ECG appliquées · Chapitre 14 · Quatrième semestre

Fonctions numériques de deux variables réelles

2e année

Continuité sur R², dérivées partielles, gradient, matrice hessienne, recherche d'extrema.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Continuité sur R²
  • Dérivées partielles
  • Gradient
  • Matrice hessienne
  • Recherche d'extrema

Une entreprise ne choisit presque jamais une seule grandeur. Elle fixe une quantité produite et un prix, un budget de publicité et un budget de recherche, une main-d'œuvre et un capital. Un ménage répartit un revenu entre deux biens. Un statisticien qui ajuste une droite à un nuage de points cherche simultanément une pente et une ordonnée à l'origine. Dans tous ces cas, la quantité que l'on veut rendre maximale ou minimale, profit, coût, utilité, erreur, dépend de deux variables, et les outils du premier semestre, taillés pour une seule variable, ne suffisent plus. Ce chapitre construit les outils manquants : dériver dans deux directions, repérer les points candidats, et trancher leur nature. Il est le dernier chapitre d'analyse de la deuxième année, et il est aussi, avec les probabilités, celui qui revient le plus souvent dans les sujets de concours, sous une forme d'ailleurs très stable : on donne une fonction, on demande les points critiques, on demande leur nature, on demande éventuellement l'extremum global.

Ce chapitre a une particularité que peu d'autres ont : il réutilise le troisième semestre au lieu de l'oublier. Vous avez appris à réduire une matrice, c'est-à-dire à en chercher les valeurs propres, et vous vous êtes peut-être demandé à quoi cela servait au-delà du calcul des puissances An. La réponse est ici. À chaque point critique d'une fonction de deux variables, on associe une matrice carrée d'ordre 2, la matrice hessienne, et ce sont les signes de ses deux valeurs propres qui décident si l'on est en présence d'un minimum, d'un maximum ou de rien du tout. Deux valeurs propres strictement positives, c'est un creux ; deux strictement négatives, c'est un sommet ; deux de signes contraires, c'est une selle de cheval, et il n'y a pas d'extremum. Le programme est explicite sur ce point, et c'est pour cela que la réduction figure au semestre précédent. Une conséquence pratique immédiate : si le calcul des valeurs propres d'une matrice 2×2 n'est pas automatique chez vous, révisez-le maintenant, parce que la moitié des points de ce chapitre en dépend.

Il faut ensuite dire franchement une chose que le programme officiel écrit noir sur blanc : « tous les résultats concernant les fonctions réelles de deux variables réelles seront admis ». Aucune des grandes propriétés de ce chapitre ne sera démontrée, ni ici ni ailleurs : ni la continuité des fonctions polynomiales, ni le théorème de Schwarz, ni la condition nécessaire du premier ordre, ni la condition suffisante du second ordre, ni le théorème des bornes atteintes. Ce n'est pas une paresse de rédaction, c'est une décision du texte officiel, motivée par le fait que les démonstrations correctes exigeraient une topologie que la voie ECG n'enseigne pas. Il faut en tirer la conséquence pour votre travail : on ne vous demandera jamais de démontrer ces énoncés, on vous demandera de les appliquer correctement. Ce qui est évalué, c'est la méthode et le calcul : poser proprement un système de deux équations, le résoudre sans erreur, écrire une hessienne symétrique, trouver deux valeurs propres justes, conclure avec le bon énoncé et les bonnes hypothèses. Autrement dit, la théorie vous est offerte, la rigueur d'application ne l'est pas. En revanche, tout ce qui est démontrable à votre niveau le sera dans ce cours, et il y en a beaucoup : les calculs de dérivées partielles, les formes canoniques, la recherche des valeurs propres d'une hessienne, l'étude des cas douteux, et la démonstration complète des formules de la droite de régression.

Le plan suit l'ordre naturel du travail. Les sections 1 à 3 installent l'objet et le vocabulaire : ce qu'est une fonction de deux variables, comment on mesure une distance dans le plan, ce que signifie la continuité, et comment on visualise une telle fonction par ses lignes de niveau, qui sont exactement les isoquantes et les courbes d'indifférence de vos cours d'économie. Les sections 4 à 6 construisent le calcul différentiel : les dérivées partielles d'ordre 1, le gradient, puis les dérivées partielles d'ordre 2, le théorème de Schwarz et la matrice hessienne. Les sections 7 et 8 forment le cœur du chapitre : la recherche des points critiques par la condition d'ordre 1, puis la détermination de leur nature par les valeurs propres de la hessienne. La section 9 traite la question la plus délicate, le passage du local au global, qui ne se règle jamais par la hessienne seule. La section 10 déroule les deux applications que le programme cite explicitement : la droite de régression et l'optimisation économique. La section 11 résume tout en une page et liste les erreurs qui coûtent des points chaque année.

Un dernier avertissement sur le cadre. Le programme prend soin d'« éviter tout problème de nature topologique » : il précise que « le domaine de définition sera systématiquement R2 », et que « la détermination de la nature topologique d'un ensemble n'est pas un objectif du programme et devra toujours être indiquée ». Traduction concrète : sauf mention contraire, toutes nos fonctions sont définies sur R2 tout entier ; et quand une partie du plan est ouverte, fermée ou bornée, l'énoncé vous le dira, ou bien ce cours l'admettra explicitement. Vous n'aurez jamais à le démontrer, et vous ne devez jamais faire semblant de le démontrer. En contrepartie, vous devez apprendre à lire cette information dans l'énoncé et à l'utiliser au bon endroit, parce qu'elle conditionne l'application des théorèmes.

Voici enfin les notations en vigueur dans tout le chapitre.

Notation Signification
(x,y) un point de R2, ou un couple de variables
M(x,y), A(x0,y0) des points du plan repéré
d(M,A) distance euclidienne de M à A
D(A,r) disque ouvert de centre A et de rayon r
1f, 2f dérivées partielles d'ordre 1 de f
f(x,y) gradient de f au point (x,y), matrice colonne
1,12f, 1,22f, 2,12f, 2,22f dérivées partielles d'ordre 2
2f(x,y) matrice hessienne de f au point (x,y)
Lk ligne de niveau k
O un ouvert de R2, toujours annoncé comme tel
K une partie fermée bornée de R2
I2 matrice identité d'ordre 2
λ1, λ2 valeurs propres de la hessienne

Les lettres f, g, h désignent des fonctions de deux variables, les lettres φ et ψ des fonctions d'une seule variable obtenues par substitution. Le symbole marque la fin d'une démonstration. Enfin, chaque énoncé que le programme impose d'admettre porte la mention (admis) : elle n'est pas décorative, elle vous dit que la seule chose attendue de vous est de savoir l'appliquer.

Fonctions de deux variables réelles

Définition et premiers exemples

Définition

Une fonction numérique de deux variables réelles est une application f qui, à tout couple (x,y) de R2, associe un unique réel noté f(x,y). On écrit

f:R2R,(x,y)f(x,y).

Le réel f(x,y) est l'image du couple (x,y) par f.

Conformément au programme, le domaine de définition sera systématiquement R2. Lorsqu'une expression n'a pas de sens partout, par exemple xy ou ln(xy), on ne « cherche pas le domaine » comme en première année : l'énoncé donne l'ensemble de départ, et il précise s'il est ouvert. Ce cours fera de même.

Deux couples sont égaux si et seulement si leurs deux coordonnées le sont, de sorte que l'ordre compte : en général f(x,y)f(y,x). Ainsi, pour f(x,y)=x23y, on a f(1,2)=16=5 tandis que f(2,1)=43=1.

Exemple

Quatre fonctions issues de l'économie. Elles serviront de fil rouge tout au long du chapitre.

a. Coût de production. Une entreprise fabrique deux biens, en quantités x et y. Son coût total, en milliers d'euros, est

C(x,y)=2x2+y2+10x+40y+150.

Les termes en x2 et y2 traduisent les rendements décroissants, la constante 150 les coûts fixes.

b. Profit. La même entreprise vend le premier bien au prix unitaire p1 et le second au prix p2. Son profit est π(x,y)=p1x+p2yC(x,y). Si les prix dépendent eux-mêmes des quantités mises sur le marché, π devient une fonction polynomiale des deux quantités : c'est l'exemple traité en détail en section 10.

c. Fonction de production de Cobb-Douglas. Avec un travail x et un capital y, tous deux strictement positifs, la production est

f(x,y)=xy.

C'est le cas particulier symétrique de la forme générale f(x,y)=Axαyβ, la plus utilisée en économie.

d. Utilité. Un ménage consommant les quantités x et y de deux biens en retire la satisfaction U(x,y)=xy. Formellement la même fonction que la précédente, mais interprétée autrement : ce sont les lignes de niveau qui portent le sens économique, comme on le verra en section 3.

Fonctions coordonnées et fonctions polynomiales

Le programme part de deux fonctions minimales, à partir desquelles tout se construit.

Définition

Les deux fonctions coordonnées de R2 sont

p1:(x,y)xetp2:(x,y)y.

Elles paraissent triviales, et elles le sont ; leur rôle est d'être les briques de base. Un monôme de deux variables est un produit cxiyj, où c est un réel et où i et j sont des entiers naturels ; l'entier i+j en est le degré.

Définition

Une fonction polynomiale de deux variables est une somme finie de monômes. Son degré est le plus grand degré d'un monôme de coefficient non nul.

Exemple

a. f(x,y)=3x2y5xy+y3+7 est polynomiale de degré 3 : le monôme 3x2y est de degré 2+1=3, le monôme y3 également, le monôme 5xy est de degré 2, et la constante 7 est de degré 0.

b. f(x,y)=ax+by+c est polynomiale de degré 1 au plus : on l'appelle fonction affine de deux variables.

c. f(x,y)=αx2+βxy+γy2+δx+μy+ν est le polynôme du second degré général à deux variables. C'est de très loin la famille la plus fréquente dans les exercices d'optimisation, et la section 9 lui consacrera une technique spécifique, la mise sous forme canonique.

d. f(x,y)=xy et g(x,y)=exy ne sont pas polynomiales : une racine et une exponentielle ne sont pas des sommes finies de monômes.

Fonctions partielles

Voici la notion la plus utile de cette section, celle qui ramènera tout le chapitre à des calculs d'une seule variable.

Définition

Soit f une fonction de deux variables et soit (x0,y0) un point de R2. On appelle fonctions partielles de f en (x0,y0) les deux fonctions d'une variable réelle

φ1:xf(x,y0)etφ2:yf(x0,y).

La première s'obtient en gelant la seconde variable à la valeur y0, la seconde en gelant la première à la valeur x0.

Exemple

Prenons f(x,y)=x2+3xyy2+4 et le point (1,2).

La première fonction partielle est φ1(x)=f(x,2)=x2+6x4+4=x2+6x. C'est un trinôme en x, que l'on sait étudier depuis le lycée : il décroît sur ],3] et croît sur [3,+[.

La seconde est φ2(y)=f(1,y)=1+3yy2+4=y2+3y+5. C'est un trinôme en y, de coefficient dominant négatif, maximal en y=32.

On retrouve bien la valeur commune au point : φ1(1)=1+6=7 et φ2(2)=4+6+5=7, et en effet f(1,2)=1+64+4=7.

Retenez le principe, car il structure tout le chapitre : une fonction partielle est une fonction d'une seule variable, à laquelle s'applique intégralement le programme de première année. Dérivation, tableau de variations, forme canonique, limites : tout ce que vous savez faire reste valable dès que l'une des deux variables est gelée.

Représentation graphique

Une fonction d'une variable se représente par une courbe dans un plan. Une fonction de deux variables se représente par une surface dans l'espace : à chaque couple (x,y) du plan horizontal on associe l'altitude z=f(x,y), et l'ensemble des points (x,y,f(x,y)) dessine un relief.

L'image mentale à retenir est celle d'un paysage de montagne vu d'avion. Le couple (x,y) est la position sur la carte, le nombre f(x,y) est l'altitude. Un maximum local est un sommet, un minimum local est le fond d'une cuvette, et l'on rencontrera en section 8 un troisième type de point, le col, exactement au sens des cols de montagne : un point qui est un sommet quand on le parcourt dans une direction, et un creux quand on le parcourt dans l'autre.

Cette représentation en trois dimensions est difficile à dessiner et impossible à exploiter dans une copie. C'est pourquoi on lui préfère systématiquement la représentation plate de la section 3, celle des cartes d'état-major : les lignes de niveau.

Distance euclidienne et continuité sur R2

La distance euclidienne du plan

Pour parler de continuité, il faut d'abord savoir dire que deux points sont proches. Sur R, on disposait de la valeur absolue xx0. Sur R2, c'est la distance usuelle du plan, celle du théorème de Pythagore.

Définition

Soient M(x,y) et A(x0,y0) deux points de R2. La distance euclidienne de M à A est le réel positif

d((x,y),(x0,y0))=(xx0)2+(yy0)2.

On la note aussi d(M,A).

Propriété

Pour tous points M, A, B de R2 :

  1. d(M,A)0, et d(M,A)=0 si et seulement si M=A ;
  2. d(M,A)=d(A,M) ;
  3. xx0d(M,A) et yy0d(M,A).

Démonstration. Le point 1 vient de ce qu'une racine carrée est positive, et qu'elle est nulle si et seulement si son argument l'est : ici (xx0)2+(yy0)2=0 est une somme de deux carrés, nulle seulement si les deux carrés le sont, c'est-à-dire si x=x0 et y=y0. Le point 2 vient de (x0x)2=(xx0)2. Pour le point 3, on écrit (xx0)2(xx0)2+(yy0)2, puis on prend la racine carrée des deux membres, la fonction racine étant croissante sur [0,+[, et l'on utilise (xx0)2=xx0.

Le point 3 mérite d'être souligné : il dit que si deux points sont proches dans le plan, alors leurs abscisses sont proches et leurs ordonnées sont proches. C'est ce qui permettra, en pratique, de majorer une expression en x et y par une expression en d(M,A) seule.

Exemple

La distance du point M(3,1) au point A(0,2) vaut

d(M,A)=(30)2+(12)2=9+9=18=324,24.

La distance de M(x,y) à l'origine O(0,0) vaut simplement x2+y2.

Le disque ouvert

Définition

Soient A un point de R2 et r un réel strictement positif. Le disque ouvert de centre A et de rayon r est l'ensemble

D(A,r)={MR2  ;  d(M,A)<r}.

On l'appelle aussi boule ouverte de centre A et de rayon r.

L'adjectif « ouvert » signifie ici que le bord est exclu : les points situés exactement à la distance r de A n'appartiennent pas à D(A,r), puisque l'inégalité est stricte. C'est l'analogue exact de l'intervalle ouvert ]x0r,x0+r[ de R, qui est d'ailleurs l'ensemble des réels x tels que xx0<r.

Disque ouvert de centre A et de rayon r dans le plan

La figure représente le disque ouvert de centre A(1,1) et de rayon r=1,5. Le segment joignant A à un point M du plan matérialise la distance d(M,A), calculée par Pythagore à partir des deux écarts de coordonnées x1 et y1. Le cercle qui borde le disque est tracé en pointillés : c'est la façon usuelle de signaler que le bord ne fait pas partie de l'ensemble. Retenez cette image, car elle est la définition même du mot « voisinage » : dire qu'une propriété est vraie « au voisinage de A », c'est dire qu'elle est vraie sur un disque ouvert centré en A, aussi petit soit-il.

Continuité en un point

Définition

Soit f une fonction définie sur R2 et soit A(x0,y0) un point de R2. On dit que f est continue en A lorsque, pour tout réel ε>0, il existe un réel r>0 tel que

pour tout M(x,y)R2,d(M,A)<r  f(x,y)f(x0,y0)<ε.

La fonction f est continue sur R2 lorsqu'elle est continue en chaque point de R2.

Cette définition est la copie conforme de celle d'une variable, où l'on lisait « xx0<r entraîne f(x)f(x0)<ε ». La seule modification est le remplacement de la valeur absolue par la distance euclidienne, c'est-à-dire de l'intervalle par le disque. Le sens est inchangé : on peut rendre f(M) aussi proche que l'on veut de f(A), à condition de prendre M assez proche de A. Le réel ε est l'exigence de précision sur les images, imposée d'abord ; le rayon r est la marge de manœuvre sur les antécédents, trouvée ensuite, et il dépend en général de ε.

Une différence de fond avec la dimension 1 mérite d'être signalée, même si le programme n'en fera rien : sur la droite réelle, on ne peut approcher x0 que par la gauche ou par la droite, alors que dans le plan on peut approcher A par une infinité de directions, et même par des chemins qui tournent. C'est précisément ce qui rend la théorie difficile, et c'est pourquoi le programme admet tous les résultats et interdit les fonctions à problème en un point.

Les résultats admis

Propriété

Opérations sur les fonctions continues (admis). Soient f et g deux fonctions continues sur R2 et λ un réel. Alors les fonctions

f+g,λf,fg

sont continues sur R2. Si de plus g ne s'annule en aucun point de R2, alors le quotient fg est continu sur R2.

Propriété

Continuité des fonctions de base (admis). Les deux fonctions coordonnées p1:(x,y)x et p2:(x,y)y sont continues sur R2, ainsi que les fonctions constantes. Par conséquent, toute fonction polynomiale de deux variables est continue sur R2.

La conséquence se lit ainsi : un monôme cxiyj est un produit de fonctions continues, donc il est continu ; une fonction polynomiale est une somme finie de monômes, donc elle est continue. Vous pouvez présenter ce raisonnement en une ligne dans une copie, ou vous contenter de citer le résultat.

Propriété

Composition (admis). Soit f une fonction continue sur R2, à valeurs dans un intervalle I de R, et soit u une fonction continue sur I. Alors la fonction composée

(x,y)u(f(x,y))

est continue sur R2.

L'hypothèse « à valeurs dans I » n'est pas décorative : c'est elle qui garantit que la composition a un sens partout. Dans les exercices, elle se vérifie en une phrase, et cette phrase est attendue.

Exemple

Trois compositions typiques.

a. g(x,y)=ex23xy. La fonction (x,y)x23xy est polynomiale, donc continue sur R2, à valeurs dans I=R. La fonction exp est continue sur R. Par composition, g est continue sur R2.

b. h(x,y)=ln(1+x2+y2). La fonction (x,y)1+x2+y2 est polynomiale, donc continue, et elle est à valeurs dans I=[1,+[ puisque x2+y20. La fonction ln est continue sur [1,+[, qui est inclus dans ]0,+[. Par composition, h est continue sur R2.

c. k(x,y)=x2+y2. La fonction (x,y)x2+y2 est polynomiale, donc continue, à valeurs dans I=[0,+[. La fonction racine carrée est continue sur [0,+[. Par composition, k est continue sur R2. On notera au passage que k(x,y) n'est autre que la distance de (x,y) à l'origine.

Méthode

Justifier une continuité en trois lignes dans une copie. C'est une question d'ouverture très fréquente, qui rapporte peu de points mais qui les rapporte vite. Le schéma est toujours le même.

  1. Repérer la structure de l'expression : est-ce une somme, un produit, un quotient, une composée ?
  2. Nommer les briques et dire pourquoi elles sont continues. Les seules briques autorisées sont : les fonctions polynomiales (continues sur R2), et les fonctions usuelles d'une variable exp, ln, racine carrée, puissances, valeur absolue, continues sur l'intervalle qui va bien.
  3. Vérifier l'hypothèse critique : pour un quotient, que le dénominateur ne s'annule jamais sur R2, avec la justification chiffrée ; pour une composée, que la fonction intérieure est à valeurs dans l'intervalle où la fonction extérieure est continue.
  4. Conclure en citant l'opération utilisée.

Ce qui fait perdre les points n'est jamais le point 1, c'est presque toujours le point 3 oublié.

Exemple

Rédaction complète sur un quotient. Montrons que la fonction

f(x,y)=x2y+1x2+y2+1

est continue sur R2.

Le numérateur (x,y)x2y+1 est une fonction polynomiale, donc continue sur R2. Le dénominateur (x,y)x2+y2+1 est également polynomial, donc continu. De plus, pour tout (x,y) de R2, on a x20 et y20, donc

x2+y2+11>0,

et le dénominateur ne s'annule en aucun point de R2. Par quotient de fonctions continues à dénominateur ne s'annulant pas, f est continue sur R2.

Notez la structure de la minoration : on ne dit pas « le dénominateur est différent de 0 », on exhibe un minorant strictement positif. C'est plus court et c'est incontestable.

Lignes de niveau

Définition et lecture

Définition

Soit f une fonction de deux variables et soit k un réel. La ligne de niveau k de f est l'ensemble des points du plan en lesquels f vaut k :

Lk={(x,y)R2  ;  f(x,y)=k}.

C'est le procédé des cartes d'état-major et des cartes de randonnée. Plutôt que de dessiner le relief en perspective, on découpe la surface par des plans horizontaux d'altitudes régulièrement espacées, et l'on projette les courbes obtenues sur le plan de la carte. Le dessin est plat, mais il contient toute l'information : là où les lignes de niveau sont serrées, la pente est forte ; là où elles sont écartées, le terrain est plat ; une ligne fermée qui se referme sur un point signale un sommet ou une cuvette.

Une ligne de niveau peut être vide, réduite à un point, ou être une véritable courbe. Deux lignes de niveau d'indices différents ne se coupent jamais : un point du plan a une image et une seule, il ne peut pas avoir deux altitudes.

Trois familles à connaître

Exemple

Une fonction affine : des droites parallèles. Soit f(x,y)=2x+3y. La ligne de niveau k a pour équation 2x+3y=k, c'est-à-dire

y=23x+k3.

C'est une droite de coefficient directeur 23, indépendant de k : toutes les lignes de niveau sont des droites parallèles entre elles, et l'ordonnée à l'origine k3 croît avec le niveau. Pour k=0, on obtient la droite passant par l'origine ; pour k=6, la droite passant par (3,0) et (0,2).

Les niveaux étant régulièrement espacés, ces droites le sont aussi : la pente est la même partout, ce qui est bien la caractéristique d'un plan incliné.

Exemple

Une fonction quadratique : des ellipses emboîtées. Soit f(x,y)=x2+2y2. La ligne de niveau k a pour équation x2+2y2=k, et il faut distinguer trois cas.

a. Si k<0 : l'ensemble est vide, puisque x2+2y20 pour tout couple.

b. Si k=0 : la seule solution de x2+2y2=0 est x=y=0, somme de deux carrés nulle. La ligne de niveau est réduite au point (0,0).

c. Si k>0 : on divise par k et l'équation s'écrit

x2k+y2k/2=1,

qui est l'équation d'une ellipse centrée à l'origine, de demi-axe k sur l'axe des abscisses et k/2 sur l'axe des ordonnées. Elle est donc plus étirée horizontalement que verticalement, ce qui est logique : le coefficient 2 devant y2 fait grimper la fonction plus vite quand on s'éloigne dans la direction verticale.

Lignes de niveau de la fonction x^2 + 2y^2 et gradient au point A(1, 1)

La figure représente les lignes de niveau k=1, 3, 6 et 9 de f(x,y)=x2+2y2. On y voit quatre ellipses emboîtées, d'autant plus grandes que le niveau est élevé : la fonction a bien un creux unique à l'origine, où elle vaut 0, et elle croît dans toutes les directions quand on s'en éloigne. Le vecteur tracé à partir du point A(1,1) est le gradient de f en ce point, dont la section 5 donnera la définition, représenté à l'échelle 1/3 pour tenir dans le cadre ; observez dès maintenant qu'il pointe vers les niveaux croissants et qu'il est perpendiculaire à l'ellipse qui passe par A.

Exemple

Cobb-Douglas : des isoquantes hyperboliques. Soit f(x,y)=xy, définie sur le quart de plan

O=]0,+[×]0,+[,

dont on admet que c'est un ouvert de R2. Cherchons la ligne de niveau q, avec q>0. Comme les deux membres de l'équation xy=q sont positifs et que la fonction carré est croissante sur [0,+[, on peut élever au carré sans perte :

xy=q    xy=q2    y=q2x.

La ligne de niveau q est donc la branche d'hyperbole d'équation y=q2x, restreinte à x>0. Pour q=1, 2 et 3, on obtient respectivement xy=1, xy=4 et xy=9.

Isoquantes de la fonction de production racine de xy

La figure trace ces trois lignes de niveau sur le domaine ]0,6]×]0,6]. Chacune est décroissante et convexe, et elles s'éloignent de l'origine à mesure que le niveau augmente. Les trois points marqués, (1,4), (2,2) et (4,1), sont sur la même ligne de niveau : ils correspondent à trois façons différentes de produire exactement 2 unités, en utilisant beaucoup du premier facteur et peu du second, autant des deux, ou l'inverse. Cette forme n'est pas un hasard mathématique, elle traduit un fait économique précis, développé au paragraphe suivant.

Interprétation économique

En économie, les lignes de niveau ont deux noms suivant ce que la fonction représente, mais c'est le même objet mathématique.

Définition

Lorsque f est une fonction de production, ses lignes de niveau s'appellent les isoquantes : l'isoquante de niveau q rassemble toutes les combinaisons de facteurs (travail, capital) qui permettent de produire exactement la quantité q.

Lorsque f est une fonction d'utilité, ses lignes de niveau s'appellent les courbes d'indifférence : la courbe de niveau u rassemble tous les paniers de consommation qui procurent exactement la satisfaction u, entre lesquels le consommateur est donc indifférent.

Reprenons la figure des isoquantes de xy. Que dit sa forme ?

D'abord, chaque isoquante est décroissante : pour maintenir la production constante, toute baisse du travail doit être compensée par une hausse du capital. Les deux facteurs sont substituables, et la pente de l'isoquante mesure le taux auquel on peut les échanger sans changer la production.

Ensuite, chaque isoquante est convexe, c'est-à-dire qu'elle s'aplatit quand on se déplace vers la droite. Traduction : plus le travail est déjà abondant par rapport au capital, plus il faut de travail supplémentaire pour compenser la perte d'une unité de capital. C'est la décroissance du taux de substitution, l'un des postulats de base de la microéconomie, et l'on voit ici qu'il est inscrit dans la forme même de la fonction de Cobb-Douglas.

Enfin, les isoquantes ne se coupent jamais et sont ordonnées : celle de niveau 3 est entièrement au-dessus de celle de niveau 2. Se déplacer vers le haut à droite, c'est produire plus.

Dérivées partielles d'ordre 1

Définition

L'idée est celle des fonctions partielles de la section 1 : pour dériver une fonction de deux variables, on gèle l'une des deux et l'on dérive la fonction d'une variable qui reste.

Définition

Soit f une fonction définie sur R2 et soit (x0,y0) un point de R2.

On dit que f admet une dérivée partielle d'ordre 1 par rapport à la première variable en (x0,y0) lorsque la fonction partielle φ1:xf(x,y0) est dérivable en x0. On note alors

1f(x0,y0)=φ1(x0)=limh0f(x0+h,y0)f(x0,y0)h.

De même, f admet une dérivée partielle d'ordre 1 par rapport à la seconde variable en (x0,y0) lorsque φ2:yf(x0,y) est dérivable en y0, et l'on note

2f(x0,y0)=φ2(y0)=limh0f(x0,y0+h)f(x0,y0)h.

Les notations 1f et 2f sont celles du programme et sont les seules à employer dans une copie. Vous rencontrerez ailleurs les écritures fx et fy, qui désignent exactement les mêmes objets ; elles ont l'inconvénient de faire croire que les variables s'appellent nécessairement x et y, alors que l'indice, lui, désigne sans ambiguïté la place de la variable dans le couple.

Méthode

Calculer une dérivée partielle. La règle tient en une phrase.

  • Pour 1f : on dérive l'expression par rapport à x, en traitant y exactement comme une constante, au même titre que 3 ou π.
  • Pour 2f : on dérive par rapport à y, en traitant x comme une constante.

Toutes les règles de dérivation d'une variable s'appliquent alors sans modification : somme, produit, quotient, composée, dérivées usuelles.

Le seul piège, mais il est redoutable, est d'oublier que la variable gelée reste présente dans les coefficients. Dans f(x,y)=x2y, la dérivée par rapport à x n'est pas 2x mais 2xy : la constante y multiplie tout.

Exemples de calcul

Exemple

a. Une fonction polynomiale. Soit f(x,y)=x3+2x2y5xy2+y37x+4.

Dérivons par rapport à x, avec y constant. Le terme x3 donne 3x2 ; le terme 2x2y est de la forme (2y)×x2, il donne (2y)×2x=4xy ; le terme 5xy2 est de la forme (5y2)×x, il donne 5y2 ; le terme y3 est une constante, il donne 0 ; le terme 7x donne 7 ; la constante 4 donne 0. Au total

1f(x,y)=3x2+4xy5y27.

Dérivons maintenant par rapport à y, avec x constant. Le terme x3 donne 0 ; le terme 2x2y donne 2x2 ; le terme 5xy2 donne 10xy ; le terme y3 donne 3y2 ; le terme 7x donne 0. Au total

2f(x,y)=2x210xy+3y2.

Au point (1,2) : 1f(1,2)=3+8207=16 et 2f(1,2)=220+12=6.

Exemple

b. Un produit avec une exponentielle. Soit g(x,y)=xexy.

Pour 1g, la variable est x et l'on reconnaît un produit uv avec u(x)=x et v(x)=exy. On a u(x)=1, et v est une composée : la fonction intérieure xxy a pour dérivée y, donc v(x)=yexy. D'où

1g(x,y)=1×exy+x×yexy=(1+xy)exy.

Pour 2g, la variable est y et le facteur x est une constante que l'on sort : g(x,y)=x×exy, et la dérivée de yexy est xexy. D'où

2g(x,y)=x×xexy=x2exy.

Observez l'asymétrie : les deux dérivées ne se ressemblent pas, parce que la fonction elle-même n'est pas symétrique en x et y.

Exemple

c. Un logarithme. Soit h(x,y)=ln(1+x2+y2), définie sur R2 puisque 1+x2+y21>0.

C'est une composée lnu avec u(x,y)=1+x2+y2, et la dérivée de lnu est uu. Comme 1u=2x et 2u=2y :

1h(x,y)=2x1+x2+y2et2h(x,y)=2y1+x2+y2.

Exemple

d. Une racine, sur un ouvert. Soit k(x,y)=xy, définie sur l'ouvert O=]0,+[×]0,+[ (admis : O est un ouvert de R2).

Écrivons k(x,y)=(xy)1/2 et dérivons par rapport à x, avec y>0 constant. La fonction intérieure xxy a pour dérivée y, et la dérivée de uu est 12u. Donc

1k(x,y)=y2xy=12yx,

la simplification venant de yxy=yxy=yx, licite car x>0 et y>0. Par symétrie du rôle des deux variables dans xy :

2k(x,y)=x2xy=12xy.

Au point (4,9) : 1k(4,9)=1294=12×32=34, et 2k(4,9)=12×23=13.

Lecture économique. Ces deux nombres sont les productivités marginales des deux facteurs : avec 4 unités de travail et 9 de capital, une unité de travail supplémentaire augmente la production d'environ 0,75, une unité de capital supplémentaire d'environ 0,33. Le facteur rare est le plus productif à la marge.

Exemple

e. Un quotient. Soit q(x,y)=xy1+x2+y2, définie et dérivable sur R2 puisque le dénominateur est minoré par 1.

Dérivons par rapport à x avec la formule (uv)=uvuvv2, où u=xy et v=1+x2+y2, donc 1u=1 et 1v=2x :

1q(x,y)=1×(1+x2+y2)(xy)×2x(1+x2+y2)2=1+x2+y22x2+2xy(1+x2+y2)2=1x2+y2+2xy(1+x2+y2)2.

De même, avec 2u=1 et 2v=2y :

2q(x,y)=(1+x2+y2)(xy)×2y(1+x2+y2)2=1x2y22xy+2y2(1+x2+y2)2=1x2+y22xy(1+x2+y2)2.

Fonctions de classe C1

Définition

Une fonction f définie sur R2 est dite de classe C1 sur R2 lorsqu'elle admet des dérivées partielles d'ordre 1 en tout point de R2 et que les deux fonctions

1f:(x,y)1f(x,y)et2f:(x,y)2f(x,y)

sont continues sur R2. On définit de la même façon la classe C1 sur un ouvert O de R2.

L'exigence de continuité des dérivées partielles peut sembler superflue ; elle est en réalité indispensable, et c'est elle qui rend valables tous les théorèmes des sections suivantes. Retenez simplement que, dans ce programme, il ne s'agira jamais de la discuter : les fonctions rencontrées seront construites à partir de polynômes et de fonctions usuelles, donc automatiquement de classe C1.

Propriété

Régularité et continuité (admis). Si f est de classe C1 sur R2, alors f est continue sur R2.

C'est l'analogue exact du résultat d'une variable, « dérivable entraîne continue ». Attention à ne pas l'inverser : une fonction continue n'a aucune raison d'être de classe C1, comme le montre déjà la valeur absolue en dimension 1.

Propriété

Opérations sur les fonctions de classe C1 (admis). Soient f et g de classe C1 sur R2 et λ un réel. Alors f+g, λf et fg sont de classe C1 sur R2, et si g ne s'annule pas, fg l'est aussi. De plus, si f est de classe C1 sur R2 à valeurs dans un intervalle I, et si u est de classe C1 sur I, alors uf est de classe C1 sur R2.

En particulier, toute fonction polynomiale de deux variables est de classe C1 sur R2.

Exemple

Les cinq fonctions des exemples précédents sont toutes de classe C1 sur leur ensemble de définition, et l'on peut le dire en une ligne chacune. La fonction f de l'exemple a est polynomiale. La fonction g de l'exemple b est le produit d'une fonction polynomiale et de la composée de exp, de classe C1 sur R, avec la fonction polynomiale (x,y)xy. La fonction h de l'exemple c est la composée de ln, de classe C1 sur ]0,+[, avec une fonction polynomiale à valeurs dans [1,+[. La fonction k de l'exemple d est la composée de la racine carrée, de classe C1 sur ]0,+[, avec (x,y)xy, à valeurs dans ]0,+[ sur l'ouvert O. La fonction q de l'exemple e est un quotient de fonctions polynomiales à dénominateur ne s'annulant pas.

Le gradient

Définition

Définition

Soit f une fonction de classe C1 sur R2, ou sur un ouvert O de R2, et soit (x,y) un point de cet ensemble. On appelle gradient de f au point (x,y) la matrice colonne

f(x,y)=(1f(x,y)2f(x,y))M2,1(R).

Le gradient n'apporte aucune information nouvelle : il empile simplement les deux dérivées partielles dans une colonne. Son intérêt est de permettre d'écrire d'un seul coup les deux conditions 1f=0 et 2f=0 sous la forme compacte f(x,y)=0, ce qui sera l'écriture standard de la section 7. Attention à la nature de l'objet : c'est une colonne, pas un couple. On écrit

f(1,1)=(24),et nonf(1,1)=(2,4).

De même, l'égalité f(x,y)=0 signifie que la colonne est nulle, c'est-à-dire que ses deux coefficients sont nuls : c'est un système de deux équations.

Exemple

a. Pour f(x,y)=x2+2y2, on a 1f(x,y)=2x et 2f(x,y)=4y, donc

f(x,y)=(2x4y),et en particulierf(1,1)=(24).

b. Pour g(x,y)=xexy, les calculs de la section 4 donnent

g(x,y)=((1+xy)exyx2exy),g(1,0)=(11).

c. Pour C(x,y)=2x2+y2+10x+40y+150, la fonction de coût de la section 1 :

C(x,y)=(4x+102y+40).

Les deux coefficients sont les coûts marginaux de chacun des deux biens.

Ce que le gradient donne à voir

Reprenons la figure des lignes de niveau de f(x,y)=x2+2y2, sur laquelle le gradient f(1,1)=(24) est tracé à partir du point A(1,1). Deux faits s'y lisent, et il faut être précis sur leur statut.

Premièrement, le gradient pointe vers les niveaux croissants, et sa direction est celle de la plus forte pente : c'est le chemin par lequel on monte le plus vite. Sur la figure, la flèche part de l'ellipse de niveau 3, celle qui passe par A, et traverse celles de niveaux 6 puis 9 en s'éloignant de l'origine.

Deuxièmement, le gradient est perpendiculaire à la ligne de niveau qui passe par le point. Cela se comprend bien : le long d'une ligne de niveau, la fonction ne varie pas ; la direction de plus forte variation ne peut donc pas avoir de composante le long de cette ligne.

Ces deux faits sont à retenir comme des lectures graphiques, utiles pour interpréter une figure ou une question d'économie. Ce ne sont pas des théorèmes de ce programme, ils ne s'appuient sur aucun énoncé exigible, et ils ne doivent jamais servir d'argument dans une démonstration. Ce que le gradient vous servira à faire dans une copie, c'est très exactement une chose : écrire la condition f(x0,y0)=0 et résoudre le système correspondant.

Une formule citée, et non exigible

Le programme mentionne, en la signalant comme résultat non exigible, une formule d'approximation d'ordre 1 pour les fonctions de classe C1 : pour (h,k) voisin de (0,0),

f(x+h,y+k)=f(x,y)+tf(x,y)(hk)+h2+k2 ε(h,k),

ε(h,k) tend vers 0 quand (h,k) tend vers (0,0). Elle généralise l'approximation affine f(x0+h)f(x0)+hf(x0) d'une variable, et elle explique pourquoi le gradient contient toute l'information de premier ordre.

Elle est citée ici une fois pour la culture, parce qu'elle éclaire le sens du gradient. Elle ne sera utilisée nulle part dans ce cours, et elle ne doit apparaître dans aucune de vos copies : ni comme outil de calcul, ni comme argument dans une démonstration. Toutes les méthodes de ce chapitre s'en passent entièrement.

Dérivées partielles d'ordre 2, Schwarz et hessienne

Les quatre dérivées secondes

Les deux dérivées partielles 1f et 2f sont elles-mêmes des fonctions de deux variables. On peut donc les dériver à nouveau, chacune par rapport à chacune des deux variables : cela fait quatre dérivées d'ordre 2.

Définition

Soit f une fonction de classe C1 sur R2 dont les dérivées partielles admettent elles-mêmes des dérivées partielles. On note

1,12f=1(1f),1,22f=1(2f),2,12f=2(1f),2,22f=2(2f).

Les deux dérivées 1,22f et 2,12f sont appelées dérivées croisées.

La convention de lecture est la suivante, et il faut la fixer une fois pour toutes : dans i,j2f, le premier indice est celui de la dérivation effectuée en dernier. Ainsi 1,22f=1(2f) se lit « on dérive d'abord par rapport à la seconde variable, puis par rapport à la première ». Le théorème de Schwarz rendra bientôt cette distinction sans conséquence pratique, mais la notation doit être juste.

Définition

Une fonction f est dite de classe C2 sur R2 lorsque ses quatre dérivées partielles d'ordre 2 existent en tout point et sont continues sur R2. Même définition sur un ouvert O.

Propriété

Hiérarchie des classes (admis). Si f est de classe C2 sur R2, alors f est de classe C1 sur R2, donc en particulier continue sur R2.

Les opérations conservent la classe C2 : somme, produit par un réel, produit, quotient à dénominateur ne s'annulant pas, et composition par une fonction d'une variable de classe C2. En particulier, toute fonction polynomiale de deux variables est de classe C2 sur R2.

Le théorème de Schwarz

Propriété

Théorème de Schwarz (admis). Soit f une fonction de classe C2 sur R2, ou sur un ouvert O de R2. Alors, en tout point de cet ensemble,

1,22f=2,12f.

Autrement dit, l'ordre dans lequel on effectue les deux dérivations croisées n'a pas d'importance.

C'est un résultat remarquable, et nullement évident : rien, a priori, n'oblige deux opérations successives à commuter. Il devient faux si l'on abandonne l'hypothèse C2, mais le programme exclut explicitement l'étude de tels contre-exemples, et vous n'en rencontrerez jamais. Conséquence pratique, et elle est double : d'une part on n'a que trois dérivées secondes distinctes à calculer au lieu de quatre ; d'autre part, calculer les deux dérivées croisées séparément fournit une vérification gratuite de vos calculs. Si vous ne trouvez pas la même chose, c'est qu'il y a une erreur, et il faut la chercher immédiatement.

La matrice hessienne

Définition

Soit f une fonction de classe C2 sur R2, ou sur un ouvert O. On appelle matrice hessienne de f au point (x,y) la matrice carrée d'ordre 2

2f(x,y)=(1,12f(x,y)1,22f(x,y)2,12f(x,y)2,22f(x,y)).

Propriété

Symétrie de la hessienne. Si f est de classe C2, alors le théorème de Schwarz donne 1,22f=2,12f : la matrice hessienne est symétrique, c'est-à-dire égale à sa transposée.

Cette symétrie n'est pas un détail esthétique. Elle sera l'ingrédient qui garantira, en section 8, que la hessienne possède toujours deux valeurs propres réelles, ce qui est exactement ce dont on a besoin pour classer les points critiques. Elle est aussi le meilleur contrôle d'erreur du chapitre : une hessienne non symétrique est nécessairement fausse, et il est inutile d'en chercher les valeurs propres avant d'avoir trouvé la faute.

Exemples entièrement calculés

Exemple

a. Une fonction polynomiale. Soit f(x,y)=x3+2x2y5xy2+y3, de classe C2 sur R2 comme fonction polynomiale.

Ordre 1.

1f(x,y)=3x2+4xy5y2et2f(x,y)=2x210xy+3y2.

Ordre 2. On dérive 1f par rapport à x, puis par rapport à y :

1,12f(x,y)=6x+4yet2,12f(x,y)=4x10y.

On dérive 2f par rapport à x, puis par rapport à y :

1,22f(x,y)=4x10yet2,22f(x,y)=10x+6y.

Les deux dérivées croisées coïncident, conformément au théorème de Schwarz : le calcul est validé.

Hessienne.

2f(x,y)=(6x+4y4x10y4x10y10x+6y).

Au point (1,1), elle vaut

2f(1,1)=(10664).

Elle est bien symétrique. Remarquez qu'elle dépend du point : contrairement au cas des polynômes du second degré, il n'y a pas ici une hessienne unique valable partout.

Exemple

b. Une exponentielle. Soit g(x,y)=exy, de classe C2 sur R2 comme composée de exp, de classe C2 sur R, avec la fonction polynomiale (x,y)xy.

Ordre 1. 1g(x,y)=yexy et 2g(x,y)=xexy.

Ordre 2. En dérivant 1g=yexy par rapport à x, le facteur y est constant :

1,12g(x,y)=y×yexy=y2exy.

En dérivant la même expression par rapport à y, c'est un produit :

2,12g(x,y)=1×exy+y×xexy=(1+xy)exy.

En dérivant 2g=xexy par rapport à x, c'est encore un produit :

1,22g(x,y)=1×exy+x×yexy=(1+xy)exy,

et l'on retrouve bien la même dérivée croisée. Enfin, en dérivant 2g par rapport à y, le facteur x est constant :

2,22g(x,y)=x2exy.

Hessienne. En factorisant l'exponentielle, qui est un réel non nul :

2g(x,y)=exy(y21+xy1+xyx2),2g(0,0)=(0110).

Exemple

c. Un polynôme du second degré. Soit f(x,y)=αx2+βxy+γy2+δx+μy+ν.

1f(x,y)=2αx+βy+δ,2f(x,y)=βx+2γy+μ,

puis

1,12f=2α,1,22f=2,12f=β,2,22f=2γ.

La hessienne est donc constante, indépendante du point :

2f(x,y)=(2αββ2γ).

C'est le cas le plus favorable qui soit, et il est extrêmement fréquent dans les sujets : une seule hessienne à calculer, un seul jeu de valeurs propres, valable en tout point critique.

Extrema : vocabulaire et condition d'ordre 1

Ouvert, fermé, borné

Le programme demande une simple sensibilisation à ces trois mots, et il précise que « la détermination de la nature topologique d'un ensemble n'est pas un objectif du programme et devra toujours être indiquée ». Voici donc ce qu'il faut en savoir, et rien de plus.

Définition

Soit P une partie de R2.

  • P est un ouvert de R2 lorsque, pour chacun de ses points A, il existe un rayon r>0 tel que le disque ouvert D(A,r) soit entièrement contenu dans P. Autrement dit : aucun point de P n'est collé au bord, on peut toujours bouger un peu dans toutes les directions sans sortir de P.
  • P est un fermé de R2 lorsque son complémentaire est un ouvert. Intuitivement, P contient son propre bord.
  • P est bornée lorsqu'elle est contenue dans un disque : il existe un réel R>0 tel que d(M,O)R pour tout M de P. Intuitivement, P ne s'étend pas à l'infini.

a. R2 tout entier est à la fois ouvert et fermé, et il n'est pas borné.

b. Un disque ouvert D(A,r) est un ouvert borné. Le disque fermé correspondant, obtenu en remplaçant < par , est un fermé borné.

c. Le quart de plan ]0,+[×]0,+[ est un ouvert non borné : c'est le domaine naturel des fonctions de Cobb-Douglas.

d. Un rectangle plein [a,b]×[c,d] est un fermé borné, ainsi qu'un triangle plein bords compris.

Ces quatre affirmations sont admises, et c'est précisément le point : vous ne les démontrerez jamais. Un énoncé de concours écrira « soit K la partie fermée bornée définie par… » ou « on admet que O est un ouvert de R2 », et votre travail consiste à repérer cette phrase et à en tirer les conséquences. Si l'énoncé ne dit rien, c'est que le domaine est R2 tout entier, qui est un ouvert.

Pourquoi ces mots comptent-ils ? Pour deux raisons, et deux seulement.

  • La condition nécessaire d'ordre 1, ci-dessous, exige un ouvert. Sur un ensemble à bord, elle est fausse aux points du bord, et le contre-exemple d'une variable suffit à s'en convaincre : la fonction xx sur [0,1] atteint son maximum en 1, où sa dérivée vaut 1 et non 0.
  • Le théorème des bornes atteintes exige un fermé borné. C'est lui qui garantit l'existence d'un maximum et d'un minimum, avant même de savoir où ils sont.

Extremum local, extremum global

Définition

Soit f une fonction définie sur une partie P de R2 et soit (x0,y0) un point de P.

Extremum global. On dit que f admet un maximum global sur P en (x0,y0) lorsque

f(x,y)f(x0,y0)pour tout (x,y)P.

On définit de même un minimum global en renversant l'inégalité.

Extremum local. On dit que f admet un maximum local en (x0,y0) lorsqu'il existe un réel r>0 tel que

f(x,y)f(x0,y0)pour tout (x,y)PD((x0,y0),r).

On définit de même un minimum local. Un extremum est un maximum ou un minimum.

Toute la différence tient dans le quantificateur. Le global compare f(x0,y0) à toutes les valeurs de f sur P ; le local ne la compare qu'aux valeurs prises dans un petit disque autour du point. Un extremum global est donc toujours local, mais la réciproque est fausse : dans un paysage de montagne, chaque sommet est un maximum local, un seul est le point culminant.

Cette remarque paraît anodine, et elle est pourtant à l'origine de la faute la plus coûteuse du chapitre. La condition d'ordre 2 de la section 8 ne conclut jamais au global. Elle donne un renseignement purement local, et si l'énoncé demande un extremum global, il faudra un argument supplémentaire, entièrement différent, que la section 9 fournira.

Propriété

Théorème des bornes atteintes (admis). Soit K une partie fermée bornée de R2, dont l'énoncé aura indiqué la nature, et soit f une fonction continue sur K. Alors f est bornée sur K et elle atteint ses bornes : il existe deux points de K en lesquels f prend respectivement sa valeur minimale et sa valeur maximale sur K.

C'est la transposition exacte du théorème d'une variable sur un segment [a,b]. Son rôle est d'être un théorème d'existence : il ne dit pas où sont les extrema, il garantit qu'ils existent, ce qui autorise ensuite à les chercher par comparaison d'une liste finie de candidats. Sans lui, la méthode de la section 9 n'aurait aucune validité. Et il tombe en défaut dès qu'une des deux hypothèses saute : sur l'ouvert ]0,1[×]0,1[, la fonction f(x,y)=x n'atteint ni 0 ni 1 ; sur R2, qui est fermé mais non borné, la fonction f(x,y)=x n'est même pas bornée.

La condition nécessaire d'ordre 1

Propriété

Condition nécessaire d'ordre 1 (admis). Soit O un ouvert de R2, et soit f une fonction de classe C1 sur O. Si f admet un extremum local en un point (x0,y0) de O, alors

f(x0,y0)=(00),c’est-aˋ-dire1f(x0,y0)=0  et  2f(x0,y0)=0.

Définition

Soit f de classe C1 sur un ouvert O. Un point (x0,y0) de O tel que f(x0,y0)=0 est appelé point critique de f.

Le mot « nécessaire » est à prendre au pied de la lettre, et il se lit dans les deux sens.

Dans le bon sens, l'énoncé fournit la méthode de recherche : les extrema locaux, s'il y en a, se trouvent nécessairement parmi les points critiques. On peut donc oublier tous les autres points du plan, ce qui ramène une recherche sur un ensemble infini à la résolution d'un système de deux équations.

Dans l'autre sens, il ne dit rien : un point critique n'a aucune raison d'être un extremum. C'est déjà vrai en dimension 1, où la fonction xx3 a une dérivée nulle en 0 sans y avoir d'extremum, et c'est encore plus fréquent en dimension 2, où apparaît un phénomène nouveau, le point col.

Exemple

Le contre-exemple fondamental. Soit f(x,y)=x2y2, fonction polynomiale, donc de classe C2 sur l'ouvert R2. On a

f(x,y)=(2x2y),

qui est la colonne nulle si et seulement si x=0 et y=0. L'origine est donc l'unique point critique de f, et f(0,0)=0.

Est-ce un extremum ? Examinons f le long des deux axes.

Sur l'axe des abscisses, f(x,0)=x20 : aussi près de l'origine que l'on veut, il existe des points où f est strictement supérieure à f(0,0), par exemple f(0,01;0)=0,0001>0.

Sur l'axe des ordonnées, f(0,y)=y20 : aussi près de l'origine que l'on veut, il existe des points où f est strictement inférieure à f(0,0), par exemple f(0;0,01)=0,0001<0.

Dans tout disque centré à l'origine, si petit soit-il, la fonction prend donc des valeurs plus grandes et des valeurs plus petites que f(0,0). L'origine n'est ni un maximum local, ni un minimum local. C'est un point col, et la section 8 y reviendra avec sa figure.

Méthode

Chercher les points critiques. La marche à suivre ne varie jamais.

  1. Vérifier que le domaine est un ouvert. Soit c'est R2, soit l'énoncé l'annonce. L'écrire.
  2. Justifier que f est de classe C1 sur cet ouvert, en une ligne (polynomiale, ou composée de fonctions usuelles).
  3. Calculer les deux dérivées partielles et les simplifier autant que possible : factoriser, mettre au même dénominateur.
  4. Résoudre le système {1f(x,y)=02f(x,y)=0 par équivalences, en veillant à ne perdre aucune solution.
  5. Conclure en listant tous les points critiques, et seulement eux.

Deux conseils de résolution. Si les deux équations sont affines, c'est un système linéaire de deux équations à deux inconnues : combinaisons ou substitution, en quelques lignes. Si elles ne le sont pas, cherchez une factorisation dans l'une des deux, du type u×v=0 qui se scinde en deux cas, et n'oubliez jamais qu'une exponentielle ne s'annule pas : dans yexy=0, on peut diviser par exy et il reste y=0.

La condition d'ordre 2 et la nature d'un point critique

L'énoncé du programme

Propriété

Condition suffisante d'ordre 2 (admis). Soit O un ouvert de R2, soit f une fonction de classe C2 sur O, et soit (x0,y0) un point critique de f. On note λ1 et λ2 les deux valeurs propres de la matrice hessienne 2f(x0,y0).

  • Si λ1>0 et λ2>0, alors f admet un minimum local en (x0,y0).
  • Si λ1<0 et λ2<0, alors f admet un maximum local en (x0,y0).
  • Si λ1 et λ2 sont non nulles et de signes opposés, alors f n'admet pas d'extremum local en (x0,y0) : le point est appelé point col.

Trois remarques avant d'apprendre à s'en servir.

La condition est suffisante, pas nécessaire : elle permet de conclure quand elle s'applique, mais son échec ne prouve rien. Elle ne s'applique d'ailleurs pas dans tous les cas, puisqu'il en manque un, celui où l'une au moins des valeurs propres est nulle. Le programme ne le traite pas, et ce cas s'appelle le cas douteux ; il est étudié plus bas, à la main.

La conclusion est strictement locale. Aucune de ces trois lignes ne parle d'un extremum global, et il serait faux d'écrire « les deux valeurs propres sont positives donc c'est le minimum de f sur R2 ». Cette confusion est la faute la plus fréquente du chapitre.

Enfin, la condition exige un ouvert et la classe C2. En pratique, ces deux hypothèses sont satisfaites et se justifient en une phrase, mais cette phrase doit figurer dans la copie.

Calculer les valeurs propres d'une hessienne 2×2

Voici le calcul central du chapitre. Il repose uniquement sur des outils de première année : la définition d'une valeur propre, la caractérisation de l'inversibilité, et le déterminant d'ordre 2.

Méthode

Valeurs propres d'une matrice symétrique H=(rsst).

Par définition, un réel λ est valeur propre de H s'il existe une colonne X non nulle telle que HX=λX, c'est-à-dire telle que

(HλI2)X=0.

Le système homogène (HλI2)X=0 admet donc une solution non nulle, ce qui signifie exactement que la matrice HλI2 n'est pas inversible, c'est-à-dire que son déterminant est nul. Or

HλI2=(rλsstλ),

et le déterminant d'ordre 2 se calcule par la formule adbc :

det(HλI2)=(rλ)(tλ)s2.

En développant, λ est valeur propre de H si et seulement si

λ2(r+t)λ+(rts2)=0.

On résout cette équation du second degré en λ avec le discriminant, comme au lycée.

Propriété

Deux valeurs propres réelles, toujours. Le discriminant de l'équation ci-dessus vaut

Δ=(r+t)24(rts2)=r2+2rt+t24rt+4s2=(rt)2+4s20.

Il est donc positif ou nul quels que soient r, s et t : une matrice symétrique d'ordre 2 possède toujours deux valeurs propres réelles, éventuellement égales.

Démonstration. Le calcul du discriminant est fait ci-dessus, et (rt)2+4s2 est une somme de deux carrés, donc positive ou nulle. Une équation du second degré à coefficients réels et à discriminant positif ou nul admet deux racines réelles, confondues si Δ=0.

Ce petit résultat est la clé de voûte du chapitre. C'est parce que la hessienne est symétrique, donc parce que f est de classe C2 et que Schwarz s'applique, que ses deux valeurs propres sont réelles et que leurs signes sont comparables. Une matrice quelconque d'ordre 2 n'a pas cette propriété.

Méthode

Lecture rapide des signes. L'équation λ2(r+t)λ+(rts2)=0 a pour racines λ1 et λ2, dont la somme vaut r+t et le produit rts2. On peut donc conclure sans même calculer les racines :

  • si rts2>0, les deux racines sont de même signe, celui de r (et de t, qui est le même) ;
  • si rts2<0, les deux racines sont de signes opposés : point col ;
  • si rts2=0, l'une au moins des racines est nulle : cas douteux.

Justification du premier point : si rts2>0 alors rt>s20, donc r et t sont non nuls et de même signe ; comme leur somme r+t est aussi la somme des racines, et que les racines ont le même signe puisque leur produit est positif, ce signe commun est celui de r+t, donc celui de r.

Ce raccourci fait gagner un temps considérable. Il ne dispense cependant pas de savoir mener le calcul complet : certains énoncés demandent explicitement les valeurs propres, et il faut alors les produire.

Le tableau des quatre cas

Signe de rts2 Valeurs propres Nature du point critique
rts2>0 et r>0 λ1>0 et λ2>0 minimum local
rts2>0 et r<0 λ1<0 et λ2<0 maximum local
rts2<0 signes opposés point col, pas d'extremum
rts2=0 une valeur propre nulle cas douteux, étude à la main

Ce tableau est à connaître par cœur, mais il ne remplace pas la rédaction : dans une copie, on écrit la hessienne, on écrit l'équation det(HλI2)=0, on donne les valeurs propres ou leur signe, et on cite l'énoncé du cours avant de conclure.

Le point col

Définition

Soit f de classe C2 sur un ouvert O et (x0,y0) un point critique de f. Si les deux valeurs propres de 2f(x0,y0) sont non nulles et de signes opposés, on dit que (x0,y0) est un point col de f. La fonction n'y admet alors aucun extremum local.

Le nom vient de la géographie, et il est parfaitement descriptif. Un col de montagne est le point le plus bas du chemin qui franchit une crête, et en même temps le point le plus haut du chemin qui longe cette crête : minimum dans une direction, maximum dans l'autre. La selle du cheval offre la même image, et l'on dit d'ailleurs aussi « point selle ».

Lignes de niveau de x^2 - y^2 au voisinage d'un point col

La figure représente les lignes de niveau de f(x,y)=x2y2 au voisinage de l'origine, qui est le point col de cette fonction comme la section 7 l'a établi. Les niveaux positifs k=1 et k=4 donnent des hyperboles ouvertes vers la droite et la gauche ; les niveaux négatifs k=1 et k=4 donnent des hyperboles ouvertes vers le haut et le bas ; et le niveau 0 se réduit aux deux droites y=x et y=x, qui se croisent à l'origine et séparent les régions où f est positive de celles où elle est négative.

C'est là toute la signature graphique d'un point col : des lignes de niveau qui se croisent au point. Autour d'un minimum ou d'un maximum, au contraire, les lignes de niveau forment des courbes fermées emboîtées, comme les ellipses de la section 3. Vérifions le calcul sur cet exemple : ici

2f(x,y)=(2002),

donc r=2, s=0, t=2, et rts2=4<0. On est bien dans la troisième ligne du tableau. Et le calcul complet donne det(HλI2)=(2λ)(2λ)=0, d'où λ1=2 et λ2=2, non nulles et de signes opposés.

Trois études complètes

Exemple

a. Un minimum local, hessienne constante. Soit f(x,y)=x2+xy+y23x3y.

Cadre. La fonction f est polynomiale, donc de classe C2 sur R2, qui est un ouvert.

Points critiques.

1f(x,y)=2x+y3et2f(x,y)=x+2y3.

Le système f(x,y)=0 s'écrit

{2x+y=3x+2y=3

En soustrayant la seconde équation de la première, il vient xy=0, donc y=x ; en reportant dans la première, 3x=3, donc x=1 et y=1. L'unique point critique est (1,1), et f(1,1)=1+1+133=3.

Nature. La hessienne est constante :

2f(x,y)=(2112).

Ici r=2, s=1, t=2. L'équation det(HλI2)=0 s'écrit (2λ)21=0, c'est-à-dire

λ24λ+3=0.

Son discriminant vaut 1612=4, de racine carrée 2, d'où

λ1=422=1etλ2=4+22=3.

Conclusion. Les deux valeurs propres sont strictement positives, donc f admet un minimum local en (1,1), de valeur 3. La technique de la forme canonique, exposée en section 9, donne ici

f(x,y)=(x+y32)2+34(y1)23,

et montre que ce minimum est en fait global.

Exemple

b. Deux points critiques de natures différentes. Soit f(x,y)=x3+y33xy.

Cadre. Fonction polynomiale, donc de classe C2 sur l'ouvert R2.

Points critiques.

1f(x,y)=3x23yet2f(x,y)=3y23x.

Le système s'écrit, après division par 3,

{x2=yy2=x

En reportant la première équation dans la seconde, on obtient (x2)2=x, c'est-à-dire x4x=0, soit x(x31)=0. Un produit est nul si et seulement si l'un de ses facteurs l'est, donc x=0 ou x3=1, c'est-à-dire x=0 ou x=1. La première équation donne alors y : pour x=0, y=0 ; pour x=1, y=1. Les points critiques sont

(0,0)et(1,1).

Hessienne.

2f(x,y)=(6x336y).

Elle dépend du point : il faut la calculer en chacun des deux.

En (0,0). On obtient H=(0330), donc r=0, s=3, t=0 et rts2=9<0. L'équation est λ29=0, de racines λ1=3 et λ2=3. Elles sont non nulles et de signes opposés : (0,0) est un point col, il n'y a pas d'extremum local.

En (1,1). On obtient H=(6336). L'équation det(HλI2)=0 s'écrit (6λ)29=0, c'est-à-dire

λ212λ+27=0,

de discriminant 144108=36, de racine carrée 6, d'où

λ1=1262=3etλ2=12+62=9.

Les deux sont strictement positives : f admet un minimum local en (1,1), de valeur f(1,1)=1+13=1.

Attention au global. Ce minimum local n'est pas global. En effet, le long de l'axe des abscisses, f(x,0)=x3, qui tend vers quand x tend vers : la fonction descend arbitrairement bas, par exemple f(10,0)=1000<1. La fonction f n'admet donc pas de minimum global sur R2.

Exemple

c. Une fonction non polynomiale. Soit f(x,y)=ex(x+y2).

Cadre. Produit d'une fonction polynomiale par la composée de exp, de classe C2 sur R, avec la fonction polynomiale (x,y)x : f est de classe C2 sur l'ouvert R2.

Points critiques. Par la règle du produit, en dérivant par rapport à x :

1f(x,y)=ex(x+y2)+ex×1=ex(x+y2+1),

et par rapport à y, le facteur ex étant constant,

2f(x,y)=2yex.

Comme ex>0 pour tout réel x, on peut diviser par ce facteur dans les deux équations. Le système devient

{x+y2+1=02y=0

La seconde équation donne y=0, puis la première donne x+1=0, donc x=1. L'unique point critique est (1,0), et

f(1,0)=e1(1+0)=e10,368.

Hessienne. En dérivant 1f=ex(x+y2+1) par rapport à x puis à y :

1,12f(x,y)=ex(x+y2+1)+ex=ex(x+y2+2),2,12f(x,y)=2yex.

En dérivant 2f=2yex par rapport à x puis à y :

1,22f(x,y)=2yex,2,22f(x,y)=2ex.

Les dérivées croisées coïncident : Schwarz est vérifié. Au point critique (1,0) :

2f(1,0)=(e1(1+0+2)002e1)=(e1002e1).

Nature. La matrice est diagonale, ce qui simplifie tout : l'équation det(HλI2)=0 s'écrit (e1λ)(2e1λ)=0, de racines évidentes

λ1=e1>0etλ2=2e1>0.

Les deux valeurs propres sont strictement positives : f admet un minimum local en (1,0), de valeur e1.

Retenez ce raccourci : les valeurs propres d'une matrice diagonale sont ses coefficients diagonaux, et c'est immédiat sur le déterminant. Une hessienne diagonale se traite donc en une ligne, et c'est un cas fréquent, notamment lorsque la dérivée croisée s'annule au point critique.

Le cas douteux

Lorsque l'une au moins des valeurs propres est nulle, aucune des trois lignes de la condition d'ordre 2 ne s'applique, et le programme ne fournit aucun outil. Il faut alors revenir à la définition, c'est-à-dire étudier directement le signe de la différence

Δ(x,y)=f(x,y)f(x0,y0)

au voisinage du point. Voici pourquoi ce travail est indispensable : trois fonctions peuvent avoir exactement la même hessienne en un point critique et trois comportements différents.

Exemple

Trois fonctions, une seule hessienne. Considérons les trois fonctions polynomiales suivantes, toutes de classe C2 sur R2 :

f(x,y)=x2+y4,g(x,y)=x2+y3,h(x,y)=x2y4.

Elles ont toutes l'origine pour point critique. En effet 1f=1g=1h=2x, tandis que 2f=4y3, 2g=3y2 et 2h=4y3 s'annulent toutes les trois en y=0. Et f(0,0)=g(0,0)=h(0,0)=0.

Elles ont toutes la même hessienne à l'origine. On a 1,12=2 et 1,22=2,12=0 pour les trois ; quant à 2,22, elle vaut 12y2, 6y et 12y2 respectivement, donc 0 en y=0 dans les trois cas. Ainsi

2f(0,0)=2g(0,0)=2h(0,0)=(2000),

matrice diagonale de valeurs propres 2 et 0. La seconde est nulle : cas douteux pour les trois.

Et pourtant les trois comportements diffèrent.

Pour f : f(x,y)f(0,0)=x2+y40 pour tout (x,y), comme somme de deux puissances paires. L'origine est donc un minimum, et il est même global sur R2.

Pour g : le long de l'axe des ordonnées, g(0,y)g(0,0)=y3, qui est strictement positif pour y>0 et strictement négatif pour y<0. Dans tout disque centré à l'origine, la différence prend les deux signes : pas d'extremum.

Pour h : le long de l'axe des abscisses, h(x,0)h(0,0)=x20 ; le long de l'axe des ordonnées, h(0,y)h(0,0)=y40, strictement négatif dès que y0. Là encore les deux signes sont présents dans tout disque : pas d'extremum.

Conclusion : avec la même hessienne, on obtient un minimum global, puis deux fois l'absence d'extremum. Le cas douteux mérite bien son nom, et aucune conclusion ne peut être tirée de la hessienne seule.

Méthode

Traiter un cas douteux à la main. On note Δ(x,y)=f(x,y)f(x0,y0) et l'on procède en deux temps.

  1. Chercher un signe constant. Si l'on parvient à écrire Δ(x,y) comme une somme de carrés, ou plus généralement de termes tous positifs, on conclut à un minimum, et il est alors global si l'écriture est valable sur tout le domaine. Symétriquement pour un maximum. C'est le cas de f(x,y)=x2+y4 ci-dessus, et la forme canonique de la section 9 est l'outil systématique pour y parvenir.
  2. Chercher deux chemins de signes contraires. Si l'on soupçonne qu'il n'y a pas d'extremum, il suffit d'exhiber deux chemins passant par (x0,y0) le long desquels Δ prend des signes opposés. Les chemins à essayer, dans cet ordre :
  • les deux axes du point, c'est-à-dire y=y0 puis x=x0, ce qui revient à étudier les deux fonctions partielles ;
  • les droites yy0=m(xx0) pour une pente m bien choisie, souvent m=1 ou m=1 ;
  • une courbe adaptée à l'expression, par exemple y=x2 si les degrés le suggèrent.

Un seul chemin ne prouve jamais l'existence d'un extremum : il prouve seulement, s'il donne les deux signes, qu'il n'y en a pas. Rédigez toujours avec des valeurs explicites, du type « pour tout t0 assez petit, Δ(t,0)=t2>0 et Δ(0,t)=t4<0 ».

Du local au global

La condition d'ordre 2 ne conclut jamais qu'au local. Or les énoncés demandent très souvent un extremum global, sur R2 ou sur une partie donnée. Cette section rassemble les quatre techniques qui permettent d'y parvenir. Aucune n'est un théorème nouveau : ce sont des raisonnements élémentaires, et c'est là que se joue la différence entre une copie moyenne et une bonne copie.

Technique 1 : la minoration directe

La plus simple, et souvent la plus rapide : on majore ou l'on minore f par un calcul direct, et l'on exhibe le point où la borne est atteinte.

Méthode

Prouver un minimum global par minoration. On cherche à écrire, pour tout (x,y) du domaine,

f(x,y)m,

m est une constante, puis à trouver un point (x0,y0) tel que f(x0,y0)=m. On conclut alors : m est le minimum global de f, atteint en (x0,y0). Même schéma, inégalité renversée, pour un maximum global.

Les outils de minoration disponibles sont peu nombreux, et il faut les avoir tous en tête : un carré est positif, une exponentielle est strictement positive, une somme de carrés est nulle seulement si chaque carré l'est, et x2+y20 avec égalité seulement à l'origine.

Exemple

a. Soit f(x,y)=x2+y2+1. Pour tout (x,y), on a x20 et y20, donc f(x,y)1. Or f(0,0)=1 : la fonction admet le minimum global 1, atteint en (0,0), et en ce point seulement, puisque x2+y2=0 impose x=y=0.

b. Soit g(x,y)=e(x2+y2). Comme x2+y20, on a (x2+y2)0, et la fonction exp étant croissante, g(x,y)e0=1. Or g(0,0)=1 : la fonction admet le maximum global 1, atteint en (0,0). Elle n'a pas de minimum : elle est strictement positive et prend des valeurs aussi proches de 0 que l'on veut, sans jamais l'atteindre.

Technique 2 : la forme canonique d'un polynôme du second degré

C'est la technique la plus puissante pour les polynômes du second degré, qui constituent la grande majorité des exercices. Elle donne le résultat global d'un seul coup, et elle redonne au passage le point critique.

Méthode

Mettre un polynôme du second degré sous forme canonique. Soit

f(x,y)=αx2+βxy+γy2+δx+μy+ν,avec α0.
  1. Regrouper tous les termes contenant x et les voir comme un trinôme en x, dont les coefficients dépendent de y :
f(x,y)=αx2+x(βy+δ)+(γy2+μy+ν).
  1. Compléter le carré en x, exactement comme au lycée : on factorise α, on reconnaît le début du carré, on retranche ce que l'on a ajouté en trop.
  2. Rassembler ce qui reste : il ne dépend plus que de y, et c'est un trinôme en y que l'on met à son tour sous forme canonique.
  3. Lire le résultat. On obtient une écriture de la forme
f(x,y)=α(x+quelque chose en y)2+c(yy0)2+m.

Si α>0 et c>0, alors f(x,y)m pour tout (x,y), avec égalité si et seulement si les deux carrés sont nuls, ce qui détermine un unique point : m est le minimum global. Si α<0 et c<0, c'est un maximum global. Si α et c sont de signes contraires, il n'y a ni maximum ni minimum, et le point critique est un col.

Exemple

Une forme canonique entièrement traitée. Soit

f(x,y)=x2+2xy+2y24x8y+3.

Étude par les points critiques. La fonction est polynomiale, donc de classe C2 sur l'ouvert R2. On a 1f(x,y)=2x+2y4 et 2f(x,y)=2x+4y8, d'où le système

{x+y=2x+2y=4

En soustrayant, y=2, puis x=0. L'unique point critique est (0,2), et

f(0,2)=0+0+8016+3=5.

La hessienne est constante, égale à (2224), donc r=2, s=2, t=4 et l'équation det(HλI2)=0 s'écrit (2λ)(4λ)4=0, c'est-à-dire

λ26λ+4=0.

Son discriminant vaut 3616=20, de racine carrée 25, d'où

λ1=6252=35etλ2=3+5.

Comme 52,236<3, les deux valeurs propres sont strictement positives : minimum local en (0,2). À ce stade, rien ne permet d'affirmer qu'il est global.

Forme canonique. Regroupons les termes en x :

f(x,y)=x2+x(2y4)+2y28y+3.

Le début x2+x(2y4) est celui du carré (x+y2)2=x2+x(2y4)+(y2)2, donc

f(x,y)=(x+y2)2(y2)2+2y28y+3.

Développons ce qui reste : (y2)2=y2+4y4, d'où

y2+4y4+2y28y+3=y24y1=(y2)241=(y2)25.

Finalement

f(x,y)=(x+y2)2+(y2)25.

Conclusion globale. Les deux carrés sont positifs ou nuls, donc f(x,y)5 pour tout (x,y) de R2. L'égalité a lieu si et seulement si les deux carrés sont nuls simultanément, c'est-à-dire si y2=0 et x+y2=0, soit y=2 puis x=0. Donc f admet le minimum global 5, atteint uniquement en (0,2).

Les deux méthodes concordent, et c'est un excellent contrôle : la forme canonique retrouve le point critique et sa valeur, et elle apporte en plus le caractère global, que la hessienne ne pouvait pas donner.

Technique 3 : le comportement à l'infini

Cette technique sert surtout à réfuter l'existence d'un extremum global, et c'est un réflexe à avoir dès qu'un énoncé demande « le minimum est-il global ? ».

Méthode

Réfuter un extremum global. Il suffit d'exhiber un seul chemin le long duquel f dépasse la valeur candidate. En pratique, on restreint f à une droite simple, en général un axe, ce qui donne une fonction d'une variable dont on connaît la limite.

  • Si f tend vers + le long d'un chemin, il n'y a pas de maximum global.
  • Si f tend vers le long d'un chemin, il n'y a pas de minimum global.

Exemple

Reprenons f(x,y)=x3+y33xy, dont la section 8 a montré qu'elle admet un minimum local en (1,1), de valeur 1. Le long de l'axe des abscisses, f(x,0)=x3, donc

limxf(x,0)=etlimx+f(x,0)=+.

La fonction n'admet donc ni minimum global, ni maximum global sur R2. Le minimum local en (1,1) reste un minimum local, et rien de plus.

Exemple

Un cas où le global existe malgré une hessienne muette. Soit f(x,y)=x4+y44xy, polynomiale donc de classe C2 sur R2.

Points critiques. 1f(x,y)=4x34y et 2f(x,y)=4y34x, d'où le système y=x3 et x=y3. En substituant, x=(x3)3=x9, donc x9x=0, soit x(x81)=0. Ainsi x=0, ou x8=1 c'est-à-dire x=1 ou x=1. Avec y=x3, les points critiques sont

(0,0),(1,1),(1,1).

Hessienne. 2f(x,y)=(12x24412y2).

En (0,0) : H=(0440), l'équation est λ216=0, de racines 4 et 4 : point col.

En (1,1) et en (1,1) : dans les deux cas x2=y2=1, donc H=(124412). L'équation (12λ)216=0 donne 12λ=±4, d'où λ1=8 et λ2=16, toutes deux strictement positives : minimum local dans les deux cas, de valeur f(1,1)=f(1,1)=1+14=2.

Passage au global. Utilisons l'inégalité (x2y2)20, qui donne x4+y42x2y2. En posant u=xy, il vient

f(x,y)=x4+y44xy2x2y24xy=2u24u=2(u1)222.

Donc f(x,y)2 sur R2 tout entier, et cette valeur est atteinte en (1,1) et (1,1) : c'est le minimum global. Il n'y a en revanche pas de maximum global, puisque f(x,0)=x4 tend vers +.

Notez le fait remarquable : le minimum global est atteint en deux points distincts. Rien n'interdit cela, et c'est même naturel ici, la fonction étant inchangée quand on remplace (x,y) par (x,y).

Technique 4 : optimisation sur une partie fermée bornée

C'est la situation la plus complète, et celle que les sujets aiment poser en fin de problème. Elle combine tout ce qui précède.

Méthode

Extrema d'une fonction continue sur une partie fermée bornée K. L'énoncé indique que K est fermée bornée : on ne le démontre pas, on le cite.

  1. Justifier l'existence. f est continue sur K fermée bornée, donc par le théorème des bornes atteintes (admis), f est bornée sur K et atteint ses bornes. Cette phrase est obligatoire : elle légitime toute la suite.
  2. Étudier l'intérieur. Sur l'intérieur de K, qui est un ouvert, un extremum ne peut être atteint qu'en un point critique. On résout f(x,y)=0 et l'on ne garde que les solutions situées à l'intérieur de K. On calcule f en chacune.
  3. Étudier la frontière, morceau par morceau. Sur chaque morceau du bord, on substitue l'équation du bord dans f, ce qui donne une fonction d'une seule variable sur un segment. On l'étudie avec les outils de première année : dérivée, tableau de variations, valeurs aux bornes. On relève les extrema de chaque morceau, sans oublier les sommets ou points de raccord.
  4. Comparer. On dresse la liste de toutes les valeurs candidates obtenues aux étapes 2 et 3, et l'on conclut : la plus grande est le maximum global sur K, la plus petite le minimum global sur K.

L'oubli de l'étape 3 est l'erreur classique du chapitre. Un extremum sur K n'est pas forcément à l'intérieur, et sur le bord la condition f=0 n'a aucune raison d'être vérifiée.

Exemple

Étude complète sur un carré. Soit f(x,y)=x2+y2xy2x et soit

K=[0,2]×[0,2],

dont on admet que c'est une partie fermée bornée de R2. Déterminons le maximum et le minimum de f sur K.

Existence. La fonction f est polynomiale, donc continue sur R2, donc sur K. Comme K est fermée bornée, le théorème des bornes atteintes (admis) assure que f atteint sur K un maximum et un minimum.

Intérieur. L'intérieur de K est le carré ouvert ]0,2[×]0,2[. On y cherche les points critiques :

1f(x,y)=2xy2et2f(x,y)=2yx.

Le système s'écrit 2xy=2 et x=2y. En substituant, 4yy=2, donc y=23 et x=43. Ce point appartient bien à l'intérieur de K, puisque 0<43<2 et 0<23<2. Sa valeur est

f(43,23)=169+498983=16+48249=129=43.

Frontière. Le bord du carré est formé de quatre segments, que l'on traite l'un après l'autre.

Côté y=0, avec x[0,2]. On substitue : φ(x)=f(x,0)=x22x. Alors φ(x)=2x2, qui s'annule en x=1.

xx
00
11
22
φ(x)\varphi'(x)
-
00
++
φ(x)\varphi(x)
00
1-1
00

Sur ce côté, le minimum vaut 1 en (1,0) et le maximum vaut 0, atteint en (0,0) et (2,0).

Côté y=2, avec x[0,2]. On substitue : φ(x)=f(x,2)=x2+42x2x=x24x+4=(x2)2. Cette expression décroît sur [0,2], de φ(0)=4 à φ(2)=0. Minimum 0 en (2,2), maximum 4 en (0,2).

Côté x=0, avec y[0,2]. On substitue : ψ(y)=f(0,y)=y2, croissante sur [0,2]. Minimum 0 en (0,0), maximum 4 en (0,2).

Côté x=2, avec y[0,2]. On substitue : ψ(y)=f(2,y)=4+y22y4=y22y. Alors ψ(y)=2y2, qui s'annule en y=1, et ψ(1)=1, ψ(0)=0, ψ(2)=0. Minimum 1 en (2,1), maximum 0.

Comparaison. Rassemblons toutes les valeurs candidates.

Point (43,23) (1,0) (2,1) (0,0) (2,0) (2,2) (0,2)
f 43 1 1 0 0 0 4

La plus petite de ces valeurs est 431,33, la plus grande est 4.

Conclusion. Sur K, la fonction f admet pour minimum global 43, atteint au point intérieur (43,23), et pour maximum global 4, atteint au sommet (0,2).

Observez le rôle de chaque étape. Le minimum est intérieur, il a donc été trouvé par la condition d'ordre 1. Le maximum, lui, est sur le bord, en un coin du carré : aucun calcul de gradient ne pouvait le produire, et une copie qui aurait oublié la frontière aurait annoncé un maximum de 0, soit une réponse fausse.

Deux applications au programme

La droite de régression par les moindres carrés

Le programme cite explicitement, comme application du calcul différentiel à deux variables, « la détermination des coefficients de la droite de régression ». Vous connaissez déjà les formules depuis le chapitre de statistique bivariée, où elles ont été obtenues en minimisant successivement deux trinômes du second degré. Nous allons les redémontrer autrement, par la méthode générale de ce chapitre : gradient, point critique, hessienne. C'est l'occasion de voir la machinerie fonctionner sur un cas réel, et c'est un grand classique des sujets de concours.

Le problème. On dispose de n couples de données (x1,y1),,(xn,yn), avec n2. On note

xˉ=1ni=1nxi,yˉ=1ni=1nyi,sx2=1ni=1nxi2xˉ2,sxy=1ni=1nxiyixˉyˉ,

et l'on suppose sx20, ce qui signifie que les xi ne sont pas tous égaux. On cherche la droite d'équation y=ax+b qui rend minimale la somme des carrés des écarts verticaux :

S(a,b)=i=1n(yiaxib)2.

La nouveauté est de considérer S comme une fonction des deux variables a et b, les données xi et yi étant des constantes.

Propriété

Théorème des moindres carrés. Sous l'hypothèse sx20, la fonction S admet un minimum global sur R2, atteint en un unique couple (a,b) donné par

a=sxysx2etb=yˉaxˉ.

Démonstration.

Étape 1 : cadre. La fonction S est une fonction polynomiale des deux variables a et b : en développant chaque carré, on obtient une somme de termes en a2, ab, b2, a, b et de constantes. Elle est donc de classe C2 sur R2, qui est un ouvert.

Étape 2 : les dérivées partielles. Dérivons terme à terme. Chaque sommande est de la forme u2 avec u=yiaxib, et la dérivée de u2 est 2uu. Par rapport à a, on a 1u=xi ; par rapport à b, on a 2u=1. D'où

1S(a,b)=2i=1nxi(yiaxib)et2S(a,b)=2i=1n(yiaxib).

Étape 3 : le système des points critiques. On annule les deux dérivées et l'on divise par 2 :

{i=1nxiyiai=1nxi2bi=1nxi=0i=1nyiai=1nxinb=0

Ces deux relations s'appellent les équations normales. Traitons la seconde : comme yi=nyˉ et xi=nxˉ, elle s'écrit nyˉanxˉnb=0, et en divisant par n,

b=yˉaxˉ.

Reportons cette valeur dans la première équation, après l'avoir divisée par n. En utilisant 1nxiyi=sxy+xˉyˉ et 1nxi2=sx2+xˉ2, qui sont les formules de Kœnig-Huygens réécrites, il vient

sxy+xˉyˉa(sx2+xˉ2)(yˉaxˉ)xˉ=0.

Développons le dernier terme : xˉyˉ+axˉ2. La somme devient

sxy+xˉyˉasx2axˉ2xˉyˉ+axˉ2=sxyasx2=0.

Les termes en xˉyˉ et en axˉ2 se compensent exactement, et comme sx20 on obtient

a=sxysx2.

Le système admet donc un unique point critique (a,b), avec a=sxysx2 et b=yˉaxˉ.

Étape 4 : la hessienne. Reprenons les dérivées partielles développées :

1S(a,b)=2xiyi+2axi2+2bxi,2S(a,b)=2yi+2axi+2nb.

En dérivant à nouveau :

1,12S=2i=1nxi2,1,22S=2,12S=2i=1nxi,2,22S=2n.

Les dérivées croisées coïncident, conformément à Schwarz, et la hessienne est constante :

2S(a,b)=(2xi22xi2xi2n).

Avec les notations de la section 8, r=2xi2, s=2xi et t=2n. Calculons le produit des valeurs propres :

rts2=4ni=1nxi24(i=1nxi)2=4n(i=1nxi2nxˉ2)=4n×n(1ni=1nxi2xˉ2)=4n2sx2,

où l'on a utilisé xi=nxˉ, donc (xi)2=n2xˉ2=n×nxˉ2. Comme sx2=1ni=1n(xixˉ)2 est une somme de carrés, il est positif, et l'hypothèse sx20 le rend strictement positif : on a donc rts2>0. De plus r=2xi2>0 : en effet, si tous les xi étaient nuls ils seraient tous égaux, ce qui contredirait sx20. D'après la lecture des signes de la section 8, les deux valeurs propres de la hessienne sont strictement positives, et le point critique (a,b) est un minimum local de S.

Étape 5 : du local au global. Notons ei=yiaxib les résidus au point critique. Les deux équations normales de l'étape 3 disent exactement que

i=1nei=0eti=1nxiei=0.

Soit maintenant (a,b) un couple quelconque de réels, et posons α=aa et β=bb. Alors

yiaxib=(yiaxib)αxiβ=ei(αxi+β),

et en élevant au carré puis en sommant :

S(a,b)=i=1nei22i=1nei(αxi+β)+i=1n(αxi+β)2.

Or le terme du milieu est nul, puisque

i=1nei(αxi+β)=αi=1nxiei+βi=1nei=α×0+β×0=0.

Il reste donc, en reconnaissant ei2=S(a,b),

S(a,b)=S(a,b)+i=1n(αxi+β)2S(a,b).

Le minimum est donc global sur R2.

Unicité. L'égalité impose (αxi+β)2=0, donc αxi+β=0 pour tout i, puisqu'une somme de carrés nulle a tous ses termes nuls. Comme sx20, les xi ne sont pas tous égaux : il existe deux indices i et j avec xixj. En soustrayant les deux relations, α(xixj)=0, d'où α=0, puis β=0. Le minimum n'est atteint qu'en (a,b).

Propriété

La droite passe par le point moyen. Le point moyen G(xˉ,yˉ) appartient toujours à la droite de régression, puisque axˉ+b=axˉ+yˉaxˉ=yˉ.

C'est le contrôle le plus rapide d'un calcul de régression : si l'on remplace x par xˉ dans l'équation trouvée et que l'on n'obtient pas yˉ, il y a une erreur, et elle est presque toujours dans b.

Exemple

Exemple numérique complet. On observe cinq couples de données :

xi 1 2 3 4 5
yi 2 3 5 4 6

Moyennes. xi=1+2+3+4+5=15, donc xˉ=155=3. Et yi=2+3+5+4+6=20, donc yˉ=205=4.

Sommes de carrés et de produits.

a. xi2=1+4+9+16+25=55

b. xiyi=2+6+15+16+30=69

Variance et covariance empiriques.

sx2=55532=119=2etsxy=6953×4=13,812=1,8.

On a bien sx20, l'hypothèse du théorème est vérifiée.

Coefficients.

a=sxysx2=1,82=0,9etb=yˉaxˉ=40,9×3=42,7=1,3.

La droite de régression de y en x a donc pour équation

y=0,9x+1,3.

Contrôle par le point moyen. Pour x=xˉ=3, l'équation donne 0,9×3+1,3=2,7+1,3=4=yˉ. Le contrôle passe.

Contrôle par la hessienne. Elle vaut ici

2S=(2×552×152×152×5)=(110303010),

donc r=110, s=30, t=10 et rts2=1100900=200. On retrouve bien 4n2sx2=4×25×2=200>0, et comme r=110>0, les deux valeurs propres sont strictement positives : le point critique est bien un minimum.

Les résidus. Les valeurs prédites sont 2,2 ; 3,1 ; 4 ; 4,9 ; 5,8, donc les résidus valent

e1=0,2,e2=0,1,e3=1,e4=0,9,e5=0,2.

On vérifie les deux équations normales : ei=0,20,1+10,9+0,2=0, et

xiei=0,20,2+33,6+1=0.

Enfin la valeur minimale de la somme des carrés vaut

S(a,b)=0,04+0,01+1+0,81+0,04=1,9.

Aucune autre droite ne fait mieux que 1,9, et c'est exactement ce que la démonstration a établi.

L'optimisation économique

Deuxième application, la plus fréquente dans les sujets à contexte : maximiser un profit, minimiser un coût, maximiser une utilité. Les trois exemples ci-dessous illustrent les trois situations types.

Exemple

a. Maximiser un profit sans contrainte. Une entreprise produit et vend deux biens en quantités x0 et y0, exprimées en milliers d'unités. Les deux biens étant substituables, leurs prix de vente dépendent des deux quantités mises sur le marché :

p1(x,y)=622xyetp2(x,y)=58x3y.

Les coûts unitaires de production sont de 12 pour le premier bien et de 8 pour le second, et les coûts fixes s'élèvent à 100. Tous les montants sont en milliers d'euros.

Mise en équation. Le chiffre d'affaires est

R(x,y)=p1(x,y)x+p2(x,y)y=(622xy)x+(58x3y)y=62x2x22xy+58y3y2,

où l'on a regroupé les deux termes en xy. Le coût total est C(x,y)=12x+8y+100, donc le profit vaut

π(x,y)=R(x,y)C(x,y)=2x22xy3y2+50x+50y100.

Cadre. La fonction π est polynomiale, donc de classe C2 sur R2, qui est un ouvert.

Points critiques.

1π(x,y)=4x2y+50et2π(x,y)=2x6y+50.

Le système s'écrit, après division par 2,

{2x+y=25x+3y=25

De la première équation, y=252x ; en reportant dans la seconde, x+756x=25, donc 5x=50 et x=10, puis y=2520=5. L'unique point critique est (10,5), et

π(10,5)=20010075+500+250100=275.

Nature. La hessienne est constante :

2π(x,y)=(4226).

Ici r=4, s=2, t=6, donc rts2=244=20>0 et r<0 : les deux valeurs propres sont strictement négatives, et (10,5) est un maximum local. Le calcul complet le confirme : l'équation (4λ)(6λ)4=0 s'écrit λ2+10λ+20=0, de discriminant 10080=20, d'où

λ1=557,24etλ2=5+52,76,

toutes deux strictement négatives puisque 52,236<5.

Caractère global. Mettons π sous forme canonique. En regroupant les termes en x :

π(x,y)=2(x2+xy25x)3y2+50y100=2[x2+x(y25)]3y2+50y100.

Or x2+x(y25)=(x+y252)2(y25)24, donc

π(x,y)=2(x+y252)2+(y25)223y2+50y100.

Développons la partie en y : (y25)22=y2225y+6252, d'où

y2225y+62523y2+50y100=5y22+25y+4252=52(y210y)+4252.

Enfin y210y=(y5)225, donc cette expression vaut 52(y5)2+1252+4252=52(y5)2+275. Finalement

π(x,y)=2(x+y252)252(y5)2+275.

Les deux carrés étant positifs ou nuls et affectés de coefficients négatifs, on a π(x,y)275 pour tout (x,y) de R2, avec égalité si et seulement si y=5 et x+5252=0, c'est-à-dire x=10. Le maximum est donc global.

Conclusion économique. Le profit est maximal, égal à 275000 euros, pour une production de 10000 unités du premier bien et 5000 du second. Les prix de vente correspondants sont

p1(10,5)=62205=37etp2(10,5)=581015=33,

soit 37 et 33 euros l'unité. Ces deux prix sont positifs et les quantités le sont aussi : la solution mathématique est bien admissible économiquement, et c'est une vérification à ne jamais négliger dans un exercice à contexte.

Exemple

b. Minimiser un coût sous contrainte, par substitution. Une entreprise doit produire 60 unités d'un bien, réparties entre deux ateliers. L'atelier 1 produit la quantité x et l'atelier 2 la quantité y, avec x>0, y>0 et

x+y=60.

Le coût total est

C(x,y)=2x2+y2+10x+40y+150.

Comment répartir la production pour minimiser le coût ?

Pourquoi la substitution. Le programme n'autorise pas les multiplicateurs de Lagrange : une contrainte se traite uniquement par substitution. Ici la contrainte est affine, donc elle se résout immédiatement en y=60x, ce qui ramène le problème à une fonction d'une seule variable sur l'intervalle ]0,60[.

Substitution. Posons, pour x]0,60[,

φ(x)=C(x,60x)=2x2+(60x)2+10x+40(60x)+150.

Développons : (60x)2=3600120x+x2 et 40(60x)=240040x, donc

φ(x)=2x2+3600120x+x2+10x+240040x+150=3x2150x+6150.

Étude. C'est un trinôme du second degré de coefficient dominant 3>0. Sa forme canonique s'obtient en une ligne :

φ(x)=3(x250x)+6150=3[(x25)2625]+6150=3(x25)2+4275.

Donc φ(x)4275 pour tout x, avec égalité si et seulement si x=25, qui appartient bien à ]0,60[.

Conclusion. Le coût est minimal pour x=25 et y=6025=35, et il vaut alors 4275 milliers d'euros.

Interprétation économique. Les coûts marginaux des deux ateliers sont 1C(x,y)=4x+10 et 2C(x,y)=2y+40. À l'optimum,

1C(25,35)=100+10=110et2C(25,35)=70+40=110.

Les deux coûts marginaux sont égaux, et ce n'est pas une coïncidence : s'ils différaient, on pourrait déplacer une unité de production de l'atelier cher vers l'atelier bon marché et réduire le coût total. L'égalisation des coûts marginaux est la condition d'optimalité de toute répartition, et on la retrouve ici comme conséquence du calcul.

Exemple

c. Maximiser une utilité sous contrainte budgétaire. Un ménage consomme les quantités x>0 et y>0 de deux biens, dont les prix unitaires sont 2 et 3 euros. Son revenu est de 60 euros, entièrement dépensé, et son utilité est

U(x,y)=xy.

Quel est le panier optimal ?

Contrainte. La contrainte budgétaire s'écrit 2x+3y=60, d'où y=602x3=202x3. Pour que y soit strictement positif, il faut x<30 : la variable x parcourt ]0,30[.

Simplification préalable. Posons g(x)=x(202x3)=20x2x23, de sorte que l'utilité substituée vaut g(x). Comme la fonction racine carrée est croissante sur [0,+[, maximiser g(x) revient exactement à maximiser g(x). On travaille donc sur g, ce qui évite toute dérivation de racine.

Étude de g. On a g(x)=204x3, qui s'annule pour 4x3=20, c'est-à-dire x=15, et qui est positive avant, négative après. Les valeurs utiles sont g(15)=3002×2253=300150=150, ainsi que g(0)=0 et g(30)=600600=0.

xx
00
1515
3030
g(x)g'(x)
++
00
-
g(x)g(x)
00
150150
00

Conclusion. Le maximum de g sur ]0,30[ est 150, atteint en x=15, donc le maximum de l'utilité est

U(15,10)=150=5612,25,

atteint pour x=15 et y=2010=10. On vérifie la contrainte : 2×15+3×10=30+30=60.

Interprétation économique. Le ménage consacre 30 euros au premier bien et 30 euros au second, c'est-à-dire la moitié de son revenu à chacun. Ce n'est pas propre aux valeurs choisies : pour une utilité xy, un revenu R et des prix p1 et p2, le même calcul donne

x=R2p1ety=R2p2,

donc des dépenses p1x=p2y=R2 toujours égales. C'est une propriété caractéristique des fonctions de Cobb-Douglas : les parts de budget sont constantes, et elles sont données par les exposants, ici 12 et 12. Un économiste dit que la demande est « à élasticité unitaire » : si le prix d'un bien double, la quantité consommée est divisée par deux, et la dépense consacrée à ce bien reste identique.

L'essentiel du chapitre

Les huit réflexes

1. Vérifier le cadre avant tout calcul. Le domaine est-il R2 ou un ouvert annoncé par l'énoncé ? La fonction est-elle de classe C1, de classe C2 ? Ces deux phrases coûtent trente secondes et conditionnent la validité de tout ce qui suit.

2. Dériver en gelant l'autre variable. Pour 1f, la lettre y est une constante ; pour 2f, c'est x. Toutes les règles d'une variable s'appliquent alors sans changement.

3. Chercher les points critiques en résolvant f(x,y)=0, c'est-à-dire le système de deux équations 1f=0 et 2f=0. Ne perdre aucune solution, et penser à factoriser plutôt qu'à développer.

4. Écrire la hessienne et vérifier qu'elle est symétrique. Si les deux dérivées croisées diffèrent, il y a une erreur de calcul, et il faut la corriger avant d'aller plus loin.

5. Chercher les valeurs propres par det(HλI2)=0, soit λ2(r+t)λ+(rts2)=0, équation du second degré que l'on résout par le discriminant. Le signe de rts2 permet souvent de conclure plus vite.

6. Conclure sur la nature du point critique en citant la condition d'ordre 2 : deux valeurs propres strictement positives donnent un minimum local, deux strictement négatives un maximum local, deux de signes opposés un point col. Une valeur propre nulle, et l'on est en cas douteux, à traiter à la main.

7. Ne jamais confondre local et global. La hessienne ne dit rien du global. Pour le global, il faut une minoration directe, une forme canonique, un argument de comportement à l'infini, ou une étude complète sur un fermé borné.

8. Sur une partie fermée bornée, traiter l'intérieur ET la frontière. Le théorème des bornes atteintes garantit l'existence, les points critiques intérieurs donnent une première liste de candidats, la substitution sur chaque morceau du bord en donne d'autres, et la comparaison des valeurs tranche.

Les erreurs classiques

Confondre point critique et extremum. C'est l'erreur numéro un. La condition d'ordre 1 est nécessaire, pas suffisante : elle produit une liste de candidats, rien de plus. La fonction f(x,y)=x2y2 a un point critique à l'origine et n'y a aucun extremum. Tant que la hessienne n'a pas parlé, on écrit « point critique », jamais « minimum ».

Appliquer la condition d'ordre 1 sans ouvert. La condition f=0 ne vaut qu'en un point intérieur. Sur le bord d'un carré ou d'un disque fermé, elle n'a aucune raison d'être vérifiée, et l'oublier conduit à passer à côté de l'extremum. Le réflexe : lire dans l'énoncé la nature de l'ensemble, qui y figure toujours, et adapter la méthode.

Conclure au global à partir de la hessienne. Écrire « les deux valeurs propres sont positives, donc f admet un minimum global » est une faute lourde, et fréquente. Les valeurs propres ne donnent qu'un renseignement local. Le contre-exemple à garder en tête est f(x,y)=x3+y33xy, qui a un vrai minimum local en (1,1) et aucun minimum global.

Invoquer la trace ou le polynôme caractéristique. Ces deux notions n'existent pas dans le programme de la voie ECG, et les citer signale une méthode apprise ailleurs, hors cadre. Les valeurs propres d'une hessienne se cherchent par det(HλI2)=0, avec le déterminant d'ordre 2, et l'on parle de la somme et du produit des racines de l'équation du second degré obtenue, ce qui est parfaitement légitime.

Oublier la frontière sur un fermé borné. L'exemple du carré de la section 9 est éloquent : le minimum était intérieur, le maximum était dans un coin. Une copie qui s'arrête aux points critiques manque la moitié de la réponse, et souvent la plus intéressante.

Dériver en x sans traiter y comme une constante. L'erreur prend deux formes. Soit on oublie le facteur : dans f(x,y)=x2y, écrire 1f=2x au lieu de 2xy. Soit on dérive y comme s'il dépendait de x, ce qui n'a aucun sens ici : les deux variables sont indépendantes.

Écrire une hessienne non symétrique. Si vous trouvez 1,22f2,12f sur une fonction de classe C2, ce n'est pas une exception à Schwarz : c'est une erreur de calcul, et il faut la trouver. Reprenez les deux dérivées d'ordre 1 avant de reprendre celles d'ordre 2, car la faute y est souvent déjà.

Traiter une contrainte autrement que par substitution. Les multiplicateurs de Lagrange sont hors programme dans la voie appliquée. Une contrainte se résout en exprimant une variable en fonction de l'autre, puis en étudiant une fonction d'une seule variable. Pensez à préciser l'intervalle de variation de la variable restante, car il détermine les bornes de l'étude.

Oublier de vérifier la cohérence économique. Dans un exercice à contexte, une quantité négative, un prix négatif ou un point critique hors du domaine admissible signalent soit une erreur de calcul, soit un optimum situé au bord du domaine. Une phrase de vérification en fin d'exercice évite de rendre une réponse absurde.

Utiliser la formule d'approximation d'ordre 1. Elle est explicitement signalée comme non exigible par le programme, et aucune méthode de ce chapitre n'en a besoin. L'employer comme argument dans une démonstration, c'est s'appuyer sur un résultat que le correcteur n'attend pas et qui ne prouve rien de ce qui est demandé.

Bloqué sur « Fonctions numériques de deux variables réelles » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.