ECG appliquées · Chapitre 14 · Quatrième semestre
Fonctions numériques de deux variables réelles
2e année
Continuité sur R², dérivées partielles, gradient, matrice hessienne, recherche d'extrema.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Continuité sur R²
- Dérivées partielles
- Gradient
- Matrice hessienne
- Recherche d'extrema
Une entreprise ne choisit presque jamais une seule grandeur. Elle fixe une quantité produite et un prix, un budget de publicité et un budget de recherche, une main-d'œuvre et un capital. Un ménage répartit un revenu entre deux biens. Un statisticien qui ajuste une droite à un nuage de points cherche simultanément une pente et une ordonnée à l'origine. Dans tous ces cas, la quantité que l'on veut rendre maximale ou minimale, profit, coût, utilité, erreur, dépend de deux variables, et les outils du premier semestre, taillés pour une seule variable, ne suffisent plus. Ce chapitre construit les outils manquants : dériver dans deux directions, repérer les points candidats, et trancher leur nature. Il est le dernier chapitre d'analyse de la deuxième année, et il est aussi, avec les probabilités, celui qui revient le plus souvent dans les sujets de concours, sous une forme d'ailleurs très stable : on donne une fonction, on demande les points critiques, on demande leur nature, on demande éventuellement l'extremum global.
Ce chapitre a une particularité que peu d'autres ont : il réutilise le troisième semestre au lieu de l'oublier. Vous avez appris à réduire une matrice, c'est-à-dire à en chercher les valeurs propres, et vous vous êtes peut-être demandé à quoi cela servait au-delà du calcul des puissances . La réponse est ici. À chaque point critique d'une fonction de deux variables, on associe une matrice carrée d'ordre , la matrice hessienne, et ce sont les signes de ses deux valeurs propres qui décident si l'on est en présence d'un minimum, d'un maximum ou de rien du tout. Deux valeurs propres strictement positives, c'est un creux ; deux strictement négatives, c'est un sommet ; deux de signes contraires, c'est une selle de cheval, et il n'y a pas d'extremum. Le programme est explicite sur ce point, et c'est pour cela que la réduction figure au semestre précédent. Une conséquence pratique immédiate : si le calcul des valeurs propres d'une matrice n'est pas automatique chez vous, révisez-le maintenant, parce que la moitié des points de ce chapitre en dépend.
Il faut ensuite dire franchement une chose que le programme officiel écrit noir sur blanc : « tous les résultats concernant les fonctions réelles de deux variables réelles seront admis ». Aucune des grandes propriétés de ce chapitre ne sera démontrée, ni ici ni ailleurs : ni la continuité des fonctions polynomiales, ni le théorème de Schwarz, ni la condition nécessaire du premier ordre, ni la condition suffisante du second ordre, ni le théorème des bornes atteintes. Ce n'est pas une paresse de rédaction, c'est une décision du texte officiel, motivée par le fait que les démonstrations correctes exigeraient une topologie que la voie ECG n'enseigne pas. Il faut en tirer la conséquence pour votre travail : on ne vous demandera jamais de démontrer ces énoncés, on vous demandera de les appliquer correctement. Ce qui est évalué, c'est la méthode et le calcul : poser proprement un système de deux équations, le résoudre sans erreur, écrire une hessienne symétrique, trouver deux valeurs propres justes, conclure avec le bon énoncé et les bonnes hypothèses. Autrement dit, la théorie vous est offerte, la rigueur d'application ne l'est pas. En revanche, tout ce qui est démontrable à votre niveau le sera dans ce cours, et il y en a beaucoup : les calculs de dérivées partielles, les formes canoniques, la recherche des valeurs propres d'une hessienne, l'étude des cas douteux, et la démonstration complète des formules de la droite de régression.
Le plan suit l'ordre naturel du travail. Les sections à installent l'objet et le vocabulaire : ce qu'est une fonction de deux variables, comment on mesure une distance dans le plan, ce que signifie la continuité, et comment on visualise une telle fonction par ses lignes de niveau, qui sont exactement les isoquantes et les courbes d'indifférence de vos cours d'économie. Les sections à construisent le calcul différentiel : les dérivées partielles d'ordre , le gradient, puis les dérivées partielles d'ordre , le théorème de Schwarz et la matrice hessienne. Les sections et forment le cœur du chapitre : la recherche des points critiques par la condition d'ordre , puis la détermination de leur nature par les valeurs propres de la hessienne. La section traite la question la plus délicate, le passage du local au global, qui ne se règle jamais par la hessienne seule. La section déroule les deux applications que le programme cite explicitement : la droite de régression et l'optimisation économique. La section résume tout en une page et liste les erreurs qui coûtent des points chaque année.
Un dernier avertissement sur le cadre. Le programme prend soin d'« éviter tout problème de nature topologique » : il précise que « le domaine de définition sera systématiquement », et que « la détermination de la nature topologique d'un ensemble n'est pas un objectif du programme et devra toujours être indiquée ». Traduction concrète : sauf mention contraire, toutes nos fonctions sont définies sur tout entier ; et quand une partie du plan est ouverte, fermée ou bornée, l'énoncé vous le dira, ou bien ce cours l'admettra explicitement. Vous n'aurez jamais à le démontrer, et vous ne devez jamais faire semblant de le démontrer. En contrepartie, vous devez apprendre à lire cette information dans l'énoncé et à l'utiliser au bon endroit, parce qu'elle conditionne l'application des théorèmes.
Voici enfin les notations en vigueur dans tout le chapitre.
| Notation | Signification |
|---|---|
| un point de , ou un couple de variables | |
| , | des points du plan repéré |
| distance euclidienne de à | |
| disque ouvert de centre et de rayon | |
| , | dérivées partielles d'ordre de |
| gradient de au point , matrice colonne | |
| , , , | dérivées partielles d'ordre |
| matrice hessienne de au point | |
| ligne de niveau | |
| un ouvert de , toujours annoncé comme tel | |
| une partie fermée bornée de | |
| matrice identité d'ordre | |
| , | valeurs propres de la hessienne |
Les lettres , , désignent des fonctions de deux variables, les lettres et des fonctions d'une seule variable obtenues par substitution. Le symbole marque la fin d'une démonstration. Enfin, chaque énoncé que le programme impose d'admettre porte la mention (admis) : elle n'est pas décorative, elle vous dit que la seule chose attendue de vous est de savoir l'appliquer.
Fonctions de deux variables réelles
Définition et premiers exemples
Définition
Une fonction numérique de deux variables réelles est une application qui, à tout couple de , associe un unique réel noté . On écrit
Le réel est l'image du couple par .
Conformément au programme, le domaine de définition sera systématiquement . Lorsqu'une expression n'a pas de sens partout, par exemple ou , on ne « cherche pas le domaine » comme en première année : l'énoncé donne l'ensemble de départ, et il précise s'il est ouvert. Ce cours fera de même.
Deux couples sont égaux si et seulement si leurs deux coordonnées le sont, de sorte que l'ordre compte : en général . Ainsi, pour , on a tandis que .
Exemple
Quatre fonctions issues de l'économie. Elles serviront de fil rouge tout au long du chapitre.
a. Coût de production. Une entreprise fabrique deux biens, en quantités et . Son coût total, en milliers d'euros, est
Les termes en et traduisent les rendements décroissants, la constante les coûts fixes.
b. Profit. La même entreprise vend le premier bien au prix unitaire et le second au prix . Son profit est . Si les prix dépendent eux-mêmes des quantités mises sur le marché, devient une fonction polynomiale des deux quantités : c'est l'exemple traité en détail en section .
c. Fonction de production de Cobb-Douglas. Avec un travail et un capital , tous deux strictement positifs, la production est
C'est le cas particulier symétrique de la forme générale , la plus utilisée en économie.
d. Utilité. Un ménage consommant les quantités et de deux biens en retire la satisfaction . Formellement la même fonction que la précédente, mais interprétée autrement : ce sont les lignes de niveau qui portent le sens économique, comme on le verra en section .
Fonctions coordonnées et fonctions polynomiales
Le programme part de deux fonctions minimales, à partir desquelles tout se construit.
Définition
Les deux fonctions coordonnées de sont
Elles paraissent triviales, et elles le sont ; leur rôle est d'être les briques de base. Un monôme de deux variables est un produit , où est un réel et où et sont des entiers naturels ; l'entier en est le degré.
Définition
Une fonction polynomiale de deux variables est une somme finie de monômes. Son degré est le plus grand degré d'un monôme de coefficient non nul.
Exemple
a. est polynomiale de degré : le monôme est de degré , le monôme également, le monôme est de degré , et la constante est de degré .
b. est polynomiale de degré au plus : on l'appelle fonction affine de deux variables.
c. est le polynôme du second degré général à deux variables. C'est de très loin la famille la plus fréquente dans les exercices d'optimisation, et la section lui consacrera une technique spécifique, la mise sous forme canonique.
d. et ne sont pas polynomiales : une racine et une exponentielle ne sont pas des sommes finies de monômes.
Fonctions partielles
Voici la notion la plus utile de cette section, celle qui ramènera tout le chapitre à des calculs d'une seule variable.
Définition
Soit une fonction de deux variables et soit un point de . On appelle fonctions partielles de en les deux fonctions d'une variable réelle
La première s'obtient en gelant la seconde variable à la valeur , la seconde en gelant la première à la valeur .
Exemple
Prenons et le point .
La première fonction partielle est . C'est un trinôme en , que l'on sait étudier depuis le lycée : il décroît sur et croît sur .
La seconde est . C'est un trinôme en , de coefficient dominant négatif, maximal en .
On retrouve bien la valeur commune au point : et , et en effet .
Retenez le principe, car il structure tout le chapitre : une fonction partielle est une fonction d'une seule variable, à laquelle s'applique intégralement le programme de première année. Dérivation, tableau de variations, forme canonique, limites : tout ce que vous savez faire reste valable dès que l'une des deux variables est gelée.
Représentation graphique
Une fonction d'une variable se représente par une courbe dans un plan. Une fonction de deux variables se représente par une surface dans l'espace : à chaque couple du plan horizontal on associe l'altitude , et l'ensemble des points dessine un relief.
L'image mentale à retenir est celle d'un paysage de montagne vu d'avion. Le couple est la position sur la carte, le nombre est l'altitude. Un maximum local est un sommet, un minimum local est le fond d'une cuvette, et l'on rencontrera en section un troisième type de point, le col, exactement au sens des cols de montagne : un point qui est un sommet quand on le parcourt dans une direction, et un creux quand on le parcourt dans l'autre.
Cette représentation en trois dimensions est difficile à dessiner et impossible à exploiter dans une copie. C'est pourquoi on lui préfère systématiquement la représentation plate de la section , celle des cartes d'état-major : les lignes de niveau.
Distance euclidienne et continuité sur
La distance euclidienne du plan
Pour parler de continuité, il faut d'abord savoir dire que deux points sont proches. Sur , on disposait de la valeur absolue . Sur , c'est la distance usuelle du plan, celle du théorème de Pythagore.
Définition
Soient et deux points de . La distance euclidienne de à est le réel positif
On la note aussi .
Propriété
Pour tous points , , de :
- , et si et seulement si ;
- ;
- et .
Démonstration. Le point vient de ce qu'une racine carrée est positive, et qu'elle est nulle si et seulement si son argument l'est : ici est une somme de deux carrés, nulle seulement si les deux carrés le sont, c'est-à-dire si et . Le point vient de . Pour le point , on écrit , puis on prend la racine carrée des deux membres, la fonction racine étant croissante sur , et l'on utilise .
Le point mérite d'être souligné : il dit que si deux points sont proches dans le plan, alors leurs abscisses sont proches et leurs ordonnées sont proches. C'est ce qui permettra, en pratique, de majorer une expression en et par une expression en seule.
Exemple
La distance du point au point vaut
La distance de à l'origine vaut simplement .
Le disque ouvert
Définition
Soient un point de et un réel strictement positif. Le disque ouvert de centre et de rayon est l'ensemble
On l'appelle aussi boule ouverte de centre et de rayon .
L'adjectif « ouvert » signifie ici que le bord est exclu : les points situés exactement à la distance de n'appartiennent pas à , puisque l'inégalité est stricte. C'est l'analogue exact de l'intervalle ouvert de , qui est d'ailleurs l'ensemble des réels tels que .
La figure représente le disque ouvert de centre et de rayon . Le segment joignant à un point du plan matérialise la distance , calculée par Pythagore à partir des deux écarts de coordonnées et . Le cercle qui borde le disque est tracé en pointillés : c'est la façon usuelle de signaler que le bord ne fait pas partie de l'ensemble. Retenez cette image, car elle est la définition même du mot « voisinage » : dire qu'une propriété est vraie « au voisinage de », c'est dire qu'elle est vraie sur un disque ouvert centré en , aussi petit soit-il.
Continuité en un point
Définition
Soit une fonction définie sur et soit un point de . On dit que est continue en lorsque, pour tout réel , il existe un réel tel que
La fonction est continue sur lorsqu'elle est continue en chaque point de .
Cette définition est la copie conforme de celle d'une variable, où l'on lisait « entraîne ». La seule modification est le remplacement de la valeur absolue par la distance euclidienne, c'est-à-dire de l'intervalle par le disque. Le sens est inchangé : on peut rendre aussi proche que l'on veut de , à condition de prendre assez proche de . Le réel est l'exigence de précision sur les images, imposée d'abord ; le rayon est la marge de manœuvre sur les antécédents, trouvée ensuite, et il dépend en général de .
Une différence de fond avec la dimension mérite d'être signalée, même si le programme n'en fera rien : sur la droite réelle, on ne peut approcher que par la gauche ou par la droite, alors que dans le plan on peut approcher par une infinité de directions, et même par des chemins qui tournent. C'est précisément ce qui rend la théorie difficile, et c'est pourquoi le programme admet tous les résultats et interdit les fonctions à problème en un point.
Les résultats admis
Propriété
Opérations sur les fonctions continues (admis). Soient et deux fonctions continues sur et un réel. Alors les fonctions
sont continues sur . Si de plus ne s'annule en aucun point de , alors le quotient est continu sur .
Propriété
Continuité des fonctions de base (admis). Les deux fonctions coordonnées et sont continues sur , ainsi que les fonctions constantes. Par conséquent, toute fonction polynomiale de deux variables est continue sur .
La conséquence se lit ainsi : un monôme est un produit de fonctions continues, donc il est continu ; une fonction polynomiale est une somme finie de monômes, donc elle est continue. Vous pouvez présenter ce raisonnement en une ligne dans une copie, ou vous contenter de citer le résultat.
Propriété
Composition (admis). Soit une fonction continue sur , à valeurs dans un intervalle de , et soit une fonction continue sur . Alors la fonction composée
est continue sur .
L'hypothèse « à valeurs dans » n'est pas décorative : c'est elle qui garantit que la composition a un sens partout. Dans les exercices, elle se vérifie en une phrase, et cette phrase est attendue.
Exemple
Trois compositions typiques.
a. . La fonction est polynomiale, donc continue sur , à valeurs dans . La fonction est continue sur . Par composition, est continue sur .
b. . La fonction est polynomiale, donc continue, et elle est à valeurs dans puisque . La fonction est continue sur , qui est inclus dans . Par composition, est continue sur .
c. . La fonction est polynomiale, donc continue, à valeurs dans . La fonction racine carrée est continue sur . Par composition, est continue sur . On notera au passage que n'est autre que la distance de à l'origine.
Méthode
Justifier une continuité en trois lignes dans une copie. C'est une question d'ouverture très fréquente, qui rapporte peu de points mais qui les rapporte vite. Le schéma est toujours le même.
- Repérer la structure de l'expression : est-ce une somme, un produit, un quotient, une composée ?
- Nommer les briques et dire pourquoi elles sont continues. Les seules briques autorisées sont : les fonctions polynomiales (continues sur ), et les fonctions usuelles d'une variable , , racine carrée, puissances, valeur absolue, continues sur l'intervalle qui va bien.
- Vérifier l'hypothèse critique : pour un quotient, que le dénominateur ne s'annule jamais sur , avec la justification chiffrée ; pour une composée, que la fonction intérieure est à valeurs dans l'intervalle où la fonction extérieure est continue.
- Conclure en citant l'opération utilisée.
Ce qui fait perdre les points n'est jamais le point , c'est presque toujours le point oublié.
Exemple
Rédaction complète sur un quotient. Montrons que la fonction
est continue sur .
Le numérateur est une fonction polynomiale, donc continue sur . Le dénominateur est également polynomial, donc continu. De plus, pour tout de , on a et , donc
et le dénominateur ne s'annule en aucun point de . Par quotient de fonctions continues à dénominateur ne s'annulant pas, est continue sur .
Notez la structure de la minoration : on ne dit pas « le dénominateur est différent de », on exhibe un minorant strictement positif. C'est plus court et c'est incontestable.
Lignes de niveau
Définition et lecture
Définition
Soit une fonction de deux variables et soit un réel. La ligne de niveau de est l'ensemble des points du plan en lesquels vaut :
C'est le procédé des cartes d'état-major et des cartes de randonnée. Plutôt que de dessiner le relief en perspective, on découpe la surface par des plans horizontaux d'altitudes régulièrement espacées, et l'on projette les courbes obtenues sur le plan de la carte. Le dessin est plat, mais il contient toute l'information : là où les lignes de niveau sont serrées, la pente est forte ; là où elles sont écartées, le terrain est plat ; une ligne fermée qui se referme sur un point signale un sommet ou une cuvette.
Une ligne de niveau peut être vide, réduite à un point, ou être une véritable courbe. Deux lignes de niveau d'indices différents ne se coupent jamais : un point du plan a une image et une seule, il ne peut pas avoir deux altitudes.
Trois familles à connaître
Exemple
Une fonction affine : des droites parallèles. Soit . La ligne de niveau a pour équation , c'est-à-dire
C'est une droite de coefficient directeur , indépendant de : toutes les lignes de niveau sont des droites parallèles entre elles, et l'ordonnée à l'origine croît avec le niveau. Pour , on obtient la droite passant par l'origine ; pour , la droite passant par et .
Les niveaux étant régulièrement espacés, ces droites le sont aussi : la pente est la même partout, ce qui est bien la caractéristique d'un plan incliné.
Exemple
Une fonction quadratique : des ellipses emboîtées. Soit . La ligne de niveau a pour équation , et il faut distinguer trois cas.
a. Si : l'ensemble est vide, puisque pour tout couple.
b. Si : la seule solution de est , somme de deux carrés nulle. La ligne de niveau est réduite au point .
c. Si : on divise par et l'équation s'écrit
qui est l'équation d'une ellipse centrée à l'origine, de demi-axe sur l'axe des abscisses et sur l'axe des ordonnées. Elle est donc plus étirée horizontalement que verticalement, ce qui est logique : le coefficient devant fait grimper la fonction plus vite quand on s'éloigne dans la direction verticale.
La figure représente les lignes de niveau , , et de . On y voit quatre ellipses emboîtées, d'autant plus grandes que le niveau est élevé : la fonction a bien un creux unique à l'origine, où elle vaut , et elle croît dans toutes les directions quand on s'en éloigne. Le vecteur tracé à partir du point est le gradient de en ce point, dont la section donnera la définition, représenté à l'échelle pour tenir dans le cadre ; observez dès maintenant qu'il pointe vers les niveaux croissants et qu'il est perpendiculaire à l'ellipse qui passe par .
Exemple
Cobb-Douglas : des isoquantes hyperboliques. Soit , définie sur le quart de plan
dont on admet que c'est un ouvert de . Cherchons la ligne de niveau , avec . Comme les deux membres de l'équation sont positifs et que la fonction carré est croissante sur , on peut élever au carré sans perte :
La ligne de niveau est donc la branche d'hyperbole d'équation , restreinte à . Pour , et , on obtient respectivement , et .
La figure trace ces trois lignes de niveau sur le domaine . Chacune est décroissante et convexe, et elles s'éloignent de l'origine à mesure que le niveau augmente. Les trois points marqués, , et , sont sur la même ligne de niveau : ils correspondent à trois façons différentes de produire exactement unités, en utilisant beaucoup du premier facteur et peu du second, autant des deux, ou l'inverse. Cette forme n'est pas un hasard mathématique, elle traduit un fait économique précis, développé au paragraphe suivant.
Interprétation économique
En économie, les lignes de niveau ont deux noms suivant ce que la fonction représente, mais c'est le même objet mathématique.
Définition
Lorsque est une fonction de production, ses lignes de niveau s'appellent les isoquantes : l'isoquante de niveau rassemble toutes les combinaisons de facteurs (travail, capital) qui permettent de produire exactement la quantité .
Lorsque est une fonction d'utilité, ses lignes de niveau s'appellent les courbes d'indifférence : la courbe de niveau rassemble tous les paniers de consommation qui procurent exactement la satisfaction , entre lesquels le consommateur est donc indifférent.
Reprenons la figure des isoquantes de . Que dit sa forme ?
D'abord, chaque isoquante est décroissante : pour maintenir la production constante, toute baisse du travail doit être compensée par une hausse du capital. Les deux facteurs sont substituables, et la pente de l'isoquante mesure le taux auquel on peut les échanger sans changer la production.
Ensuite, chaque isoquante est convexe, c'est-à-dire qu'elle s'aplatit quand on se déplace vers la droite. Traduction : plus le travail est déjà abondant par rapport au capital, plus il faut de travail supplémentaire pour compenser la perte d'une unité de capital. C'est la décroissance du taux de substitution, l'un des postulats de base de la microéconomie, et l'on voit ici qu'il est inscrit dans la forme même de la fonction de Cobb-Douglas.
Enfin, les isoquantes ne se coupent jamais et sont ordonnées : celle de niveau est entièrement au-dessus de celle de niveau . Se déplacer vers le haut à droite, c'est produire plus.
Dérivées partielles d'ordre
Définition
L'idée est celle des fonctions partielles de la section : pour dériver une fonction de deux variables, on gèle l'une des deux et l'on dérive la fonction d'une variable qui reste.
Définition
Soit une fonction définie sur et soit un point de .
On dit que admet une dérivée partielle d'ordre par rapport à la première variable en lorsque la fonction partielle est dérivable en . On note alors
De même, admet une dérivée partielle d'ordre par rapport à la seconde variable en lorsque est dérivable en , et l'on note
Les notations et sont celles du programme et sont les seules à employer dans une copie. Vous rencontrerez ailleurs les écritures et , qui désignent exactement les mêmes objets ; elles ont l'inconvénient de faire croire que les variables s'appellent nécessairement et , alors que l'indice, lui, désigne sans ambiguïté la place de la variable dans le couple.
Méthode
Calculer une dérivée partielle. La règle tient en une phrase.
- Pour : on dérive l'expression par rapport à , en traitant exactement comme une constante, au même titre que ou .
- Pour : on dérive par rapport à , en traitant comme une constante.
Toutes les règles de dérivation d'une variable s'appliquent alors sans modification : somme, produit, quotient, composée, dérivées usuelles.
Le seul piège, mais il est redoutable, est d'oublier que la variable gelée reste présente dans les coefficients. Dans , la dérivée par rapport à n'est pas mais : la constante multiplie tout.
Exemples de calcul
Exemple
a. Une fonction polynomiale. Soit .
Dérivons par rapport à , avec constant. Le terme donne ; le terme est de la forme , il donne ; le terme est de la forme , il donne ; le terme est une constante, il donne ; le terme donne ; la constante donne . Au total
Dérivons maintenant par rapport à , avec constant. Le terme donne ; le terme donne ; le terme donne ; le terme donne ; le terme donne . Au total
Au point : et .
Exemple
b. Un produit avec une exponentielle. Soit .
Pour , la variable est et l'on reconnaît un produit avec et . On a , et est une composée : la fonction intérieure a pour dérivée , donc . D'où
Pour , la variable est et le facteur est une constante que l'on sort : , et la dérivée de est . D'où
Observez l'asymétrie : les deux dérivées ne se ressemblent pas, parce que la fonction elle-même n'est pas symétrique en et .
Exemple
c. Un logarithme. Soit , définie sur puisque .
C'est une composée avec , et la dérivée de est . Comme et :
Exemple
d. Une racine, sur un ouvert. Soit , définie sur l'ouvert (admis : est un ouvert de ).
Écrivons et dérivons par rapport à , avec constant. La fonction intérieure a pour dérivée , et la dérivée de est . Donc
la simplification venant de , licite car et . Par symétrie du rôle des deux variables dans :
Au point : , et .
Lecture économique. Ces deux nombres sont les productivités marginales des deux facteurs : avec unités de travail et de capital, une unité de travail supplémentaire augmente la production d'environ , une unité de capital supplémentaire d'environ . Le facteur rare est le plus productif à la marge.
Exemple
e. Un quotient. Soit , définie et dérivable sur puisque le dénominateur est minoré par .
Dérivons par rapport à avec la formule , où et , donc et :
De même, avec et :
Fonctions de classe
Définition
Une fonction définie sur est dite de classe sur lorsqu'elle admet des dérivées partielles d'ordre en tout point de et que les deux fonctions
sont continues sur . On définit de la même façon la classe sur un ouvert de .
L'exigence de continuité des dérivées partielles peut sembler superflue ; elle est en réalité indispensable, et c'est elle qui rend valables tous les théorèmes des sections suivantes. Retenez simplement que, dans ce programme, il ne s'agira jamais de la discuter : les fonctions rencontrées seront construites à partir de polynômes et de fonctions usuelles, donc automatiquement de classe .
Propriété
Régularité et continuité (admis). Si est de classe sur , alors est continue sur .
C'est l'analogue exact du résultat d'une variable, « dérivable entraîne continue ». Attention à ne pas l'inverser : une fonction continue n'a aucune raison d'être de classe , comme le montre déjà la valeur absolue en dimension .
Propriété
Opérations sur les fonctions de classe (admis). Soient et de classe sur et un réel. Alors , et sont de classe sur , et si ne s'annule pas, l'est aussi. De plus, si est de classe sur à valeurs dans un intervalle , et si est de classe sur , alors est de classe sur .
En particulier, toute fonction polynomiale de deux variables est de classe sur .
Exemple
Les cinq fonctions des exemples précédents sont toutes de classe sur leur ensemble de définition, et l'on peut le dire en une ligne chacune. La fonction de l'exemple a est polynomiale. La fonction de l'exemple b est le produit d'une fonction polynomiale et de la composée de , de classe sur , avec la fonction polynomiale . La fonction de l'exemple c est la composée de , de classe sur , avec une fonction polynomiale à valeurs dans . La fonction de l'exemple d est la composée de la racine carrée, de classe sur , avec , à valeurs dans sur l'ouvert . La fonction de l'exemple e est un quotient de fonctions polynomiales à dénominateur ne s'annulant pas.
Le gradient
Définition
Définition
Soit une fonction de classe sur , ou sur un ouvert de , et soit un point de cet ensemble. On appelle gradient de au point la matrice colonne
Le gradient n'apporte aucune information nouvelle : il empile simplement les deux dérivées partielles dans une colonne. Son intérêt est de permettre d'écrire d'un seul coup les deux conditions et sous la forme compacte , ce qui sera l'écriture standard de la section . Attention à la nature de l'objet : c'est une colonne, pas un couple. On écrit
De même, l'égalité signifie que la colonne est nulle, c'est-à-dire que ses deux coefficients sont nuls : c'est un système de deux équations.
Exemple
a. Pour , on a et , donc
b. Pour , les calculs de la section donnent
c. Pour , la fonction de coût de la section :
Les deux coefficients sont les coûts marginaux de chacun des deux biens.
Ce que le gradient donne à voir
Reprenons la figure des lignes de niveau de , sur laquelle le gradient est tracé à partir du point . Deux faits s'y lisent, et il faut être précis sur leur statut.
Premièrement, le gradient pointe vers les niveaux croissants, et sa direction est celle de la plus forte pente : c'est le chemin par lequel on monte le plus vite. Sur la figure, la flèche part de l'ellipse de niveau , celle qui passe par , et traverse celles de niveaux puis en s'éloignant de l'origine.
Deuxièmement, le gradient est perpendiculaire à la ligne de niveau qui passe par le point. Cela se comprend bien : le long d'une ligne de niveau, la fonction ne varie pas ; la direction de plus forte variation ne peut donc pas avoir de composante le long de cette ligne.
Ces deux faits sont à retenir comme des lectures graphiques, utiles pour interpréter une figure ou une question d'économie. Ce ne sont pas des théorèmes de ce programme, ils ne s'appuient sur aucun énoncé exigible, et ils ne doivent jamais servir d'argument dans une démonstration. Ce que le gradient vous servira à faire dans une copie, c'est très exactement une chose : écrire la condition et résoudre le système correspondant.
Une formule citée, et non exigible
Le programme mentionne, en la signalant comme résultat non exigible, une formule d'approximation d'ordre pour les fonctions de classe : pour voisin de ,
où tend vers quand tend vers . Elle généralise l'approximation affine d'une variable, et elle explique pourquoi le gradient contient toute l'information de premier ordre.
Elle est citée ici une fois pour la culture, parce qu'elle éclaire le sens du gradient. Elle ne sera utilisée nulle part dans ce cours, et elle ne doit apparaître dans aucune de vos copies : ni comme outil de calcul, ni comme argument dans une démonstration. Toutes les méthodes de ce chapitre s'en passent entièrement.
Dérivées partielles d'ordre , Schwarz et hessienne
Les quatre dérivées secondes
Les deux dérivées partielles et sont elles-mêmes des fonctions de deux variables. On peut donc les dériver à nouveau, chacune par rapport à chacune des deux variables : cela fait quatre dérivées d'ordre .
Définition
Soit une fonction de classe sur dont les dérivées partielles admettent elles-mêmes des dérivées partielles. On note
Les deux dérivées et sont appelées dérivées croisées.
La convention de lecture est la suivante, et il faut la fixer une fois pour toutes : dans , le premier indice est celui de la dérivation effectuée en dernier. Ainsi se lit « on dérive d'abord par rapport à la seconde variable, puis par rapport à la première ». Le théorème de Schwarz rendra bientôt cette distinction sans conséquence pratique, mais la notation doit être juste.
Définition
Une fonction est dite de classe sur lorsque ses quatre dérivées partielles d'ordre existent en tout point et sont continues sur . Même définition sur un ouvert .
Propriété
Hiérarchie des classes (admis). Si est de classe sur , alors est de classe sur , donc en particulier continue sur .
Les opérations conservent la classe : somme, produit par un réel, produit, quotient à dénominateur ne s'annulant pas, et composition par une fonction d'une variable de classe . En particulier, toute fonction polynomiale de deux variables est de classe sur .
Le théorème de Schwarz
Propriété
Théorème de Schwarz (admis). Soit une fonction de classe sur , ou sur un ouvert de . Alors, en tout point de cet ensemble,
Autrement dit, l'ordre dans lequel on effectue les deux dérivations croisées n'a pas d'importance.
C'est un résultat remarquable, et nullement évident : rien, a priori, n'oblige deux opérations successives à commuter. Il devient faux si l'on abandonne l'hypothèse , mais le programme exclut explicitement l'étude de tels contre-exemples, et vous n'en rencontrerez jamais. Conséquence pratique, et elle est double : d'une part on n'a que trois dérivées secondes distinctes à calculer au lieu de quatre ; d'autre part, calculer les deux dérivées croisées séparément fournit une vérification gratuite de vos calculs. Si vous ne trouvez pas la même chose, c'est qu'il y a une erreur, et il faut la chercher immédiatement.
La matrice hessienne
Définition
Soit une fonction de classe sur , ou sur un ouvert . On appelle matrice hessienne de au point la matrice carrée d'ordre
Propriété
Symétrie de la hessienne. Si est de classe , alors le théorème de Schwarz donne : la matrice hessienne est symétrique, c'est-à-dire égale à sa transposée.
Cette symétrie n'est pas un détail esthétique. Elle sera l'ingrédient qui garantira, en section , que la hessienne possède toujours deux valeurs propres réelles, ce qui est exactement ce dont on a besoin pour classer les points critiques. Elle est aussi le meilleur contrôle d'erreur du chapitre : une hessienne non symétrique est nécessairement fausse, et il est inutile d'en chercher les valeurs propres avant d'avoir trouvé la faute.
Exemples entièrement calculés
Exemple
a. Une fonction polynomiale. Soit , de classe sur comme fonction polynomiale.
Ordre .
Ordre . On dérive par rapport à , puis par rapport à :
On dérive par rapport à , puis par rapport à :
Les deux dérivées croisées coïncident, conformément au théorème de Schwarz : le calcul est validé.
Hessienne.
Au point , elle vaut
Elle est bien symétrique. Remarquez qu'elle dépend du point : contrairement au cas des polynômes du second degré, il n'y a pas ici une hessienne unique valable partout.
Exemple
b. Une exponentielle. Soit , de classe sur comme composée de , de classe sur , avec la fonction polynomiale .
Ordre . et .
Ordre . En dérivant par rapport à , le facteur est constant :
En dérivant la même expression par rapport à , c'est un produit :
En dérivant par rapport à , c'est encore un produit :
et l'on retrouve bien la même dérivée croisée. Enfin, en dérivant par rapport à , le facteur est constant :
Hessienne. En factorisant l'exponentielle, qui est un réel non nul :
Exemple
c. Un polynôme du second degré. Soit .
puis
La hessienne est donc constante, indépendante du point :
C'est le cas le plus favorable qui soit, et il est extrêmement fréquent dans les sujets : une seule hessienne à calculer, un seul jeu de valeurs propres, valable en tout point critique.
Extrema : vocabulaire et condition d'ordre
Ouvert, fermé, borné
Le programme demande une simple sensibilisation à ces trois mots, et il précise que « la détermination de la nature topologique d'un ensemble n'est pas un objectif du programme et devra toujours être indiquée ». Voici donc ce qu'il faut en savoir, et rien de plus.
Définition
Soit une partie de .
- est un ouvert de lorsque, pour chacun de ses points , il existe un rayon tel que le disque ouvert soit entièrement contenu dans . Autrement dit : aucun point de n'est collé au bord, on peut toujours bouger un peu dans toutes les directions sans sortir de .
- est un fermé de lorsque son complémentaire est un ouvert. Intuitivement, contient son propre bord.
- est bornée lorsqu'elle est contenue dans un disque : il existe un réel tel que pour tout de . Intuitivement, ne s'étend pas à l'infini.
a. tout entier est à la fois ouvert et fermé, et il n'est pas borné.
b. Un disque ouvert est un ouvert borné. Le disque fermé correspondant, obtenu en remplaçant par , est un fermé borné.
c. Le quart de plan est un ouvert non borné : c'est le domaine naturel des fonctions de Cobb-Douglas.
d. Un rectangle plein est un fermé borné, ainsi qu'un triangle plein bords compris.
Ces quatre affirmations sont admises, et c'est précisément le point : vous ne les démontrerez jamais. Un énoncé de concours écrira « soit la partie fermée bornée définie par… » ou « on admet que est un ouvert de », et votre travail consiste à repérer cette phrase et à en tirer les conséquences. Si l'énoncé ne dit rien, c'est que le domaine est tout entier, qui est un ouvert.
Pourquoi ces mots comptent-ils ? Pour deux raisons, et deux seulement.
- La condition nécessaire d'ordre , ci-dessous, exige un ouvert. Sur un ensemble à bord, elle est fausse aux points du bord, et le contre-exemple d'une variable suffit à s'en convaincre : la fonction sur atteint son maximum en , où sa dérivée vaut et non .
- Le théorème des bornes atteintes exige un fermé borné. C'est lui qui garantit l'existence d'un maximum et d'un minimum, avant même de savoir où ils sont.
Extremum local, extremum global
Définition
Soit une fonction définie sur une partie de et soit un point de .
Extremum global. On dit que admet un maximum global sur en lorsque
On définit de même un minimum global en renversant l'inégalité.
Extremum local. On dit que admet un maximum local en lorsqu'il existe un réel tel que
On définit de même un minimum local. Un extremum est un maximum ou un minimum.
Toute la différence tient dans le quantificateur. Le global compare à toutes les valeurs de sur ; le local ne la compare qu'aux valeurs prises dans un petit disque autour du point. Un extremum global est donc toujours local, mais la réciproque est fausse : dans un paysage de montagne, chaque sommet est un maximum local, un seul est le point culminant.
Cette remarque paraît anodine, et elle est pourtant à l'origine de la faute la plus coûteuse du chapitre. La condition d'ordre de la section ne conclut jamais au global. Elle donne un renseignement purement local, et si l'énoncé demande un extremum global, il faudra un argument supplémentaire, entièrement différent, que la section fournira.
Propriété
Théorème des bornes atteintes (admis). Soit une partie fermée bornée de , dont l'énoncé aura indiqué la nature, et soit une fonction continue sur . Alors est bornée sur et elle atteint ses bornes : il existe deux points de en lesquels prend respectivement sa valeur minimale et sa valeur maximale sur .
C'est la transposition exacte du théorème d'une variable sur un segment . Son rôle est d'être un théorème d'existence : il ne dit pas où sont les extrema, il garantit qu'ils existent, ce qui autorise ensuite à les chercher par comparaison d'une liste finie de candidats. Sans lui, la méthode de la section n'aurait aucune validité. Et il tombe en défaut dès qu'une des deux hypothèses saute : sur l'ouvert , la fonction n'atteint ni ni ; sur , qui est fermé mais non borné, la fonction n'est même pas bornée.
La condition nécessaire d'ordre
Propriété
Condition nécessaire d'ordre (admis). Soit un ouvert de , et soit une fonction de classe sur . Si admet un extremum local en un point de , alors
Définition
Soit de classe sur un ouvert . Un point de tel que est appelé point critique de .
Le mot « nécessaire » est à prendre au pied de la lettre, et il se lit dans les deux sens.
Dans le bon sens, l'énoncé fournit la méthode de recherche : les extrema locaux, s'il y en a, se trouvent nécessairement parmi les points critiques. On peut donc oublier tous les autres points du plan, ce qui ramène une recherche sur un ensemble infini à la résolution d'un système de deux équations.
Dans l'autre sens, il ne dit rien : un point critique n'a aucune raison d'être un extremum. C'est déjà vrai en dimension , où la fonction a une dérivée nulle en sans y avoir d'extremum, et c'est encore plus fréquent en dimension , où apparaît un phénomène nouveau, le point col.
Exemple
Le contre-exemple fondamental. Soit , fonction polynomiale, donc de classe sur l'ouvert . On a
qui est la colonne nulle si et seulement si et . L'origine est donc l'unique point critique de , et .
Est-ce un extremum ? Examinons le long des deux axes.
Sur l'axe des abscisses, : aussi près de l'origine que l'on veut, il existe des points où est strictement supérieure à , par exemple .
Sur l'axe des ordonnées, : aussi près de l'origine que l'on veut, il existe des points où est strictement inférieure à , par exemple .
Dans tout disque centré à l'origine, si petit soit-il, la fonction prend donc des valeurs plus grandes et des valeurs plus petites que . L'origine n'est ni un maximum local, ni un minimum local. C'est un point col, et la section y reviendra avec sa figure.
Méthode
Chercher les points critiques. La marche à suivre ne varie jamais.
- Vérifier que le domaine est un ouvert. Soit c'est , soit l'énoncé l'annonce. L'écrire.
- Justifier que est de classe sur cet ouvert, en une ligne (polynomiale, ou composée de fonctions usuelles).
- Calculer les deux dérivées partielles et les simplifier autant que possible : factoriser, mettre au même dénominateur.
- Résoudre le système par équivalences, en veillant à ne perdre aucune solution.
- Conclure en listant tous les points critiques, et seulement eux.
Deux conseils de résolution. Si les deux équations sont affines, c'est un système linéaire de deux équations à deux inconnues : combinaisons ou substitution, en quelques lignes. Si elles ne le sont pas, cherchez une factorisation dans l'une des deux, du type qui se scinde en deux cas, et n'oubliez jamais qu'une exponentielle ne s'annule pas : dans , on peut diviser par et il reste .
La condition d'ordre et la nature d'un point critique
L'énoncé du programme
Propriété
Condition suffisante d'ordre (admis). Soit un ouvert de , soit une fonction de classe sur , et soit un point critique de . On note et les deux valeurs propres de la matrice hessienne .
- Si et , alors admet un minimum local en .
- Si et , alors admet un maximum local en .
- Si et sont non nulles et de signes opposés, alors n'admet pas d'extremum local en : le point est appelé point col.
Trois remarques avant d'apprendre à s'en servir.
La condition est suffisante, pas nécessaire : elle permet de conclure quand elle s'applique, mais son échec ne prouve rien. Elle ne s'applique d'ailleurs pas dans tous les cas, puisqu'il en manque un, celui où l'une au moins des valeurs propres est nulle. Le programme ne le traite pas, et ce cas s'appelle le cas douteux ; il est étudié plus bas, à la main.
La conclusion est strictement locale. Aucune de ces trois lignes ne parle d'un extremum global, et il serait faux d'écrire « les deux valeurs propres sont positives donc c'est le minimum de sur ». Cette confusion est la faute la plus fréquente du chapitre.
Enfin, la condition exige un ouvert et la classe . En pratique, ces deux hypothèses sont satisfaites et se justifient en une phrase, mais cette phrase doit figurer dans la copie.
Calculer les valeurs propres d'une hessienne
Voici le calcul central du chapitre. Il repose uniquement sur des outils de première année : la définition d'une valeur propre, la caractérisation de l'inversibilité, et le déterminant d'ordre .
Méthode
Valeurs propres d'une matrice symétrique .
Par définition, un réel est valeur propre de s'il existe une colonne non nulle telle que , c'est-à-dire telle que
Le système homogène admet donc une solution non nulle, ce qui signifie exactement que la matrice n'est pas inversible, c'est-à-dire que son déterminant est nul. Or
et le déterminant d'ordre se calcule par la formule :
En développant, est valeur propre de si et seulement si
On résout cette équation du second degré en avec le discriminant, comme au lycée.
Propriété
Deux valeurs propres réelles, toujours. Le discriminant de l'équation ci-dessus vaut
Il est donc positif ou nul quels que soient , et : une matrice symétrique d'ordre possède toujours deux valeurs propres réelles, éventuellement égales.
Démonstration. Le calcul du discriminant est fait ci-dessus, et est une somme de deux carrés, donc positive ou nulle. Une équation du second degré à coefficients réels et à discriminant positif ou nul admet deux racines réelles, confondues si .
Ce petit résultat est la clé de voûte du chapitre. C'est parce que la hessienne est symétrique, donc parce que est de classe et que Schwarz s'applique, que ses deux valeurs propres sont réelles et que leurs signes sont comparables. Une matrice quelconque d'ordre n'a pas cette propriété.
Méthode
Lecture rapide des signes. L'équation a pour racines et , dont la somme vaut et le produit . On peut donc conclure sans même calculer les racines :
- si , les deux racines sont de même signe, celui de (et de , qui est le même) ;
- si , les deux racines sont de signes opposés : point col ;
- si , l'une au moins des racines est nulle : cas douteux.
Justification du premier point : si alors , donc et sont non nuls et de même signe ; comme leur somme est aussi la somme des racines, et que les racines ont le même signe puisque leur produit est positif, ce signe commun est celui de , donc celui de .
Ce raccourci fait gagner un temps considérable. Il ne dispense cependant pas de savoir mener le calcul complet : certains énoncés demandent explicitement les valeurs propres, et il faut alors les produire.
Le tableau des quatre cas
| Signe de | Valeurs propres | Nature du point critique |
|---|---|---|
| et | et | minimum local |
| et | et | maximum local |
| signes opposés | point col, pas d'extremum | |
| une valeur propre nulle | cas douteux, étude à la main |
Ce tableau est à connaître par cœur, mais il ne remplace pas la rédaction : dans une copie, on écrit la hessienne, on écrit l'équation , on donne les valeurs propres ou leur signe, et on cite l'énoncé du cours avant de conclure.
Le point col
Définition
Soit de classe sur un ouvert et un point critique de . Si les deux valeurs propres de sont non nulles et de signes opposés, on dit que est un point col de . La fonction n'y admet alors aucun extremum local.
Le nom vient de la géographie, et il est parfaitement descriptif. Un col de montagne est le point le plus bas du chemin qui franchit une crête, et en même temps le point le plus haut du chemin qui longe cette crête : minimum dans une direction, maximum dans l'autre. La selle du cheval offre la même image, et l'on dit d'ailleurs aussi « point selle ».
La figure représente les lignes de niveau de au voisinage de l'origine, qui est le point col de cette fonction comme la section l'a établi. Les niveaux positifs et donnent des hyperboles ouvertes vers la droite et la gauche ; les niveaux négatifs et donnent des hyperboles ouvertes vers le haut et le bas ; et le niveau se réduit aux deux droites et , qui se croisent à l'origine et séparent les régions où est positive de celles où elle est négative.
C'est là toute la signature graphique d'un point col : des lignes de niveau qui se croisent au point. Autour d'un minimum ou d'un maximum, au contraire, les lignes de niveau forment des courbes fermées emboîtées, comme les ellipses de la section . Vérifions le calcul sur cet exemple : ici
donc , , , et . On est bien dans la troisième ligne du tableau. Et le calcul complet donne , d'où et , non nulles et de signes opposés.
Trois études complètes
Exemple
a. Un minimum local, hessienne constante. Soit .
Cadre. La fonction est polynomiale, donc de classe sur , qui est un ouvert.
Points critiques.
Le système s'écrit
En soustrayant la seconde équation de la première, il vient , donc ; en reportant dans la première, , donc et . L'unique point critique est , et .
Nature. La hessienne est constante :
Ici , , . L'équation s'écrit , c'est-à-dire
Son discriminant vaut , de racine carrée , d'où
Conclusion. Les deux valeurs propres sont strictement positives, donc admet un minimum local en , de valeur . La technique de la forme canonique, exposée en section , donne ici
et montre que ce minimum est en fait global.
Exemple
b. Deux points critiques de natures différentes. Soit .
Cadre. Fonction polynomiale, donc de classe sur l'ouvert .
Points critiques.
Le système s'écrit, après division par ,
En reportant la première équation dans la seconde, on obtient , c'est-à-dire , soit . Un produit est nul si et seulement si l'un de ses facteurs l'est, donc ou , c'est-à-dire ou . La première équation donne alors : pour , ; pour , . Les points critiques sont
Hessienne.
Elle dépend du point : il faut la calculer en chacun des deux.
En . On obtient , donc , , et . L'équation est , de racines et . Elles sont non nulles et de signes opposés : est un point col, il n'y a pas d'extremum local.
En . On obtient . L'équation s'écrit , c'est-à-dire
de discriminant , de racine carrée , d'où
Les deux sont strictement positives : admet un minimum local en , de valeur .
Attention au global. Ce minimum local n'est pas global. En effet, le long de l'axe des abscisses, , qui tend vers quand tend vers : la fonction descend arbitrairement bas, par exemple . La fonction n'admet donc pas de minimum global sur .
Exemple
c. Une fonction non polynomiale. Soit .
Cadre. Produit d'une fonction polynomiale par la composée de , de classe sur , avec la fonction polynomiale : est de classe sur l'ouvert .
Points critiques. Par la règle du produit, en dérivant par rapport à :
et par rapport à , le facteur étant constant,
Comme pour tout réel , on peut diviser par ce facteur dans les deux équations. Le système devient
La seconde équation donne , puis la première donne , donc . L'unique point critique est , et
Hessienne. En dérivant par rapport à puis à :
En dérivant par rapport à puis à :
Les dérivées croisées coïncident : Schwarz est vérifié. Au point critique :
Nature. La matrice est diagonale, ce qui simplifie tout : l'équation s'écrit , de racines évidentes
Les deux valeurs propres sont strictement positives : admet un minimum local en , de valeur .
Retenez ce raccourci : les valeurs propres d'une matrice diagonale sont ses coefficients diagonaux, et c'est immédiat sur le déterminant. Une hessienne diagonale se traite donc en une ligne, et c'est un cas fréquent, notamment lorsque la dérivée croisée s'annule au point critique.
Le cas douteux
Lorsque l'une au moins des valeurs propres est nulle, aucune des trois lignes de la condition d'ordre ne s'applique, et le programme ne fournit aucun outil. Il faut alors revenir à la définition, c'est-à-dire étudier directement le signe de la différence
au voisinage du point. Voici pourquoi ce travail est indispensable : trois fonctions peuvent avoir exactement la même hessienne en un point critique et trois comportements différents.
Exemple
Trois fonctions, une seule hessienne. Considérons les trois fonctions polynomiales suivantes, toutes de classe sur :
Elles ont toutes l'origine pour point critique. En effet , tandis que , et s'annulent toutes les trois en . Et .
Elles ont toutes la même hessienne à l'origine. On a et pour les trois ; quant à , elle vaut , et respectivement, donc en dans les trois cas. Ainsi
matrice diagonale de valeurs propres et . La seconde est nulle : cas douteux pour les trois.
Et pourtant les trois comportements diffèrent.
Pour : pour tout , comme somme de deux puissances paires. L'origine est donc un minimum, et il est même global sur .
Pour : le long de l'axe des ordonnées, , qui est strictement positif pour et strictement négatif pour . Dans tout disque centré à l'origine, la différence prend les deux signes : pas d'extremum.
Pour : le long de l'axe des abscisses, ; le long de l'axe des ordonnées, , strictement négatif dès que . Là encore les deux signes sont présents dans tout disque : pas d'extremum.
Conclusion : avec la même hessienne, on obtient un minimum global, puis deux fois l'absence d'extremum. Le cas douteux mérite bien son nom, et aucune conclusion ne peut être tirée de la hessienne seule.
Méthode
Traiter un cas douteux à la main. On note et l'on procède en deux temps.
- Chercher un signe constant. Si l'on parvient à écrire comme une somme de carrés, ou plus généralement de termes tous positifs, on conclut à un minimum, et il est alors global si l'écriture est valable sur tout le domaine. Symétriquement pour un maximum. C'est le cas de ci-dessus, et la forme canonique de la section est l'outil systématique pour y parvenir.
- Chercher deux chemins de signes contraires. Si l'on soupçonne qu'il n'y a pas d'extremum, il suffit d'exhiber deux chemins passant par le long desquels prend des signes opposés. Les chemins à essayer, dans cet ordre :
- les deux axes du point, c'est-à-dire puis , ce qui revient à étudier les deux fonctions partielles ;
- les droites pour une pente bien choisie, souvent ou ;
- une courbe adaptée à l'expression, par exemple si les degrés le suggèrent.
Un seul chemin ne prouve jamais l'existence d'un extremum : il prouve seulement, s'il donne les deux signes, qu'il n'y en a pas. Rédigez toujours avec des valeurs explicites, du type « pour tout assez petit, et ».
Du local au global
La condition d'ordre ne conclut jamais qu'au local. Or les énoncés demandent très souvent un extremum global, sur ou sur une partie donnée. Cette section rassemble les quatre techniques qui permettent d'y parvenir. Aucune n'est un théorème nouveau : ce sont des raisonnements élémentaires, et c'est là que se joue la différence entre une copie moyenne et une bonne copie.
Technique 1 : la minoration directe
La plus simple, et souvent la plus rapide : on majore ou l'on minore par un calcul direct, et l'on exhibe le point où la borne est atteinte.
Méthode
Prouver un minimum global par minoration. On cherche à écrire, pour tout du domaine,
où est une constante, puis à trouver un point tel que . On conclut alors : est le minimum global de , atteint en . Même schéma, inégalité renversée, pour un maximum global.
Les outils de minoration disponibles sont peu nombreux, et il faut les avoir tous en tête : un carré est positif, une exponentielle est strictement positive, une somme de carrés est nulle seulement si chaque carré l'est, et avec égalité seulement à l'origine.
Exemple
a. Soit . Pour tout , on a et , donc . Or : la fonction admet le minimum global , atteint en , et en ce point seulement, puisque impose .
b. Soit . Comme , on a , et la fonction étant croissante, . Or : la fonction admet le maximum global , atteint en . Elle n'a pas de minimum : elle est strictement positive et prend des valeurs aussi proches de que l'on veut, sans jamais l'atteindre.
Technique 2 : la forme canonique d'un polynôme du second degré
C'est la technique la plus puissante pour les polynômes du second degré, qui constituent la grande majorité des exercices. Elle donne le résultat global d'un seul coup, et elle redonne au passage le point critique.
Méthode
Mettre un polynôme du second degré sous forme canonique. Soit
- Regrouper tous les termes contenant et les voir comme un trinôme en , dont les coefficients dépendent de :
- Compléter le carré en , exactement comme au lycée : on factorise , on reconnaît le début du carré, on retranche ce que l'on a ajouté en trop.
- Rassembler ce qui reste : il ne dépend plus que de , et c'est un trinôme en que l'on met à son tour sous forme canonique.
- Lire le résultat. On obtient une écriture de la forme
Si et , alors pour tout , avec égalité si et seulement si les deux carrés sont nuls, ce qui détermine un unique point : est le minimum global. Si et , c'est un maximum global. Si et sont de signes contraires, il n'y a ni maximum ni minimum, et le point critique est un col.
Exemple
Une forme canonique entièrement traitée. Soit
Étude par les points critiques. La fonction est polynomiale, donc de classe sur l'ouvert . On a et , d'où le système
En soustrayant, , puis . L'unique point critique est , et
La hessienne est constante, égale à , donc , , et l'équation s'écrit , c'est-à-dire
Son discriminant vaut , de racine carrée , d'où
Comme , les deux valeurs propres sont strictement positives : minimum local en . À ce stade, rien ne permet d'affirmer qu'il est global.
Forme canonique. Regroupons les termes en :
Le début est celui du carré , donc
Développons ce qui reste : , d'où
Finalement
Conclusion globale. Les deux carrés sont positifs ou nuls, donc pour tout de . L'égalité a lieu si et seulement si les deux carrés sont nuls simultanément, c'est-à-dire si et , soit puis . Donc admet le minimum global , atteint uniquement en .
Les deux méthodes concordent, et c'est un excellent contrôle : la forme canonique retrouve le point critique et sa valeur, et elle apporte en plus le caractère global, que la hessienne ne pouvait pas donner.
Technique 3 : le comportement à l'infini
Cette technique sert surtout à réfuter l'existence d'un extremum global, et c'est un réflexe à avoir dès qu'un énoncé demande « le minimum est-il global ? ».
Méthode
Réfuter un extremum global. Il suffit d'exhiber un seul chemin le long duquel dépasse la valeur candidate. En pratique, on restreint à une droite simple, en général un axe, ce qui donne une fonction d'une variable dont on connaît la limite.
- Si tend vers le long d'un chemin, il n'y a pas de maximum global.
- Si tend vers le long d'un chemin, il n'y a pas de minimum global.
Exemple
Reprenons , dont la section a montré qu'elle admet un minimum local en , de valeur . Le long de l'axe des abscisses, , donc
La fonction n'admet donc ni minimum global, ni maximum global sur . Le minimum local en reste un minimum local, et rien de plus.
Exemple
Un cas où le global existe malgré une hessienne muette. Soit , polynomiale donc de classe sur .
Points critiques. et , d'où le système et . En substituant, , donc , soit . Ainsi , ou c'est-à-dire ou . Avec , les points critiques sont
Hessienne. .
En : , l'équation est , de racines et : point col.
En et en : dans les deux cas , donc . L'équation donne , d'où et , toutes deux strictement positives : minimum local dans les deux cas, de valeur .
Passage au global. Utilisons l'inégalité , qui donne . En posant , il vient
Donc sur tout entier, et cette valeur est atteinte en et : c'est le minimum global. Il n'y a en revanche pas de maximum global, puisque tend vers .
Notez le fait remarquable : le minimum global est atteint en deux points distincts. Rien n'interdit cela, et c'est même naturel ici, la fonction étant inchangée quand on remplace par .
Technique 4 : optimisation sur une partie fermée bornée
C'est la situation la plus complète, et celle que les sujets aiment poser en fin de problème. Elle combine tout ce qui précède.
Méthode
Extrema d'une fonction continue sur une partie fermée bornée . L'énoncé indique que est fermée bornée : on ne le démontre pas, on le cite.
- Justifier l'existence. est continue sur fermée bornée, donc par le théorème des bornes atteintes (admis), est bornée sur et atteint ses bornes. Cette phrase est obligatoire : elle légitime toute la suite.
- Étudier l'intérieur. Sur l'intérieur de , qui est un ouvert, un extremum ne peut être atteint qu'en un point critique. On résout et l'on ne garde que les solutions situées à l'intérieur de . On calcule en chacune.
- Étudier la frontière, morceau par morceau. Sur chaque morceau du bord, on substitue l'équation du bord dans , ce qui donne une fonction d'une seule variable sur un segment. On l'étudie avec les outils de première année : dérivée, tableau de variations, valeurs aux bornes. On relève les extrema de chaque morceau, sans oublier les sommets ou points de raccord.
- Comparer. On dresse la liste de toutes les valeurs candidates obtenues aux étapes et , et l'on conclut : la plus grande est le maximum global sur , la plus petite le minimum global sur .
L'oubli de l'étape est l'erreur classique du chapitre. Un extremum sur n'est pas forcément à l'intérieur, et sur le bord la condition n'a aucune raison d'être vérifiée.
Exemple
Étude complète sur un carré. Soit et soit
dont on admet que c'est une partie fermée bornée de . Déterminons le maximum et le minimum de sur .
Existence. La fonction est polynomiale, donc continue sur , donc sur . Comme est fermée bornée, le théorème des bornes atteintes (admis) assure que atteint sur un maximum et un minimum.
Intérieur. L'intérieur de est le carré ouvert . On y cherche les points critiques :
Le système s'écrit et . En substituant, , donc et . Ce point appartient bien à l'intérieur de , puisque et . Sa valeur est
Frontière. Le bord du carré est formé de quatre segments, que l'on traite l'un après l'autre.
Côté , avec . On substitue : . Alors , qui s'annule en .
Sur ce côté, le minimum vaut en et le maximum vaut , atteint en et .
Côté , avec . On substitue : . Cette expression décroît sur , de à . Minimum en , maximum en .
Côté , avec . On substitue : , croissante sur . Minimum en , maximum en .
Côté , avec . On substitue : . Alors , qui s'annule en , et , , . Minimum en , maximum .
Comparaison. Rassemblons toutes les valeurs candidates.
| Point | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
La plus petite de ces valeurs est , la plus grande est .
Conclusion. Sur , la fonction admet pour minimum global , atteint au point intérieur , et pour maximum global , atteint au sommet .
Observez le rôle de chaque étape. Le minimum est intérieur, il a donc été trouvé par la condition d'ordre . Le maximum, lui, est sur le bord, en un coin du carré : aucun calcul de gradient ne pouvait le produire, et une copie qui aurait oublié la frontière aurait annoncé un maximum de , soit une réponse fausse.
Deux applications au programme
La droite de régression par les moindres carrés
Le programme cite explicitement, comme application du calcul différentiel à deux variables, « la détermination des coefficients de la droite de régression ». Vous connaissez déjà les formules depuis le chapitre de statistique bivariée, où elles ont été obtenues en minimisant successivement deux trinômes du second degré. Nous allons les redémontrer autrement, par la méthode générale de ce chapitre : gradient, point critique, hessienne. C'est l'occasion de voir la machinerie fonctionner sur un cas réel, et c'est un grand classique des sujets de concours.
Le problème. On dispose de couples de données , avec . On note
et l'on suppose , ce qui signifie que les ne sont pas tous égaux. On cherche la droite d'équation qui rend minimale la somme des carrés des écarts verticaux :
La nouveauté est de considérer comme une fonction des deux variables et , les données et étant des constantes.
Propriété
Théorème des moindres carrés. Sous l'hypothèse , la fonction admet un minimum global sur , atteint en un unique couple donné par
Démonstration.
Étape 1 : cadre. La fonction est une fonction polynomiale des deux variables et : en développant chaque carré, on obtient une somme de termes en , , , , et de constantes. Elle est donc de classe sur , qui est un ouvert.
Étape 2 : les dérivées partielles. Dérivons terme à terme. Chaque sommande est de la forme avec , et la dérivée de est . Par rapport à , on a ; par rapport à , on a . D'où
Étape 3 : le système des points critiques. On annule les deux dérivées et l'on divise par :
Ces deux relations s'appellent les équations normales. Traitons la seconde : comme et , elle s'écrit , et en divisant par ,
Reportons cette valeur dans la première équation, après l'avoir divisée par . En utilisant et , qui sont les formules de Kœnig-Huygens réécrites, il vient
Développons le dernier terme : . La somme devient
Les termes en et en se compensent exactement, et comme on obtient
Le système admet donc un unique point critique , avec et .
Étape 4 : la hessienne. Reprenons les dérivées partielles développées :
En dérivant à nouveau :
Les dérivées croisées coïncident, conformément à Schwarz, et la hessienne est constante :
Avec les notations de la section , , et . Calculons le produit des valeurs propres :
où l'on a utilisé , donc . Comme est une somme de carrés, il est positif, et l'hypothèse le rend strictement positif : on a donc . De plus : en effet, si tous les étaient nuls ils seraient tous égaux, ce qui contredirait . D'après la lecture des signes de la section , les deux valeurs propres de la hessienne sont strictement positives, et le point critique est un minimum local de .
Étape 5 : du local au global. Notons les résidus au point critique. Les deux équations normales de l'étape disent exactement que
Soit maintenant un couple quelconque de réels, et posons et . Alors
et en élevant au carré puis en sommant :
Or le terme du milieu est nul, puisque
Il reste donc, en reconnaissant ,
Le minimum est donc global sur .
Unicité. L'égalité impose , donc pour tout , puisqu'une somme de carrés nulle a tous ses termes nuls. Comme , les ne sont pas tous égaux : il existe deux indices et avec . En soustrayant les deux relations, , d'où , puis . Le minimum n'est atteint qu'en .
Propriété
La droite passe par le point moyen. Le point moyen appartient toujours à la droite de régression, puisque .
C'est le contrôle le plus rapide d'un calcul de régression : si l'on remplace par dans l'équation trouvée et que l'on n'obtient pas , il y a une erreur, et elle est presque toujours dans .
Exemple
Exemple numérique complet. On observe cinq couples de données :
Moyennes. , donc . Et , donc .
Sommes de carrés et de produits.
a.
b.
Variance et covariance empiriques.
On a bien , l'hypothèse du théorème est vérifiée.
Coefficients.
La droite de régression de en a donc pour équation
Contrôle par le point moyen. Pour , l'équation donne . Le contrôle passe.
Contrôle par la hessienne. Elle vaut ici
donc , , et . On retrouve bien , et comme , les deux valeurs propres sont strictement positives : le point critique est bien un minimum.
Les résidus. Les valeurs prédites sont ; ; ; ; , donc les résidus valent
On vérifie les deux équations normales : , et
Enfin la valeur minimale de la somme des carrés vaut
Aucune autre droite ne fait mieux que , et c'est exactement ce que la démonstration a établi.
L'optimisation économique
Deuxième application, la plus fréquente dans les sujets à contexte : maximiser un profit, minimiser un coût, maximiser une utilité. Les trois exemples ci-dessous illustrent les trois situations types.
Exemple
a. Maximiser un profit sans contrainte. Une entreprise produit et vend deux biens en quantités et , exprimées en milliers d'unités. Les deux biens étant substituables, leurs prix de vente dépendent des deux quantités mises sur le marché :
Les coûts unitaires de production sont de pour le premier bien et de pour le second, et les coûts fixes s'élèvent à . Tous les montants sont en milliers d'euros.
Mise en équation. Le chiffre d'affaires est
où l'on a regroupé les deux termes en . Le coût total est , donc le profit vaut
Cadre. La fonction est polynomiale, donc de classe sur , qui est un ouvert.
Points critiques.
Le système s'écrit, après division par ,
De la première équation, ; en reportant dans la seconde, , donc et , puis . L'unique point critique est , et
Nature. La hessienne est constante :
Ici , , , donc et : les deux valeurs propres sont strictement négatives, et est un maximum local. Le calcul complet le confirme : l'équation s'écrit , de discriminant , d'où
toutes deux strictement négatives puisque .
Caractère global. Mettons sous forme canonique. En regroupant les termes en :
Or , donc
Développons la partie en : , d'où
Enfin , donc cette expression vaut . Finalement
Les deux carrés étant positifs ou nuls et affectés de coefficients négatifs, on a pour tout de , avec égalité si et seulement si et , c'est-à-dire . Le maximum est donc global.
Conclusion économique. Le profit est maximal, égal à euros, pour une production de unités du premier bien et du second. Les prix de vente correspondants sont
soit et euros l'unité. Ces deux prix sont positifs et les quantités le sont aussi : la solution mathématique est bien admissible économiquement, et c'est une vérification à ne jamais négliger dans un exercice à contexte.
Exemple
b. Minimiser un coût sous contrainte, par substitution. Une entreprise doit produire unités d'un bien, réparties entre deux ateliers. L'atelier produit la quantité et l'atelier la quantité , avec , et
Le coût total est
Comment répartir la production pour minimiser le coût ?
Pourquoi la substitution. Le programme n'autorise pas les multiplicateurs de Lagrange : une contrainte se traite uniquement par substitution. Ici la contrainte est affine, donc elle se résout immédiatement en , ce qui ramène le problème à une fonction d'une seule variable sur l'intervalle .
Substitution. Posons, pour ,
Développons : et , donc
Étude. C'est un trinôme du second degré de coefficient dominant . Sa forme canonique s'obtient en une ligne :
Donc pour tout , avec égalité si et seulement si , qui appartient bien à .
Conclusion. Le coût est minimal pour et , et il vaut alors milliers d'euros.
Interprétation économique. Les coûts marginaux des deux ateliers sont et . À l'optimum,
Les deux coûts marginaux sont égaux, et ce n'est pas une coïncidence : s'ils différaient, on pourrait déplacer une unité de production de l'atelier cher vers l'atelier bon marché et réduire le coût total. L'égalisation des coûts marginaux est la condition d'optimalité de toute répartition, et on la retrouve ici comme conséquence du calcul.
Exemple
c. Maximiser une utilité sous contrainte budgétaire. Un ménage consomme les quantités et de deux biens, dont les prix unitaires sont et euros. Son revenu est de euros, entièrement dépensé, et son utilité est
Quel est le panier optimal ?
Contrainte. La contrainte budgétaire s'écrit , d'où . Pour que soit strictement positif, il faut : la variable parcourt .
Simplification préalable. Posons , de sorte que l'utilité substituée vaut . Comme la fonction racine carrée est croissante sur , maximiser revient exactement à maximiser . On travaille donc sur , ce qui évite toute dérivation de racine.
Étude de . On a , qui s'annule pour , c'est-à-dire , et qui est positive avant, négative après. Les valeurs utiles sont , ainsi que et .
Conclusion. Le maximum de sur est , atteint en , donc le maximum de l'utilité est
atteint pour et . On vérifie la contrainte : .
Interprétation économique. Le ménage consacre euros au premier bien et euros au second, c'est-à-dire la moitié de son revenu à chacun. Ce n'est pas propre aux valeurs choisies : pour une utilité , un revenu et des prix et , le même calcul donne
donc des dépenses toujours égales. C'est une propriété caractéristique des fonctions de Cobb-Douglas : les parts de budget sont constantes, et elles sont données par les exposants, ici et . Un économiste dit que la demande est « à élasticité unitaire » : si le prix d'un bien double, la quantité consommée est divisée par deux, et la dépense consacrée à ce bien reste identique.
L'essentiel du chapitre
Les huit réflexes
1. Vérifier le cadre avant tout calcul. Le domaine est-il ou un ouvert annoncé par l'énoncé ? La fonction est-elle de classe , de classe ? Ces deux phrases coûtent trente secondes et conditionnent la validité de tout ce qui suit.
2. Dériver en gelant l'autre variable. Pour , la lettre est une constante ; pour , c'est . Toutes les règles d'une variable s'appliquent alors sans changement.
3. Chercher les points critiques en résolvant , c'est-à-dire le système de deux équations et . Ne perdre aucune solution, et penser à factoriser plutôt qu'à développer.
4. Écrire la hessienne et vérifier qu'elle est symétrique. Si les deux dérivées croisées diffèrent, il y a une erreur de calcul, et il faut la corriger avant d'aller plus loin.
5. Chercher les valeurs propres par , soit , équation du second degré que l'on résout par le discriminant. Le signe de permet souvent de conclure plus vite.
6. Conclure sur la nature du point critique en citant la condition d'ordre : deux valeurs propres strictement positives donnent un minimum local, deux strictement négatives un maximum local, deux de signes opposés un point col. Une valeur propre nulle, et l'on est en cas douteux, à traiter à la main.
7. Ne jamais confondre local et global. La hessienne ne dit rien du global. Pour le global, il faut une minoration directe, une forme canonique, un argument de comportement à l'infini, ou une étude complète sur un fermé borné.
8. Sur une partie fermée bornée, traiter l'intérieur ET la frontière. Le théorème des bornes atteintes garantit l'existence, les points critiques intérieurs donnent une première liste de candidats, la substitution sur chaque morceau du bord en donne d'autres, et la comparaison des valeurs tranche.
Les erreurs classiques
Confondre point critique et extremum. C'est l'erreur numéro un. La condition d'ordre est nécessaire, pas suffisante : elle produit une liste de candidats, rien de plus. La fonction a un point critique à l'origine et n'y a aucun extremum. Tant que la hessienne n'a pas parlé, on écrit « point critique », jamais « minimum ».
Appliquer la condition d'ordre sans ouvert. La condition ne vaut qu'en un point intérieur. Sur le bord d'un carré ou d'un disque fermé, elle n'a aucune raison d'être vérifiée, et l'oublier conduit à passer à côté de l'extremum. Le réflexe : lire dans l'énoncé la nature de l'ensemble, qui y figure toujours, et adapter la méthode.
Conclure au global à partir de la hessienne. Écrire « les deux valeurs propres sont positives, donc admet un minimum global » est une faute lourde, et fréquente. Les valeurs propres ne donnent qu'un renseignement local. Le contre-exemple à garder en tête est , qui a un vrai minimum local en et aucun minimum global.
Invoquer la trace ou le polynôme caractéristique. Ces deux notions n'existent pas dans le programme de la voie ECG, et les citer signale une méthode apprise ailleurs, hors cadre. Les valeurs propres d'une hessienne se cherchent par , avec le déterminant d'ordre , et l'on parle de la somme et du produit des racines de l'équation du second degré obtenue, ce qui est parfaitement légitime.
Oublier la frontière sur un fermé borné. L'exemple du carré de la section est éloquent : le minimum était intérieur, le maximum était dans un coin. Une copie qui s'arrête aux points critiques manque la moitié de la réponse, et souvent la plus intéressante.
Dériver en sans traiter comme une constante. L'erreur prend deux formes. Soit on oublie le facteur : dans , écrire au lieu de . Soit on dérive comme s'il dépendait de , ce qui n'a aucun sens ici : les deux variables sont indépendantes.
Écrire une hessienne non symétrique. Si vous trouvez sur une fonction de classe , ce n'est pas une exception à Schwarz : c'est une erreur de calcul, et il faut la trouver. Reprenez les deux dérivées d'ordre avant de reprendre celles d'ordre , car la faute y est souvent déjà.
Traiter une contrainte autrement que par substitution. Les multiplicateurs de Lagrange sont hors programme dans la voie appliquée. Une contrainte se résout en exprimant une variable en fonction de l'autre, puis en étudiant une fonction d'une seule variable. Pensez à préciser l'intervalle de variation de la variable restante, car il détermine les bornes de l'étude.
Oublier de vérifier la cohérence économique. Dans un exercice à contexte, une quantité négative, un prix négatif ou un point critique hors du domaine admissible signalent soit une erreur de calcul, soit un optimum situé au bord du domaine. Une phrase de vérification en fin d'exercice évite de rendre une réponse absurde.
Utiliser la formule d'approximation d'ordre . Elle est explicitement signalée comme non exigible par le programme, et aucune méthode de ce chapitre n'en a besoin. L'employer comme argument dans une démonstration, c'est s'appuyer sur un résultat que le correcteur n'attend pas et qui ne prouve rien de ce qui est demandé.
Bloqué sur « Fonctions numériques de deux variables réelles » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.