Chargement du chapitre…
1ʳᵉ ens. sci. · Chapitre 01 · Analyse de l'information chiffrée
Tableaux croisés, nuage de points, point moyen, ajustement affine, interpolation et extrapolation.
Les filles choisissent-elles les mêmes langues que les garçons ? Les personnes les plus grandes ont-elles vraiment de plus grands pieds ? Le prix du tabac influence-t-il le nombre de fumeurs ? Pour répondre à ce genre de questions, une seule série de données ne suffit pas : il faut observer deux caractères en même temps sur les mêmes individus, puis les croiser. C'est ce que fait ce chapitre, avec les outils que l'on retrouve partout — dans les études de santé, les rapports sur le climat, les articles économiques ou les débats politiques. L'enjeu dépasse les mathématiques : savoir lire un tableau croisé ou un nuage de points, c'est aussi savoir repérer une conclusion trop rapide, un pourcentage trompeur ou une prévision qui n'a plus aucun sens. Bref, c'est un chapitre d'esprit critique autant que de calcul.
Avant de croiser quoi que ce soit, remettons en place le vocabulaire de base de la statistique, déjà rencontré en seconde. Il est simple, mais il faut l'employer avec précision.
Définition
Une étude statistique porte sur une population : l'ensemble des êtres ou des objets étudiés (les élèves d'un lycée, les habitants d'une ville, les logements d'un quartier…). Chaque élément de la population est un individu.
Un caractère est une propriété que l'on observe sur chaque individu. Il est :
En seconde, vous avez déjà croisé deux caractères qualitatifs à l'aide d'un tableau. Reprenons proprement cet outil, car il est au cœur de la première partie du chapitre.
Définition
Lorsqu'on observe deux caractères qualitatifs sur les mêmes individus, on regroupe les résultats dans un tableau croisé d'effectifs : chaque case indique le nombre d'individus qui présentent à la fois la modalité de sa ligne et la modalité de sa colonne.
On complète le tableau par une ligne et une colonne « Total », appelées les marges du tableau : elles donnent les effectifs de chaque modalité prise seule, et l'effectif total de la population dans la case en bas à droite.
Exemple
Dans un lycée, on interroge les élèves de première sur leur LV2 (espagnol, allemand ou italien), en distinguant filles et garçons. Voici le tableau croisé obtenu :
| Espagnol | Allemand | Italien | Total | |
|---|---|---|---|---|
| Filles | ||||
| Garçons | ||||
| Total |
Chaque case intérieure se lit avec un « et » : élèves sont des filles et étudient l'espagnol ; élèves sont des garçons et étudient l'allemand. Les marges se lisent avec un seul caractère : élèves en tout étudient l'espagnol, et le lycée compte filles pour garçons. La case en bas à droite retrouve bien l'effectif total : .
Les effectifs bruts ne permettent pas toujours de comparer deux groupes, surtout quand ils n'ont pas la même taille. On passe alors aux fréquences — et il y en a de deux sortes, qu'il ne faut surtout pas confondre.
Définition
Dans un tableau croisé d'effectifs :
Méthode
Calculer et interpréter une fréquence dans un tableau croisé.
Exemple
Reprenons le tableau des LV2.
Pour rendre un tableau croisé lisible d'un coup d'œil, rien ne vaut un graphique. Le plus adapté pour comparer des groupes est le diagramme en barres groupées : pour chaque modalité du premier caractère, on place côte à côte une barre par groupe, et la hauteur de chaque barre est proportionnelle à l'effectif.
Le graphique rend la comparaison immédiate : l'espagnol domine largement dans les deux groupes, les filles y sont un peu plus nombreuses que les garçons, et c'est l'inverse pour l'allemand et l'italien. Aucun calcul n'a été nécessaire — c'est toute la force d'une bonne représentation.
Remarque
On peut aussi construire un diagramme circulaire par groupe (un « camembert » pour les filles, un autre pour les garçons) : chaque secteur a un angle proportionnel à l'effectif de la modalité dans le groupe. Attention cependant : un diagramme circulaire montre des proportions à l'intérieur d'un groupe, pas des effectifs. Si les deux groupes n'ont pas le même effectif total (imaginez filles et garçons), un secteur visuellement plus grand chez les filles peut correspondre à moins d'élèves en nombre que chez les garçons. Avant de comparer deux camemberts, toujours vérifier les effectifs totaux de chaque groupe.
Passons au second cas de figure : les deux caractères observés sont maintenant quantitatifs, comme une taille et une pointure. Un tableau croisé n'est plus adapté — les valeurs sont trop nombreuses et trop dispersées. L'outil naturel est graphique.
Définition
On observe deux caractères quantitatifs sur individus : le premier individu donne le couple de valeurs , le deuxième le couple , et ainsi de suite. Le nuage de points de la série est l'ensemble des points de coordonnées placés dans un repère : un point par individu.
Exemple
On mesure la taille (en cm) et la pointure de élèves d'une classe. Ce sont ces données qui nous serviront de fil rouge jusqu'à la fin du chapitre.
| Taille (cm) | ||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Pointure |
Chaque colonne du tableau devient un point du nuage : l'élève qui mesure cm et chausse du est représenté par le point , et ainsi de suite pour les huit élèves.
Que lit-on sur ce nuage ? D'abord une tendance : quand la taille augmente, la pointure augmente aussi — le nuage « monte » de gauche à droite, la tendance est croissante. Ensuite une forme : les points ne sont pas exactement alignés, mais presque. C'est cette quasi-régularité qui va nous permettre, dans la section suivante, de résumer le nuage par une droite.
Remarque
Un nuage de points peut aussi avoir une tendance décroissante (quand une grandeur augmente, l'autre diminue : l'altitude et la température, par exemple), ou ne présenter aucune tendance visible (les points forment un paquet sans direction). Dans la vraie vie, des données ne sont jamais parfaitement alignées : on cherche seulement si les points sont à peu près alignés. C'est une appréciation graphique, pas un calcul.
Avant d'ajuster une droite, on repère un point particulier qui résume le nuage : son « centre de gravité ».
Définition
Le point moyen d'un nuage de points est le point , où est la moyenne des abscisses et la moyenne des ordonnées :
Méthode
Calculer les coordonnées du point moyen. Acquis depuis : collège.
Exemple
Calculons le point moyen du nuage taille–pointure.
Le point moyen du nuage est donc . Interprétation : l'« élève moyen » de ce groupe mesure cm et chausse du — même si, en réalité, aucun des huit élèves n'a exactement ces mesures.
Notre nuage taille–pointure a des points presque alignés. L'idée clé du chapitre : remplacer ce nuage par une droite qui le résume. On perd un peu de précision, mais on gagne un modèle simple qui permet de faire des prévisions.
Définition
Lorsque les points d'un nuage sont à peu près alignés, on peut modéliser le lien entre les deux caractères par une droite d'équation qui passe « au plus près » des points. Cette droite est appelée une droite d'ajustement du nuage, et on dit qu'on réalise un ajustement affine.
Son équation permet d'estimer la valeur d'un caractère à partir de l'autre : c'est tout l'intérêt de la démarche.
Il existe plusieurs façons d'obtenir une droite d'ajustement. Aucune n'est « la vraie » : ce sont des méthodes différentes qui donnent des droites voisines.
Méthode
Ajuster au jugé.
On trace à la règle, à main levée, une droite qui passe au plus près de l'ensemble des points : à peu près autant de points au-dessus qu'en dessous, sans privilégier une extrémité du nuage. Bonne pratique : faire passer la droite par le point moyen , qui joue le rôle de centre d'équilibre du nuage. On lit ensuite graphiquement son coefficient directeur et son ordonnée à l'origine pour obtenir une équation approchée.
Méthode
Construire la droite de Mayer. Acquis depuis : seconde.
Sur notre fil rouge : la première moitié du nuage (les quatre élèves les plus petits) a pour point moyen et la seconde moitié . Le coefficient directeur de la droite de Mayer vaut donc .
Propriété
Lorsque le nuage est partagé en deux moitiés de même effectif, le point moyen du nuage est le milieu du segment : la droite de Mayer passe par le point moyen . C'est une bonne vérification après calcul — sur le fil rouge, le milieu de a bien pour coordonnées .
Remarque
Une troisième méthode, dite des moindres carrés, est celle qu'utilisent le tableur et la calculatrice : la machine calcule automatiquement la droite « la plus proche » de l'ensemble des points, en un sens précis qu'il n'est pas nécessaire de connaître. Dans un tableur, on l'obtient en ajoutant une courbe de tendance linéaire au nuage (voir la dernière section). Aucune formule n'est à connaître : on demande la droite à la machine et on utilise son équation.
Exemple
Ajustons notre nuage taille–pointure. Entre les deux points extrêmes du nuage, la pointure augmente de quand la taille augmente de cm : le coefficient directeur d'une droite d'ajustement est donc proche de — et la méthode de Mayer donnait . Retenons la valeur simple , et faisons passer la droite par le point moyen : l'ordonnée à l'origine vaut alors .
La droite d'ajustement retenue a donc pour équation . Vérification qu'elle passe par : . C'est bien l'ordonnée de .
Graphiquement, la droite longe tous les points de près : l'ajustement est bon, le modèle « pointure taille » résume fidèlement nos huit élèves.
Une droite d'ajustement ne sert pas qu'à décorer le nuage : son équation permet d'estimer des valeurs que l'on n'a pas mesurées. Le vocabulaire distingue deux situations, et la distinction est essentielle.
Définition
On dispose d'une droite d'ajustement construite sur des données observées.
Méthode
Estimer une valeur avec la droite d'ajustement.
Exemple
Utilisons notre droite d'équation .
Remarque
Esprit critique. Trois réflexes à garder devant tout ajustement :
Toutes les notions du chapitre se retrouvent au tableur, qui est l'outil attendu en pratique. On saisit les données en colonnes : les tailles en colonne A (cellules A2 à A9), les pointures en colonne B (cellules B2 à B9), avec les titres en ligne 1.
A1:B9), puis menu Insertion → Graphique → type « nuage de points (XY) ». La première colonne fournit les abscisses, la seconde les ordonnées.MOYENNE fait tout le travail.| Cellule | Formule | Résultat |
|---|---|---|
D2 |
=MOYENNE(A2:A9) |
(c'est ) |
E2 |
=MOYENNE(B2:B9) |
(c'est ) |
Le tableur calcule vite et sans erreur — mais il ne réfléchit pas à votre place. C'est à vous de vérifier que les points sont à peu près alignés avant d'ajuster, de distinguer interpolation et extrapolation, et de garder l'œil critique sur ce que le modèle a le droit de dire.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.