h.

Or Ah,x=h,t ⁣Ax=t ⁣Ax,h par définition de l'adjoint et symétrie du produit scalaire. Donc

q(x+h)=q(x)+(A+t ⁣A)x,h+Ah,h.

Le premier terme après q(x) est linéaire en h. Quant au dernier, l'inégalité de Cauchy-Schwarz donne

Ah,hAhhkh2,

k majore la norme de l'application linéaire continue A. C'est donc bien un o(h), et l'unicité conclut.

Exemple

La norme euclidienne au carré. En prenant A=Id dans le théorème précédent, la fonction N2:xx2=x,x est différentiable sur E et

dN2(x)(h)=2x,h.

On peut aussi le voir directement : x+h2=x2+2x,h+h2, et h2=o(h).

Exemple

Un calcul à la main. Soit f(x,y)=x2y et a=(x,y). Pour h=(h1,h2),

f(a+h)=(x+h1)2(y+h2)=x2y+2xyh1+x2h2lineˊaire en h+2xh1h2+yh12+h12h2reste.

Le reste est majoré, pour h1, par (2x+y+1)h2, donc c'est un o(h). Ainsi f est différentiable en (x,y) et

df(x,y)(h1,h2)=2xyh1+x2h2.

On retrouve les dérivées partielles xf=2xy et yf=x2 comme coefficients : c'est le contenu de la section suivante.

Coordonnées et matrice jacobienne

La différentielle se lit sur les dérivées partielles

Théorème

Soient B=(e1,,en) une base de E, f:UF différentiable en aU, et h=i=1nhiei un vecteur de E. Alors

df(a)(h)=i=1nhiif(a).

Démonstration. L'application df(a) est linéaire, donc

df(a)(h)=df(a)(i=1nhiei)=i=1nhidf(a)(ei)=i=1nhiif(a),

la dernière égalité étant le théorème précédent appliqué à v=ei.

Remarque

Cette formule est le pont entre la théorie et le calcul. Elle dit que, pour une fonction différentiable, la donnée des n dérivées partielles suffit à reconstituer toute la différentielle. Elle explique aussi pourquoi les dérivées partielles restent l'outil de calcul quotidien : elles sont faciles à obtenir (dérivation en une variable), et elles portent toute l'information une fois la différentiabilité acquise. Tout le problème, et c'est le sujet de la section suivante, est d'acquérir cette différentiabilité.

Pour E=R2, la formule s'écrit

df(a)(h1,h2)=h1fx(a)+h2fy(a).

Matrice jacobienne

Définition

Soient B=(e1,,en) une base de E, C=(ε1,,εp) une base de F, et f:UF différentiable en aU. Notons f1,,fp les fonctions coordonnées de f dans la base C, c'est-à-dire les fonctions numériques telles que f(x)=j=1pfj(x)εj.

La matrice jacobienne de f en a est la matrice de l'application linéaire df(a) dans les bases B et C : son coefficient situé à la ligne j et à la colonne i est ifj(a), autrement dit

Jf(a)=(1f1(a)nf1(a)1fp(a)nfp(a))Mp,n(R).

Remarque

Deux points de vigilance, et ce sont des sources d'erreurs de signe et de format en copie.

La matrice a p lignes (dimension de l'arrivée) et n colonnes (dimension du départ) : c'est le format d'une matrice d'application linéaire de E dans F. La i-ième colonne est le vecteur if(a), écrit dans la base de F ; la j-ième ligne rassemble les dérivées partielles de la j-ième coordonnée.

En termes de coordonnées, si H est la colonne des coordonnées de h et K celle de df(a)(h), alors K=Jf(a)H. La différentielle, objet abstrait, redevient un produit matriciel : c'est sous cette forme qu'on la manipule dans les calculs.

Propriété

Cas d'une fonction numérique. Si F=R, la matrice jacobienne est la matrice ligne

Jf(a)=(1f(a)nf(a))M1,n(R),

et df(a) est une forme linéaire sur E.

Remarque

C'est ce cas qui donnera naissance au gradient : une forme linéaire sur un espace euclidien se représente par un vecteur, et ce vecteur, une fois écrit dans une base orthonormée, a pour coordonnées les dérivées partielles. Autrement dit, le gradient sera la « transposée » de la matrice jacobienne, mais uniquement dans une base orthonormée et uniquement pour une fonction numérique. Nous y reviendrons avec les précautions nécessaires.

Exemple

Trois matrices jacobiennes.

Une application de R2 dans R3. Soit f(x,y)=(x2y2,2xy,x+y). Ses trois coordonnées sont polynomiales, donc (nous le justifierons proprement dans la section suivante) f est différentiable en tout point et

Jf(x,y)=(2x2y2y2x11)M3,2(R).

L'application polaire. Soit Φ(r,θ)=(rcosθ,rsinθ), de R2 dans R2. Alors

JΦ(r,θ)=(cosθrsinθsinθrcosθ),detJΦ(r,θ)=rcos2θ+rsin2θ=r.

Une fonction numérique. Pour f(x,y,z)=xy2z3, on a Jf(x,y,z)=(y2z32xyz33xy2z2).

Fonctions de classe C1

Définition et théorème fondamental

Définition

Soient U un ouvert de E et f:UF. On dit que f est de classe C1 sur U lorsque, dans une base (e1,,en) de E, les n dérivées partielles 1f,,nf existent en tout point de U et sont continues sur U.

Théorème

Théorème fondamental (admis). Soit f:UF de classe C1 sur l'ouvert U. Alors :

  1. f est différentiable en tout point de U, et pour tous aU et h=ihiei,
df(a)(h)=i=1nhiif(a);
  1. l'application df:UL(E,F), adf(a), est continue sur U ;
  2. la notion ne dépend pas de la base choisie : si les dérivées partielles relatives à une base sont continues, celles relatives à toute autre base le sont aussi.

Réciproquement, si f est différentiable sur U et si df est continue sur U, alors f est de classe C1.

Remarque

Ce théorème est le théorème du chapitre du point de vue pratique, et sa démonstration n'est pas exigible. Mesurez ce qu'il apporte. La différentiabilité, telle qu'elle est définie, est une condition de nature globale, coûteuse à vérifier : il faut exhiber une application linéaire et contrôler un reste. Le théorème dit qu'un simple calcul de dérivées partielles, suivi d'un argument de continuité, suffit. Or les dérivées partielles se calculent avec les règles de première année, et leur continuité s'obtient presque toujours par opérations sur les fonctions continues.

C'est donc ainsi que, dans 95 % des exercices, on justifie la différentiabilité : on ne la démontre pas, on la déduit de la classe C1.

Deux avertissements l'accompagnent. Le premier : l'hypothèse de continuité des dérivées partielles est indispensable, l'existence seule ne suffit pas (nous en avons vu deux contre-exemples). Le second : l'implication ne se renverse pas, il existe des fonctions différentiables en tout point qui ne sont pas de classe C1 (contre-exemple à la fin de cette section).

Opérations

Théorème

Soient U un ouvert de E et V un ouvert de F.

  1. Combinaison linéaire. Si f,g:UF sont de classe C1 et λ,μR, alors λf+μg est de classe C1 et d(λf+μg)(a)=λdf(a)+μdg(a).
  2. Produit. Si f,g:UR sont de classe C1, alors fg l'est et d(fg)(a)=f(a)dg(a)+g(a)df(a).
  3. Quotient. Si de plus g ne s'annule pas sur U, alors fg est de classe C1 sur U et
d ⁣(fg)(a)=g(a)df(a)f(a)dg(a)g(a)2.
  1. Composée. Si f:UF est de classe C1 avec f(U)V et si g:VG est de classe C1, alors gf est de classe C1 sur U.

En conséquence, l'ensemble C1(U,F) est un R-espace vectoriel, et C1(U,R) est une R-algèbre.

Remarque

Ces règles se démontrent en revenant aux dérivées partielles, qui obéissent aux règles de dérivation d'une variable, puis en invoquant la continuité par opérations. Le point 4 sera précisé dans la section suivante, où la différentielle de la composée est calculée : c'est la règle de la chaîne.

Ajoutons deux cas très fréquents, conséquences immédiates de la section précédente : toute application linéaire et toute application bilinéaire entre espaces de dimension finie sont de classe C1 (et même C), et il en va de même de toute fonction polynomiale en les coordonnées, comme (x,y)x3y2xy2+7.

Méthode

Comment justifier proprement qu'une fonction est de classe C1. En copie, la rédaction tient en trois temps, et il ne faut en sauter aucun.

  1. Identifier l'ouvert de travail : préciser U et dire pourquoi c'est un ouvert (souvent Rn tout entier, ou un ensemble défini par des inégalités strictes entre fonctions continues, ou un complémentaire de fermé).
  2. Invoquer les opérations : « les fonctions coordonnées (x,y)x et (x,y)y sont de classe C1 sur R2 ; par somme, produit, quotient à dénominateur ne s'annulant pas et composition avec des fonctions usuelles de classe C1, f est de classe C1 sur U. »
  3. Conclure : « donc f est différentiable en tout point de U, de différentielle df(a)(h)=h11f(a)++hnnf(a). »

Ce qu'il ne faut pas faire : calculer les dérivées partielles, constater qu'elles existent, et en déduire la différentiabilité. C'est le raisonnement faux typique, et il est sanctionné, car l'existence des dérivées partielles ne donne rien sans continuité.

Quatre fonctions de classe C1 par opérations, à traiter chacune avec la phrase type ci-dessus.

a. f(x,y)=sin(xy)1+x2+y2 sur R2 : le dénominateur ne s'annule jamais.

b. f(x,y)=ln(x2+y2) sur R2{(0,0)}, ouvert comme complémentaire d'un fermé.

c. f(x,y,z)=exyz+x2z sur R3 : composée et somme de fonctions usuelles.

d. f(x,y)=xyx+y sur U={(x,y)R2  ;  x+y0}, ouvert comme image réciproque de R par une fonction continue.

Dans chacun des quatre cas, la justification est la même. Le seul travail spécifique consiste à décrire l'ouvert et à vérifier que les dénominateurs ne s'y annulent pas.

Différentiable ne signifie pas de classe C1

Exemple

Une fonction différentiable partout, non de classe C1. Soit f:R2R définie par

f(x,y)=(x2+y2)sin1x2+y2si (x,y)(0,0),f(0,0)=0.

Notons r=x2+y2, de sorte que f=r2sin1r hors de l'origine.

Différentiabilité hors de l'origine. Sur l'ouvert R2{(0,0)}, la fonction r est de classe C1 et ne s'annule pas, donc f est de classe C1 par opérations, donc différentiable.

Différentiabilité en l'origine. Pour h=(h1,h2)(0,0), en notant ρ=h2,

f(h)f(0,0)0=ρ2sin1ρρ2=ρ×ρ.

Le quotient par ρ tend vers 0, donc f est différentiable en (0,0) avec df(0,0)=0.

Mais les dérivées partielles ne sont pas continues en l'origine. Hors de l'origine, en dérivant par rapport à x (avec xr=xr) :

xf(x,y)=2xsin1r+r2cos1r×(1r2)×xr=2xsin1rxrcos1r.

Prenons y=0 et x>0, de sorte que r=x :

xf(x,0)=2xsin1xcos1x.

Le premier terme tend vers 0, mais cos1x n'a pas de limite quand x0+. Donc xf n'a pas de limite en (0,0), alors que xf(0,0)=0 : la dérivée partielle existe partout mais n'est pas continue en l'origine.

Conclusion. La fonction f est différentiable en tout point de R2 sans être de classe C1 sur R2. L'implication « de classe C1 implique différentiable » est donc strictement plus forte que sa réciproque, et l'on ne peut pas remplacer l'une par l'autre dans un énoncé.

Remarque

Voici, pour finir, la carte complète des implications de ce chapitre. Elles se lisent de gauche à droite, et aucune flèche ne se renverse :

C1 sur U    diffeˊrentiable en tout point    {continuedeˊriveˊes selon tout vecteur

et, tout à droite, l'existence des dérivées partielles n'implique rigoureusement rien. Un exercice mal rédigé est presque toujours un exercice qui remonte une de ces flèches.

Règle de la chaîne

Différentielle d'une composée

Théorème

Règle de la chaîne. Soient U un ouvert de E, V un ouvert de F, f:UF avec f(U)V, et g:VG. Si f est différentiable en aU et si g est différentiable en b=f(a), alors gf est différentiable en a et

d(gf)(a)=dg(f(a))df(a).

En termes de matrices jacobiennes, dans des bases fixées de E, F et G :

Jgf(a)=Jg(f(a))×Jf(a).

Démonstration. Écrivons les deux développements limités. Il existe ε10F et ε20G telles que, pour h et k assez petits,

f(a+h)=f(a)+df(a)(h)+hε1(h),g(b+k)=g(b)+dg(b)(k)+kε2(k).

Posons k(h)=f(a+h)f(a)=df(a)(h)+hε1(h), de sorte que g(f(a+h))=g(b+k(h)).

Majoration de k(h). L'application df(a) est linéaire continue, donc il existe c0 tel que df(a)(h)ch. Pour h assez petit, ε1(h)1, d'où

k(h)(c+1)h.

En particulier k(h)0F quand h0E.

Composition des développements. En reportant,

g(f(a+h))=g(b)+dg(b)(k(h))+k(h)ε2(k(h)).

Or dg(b) est linéaire, donc

dg(b)(k(h))=dg(b)(df(a)(h))+hdg(b)(ε1(h)).

Ainsi

g(f(a+h))=g(b)+(dg(b)df(a))(h)  +  hdg(b)(ε1(h))+k(h)ε2(k(h))R(h).

Le reste est négligeable. D'une part, dg(b) est linéaire continue et ε1(h)0F, donc dg(b)(ε1(h))0G : le premier morceau est bien de la forme h×o(1). D'autre part,

k(h)ε2(k(h))(c+1)hε2(k(h)),

et ε2(k(h))0G puisque k(h)0F et ε2 est de limite nulle en 0F. Donc R(h)=o(h).

Comme dg(b)df(a) est linéaire (composée de deux applications linéaires), l'unicité de la différentielle donne la formule. La traduction matricielle est celle de la composition des applications linéaires.

Dérivation le long d'un arc

C'est le cas particulier le plus utilisé du chapitre : celui où l'espace de départ est R, c'est-à-dire où l'on suit f le long d'un chemin.

Théorème

Dérivation le long d'un arc. Soient I un intervalle de R, γ:IE dérivable en t0I avec γ(I)U, et f:UF différentiable en γ(t0). Alors fγ est dérivable en t0 et

(fγ)(t0)=df(γ(t0))(γ(t0)).

Si de plus E est euclidien et f est numérique, cela s'écrit

ddt[f(γ(t))]t=t0=f(γ(t0)),γ(t0).

Démonstration. Notons a=γ(t0) et écrivons les deux développements limités, celui de γ en t0 (fonction vectorielle d'une variable réelle, chapitre précédent) et celui de f en a :

γ(t0+s)=a+sγ(t0)+sα(s),f(a+h)=f(a)+df(a)(h)+hε(h),

avec α(s)0E quand s0 et ε(h)0F quand h0E.

Posons h(s)=γ(t0+s)a=s(γ(t0)+α(s)). Pour s assez petit, α(s)1, donc

h(s)s(γ(t0)+1),

et en particulier h(s)0E quand s0. En reportant et en utilisant la linéarité de df(a) :

f(γ(t0+s))=f(a)+sdf(a)(γ(t0))+sdf(a)(α(s))+h(s)ε(h(s)).

Divisons par s0 :

f(γ(t0+s))f(a)s=df(a)(γ(t0))+df(a)(α(s))+h(s)sε(h(s)).

Le deuxième terme tend vers 0F car df(a) est linéaire continue et α(s)0E. Le troisième est majoré en norme par (γ(t0)+1)ε(h(s)), qui tend vers 0. Le taux d'accroissement converge donc vers df(a)(γ(t0)), ce qui est le résultat.

La seconde formule est la définition du gradient, df(a)(v)=f(a),v, appliquée à v=γ(t0).

Exemple

Le long du cercle unité. Soient f:R2R de classe C1 et γ(t)=(cost,sint). Alors γ(t)=(sint,cost) et

(fγ)(t)=sintfx(γ(t))+costfy(γ(t)).

Cette formule est l'outil de base pour étudier une fonction sur un cercle, donc sur la frontière d'un disque : nous nous en servirons en optimisation.

Dérivées partielles d'une composée

Propriété

Soient V un ouvert de Rp, φ:VRn de classe C1 à valeurs dans un ouvert U de Rn, et f:UR de classe C1. Notons φ=(φ1,,φn) et F=fφ. Alors F est de classe C1 sur V et, pour tout j{1,,p},

Fuj(u)=i=1nφiuj(u)fxi(φ(u)).

Démonstration. C'est la règle de la chaîne appliquée au vecteur h=ej de la base canonique de Rp : d'une part Fuj(u)=dF(u)(ej), d'autre part

dF(u)(ej)=df(φ(u))(dφ(u)(ej))=df(φ(u))(i=1nφiuj(u)ei),

(ei) est la base canonique de Rn, car les coordonnées de dφ(u)(ej) forment la j-ième colonne de Jφ(u). Par linéarité de df(φ(u)) et puisque df(x)(ei)=if(x), on obtient la formule annoncée.

Remarque

Cette formule est celle que l'on applique mécaniquement dans les changements de variables. Elle se retient sous la forme mnémotechnique

Fu=xufx+yufy,

à condition de se souvenir que les dérivées de f sont évaluées au point image φ(u), et pas en u. C'est l'oubli numéro un dans les copies : on écrit fx(u,v) au lieu de fx(φ(u,v)), et tout le calcul suivant devient faux.

Changement de variables : les coordonnées polaires

Méthode

Le mécanisme du changement de variables. On dispose d'une fonction inconnue f, de classe C1 sur un ouvert U, et l'on pose g=fΦΦ est une application de classe C1 explicite, choisie pour simplifier le problème. On exprime alors les dérivées partielles de g en fonction de celles de f par la règle de la chaîne, on inverse le système obtenu, et l'on traduit l'équation de départ dans les nouvelles variables.

Traitons complètement le cas le plus utile, celui des coordonnées polaires.

Propriété

Passage en polaires. Soient U un ouvert de R2 et f:UR de classe C1. Posons, pour (r,θ) tel que (rcosθ,rsinθ)U,

g(r,θ)=f(rcosθ,rsinθ).

Alors g est de classe C1 et

gr=cosθ  fx+sinθ  fy,gθ=rsinθ  fx+rcosθ  fy,

les dérivées de f étant prises au point (rcosθ,rsinθ). Réciproquement, pour r>0,

fx=cosθ  grsinθr  gθ,fy=sinθ  gr+cosθr  gθ.

Démonstration. L'application Φ(r,θ)=(rcosθ,rsinθ) est de classe C1 (ses coordonnées le sont), donc g=fΦ l'est par composition. La formule des dérivées partielles d'une composée donne, avec x=rcosθ et y=rsinθ :

gr=xrfx+yrfy=cosθfx+sinθfy, gθ=xθfx+yθfy=rsinθfx+rcosθfy.

Pour inverser, on résout ce système linéaire de deux équations aux inconnues fx et fy. Sa matrice est JΦ(r,θ) transposée, de déterminant r, donc le système est inversible dès que r0. Concrètement, on calcule

cosθgrsinθrgθ=(cos2θ+sin2θ)fx+(cosθsinθsinθcosθ)fy=fx,

et de même

sinθgr+cosθrgθ=(sinθcosθcosθsinθ)fx+(sin2θ+cos2θ)fy=fy.

Exemple

Les fonctions invariantes par rotation. Cherchons toutes les fonctions f de classe C1 sur U=R2{(0,0)} vérifiant

(x,y)U,xfy(x,y)yfx(x,y)=0.

Posons g(r,θ)=f(rcosθ,rsinθ) pour (r,θ)]0,+[×R, qui est un ouvert. D'après la propriété précédente,

gθ(r,θ)=rsinθfx+rcosθfy=yfx+xfy=0.

L'équation dit donc exactement que gθ=0. À r>0 fixé, la fonction θg(r,θ) est dérivable sur l'intervalle R, de dérivée nulle : elle est constante. Il existe donc une fonction ψ:]0,+[R telle que g(r,θ)=ψ(r), et ψ est de classe C1 puisque ψ(r)=g(r,0).

En revenant à f, pour tout (x,y)U, en écrivant (x,y) sous forme polaire :

f(x,y)=ψ(x2+y2).

Réciproquement, une telle fonction convient : en posant ρ=x2+y2, on a fx=xρψ(ρ) et fy=yρψ(ρ), donc xfyyfx=xyyxρψ(ρ)=0.

Les solutions sont donc exactement les fonctions radiales, ce qui était géométriquement prévisible : l'équation exprime que la dérivée de f le long des cercles centrés à l'origine est nulle.

Une équation aux dérivées partielles du premier ordre

Exemple

Résolution complète par changement de variables affine. Cherchons toutes les fonctions f:R2R de classe C1 telles que

(E)2fx(x,y)+3fy(x,y)=0pour tout (x,y)R2.

Choix du changement de variables. L'équation dit que la dérivée de f selon le vecteur v=(2,3) est nulle : Dvf=0. On choisit donc un couple de nouvelles variables dont l'une est constante le long de la direction v. Le vecteur (3,2) étant orthogonal à v, la quantité 3x2y est constante le long des droites dirigées par v. Posons

u=3x2y,w=x,de sorte quex=w,y=3wu2.

Traduction de l'équation. Définissons g(u,w)=f(w,3wu2), qui est de classe C1 sur R2 par composition. La règle de la chaîne donne

gw(u,w)=1×fx+32×fy=12(2fx+3fy),

les dérivées de f étant prises au point (w,3wu2). Ainsi

f veˊrifie (E)    gw=0 sur R2.

Résolution. À u fixé, wg(u,w) est dérivable sur l'intervalle R de dérivée nulle, donc constante. Il existe donc λ:RR telle que g(u,w)=λ(u) pour tout (u,w), et λ est de classe C1 car λ(u)=g(u,0).

Retour à f. Comme f(x,y)=g(3x2y,x), on obtient

f(x,y)=λ(3x2y).

Vérification de la réciproque. Soit λ de classe C1 sur R et f(x,y)=λ(3x2y). Alors f est de classe C1 par composition,

fx=3λ(3x2y),fy=2λ(3x2y),

donc 2fx+3fy=6λ6λ=0. L'ensemble des solutions de (E) est donc

{(x,y)λ(3x2y)  ;  λC1(R,R)}.

Remarque

Trois réflexes à retenir de cet exemple, car ils valent pour toutes les EDP linéaires du premier ordre à coefficients constants rencontrées aux concours.

Le changement de variables se choisit en regardant la direction portée par les coefficients : ici (2,3). Une bonne nouvelle variable est une quantité constante dans cette direction.

L'étape « dérivée nulle donc fonction constante » exige que la variable parcoure un intervalle : c'est pour cela qu'on prend garde à ce que le nouvel ouvert soit un produit d'intervalles, ou au moins convexe. Sur un ouvert quelconque, une dérivée partielle nulle n'entraîne pas la constance (pensez à une réunion de deux disques disjoints).

La réciproque doit être vérifiée et rédigée. Le raisonnement direct montre que toute solution est de la forme voulue ; il faut encore s'assurer que toutes ces fonctions conviennent, ce qui, ici, prend deux lignes.

Propriété

Une différentielle nulle sur un ouvert convexe donne une fonction constante. Soient U un ouvert convexe de E et f:UF différentiable sur U avec df(a)=0 pour tout aU. Alors f est constante sur U.

Démonstration. Soient a,bU. Comme U est convexe, le segment [a,b] est inclus dans U, donc on peut poser φ(t)=f(a+t(ba)) pour t[0,1]. L'arc γ(t)=a+t(ba) est dérivable, de dérivée constante ba, donc par dérivation le long d'un arc, φ est dérivable sur [0,1] et

φ(t)=df(γ(t))(ba)=0.

Une fonction vectorielle dérivable de dérivée nulle sur un intervalle est constante, donc φ(0)=φ(1), c'est-à-dire f(a)=f(b).

Remarque

Le résultat s'étend aux ouverts connexes par arcs, en découpant un chemin en petits morceaux contenus dans des boules (qui sont convexes). Nous ne l'utiliserons que sous la forme convexe ci-dessus, qui suffit à tous les exercices d'EDP du programme. En revanche, la conclusion est fausse si l'ouvert n'est pas connexe : sur la réunion de deux boules disjointes, une fonction peut valoir 0 sur l'une et 1 sur l'autre avec une différentielle identiquement nulle.

Gradient

Définition et existence

Dans toute cette section, E est un espace euclidien de produit scalaire ,, U un ouvert de E et f:UR une fonction numérique.

Théorème

Représentation des formes linéaires en dimension finie. Soit E un espace euclidien. Pour toute forme linéaire φ sur E, il existe un unique vecteur uE tel que

xE,φ(x)=u,x.

Démonstration. Existence. Soit (e1,,en) une base orthonormée de E, qui existe par le procédé de Gram-Schmidt. Posons u=i=1nφ(ei)ei. Pour x=ixiei, la bilinéarité du produit scalaire et l'orthonormalité donnent

u,x=i=1nφ(ei)xi=φ(i=1nxiei)=φ(x),

la deuxième égalité étant la linéarité de φ.

Unicité. Si u et u conviennent tous les deux, alors uu,x=0 pour tout xE. En prenant x=uu, il vient uu2=0, donc u=u.

Définition

Soient E euclidien, U un ouvert de E, f:UR différentiable en aU. La forme linéaire df(a) se représente de manière unique par un vecteur, appelé gradient de f en a et noté f(a) :

hE,df(a)(h)=f(a),h.

Remarque

Insistons sur les hypothèses, car c'est une source d'erreurs constante.

Le gradient n'a de sens que pour une fonction à valeurs réelles : si F n'est pas R, la différentielle n'est pas une forme linéaire et il n'y a pas de gradient (on parle alors de matrice jacobienne).

Le gradient dépend du produit scalaire choisi. Changez de produit scalaire sur E, et le vecteur f(a) change, alors que la forme linéaire df(a), elle, ne bouge pas. Le gradient n'est donc pas un objet plus intrinsèque que la différentielle : c'est sa traduction dans une structure supplémentaire.

Enfin, f(a) est un vecteur de E, du même espace que a et h. On peut le dessiner, le comparer à d'autres vecteurs, en prendre la norme : c'est tout l'intérêt.

Expression en base orthonormée

Propriété

Soit (e1,,en) une base orthonormée de E. Si f est différentiable en a, alors

f(a)=i=1nif(a)ei,

c'est-à-dire que les coordonnées du gradient dans une base orthonormée sont les dérivées partielles. Pour E=Rn muni du produit scalaire canonique,

f(a)=(fx1(a),,fxn(a)).

Démonstration. Notons u=iif(a)ei. Pour h=ihiei, l'orthonormalité de la base donne u,h=ihiif(a), qui vaut df(a)(h) d'après l'expression de la différentielle sur les coordonnées. Par unicité du vecteur représentant df(a), on a u=f(a).

Remarque

L'hypothèse « orthonormée » n'est pas décorative. Dans une base quelconque, les coordonnées du gradient ne sont pas les dérivées partielles : la formule fait intervenir l'inverse de la matrice de Gram de la base. Aux concours, on travaille presque toujours dans Rn avec le produit scalaire canonique et la base canonique, qui est orthonormée, d'où l'habitude d'écrire simplement « le gradient, c'est le vecteur des dérivées partielles ». C'est vrai dans ce cadre, et faux en général.

Quatre gradients de référence, sur un espace euclidien E, à connaître par cœur.

a. f(x)=a,x avec a fixé : f(x)=a pour tout x.

b. f(x)=x2 : f(x)=2x.

c. f(x)=Ax,x avec A symétrique : f(x)=2Ax.

d. f(x)=x sur E{0E} : f(x)=xx.

Exemple

Détail des cas a., c. et d.

Pour a., l'application f est linéaire, donc df(x)=f, c'est-à-dire df(x)(h)=a,h : le vecteur représentant est a.

Pour c., nous avons montré df(x)(h)=(A+t ⁣A)x,h, donc f(x)=(A+t ⁣A)x, qui vaut 2Ax lorsque A est symétrique. Pour A quelconque, retenez la formule générale f(x)=(A+t ⁣A)x : écrire 2Ax sans hypothèse de symétrie est une erreur classique.

Pour d., posons N(x)=x et q(x)=x2, de sorte que N=q sur E{0E}, où q>0. La fonction racine carrée est de classe C1 sur R+, donc par composition N est différentiable et, pour tout h,

dN(x)(h)=12q(x)dq(x)(h)=2x,h2x=xx,h.

Donc N(x)=xx, vecteur unitaire dirigé par x. En x=0E, la fonction N n'est pas différentiable : pour v0E, le taux d'accroissement N(0+tv)N(0)t=ttv vaut v si t>0 et v si t<0, donc DvN(0) n'existe pour aucun v0E, exactement comme la valeur absolue en 0 n'est pas dérivable.

Direction de plus forte pente

Théorème

Soient E euclidien, f:UR différentiable en aU, et supposons f(a)0E. Alors

maxv=1Dvf(a)=f(a),

et ce maximum est atteint pour le seul vecteur unitaire

v0=f(a)f(a).

De même, le minimum de Dvf(a) sur les vecteurs unitaires vaut f(a) et est atteint pour v0.

Démonstration. Pour v unitaire, Dvf(a)=df(a)(v)=f(a),v. L'inégalité de Cauchy-Schwarz donne

f(a),vf(a)×v=f(a),

donc Dvf(a)f(a) pour tout v unitaire : le majorant est établi.

Il est atteint en v0=f(a)f(a), qui est bien unitaire, car

f(a),v0=f(a),f(a)f(a)=f(a)2f(a)=f(a).

Enfin, le cas d'égalité dans Cauchy-Schwarz impose que v soit colinéaire à f(a) ; parmi les deux vecteurs unitaires colinéaires, seul v0 donne une valeur positive, l'autre donnant f(a). Le maximum est donc atteint uniquement en v0, et le minimum uniquement en v0.

Remarque

C'est l'interprétation que tout le monde retient du gradient, et elle est juste à condition de la formuler correctement : parmi toutes les directions unitaires, celle du gradient est celle où f croît le plus vite, et la vitesse de croissance correspondante est f(a). La direction opposée est celle de plus forte descente : c'est le principe des algorithmes de descente de gradient, où l'on se déplace de a vers atf(a) pour faire décroître f.

Notez le cas exclu : si f(a)=0E, toutes les dérivées directionnelles sont nulles et il n'y a plus de direction privilégiée. Ce sont exactement les points critiques, ceux qui gouvernent l'optimisation.

Vecteurs tangents, lignes et surfaces de niveau

Vecteurs tangents à une partie

Définition

Soient X une partie de E et aX. Un vecteur vE est tangent à X en a lorsqu'il existe η>0 et un arc γ:]η,η[E tels que :

  1. γ(t)X pour tout t (l'arc est tracé sur X) ;
  2. γ(0)=a ;
  3. γ est dérivable en 0 et γ(0)=v.

Remarque

La définition est purement cinématique : un vecteur tangent est un vecteur vitesse en a d'un mobile qui reste sur X. Le vecteur nul est toujours tangent (prendre l'arc constant), et si v est tangent alors λv l'est aussi pour tout λR (reparamétrer par tγ(λt)). En revanche, l'ensemble des vecteurs tangents n'a aucune raison d'être un sous-espace vectoriel pour une partie X quelconque : prenez la réunion de deux droites sécantes, où les vecteurs tangents au point d'intersection forment la réunion des deux directions, pas leur somme.

Cette définition a un mérite décisif dans notre programme : elle ne demande aucun théorème d'existence. On ne suppose pas que X est une « surface » au sens savant, on ne paramètre rien globalement, on regarde simplement les arcs qui existent.

Le gradient est orthogonal aux lignes de niveau

Définition

Soient f:UR et cR. L'ensemble de niveau c de f est

Xc={xU  ;  f(x)=c}.

Pour E=R2 on parle de ligne de niveau (les isobares d'une carte météo, les courbes d'altitude d'une carte IGN), pour E=R3 de surface de niveau.

Théorème

Soient E euclidien, f:UR différentiable en aU, et c=f(a). Alors tout vecteur v tangent en a à l'ensemble de niveau Xc vérifie

f(a),v=0.

Autrement dit, f(a) est orthogonal à tous les vecteurs tangents en a à la ligne (ou surface) de niveau passant par a.

Démonstration. Soit v un vecteur tangent à Xc en a : il existe un arc γ, tracé sur Xc, avec γ(0)=a et γ(0)=v, dérivable en 0.

Comme γ est à valeurs dans Xc, on a f(γ(t))=c pour tout t : la fonction φ=fγ est constante. Elle est par ailleurs dérivable en 0 par dérivation le long d'un arc, et

0=φ(0)=df(γ(0))(γ(0))=df(a)(v)=f(a),v.

Remarque

La démonstration tient en trois lignes et elle est le modèle de toutes les questions de tangence de ce chapitre : on dérive une relation constante le long d'un arc. Aucun théorème des fonctions implicites n'intervient, et il ne faut surtout pas en chercher un.

Ce que le théorème dit exactement : tout vecteur tangent est orthogonal au gradient. Ce qu'il ne dit pas : que tout vecteur orthogonal au gradient est tangent. Cette réciproque est vraie sous de bonnes hypothèses, mais sa démonstration générale utilise le théorème des fonctions implicites, hors programme. Quand on en a besoin dans un cas concret, on l'obtient à la main en exhibant un arc, comme nous le ferons pour la sphère.

Exemple

Deux lignes de niveau.

Les cercles. Pour f(x,y)=x2+y2, la ligne de niveau c>0 est le cercle de rayon c, et f(x,y)=(2x,2y)=2(x,y) est le vecteur radial : il est bien orthogonal au cercle, comme on le sait depuis la classe de troisième.

Une hyperbole. Pour f(x,y)=xy, la ligne de niveau 1 est l'hyperbole d'équation xy=1, et f(x,y)=(y,x). En A(1,1), le gradient vaut (1,1). Vérifions le théorème à la main : la branche de l'hyperbole se paramètre, au voisinage de A, par

γ(t)=(1+t,  11+t)pour t]1,1[,

arc tracé sur la ligne de niveau, avec γ(0)=A et γ(0)=(1,1(1+t)2)t=0=(1,1). Et l'on a bien (1,1),(1,1)=11=0. La tangente à l'hyperbole en A est donc la droite passant par A et dirigée par (1,1), d'équation x+y=2.

Plan tangent au graphe d'une fonction de deux variables

Théorème

Soient U un ouvert de R2, f:UR de classe C1 et (a,b)U. Notons

S={(x,y,f(x,y))  ;  (x,y)U}R3

le graphe de f, et A=(a,b,f(a,b)). Alors l'ensemble des vecteurs tangents à S en A est exactement le plan vectoriel

P={(α,β,αxf(a,b)+βyf(a,b))  ;  (α,β)R2},

et le plan tangent à S en A, c'est-à-dire le plan affine A+P, a pour équation

z=f(a,b)+(xa)fx(a,b)+(yb)fy(a,b).

Démonstration. Tout élément de P est tangent. Soit (α,β)R2. Comme U est ouvert, il existe η>0 tel que (a+tα,b+tβ)U pour t<η. Posons

γ(t)=(a+tα,  b+tβ,  f(a+tα,b+tβ)),

qui est un arc tracé sur S avec γ(0)=A. Ses deux premières coordonnées sont affines, donc dérivables ; la troisième est dérivable en 0 par dérivation le long d'un arc, de dérivée αxf(a,b)+βyf(a,b). Donc γ est dérivable en 0 et

γ(0)=(α,β,αxf(a,b)+βyf(a,b)),

qui est le vecteur générique de P.

Tout vecteur tangent appartient à P. Soit γ=(γ1,γ2,γ3) un arc tracé sur S, dérivable en 0, avec γ(0)=A. Être tracé sur S signifie γ3(t)=f(γ1(t),γ2(t)) pour tout t. Les fonctions γ1 et γ2 sont dérivables en 0 (coordonnées d'une fonction vectorielle dérivable), donc l'arc plan t(γ1(t),γ2(t)) l'est aussi, et la dérivation le long d'un arc donne

γ3(0)=γ1(0)xf(a,b)+γ2(0)yf(a,b).

Ainsi γ(0)=(γ1(0),γ2(0),γ3(0))P avec α=γ1(0) et β=γ2(0).

Équation du plan affine. Un point M(x,y,z) appartient à A+P si et seulement si MAP, c'est-à-dire si et seulement si zf(a,b)=(xa)xf(a,b)+(yb)yf(a,b).

Remarque

Cette équation est la traduction géométrique du développement limité d'ordre 1 : le plan tangent est le graphe de l'application affine qui approche f au premier ordre au voisinage de (a,b). C'est la version en dimension 2 de la tangente y=f(a)+f(a)(xa) de première année, et elle se retient exactement de la même façon.

Notez qu'ici l'ensemble des vecteurs tangents est exactement un plan, et que nous l'avons prouvé dans les deux sens, sans aucun théorème hors programme : la double inclusion s'obtient en exhibant des arcs d'un côté, en dérivant la relation γ3=f(γ1,γ2) de l'autre.

Exemple

Le paraboloïde. Soit f(x,y)=x2+y2 et A(1,1,2), qui appartient bien au graphe puisque f(1,1)=2. On a xf=2x et yf=2y, donc xf(1,1)=yf(1,1)=2. Le plan tangent en A a pour équation

z=2+2(x1)+2(y1),c’est-aˋ-direz=2x+2y2.

Vérification de bon sens : le point A(1,1,2) vérifie bien 2+22=2.

Plan tangent à une surface de niveau

Définition

Soient V un ouvert de R3, g:VR de classe C1, et S={MV  ;  g(M)=0}. Soit AS tel que g(A)0. Le plan tangent à S en A est le plan affine passant par A et orthogonal à g(A), c'est-à-dire l'ensemble des points M tels que

g(A),MA=0,

soit, en coordonnées, avec A(x0,y0,z0) :

(xx0)gx(A)+(yy0)gy(A)+(zz0)gz(A)=0.

Remarque

Pourquoi une définition et non un théorème ? Parce que le théorème démontré plus haut donne une seule inclusion : tout vecteur tangent à S en A est orthogonal à g(A), donc appartient à la direction de ce plan. L'inclusion réciproque, qui dirait que tout vecteur orthogonal au gradient est effectivement la vitesse d'un arc tracé sur S, réclamerait le théorème des fonctions implicites, hors programme.

En pratique, cela ne gêne jamais : dans un exercice concret on sait exhiber les arcs à la main (voir la sphère ci-dessous), et l'énoncé du concours définit lui-même le plan tangent par la formule ci-dessus. La condition g(A)0, elle, est essentielle : si le gradient est nul, la formule dégénère en 0=0 et ne définit plus un plan. Un tel point est dit singulier, et l'étude locale y sort du programme.

Exemple

La sphère. Soit S la sphère de centre O et de rayon R>0 dans R3 euclidien, c'est-à-dire l'ensemble de niveau 0 de g(M)=M2R2. On a g(M)=2M, qui est non nul sur S. Le plan tangent en AS est donc défini par 2A,MA=0, c'est-à-dire

A,M=A2=R2,soitx0x+y0y+z0z=R2.

C'est le résultat attendu : le plan tangent à une sphère est orthogonal au rayon.

Vérifions à la main que tout vecteur orthogonal à A est bien tangent, ce qui montre que sur cet exemple l'inclusion réciproque est vraie, et se prouve sans aucun outil hors programme. Soit v0 avec A,v=0. Posons

γ(t)=RA+tvA+tv.

Comme A et v sont orthogonaux, A+tv2=R2+t2v2>0, donc γ est bien définie et de classe C1 sur R, et elle est tracée sur S puisque γ(t)=R. De plus γ(0)=RAR=A. Enfin, en posant μ(t)=A+tv=R2+t2v2, on a μ(0)=R et μ(0)=0 (la dérivée de tR2+t2v2 en 0 est nulle), donc

γ(0)=Rvμ(0)Aμ(0)μ(0)2=RRvR2=v.

Le vecteur v est donc bien tangent à la sphère en A.

Dérivées partielles d'ordre supérieur

Définition et classe Ck

Définition

Soient U un ouvert de E muni d'une base (e1,,en), et f:UF admettant des dérivées partielles en tout point de U. Chaque jf est alors une application de U dans F, et l'on peut recommencer : lorsqu'elle existe, la dérivée partielle seconde d'indices (i,j) est

i,j2f=i(jf),noteˊe aussi2fxixj.

Lorsque i=j, on écrit i,i2f=2fxi2.

Plus généralement, pour kN, on dit que f est de classe Ck sur U lorsque toutes les dérivées partielles de f jusqu'à l'ordre k existent et sont continues sur U. On dit que f est de classe C lorsqu'elle est de classe Ck pour tout k.

Remarque

Attention à l'ordre de lecture des indices : dans i,j2f, on dérive d'abord par rapport à xj, puis par rapport à xi. C'est la convention cohérente avec la notation 2fxixj=xi(fxj), qui se lit de droite à gauche comme une composition. Le théorème de Schwarz rendra cette question sans conséquence pour les fonctions de classe C2, mais la convention doit être fixée pour que l'énoncé ait un sens.

Comme pour la classe C1, la définition ne dépend pas de la base choisie, et les opérations se comportent bien : combinaison linéaire, produit, quotient à dénominateur non nul et composée de fonctions de classe Ck sont de classe Ck. C'est ce qui permet de conclure d'un mot que (x,y)excosy est de classe C sur R2.

Le théorème de Schwarz

Théorème

Théorème de Schwarz (admis). Soient U un ouvert de E et f:UF de classe C2 sur U. Alors, pour tous indices i et j et tout aU,

2fxixj(a)=2fxjxi(a).

Plus généralement, pour une fonction de classe Ck, le résultat d'une dérivation d'ordre k ne dépend pas de l'ordre dans lequel les dérivations sont effectuées.

Remarque

La démonstration n'est pas exigible, mais l'énoncé doit être compris. Ce que dit Schwarz est que, pour une fonction suffisamment régulière, les dérivations partielles commutent : dériver en x puis en y donne le même résultat que dériver en y puis en x. C'est ce qui permet, dans la pratique, de choisir l'ordre le plus commode et de ne calculer qu'une seule des deux dérivées croisées.

Ce que Schwarz ne dit pas, c'est que ce serait vrai sans hypothèse. L'hypothèse C2 est réellement nécessaire, comme le montre le contre-exemple suivant.

Exemple

L'hypothèse C2 n'est pas décorative. Soit f:R2R définie par

f(x,y)=xy(x2y2)x2+y2si (x,y)(0,0),f(0,0)=0.

On admet que f est de classe C1 sur R2 (elle est de classe C hors de l'origine par opérations, et un calcul de majoration montre la continuité des dérivées partielles en l'origine).

Calcul de xf sur l'axe des ordonnées. Pour y fixé et x0,

f(x,y)f(0,y)x=1x×xy(x2y2)x2+y2=y(x2y2)x2+y2x0y×(y2)y2=y

lorsque y0, et le quotient est nul si y=0. Donc xf(0,y)=y pour tout yR.

Calcul de yf sur l'axe des abscisses. Symétriquement, pour x fixé et y0,

f(x,y)f(x,0)y=x(x2y2)x2+y2y0x×x2x2=x,

donc yf(x,0)=x pour tout xR.

Les dérivées croisées en l'origine. En dérivant les deux fonctions obtenues :

2fyx(0,0)=ddy[xf(0,y)]y=0=ddy[y]y=0=1,2fxy(0,0)=ddx[yf(x,0)]x=0=ddx[x]x=0=1.

Les deux dérivées croisées existent en l'origine et diffèrent : 11. La conclusion de Schwarz est donc en défaut, ce qui prouve que f n'est pas de classe C2 au voisinage de l'origine, si régulière qu'elle paraisse.

Matrice hessienne

Définition

Soient U un ouvert de Rn, f:UR de classe C2 et aU. La matrice hessienne de f en a est la matrice carrée d'ordre n

Hf(a)=(2fxixj(a))1i,jn.

Propriété

Si f est de classe C2 sur U, la matrice Hf(a) est symétrique pour tout aU.

Démonstration. Le coefficient d'indice (i,j) est i,j2f(a) et celui d'indice (j,i) est j,i2f(a) : ils sont égaux par le théorème de Schwarz.

Remarque

Cette symétrie n'est pas un détail esthétique : c'est elle qui donnera accès au théorème spectral. Une matrice symétrique réelle est diagonalisable en base orthonormée, à valeurs propres réelles, et c'est le signe de ces valeurs propres qui décidera de la nature d'un point critique. Toute la section d'optimisation au second ordre repose sur ce fait.

Exemple

Trois hessiennes. Pour f(x,y)=x3+y33xy, on a xf=3x23y et yf=3y23x, d'où

Hf(x,y)=(6x336y).

Pour f(x,y)=excosy, on obtient Hf(x,y)=(excosyexsinyexsinyexcosy).

Pour f(x)=Ax,x avec ASn(R), on a f(x)=2Ax, dont les dérivées partielles donnent Hf(x)=2A, constante.

Formule de Taylor-Young à l'ordre 2

Théorème

Formule de Taylor-Young à l'ordre 2 (admise). Soient U un ouvert de Rn, f:UR de classe C2 sur U et aU. Alors, pour h=(h1,,hn) tendant vers 0,

f(a+h)=f(a)+i=1nhifxi(a)+12i=1nj=1nhihj2fxixj(a)+o(h2).

Avec les notations matricielles, en identifiant h à une colonne et en munissant Rn du produit scalaire canonique :

f(a+h)=f(a)+f(a),h+12  thHf(a)h+o(h2).

Remarque

La différentielle seconde est hors programme. Dans d'autres cursus, on introduit un objet d2f(a), application bilinéaire symétrique, et l'on écrit le terme d'ordre 2 sous la forme 12d2f(a)(h,h). Cet objet n'existe pas dans le programme de MP, et il ne faut ni l'utiliser ni l'invoquer dans une copie. L'ordre 2 s'écrit exclusivement avec les dérivées partielles secondes, la matrice hessienne et la formule ci-dessus, en coordonnées.

Notez aussi le domaine d'application : la fonction est numérique (à valeurs dans R) et l'espace de départ est Rn (ou un espace euclidien rapporté à une base orthonormée). C'est le seul cadre dont nous aurons besoin, puisque l'optimisation concerne des fonctions à valeurs réelles.

Exemple

Un développement à l'ordre 2. Soit f(x,y)=excosy, de classe C sur R2, et a=(0,0). On a f(0,0)=1,

f(0,0)=(excosy,exsiny)(0,0)=(1,0),Hf(0,0)=(1001).

La formule de Taylor-Young donne donc

f(x,y)=1+x+12(x2y2)+o(x2+y2).

Contrôle par les développements limités d'une variable : ex=1+x+x22+o(x2) et cosy=1y22+o(y2), d'où en multipliant et en ne gardant que les termes de degré au plus 2 : 1+x+x22y22. Les deux méthodes concordent, et la seconde est souvent la plus rapide en pratique.

Optimisation

Vocabulaire

Définition

Soient X une partie de E, f:XR et aX.

On dit que f admet en a un maximum global sur X lorsque f(x)f(a) pour tout xX, et un minimum global lorsque f(x)f(a) pour tout xX.

On dit que f admet en a un maximum local lorsqu'il existe r>0 tel que f(x)f(a) pour tout xXB(a,r), et de même pour un minimum local.

Un extremum est un maximum ou un minimum. L'extremum est dit strict lorsque l'inégalité est stricte pour xa.

Remarque

Trois précisions de vocabulaire qui coûtent des points quand elles sont négligées.

Un extremum global est en particulier local ; la réciproque est fausse. Un extremum local est une propriété au voisinage du point, et rien n'interdit à la fonction de prendre ailleurs des valeurs bien plus grandes.

L'extremum est la valeur f(a), le point a est le point où il est atteint. On demande souvent « en quels points l'extremum est-il atteint » : il peut y en avoir plusieurs, et il faut tous les donner.

Enfin, l'existence d'un extremum n'est jamais acquise : xx n'a ni maximum ni minimum sur R, et xex n'a pas de minimum sur R bien qu'elle soit minorée par 0. Il faudra donc systématiquement produire un argument d'existence, ou bien conclure par un calcul complet.

Condition nécessaire du premier ordre

Définition

Soient U un ouvert de E et f:UR différentiable sur U. Un point aU est un point critique de f lorsque df(a)=0, c'est-à-dire, si E est euclidien, lorsque f(a)=0E, ou encore lorsque toutes les dérivées partielles de f s'annulent en a.

Théorème

Condition nécessaire du premier ordre. Soient U un ouvert de E, f:UR et aU. Si f admet un extremum local en a et si f est différentiable en a, alors

df(a)=0,

c'est-à-dire que a est un point critique de f.

Démonstration. Supposons par exemple que f admette un maximum local en a : il existe r>0 tel que B(a,r)U (car U est ouvert, quitte à diminuer r) et f(x)f(a) pour tout xB(a,r).

Soit vE non nul. Posons η=rv et, pour t]η,η[,

φ(t)=f(a+tv).

La fonction φ est bien définie car tv<r, et elle est dérivable en 0 avec φ(0)=Dvf(a)=df(a)(v), d'après la propriété liant différentielle et dérivée selon un vecteur.

Par ailleurs, φ(t)=f(a+tv)f(a)=φ(0) pour tout t]η,η[ : la fonction φ, d'une variable réelle, admet un maximum en 0, qui est un point intérieur à son intervalle de définition. Le théorème de première année s'applique : φ(0)=0.

Ainsi df(a)(v)=0 pour tout v0E, et aussi pour v=0E par linéarité. Donc df(a)=0. Le cas d'un minimum local se traite de même, ou en appliquant ce qui précède à f.

Remarque

Deux hypothèses, deux pièges.

L'ouvert. Le théorème est faux si a n'est pas intérieur. Sur X=[0,1], la fonction f(x)=x atteint son maximum en 1, et pourtant f(1)=10. Le maximum est « bloqué par le bord », et la dérivée n'a aucune raison de s'annuler. C'est pour cette raison que la recherche d'extremums sur un fermé se fait toujours en deux temps : l'intérieur, puis la frontière.

La condition est nécessaire, pas suffisante. Un point critique est un candidat, rien de plus, exactement comme en première année où xx3 a un point critique en 0 sans y avoir d'extremum. En plusieurs variables, le phénomène est même plus riche : il apparaît des points selle (ou points col), où la fonction croît dans une direction et décroît dans une autre.

Exemple

Le point selle modèle. Soit f(x,y)=xy sur R2. On a f(x,y)=(y,x), donc l'unique point critique est l'origine. Pourtant, pour t0,

f(t,t)=t2>0=f(0,0)etf(t,t)=t2<0=f(0,0).

Dans tout voisinage de l'origine, f prend donc des valeurs strictement supérieures et strictement inférieures à f(0,0) : il n'y a aucun extremum local en (0,0). La surface d'équation z=xy a la forme d'une selle de cheval, d'où le nom.

Existence d'un extremum global par compacité

Théorème

Théorème des bornes atteintes. Soient K une partie compacte non vide de E (c'est-à-dire, E étant de dimension finie, une partie fermée et bornée non vide) et f:KR continue. Alors f est bornée sur K et atteint ses bornes : il existe a,bK tels que

xK,f(a)f(x)f(b).

Remarque

C'est un théorème du chapitre de topologie, rappelé ici parce qu'il est le pivot de toute la section. Retenez la logique : le calcul différentiel ne prouve jamais l'existence d'un extremum, il ne fait que localiser les candidats. L'existence vient de la topologie, par compacité ou par coercivité.

La vérification que K est compact doit être écrite : « K est fermé comme image réciproque d'un fermé par une application continue, et borné car inclus dans une boule », voilà la phrase type. Elle prend deux lignes et elle est exigée.

Méthode

Recherche des extremums d'une fonction continue sur un compact. La stratégie ne varie jamais.

  1. Existence : vérifier que K est fermé borné non vide et que f est continue, puis conclure que f atteint son maximum et son minimum sur K. À ce stade, on sait que les extremums existent, sans savoir où.
  2. Points intérieurs : si un extremum est atteint en un point a de l'intérieur de K et si f y est différentiable, alors a est un point critique. On résout donc le système f=0 dans l'intérieur, et l'on retient les solutions comme candidats.
  3. Frontière : la condition du premier ordre ne s'y applique pas. On paramètre la frontière (cercle par θ, segments d'un carré par une variable, etc.) et l'on étudie la fonction d'une variable obtenue, avec les outils de première année.
  4. Comparaison : on calcule f en tous les candidats (intérieurs et frontière) et l'on compare les valeurs. La plus grande est le maximum, la plus petite le minimum.

Ne cherchez jamais de multiplicateur de Lagrange pour traiter l'étape 3 : c'est hors programme, et le paramétrage suffit à tous les exercices du programme.

Exemple

Extremums sur le disque unité fermé. Soit

K={(x,y)R2  ;  x2+y21},f(x,y)=x2+y2+xy.

Étape 1 : existence. L'ensemble K est fermé (image réciproque du fermé ],1] par la fonction continue (x,y)x2+y2), borné (inclus dans la boule de centre l'origine et de rayon 1) et non vide. La fonction f est polynomiale donc continue. Elle atteint donc son maximum et son minimum sur K.

Étape 2 : l'intérieur. L'intérieur de K est le disque ouvert {x2+y2<1}. La fonction f y est de classe C1 et

f(x,y)=(2x+y,  x+2y).

Le système 2x+y=0 et x+2y=0 a pour unique solution (0,0) : en effet, en soustrayant, xy=0 puis 3x=0. Le seul point critique intérieur est donc l'origine, avec f(0,0)=0.

Étape 3 : la frontière. C'est le cercle unité, que l'on paramètre par (cosθ,sinθ) pour θ[0,2π]. Alors

g(θ)=f(cosθ,sinθ)=cos2θ+sin2θ+cosθsinθ=1+12sin(2θ).

Comme sin(2θ) décrit [1,1] quand θ décrit [0,2π], la fonction g décrit [12,32]. Le minimum 12 est atteint pour 2θ=π2 modulo 2π, c'est-à-dire aux points ±(22,22), et le maximum 32 pour 2θ=π2 modulo 2π, c'est-à-dire aux points ±(22,22).

Étape 4 : comparaison. Les valeurs candidates sont 0 (à l'intérieur), 12 et 32 (sur le bord). Donc

minKf=0  atteint en (0,0),maxKf=32  atteint en ±(22,22).

Vérification du maximum : f(22,22)=12+12+12=32. Tout concorde.

Remarque

Si la frontière est un carré ou un triangle plutôt qu'un cercle, l'étape 3 se découpe : on étudie séparément chaque côté (fonction d'une variable sur un segment) sans oublier de traiter les sommets, qui appartiennent à deux côtés à la fois et où les études par côté peuvent ne pas donner de dérivée nulle. Pour [0,1]2, cela fait quatre segments et quatre sommets.

Conditions du second ordre

Théorème

Nature d'un point critique par la hessienne. Soient U un ouvert de Rn, f:UR de classe C2 et aU un point critique de f. Notons λ1,,λn les valeurs propres de la matrice symétrique Hf(a).

  1. Si toutes les valeurs propres sont strictement positives (hessienne définie positive), alors f admet en a un minimum local strict.
  2. Si toutes les valeurs propres sont strictement négatives (hessienne définie négative), alors f admet en a un maximum local strict.
  3. S'il existe deux valeurs propres de signes opposés (une strictement positive et une strictement négative), alors f n'admet pas d'extremum local en a : c'est un point selle.
  4. Si 0 est valeur propre et que les autres valeurs propres sont toutes de même signe (au sens large), on ne peut rien conclure : le cas est dit dégénéré, et il faut une étude directe.

Démonstration du cas 1. Supposons H=Hf(a) définie positive et notons λmin>0 sa plus petite valeur propre. La matrice H étant symétrique réelle, le théorème spectral fournit une base orthonormée (u1,,un) de vecteurs propres, associée aux valeurs propres λ1,,λn. Pour h=iciui, on a alors

thHh=Hh,h=i=1nλici2λmini=1nci2=λminh2,

la dernière égalité venant de l'orthonormalité de la base.

Écrivons maintenant la formule de Taylor-Young à l'ordre 2 en a, en tenant compte de f(a)=0 :

f(a+h)f(a)=12thHh+h2ε(h),avec ε(h)h00.

D'après la minoration précédente,

f(a+h)f(a)(λmin2+ε(h))h2.

Comme ε(h)0, il existe r>0 tel que B(a,r)U et ε(h)λmin4 pour h<r. Pour un tel h non nul,

f(a+h)f(a)(λmin2λmin4)h2=λmin4h2>0.

Donc f(a+h)>f(a) pour tout h non nul de norme inférieure à r : la fonction f admet en a un minimum local strict.

Démonstration du cas 2. Appliquer le cas 1 à f, dont la hessienne en a est Hf(a), de valeurs propres λi>0.

Démonstration du cas 3. Soient u un vecteur propre unitaire associé à une valeur propre λ>0 et w un vecteur propre unitaire associé à une valeur propre μ<0. Taylor-Young appliqué à h=tu donne, pour t0,

f(a+tu)f(a)=t22tuHu+t2ε(tu)=t2(λ2+ε(tu)),

car tuHu=λu,u=λ et tu2=t2. Pour t assez petit et non nul, la parenthèse est strictement positive, donc f(a+tu)>f(a).

De même, f(a+tw)f(a)=t2(μ2+ε(tw))<0 pour t assez petit non nul. Dans tout voisinage de a, la fonction prend donc des valeurs strictement supérieures et strictement inférieures à f(a) : il n'y a pas d'extremum local en a.

Remarque

Sur le cas 4, il faut être catégorique : lorsque 0 est valeur propre de la hessienne, le théorème ne dit rien, et écrire « la hessienne est positive donc c'est un minimum » est une faute. Voici trois fonctions ayant en l'origine un point critique et la même hessienne (2000), dégénérée, et trois comportements différents.

Pour f(x,y)=x2+y4, l'origine est un minimum global strict, car f>0 partout ailleurs.

Pour f(x,y)=x2y4, il n'y a pas d'extremum : f(0,y)=y4<0 tandis que f(x,0)=x2>0.

Pour f(x,y)=x2+y3, il n'y a pas non plus d'extremum, car f(0,y)=y3 change de signe.

Dans les trois cas, il a fallu regarder la fonction elle-même, et non sa hessienne.

Remarque

Un piège plus subtil, à connaître. Il ne suffit pas d'étudier f le long des droites passant par le point critique. Considérons

f(x,y)=(yx2)(y2x2)=y23x2y+2x4.

Son gradient est f(x,y)=(6xy+8x3,  2y3x2), nul en l'origine, qui est donc un point critique, et Hf(0,0)=(0002) est dégénérée.

Le long de toute droite passant par l'origine, f admet un minimum strict en 0 : pour y=mx avec m0, f(x,mx)=m2x23mx3+2x4m2x2>0 au voisinage de 0 ; pour y=0, f(x,0)=2x4>0 ; pour x=0, f(0,y)=y2>0.

Et pourtant l'origine n'est pas un minimum local : le long de la parabole y=32x2,

f(x,32x2)=(32x2x2)(32x22x2)=(12x2)(12x2)=x44<0

pour tout x0. On retrouve, en optimisation, la leçon de la première section du chapitre : les droites ne suffisent pas.

Le cas de deux variables : notations r, s, t

Propriété

Soient U un ouvert de R2, f:UR de classe C2 et aU un point critique. Posons (notations de Monge)

r=2fx2(a),s=2fxy(a),t=2fy2(a),Hf(a)=(rsst).

Le déterminant vaut rts2 et la trace vaut r+t, ce qui donne le tableau suivant.

Discriminant Signe de r Nature du point critique a
rts2>0 r>0 minimum local strict
rts2>0 r<0 maximum local strict
rts2<0 quelconque point selle, pas d'extremum
rts2=0 quelconque cas dégénéré, étude directe nécessaire

Démonstration. Le produit des deux valeurs propres de Hf(a) vaut detHf(a)=rts2, leur somme vaut r+t.

Si rts2>0, les deux valeurs propres sont non nulles et de même signe. De plus rt>s20, donc r et t sont non nuls et de même signe, et le signe commun des valeurs propres est celui de leur somme r+t, donc celui de r. Si r>0 les deux valeurs propres sont strictement positives (cas 1 du théorème), si r<0 elles sont strictement négatives (cas 2).

Si rts2<0, le produit des valeurs propres est strictement négatif : elles sont de signes opposés, c'est le cas 3.

Si rts2=0, l'une des valeurs propres est nulle : c'est le cas dégénéré.

Exemple

Étude complète sur un ouvert. Cherchons les extremums locaux de f(x,y)=x3+y33xy sur R2.

Points critiques. La fonction est polynomiale donc de classe C, et

f(x,y)=(3x23y,  3y23x).

Le système s'écrit y=x2 et x=y2. En substituant, x=x4, donc x(x31)=0, d'où x=0 ou x=1. Les points critiques sont donc (0,0) et (1,1).

Nature. La hessienne est Hf(x,y)=(6x336y).

En (0,0) : r=0, s=3, t=0, donc rts2=9<0 : point selle, pas d'extremum.

En (1,1) : r=6, s=3, t=6, donc rts2=369=27>0 et r=6>0 : minimum local strict, de valeur f(1,1)=1+13=1.

Pas d'extremum global. La fonction n'est pas minorée : f(x,0)=x3 quand x. Elle n'est pas majorée non plus. Le minimum local en (1,1) n'est donc pas global, ce qui rappelle que les deux notions sont indépendantes.

Coercivité

Sur un ouvert non borné comme Rn, la compacité est indisponible. L'argument de remplacement est le suivant, et il est très fréquent aux concours.

Théorème

Existence d'un minimum global par coercivité. Soit f:RnR continue et coercive, au sens où

f(x)x++,

c'est-à-dire : pour tout MR, il existe R>0 tel que x>R implique f(x)>M. Alors f admet un minimum global sur Rn, atteint en au moins un point.

Démonstration. Posons M=f(0). Par coercivité appliquée à ce réel M, il existe R>0 tel que

x>R    f(x)>M.

Considérons la boule fermée K=Bf(0,R). C'est une partie fermée, bornée et non vide de Rn (elle contient 0), donc une partie compacte puisque la dimension est finie. La fonction f y est continue, donc elle atteint son minimum sur K : il existe x0K tel que

xK,f(x0)f(x).

En particulier, comme 0K, on a f(x0)f(0)=M.

Montrons que x0 réalise le minimum sur Rn tout entier. Soit xRn. Si xR, alors xK et f(x)f(x0) par définition de x0. Si x>R, alors f(x)>Mf(x0). Dans les deux cas f(x)f(x0), donc f admet un minimum global en x0.

Remarque

La démonstration mérite d'être sue par cœur : c'est un raisonnement en deux zones (la boule, où l'on utilise la compacité ; l'extérieur, où l'on utilise la coercivité), et il est réclamé tel quel dans de nombreux sujets. Le point technique à ne pas rater est le choix du seuil : on compare à la valeur f(0), ou à la valeur de f en n'importe quel point fixé, ce qui garantit que le minimum sur la boule est bien inférieur aux valeurs de l'extérieur.

Pour montrer qu'une fonction est coercive, on cherche presque toujours une minoration de la forme f(x)ψ(x) avec ψ(u)+ quand u+.

Exemple

Une étude complète avec coercivité. Soit f(x,y)=x4+y44xy sur R2.

Coercivité. Comme 4xy2(x2+y2) (inégalité 2xyx2+y2) et x4+y4(x2+y2)22 (par convexité, ou en développant (x2y2)20), on obtient, en posant u=x2+y2=(x,y)2 :

f(x,y)u222uu++.

La fonction f est donc coercive, et continue car polynomiale : elle admet un minimum global, atteint en un point de R2.

Localisation. Ce minimum global est en particulier un minimum local atteint en un point de l'ouvert R2, donc en un point critique. Or

f(x,y)=(4x34y,  4y34x),

et le système s'écrit y=x3 et x=y3, d'où x=x9, soit x(x81)=0, donc x{1,0,1}. Les points critiques sont (0,0), (1,1) et (1,1), de valeurs respectives

f(0,0)=0,f(1,1)=1+14=2,f(1,1)=1+14=2.

Conclusion. Le minimum global vaut donc 2, atteint exactement en (1,1) et (1,1).

Nature des points critiques, pour compléter. La hessienne est Hf(x,y)=(12x24412y2). En (0,0), rts2=16<0 : point selle. En (1,1) et en (1,1), rts2=14416=128>0 et r=12>0 : minimums locaux stricts, ce qui est cohérent avec ce qui précède.

Contraintes : le paramétrage, pas Lagrange

Remarque

Les multiplicateurs de Lagrange sont hors programme en MP. Aucun exercice de la filière ne peut donc exiger cette technique, et l'utiliser dans une copie n'apporte rien (au mieux le correcteur l'ignore, au pire il sanctionne un résultat non justifié). Les trois techniques autorisées, et suffisantes, sont les suivantes.

Le paramétrage. Si la contrainte se paramètre explicitement, on substitue et l'on se ramène à une fonction d'une variable de moins. Le cercle x2+y2=1 se paramètre par (cosθ,sinθ), une droite par tA+tu, un segment par t[0,1].

La substitution. Si la contrainte permet d'exprimer une variable en fonction des autres, on remplace. Sous la contrainte x+y+z=1, on écrit z=1xy et l'on étudie une fonction de deux variables sur R2.

La compacité. Si la contrainte définit un fermé borné, l'existence des extremums est acquise, et il ne reste qu'à comparer un nombre fini de candidats.

Exemple

Extremums sous contrainte, par paramétrage. Cherchons les extremums de f(x,y)=x+y sur le cercle C d'équation x2+y2=1.

Le cercle est compact (fermé borné) et f est continue, donc les extremums existent. Paramétrons : pour θ[0,2π],

g(θ)=f(cosθ,sinθ)=cosθ+sinθ=2sin ⁣(θ+π4),

en utilisant la formule d'addition. Comme le sinus décrit [1,1] quand θ+π4 parcourt un intervalle de longueur 2π, on obtient

minCf=2atteint en (22,22),maxCf=2atteint en (22,22).

Vérification : 22+22=2. Le tout en cinq lignes, sans aucun outil hors programme.

Méthodes à retenir

Méthode

Justifier qu'une fonction est de classe C1 (et donc différentiable). C'est la première phrase de presque tous les exercices, et elle vaut des points.

  1. Décrire l'ouvert U de travail et justifier qu'il est ouvert : Rn tout entier, un ensemble d'inégalités strictes entre fonctions continues, ou le complémentaire d'un fermé.
  2. Invoquer les opérations : les fonctions coordonnées sont de classe C, et somme, produit, quotient à dénominateur ne s'annulant pas, composition avec les fonctions usuelles préservent la classe C1.
  3. Conclure : f est de classe C1 sur U, donc différentiable en tout point de U, avec df(a)(h)=ihiif(a).

Cas particulier fréquent : en un point où la formule change (souvent l'origine d'une fonction définie par morceaux), les opérations ne s'appliquent pas. Il faut alors une étude séparée, à la main, par la définition.

Méthode

Montrer qu'une fonction n'est pas différentiable en un point. Par ordre de coût croissant, essayer dans cet ordre.

  1. La continuité : si f n'est pas continue en a, elle n'y est pas différentiable. Pour montrer la discontinuité, exhiber deux chemins donnant des limites différentes (droites y=mx, paraboles y=αx2, coordonnées polaires).
  2. La linéarité des dérivées directionnelles : calculer Dvf(a) pour v quelconque ; si vDvf(a) n'est pas linéaire, f n'est pas différentiable.
  3. Le développement limité : si les dérivées partielles existent, la seule différentielle possible est hihiif(a). Poser
ρ(h)=f(a+h)f(a)ihiif(a)h

et montrer que ρ(h) ne tend pas vers 0, en choisissant un chemin bien adapté.

Modèle du point 3 : f(x,y)=xy en l'origine. Ses deux dérivées partielles y sont nulles car f(x,0)=f(0,y)=0, donc la seule candidate est la différentielle nulle. Or, le long de la droite y=x avec x>0,

ρ(x,x)=x22x=12↛0.

Donc f n'est pas différentiable en (0,0), bien qu'elle y soit continue et y admette des dérivées partielles.

Méthode

Calculer une différentielle en algèbre. Deux calculs classiques reviennent sans cesse, et se traitent tous les deux par un développement limité matriciel.

Le déterminant. L'application det:Mn(R)R est polynomiale en les coefficients, donc de classe C. En développant det(In+M) par la formule de Leibniz, le terme de la permutation identité vaut i(1+mi,i)=1+imi,i+(degreˊ2), et toute autre permutation déplace au moins deux indices, donc contribue un produit contenant au moins deux coefficients hors diagonale, de degré au moins 2. D'où

det(In+M)=1+tr(M)+o(M),c’est-aˋ-direddet(In)(M)=tr(M).

En un point A inversible, on factorise : det(A+H)=det(A)det ⁣(In+A1H), d'où

ddet(A)(H)=det(A)tr ⁣(A1H).

L'inverse. L'ensemble GLn(R) est un ouvert de Mn(R) (image réciproque de R par det, continue). Pour A inversible et H de norme assez petite,

(A+H)1=(In+A1H)1A1=(InA1H+o(H))A1,

en utilisant le développement (In+M)1=InM+o(M), qui provient de la série géométrique de matrices pour M<1 avec une norme sous-multiplicative. D'où

dinv(A)(H)=A1HA1.

On retrouve, pour n=1, la dérivée de x1x, qui vaut 1x2.

Méthode

Résoudre une EDP linéaire du premier ordre par changement de variables. Le schéma est invariable.

  1. Choisir le changement de variables. Pour αxf+βyf=0, prendre une nouvelle variable constante le long de la direction (α,β), par exemple u=βxαy, et compléter par une seconde variable indépendante, par exemple w=x. Pour une invariance par rotation, passer en polaires.
  2. Poser g en composant f avec le changement de variables inverse, écrit explicitement, et vérifier que g est de classe C1 sur un ouvert convexe (ou un produit d'intervalles).
  3. Traduire l'équation avec la règle de la chaîne, en n'oubliant pas que les dérivées de f sont évaluées au point image.
  4. Intégrer : une dérivée partielle nulle sur un produit d'intervalles signifie que la fonction ne dépend pas de cette variable ; on introduit alors une fonction arbitraire d'une variable, de classe C1.
  5. Revenir à f et vérifier la réciproque par un calcul direct. Cette dernière étape n'est pas facultative.

Méthode

Chercher les extremums d'une fonction sur un ouvert. Attention, sur un ouvert, rien ne garantit l'existence d'un extremum.

  1. Justifier que f est de classe C1 (voire C2) sur l'ouvert U.
  2. Résoudre le système f=0 pour trouver tous les points critiques. Les résolutions se font par substitution, factorisation, ou en soustrayant les équations quand le système est symétrique.
  3. Pour chaque point critique, calculer la hessienne et conclure par le signe des valeurs propres, ou par le discriminant rts2 en dimension 2.
  4. Si la hessienne est dégénérée, étudier directement le signe de f(a+h)f(a), en factorisant ou en testant des chemins bien choisis (dont des paraboles, pas seulement des droites).
  5. Pour un extremum global, il faut un argument supplémentaire : coercivité, ou minoration explicite du type f(x)f(a)0 valable partout, ou étude du comportement à l'infini pour conclure qu'il n'y en a pas.

Méthode

Chercher les extremums d'une fonction sur un fermé borné. C'est la méthode détaillée plus haut, résumée pour mémoire.

  1. Existence par compacité : K fermé, borné, non vide, f continue.
  2. Intérieur : les extremums qui y sont atteints sont des points critiques ; résoudre f=0 sur l'intérieur.
  3. Frontière : paramétrer et étudier une fonction d'une variable, sans oublier les points anguleux (sommets d'un carré ou d'un triangle).
  4. Comparer toutes les valeurs candidates et conclure en donnant à la fois la valeur de l'extremum et le ou les points où il est atteint.

Erreurs classiques

Confondre dérivées partielles et différentiabilité. C'est l'erreur numéro un, et elle est éliminatoire dans une question de cours. Écrire « les dérivées partielles existent donc f est différentiable » est faux : la fonction xyx2+y2 prolongée par 0 admet deux dérivées partielles nulles en l'origine et n'y est même pas continue. Ce qui est vrai, c'est le théorème avec l'hypothèse de continuité des dérivées partielles sur un ouvert. Le mot « continue » n'est pas une formalité de rédaction : c'est l'hypothèse.

Croire que l'existence de toutes les dérivées directionnelles suffit. Version savante de l'erreur précédente, et tout aussi fausse. La fonction x2yx4+y2 admet en l'origine une dérivée dans toutes les directions et n'y est pas continue. Les droites ne voient pas les paraboles.

Chercher un extremum sur un fermé en oubliant la frontière. On résout f=0, on trouve deux points critiques, on compare leurs valeurs et l'on annonce le maximum. Mais si le domaine est un disque fermé ou un carré, le maximum peut très bien être atteint au bord, là où le gradient ne s'annule pas. La recherche sur un compact comporte toujours deux volets, l'intérieur et la frontière, et un devoir qui n'en traite qu'un est incomplet.

Appliquer la condition du premier ordre en un point qui n'est pas intérieur. Le théorème exige que a soit un point intérieur au domaine. Sur [0,1], la fonction xx atteint son maximum en 1 sans que la dérivée s'y annule. Écrire « le maximum est atteint sur le bord donc le gradient y est nul » est un contresens complet.

Conclure quand la hessienne est dégénérée. Si rts2=0, ou si 0 est valeur propre de la hessienne, le critère du second ordre ne conclut pas. Il ne dit pas « ce n'est pas un extremum », il ne dit rien du tout. Les trois exemples x2+y4, x2y4 et x2+y3 ont la même hessienne dégénérée et trois comportements différents. Dans ce cas, il faut revenir au signe de f(a+h)f(a).

Oublier que le gradient exige un produit scalaire. Le gradient n'existe que pour une fonction numérique définie sur un espace euclidien, et il dépend du produit scalaire. Parler du gradient d'une application de R2 dans R3 n'a aucun sens : c'est une matrice jacobienne. Et écrire que les coordonnées du gradient sont les dérivées partielles n'est licite que dans une base orthonormée.

Se tromper de point d'évaluation dans une composée. Dans la formule u[f(φ(u))]=iφiu×fxi(φ(u)), les dérivées de f sont prises au point image φ(u). Écrire fx(u,v) dans un changement de variables polaires, alors qu'il faut fx(rcosθ,rsinθ), fausse tout le calcul qui suit et rend les résultats incohérents.

Oublier un terme dans la dérivation d'une composée. Quand la même variable apparaît à plusieurs endroits, tous les chemins comptent. Pour F(t)=f(t,t2), la dérivée est F(t)=xf(t,t2)+2tyf(t,t2), avec deux termes. La règle de la chaîne est une somme sur toutes les variables intermédiaires, jamais une dérivée isolée.

Utiliser un outil hors programme. Théorème des fonctions implicites, théorème d'inversion locale, multiplicateurs de Lagrange, différentielle seconde comme application bilinéaire : rien de tout cela n'est au programme de MP, et rien de tout cela n'est nécessaire. Une contrainte se paramètre, une tangente se calcule en dérivant un arc, l'ordre 2 s'écrit avec la hessienne. Un candidat qui invoque ces théorèmes signale surtout qu'il n'a pas vu la solution simple.

Confondre « la différentielle est nulle » et « la fonction est constante ». L'implication est vraie sur un ouvert convexe (ou connexe par arcs), et fausse sinon : sur la réunion de deux boules disjointes, une fonction localement constante peut prendre deux valeurs différentes. Dans les exercices d'EDP, cette précaution se traduit par le choix d'un nouvel ouvert qui est un produit d'intervalles.

Bloqué sur « Calcul différentiel et optimisation » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.