ECG appliquées · Chapitre 02 · Premier semestre

Calcul matriciel et résolution de systèmes linéaires

1re année

Systèmes linéaires, pivot de Gauss, matrices, transposée, opérations, tableaux entrée-sortie de Leontieff.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Systèmes linéaires
  • Pivot de Gauss
  • Matrices
  • Transposée
  • Opérations
  • Tableaux entrée-sortie de Leontieff

Vous savez depuis le collège résoudre un système de deux équations à deux inconnues, par substitution ou par combinaison. Ce chapitre part exactement de là, et va beaucoup plus loin. Il commence par une remarque d'apparence anodine : dans un système linéaire, les noms des inconnues ne servent qu'à la mise en forme ; ce qui compte réellement, ce sont les coefficients, et l'ordre dans lequel ils sont rangés. Il suffit donc d'écrire ces coefficients dans un tableau rectangulaire, et de travailler sur ce tableau. Ce tableau de nombres, c'est une matrice.

L'idée décisive est qu'un tel tableau ne se contente pas d'enregistrer un système : il se manipule pour lui-même. On peut additionner deux matrices, les multiplier par un nombre, les multiplier entre elles, élever une matrice carrée à une puissance, parfois l'inverser. On obtient ainsi une arithmétique complète, qui ressemble beaucoup à celle des nombres réels, avec deux différences considérables : le produit n'est pas commutatif, et un produit peut être nul sans qu'aucun facteur le soit. La quasi-totalité des fautes graves de début d'année vient de l'oubli de ces deux points.

Le chapitre poursuit deux objectifs qui se répondent. Le premier est calculatoire : résoudre sans faute un système de trois équations à trois inconnues par la méthode du pivot de Gauss, discuter un système dépendant d'un paramètre, multiplier deux matrices, calculer une puissance n-ième, décider si une matrice est inversible et calculer son inverse. Ces gestes seront exigés en permanence, aux concours comme dans les autres chapitres : l'étude des suites couplées en dépend directement, et toute l'algèbre du second semestre repose dessus. Le second objectif est économique : montrer qu'un tableau d'échanges entre secteurs de production se lit comme une matrice, et qu'une question de planification devient alors une simple équation matricielle. C'est l'objet de la dernière section, consacrée aux tableaux entrée-sortie et au modèle de Leontief.

Le programme de la voie ECG fixe pour ce chapitre un parti pris qu'il faut connaître : sur le calcul matriciel, tout développement théorique est hors programme. On ne démontre donc pas l'associativité du produit, ni les règles de distributivité, ni les propriétés générales des opérations : on les énonce, on les admet, et on les utilise. En revanche, tout ce qui a une valeur de méthode est démontré, et vous le retrouverez ici en entier : les propriétés de stabilité de l'ensemble des solutions d'un système homogène, le lien entre solution générale et solution particulière, l'unicité de l'inverse, la formule de l'inverse d'un produit, celle de la transposée d'un produit, la caractérisation de l'inversibilité à l'ordre 2, la condition d'inversibilité d'une matrice triangulaire, le calcul d'une puissance par récurrence, l'inversion à l'aide d'une relation polynomiale. Ce ne sont pas des ornements : ce sont les démonstrations qui contiennent les gestes de l'exercice.

Le plan est le suivant. Les sections 1 à 3 traitent les systèmes linéaires pour eux-mêmes : vocabulaire, méthode du pivot de Gauss, description de l'ensemble des solutions. Les sections 4 à 7 mettent en place les matrices et leurs opérations : vocabulaire, somme, produit par un réel, produit matriciel, transposition. Les sections 8 à 12 traitent les deux grandes questions du calcul sur les matrices carrées, à savoir calculer An et inverser A, avec le déterminant d'ordre 2, la résolution de AX=Y et les relations polynomiales. Les sections 13 et 14 sont les deux grandes applications : les suites récurrentes et les tableaux entrée-sortie. Les sections 2, 6, 9 et 11 sont, de très loin, les plus utilisées dans la suite de l'année.

Voici enfin les notations en vigueur dans tout le chapitre. L'ensemble des matrices à n lignes et p colonnes à coefficients réels est noté Mn,p(R), et l'on abrège Mn,n(R) en Mn(R). Le coefficient situé à l'intersection de la ligne i et de la colonne j d'une matrice A est noté ai,j, et l'on écrit A=(ai,j). La matrice identité d'ordre n est In, la matrice nulle de Mn,p(R) est 0n,p, abrégée en 0n si elle est carrée. La transposée de A est notée tA, son inverse A1, et son déterminant, lorsque A est d'ordre 2, est noté det(A). Les lignes d'une matrice ou d'un système sont notées L1,L2, et les colonnes C1,C2, ; une opération sur les lignes s'écrit par exemple L2L22L1. L'ensemble des solutions d'un système est noté S, et celui du système homogène associé S0. Enfin, le symbole marque la fin d'une démonstration.

Systèmes linéaires : le problème de départ

Définition et vocabulaire

Définition

Soient n et p deux entiers naturels non nuls. On appelle système linéaire de n équations à p inconnues tout système de la forme

(S){a1,1x1+a1,2x2++a1,pxp=b1a2,1x1+a2,2x2++a2,pxp=b2an,1x1+an,2x2++an,pxp=bn

où les réels ai,j sont les coefficients du système et les réels b1,,bn ses seconds membres. Les lettres x1,,xp sont les inconnues.

Le mot linéaire est essentiel : dans chaque équation, les inconnues n'apparaissent qu'à la puissance 1, jamais élevées au carré, jamais multipliées entre elles, jamais sous une racine ou dans un dénominateur. Le système formé de x2+y=1 et xy=2 n'est donc pas linéaire, et rien de ce chapitre ne s'y applique.

Définition

Une solution de (S) est un p-uplet de réels (x1,x2,,xp) vérifiant simultanément les n équations. Résoudre (S), c'est déterminer l'ensemble S de toutes ses solutions. Le système est dit compatible lorsqu'il admet au moins une solution, et incompatible dans le cas contraire.

Deux précautions de rédaction, qui coûtent des points chaque année. D'abord, une solution est un p-uplet ordonné : le triplet (1,2,3) et le triplet (3,2,1) ne désignent pas la même solution. Ensuite, résoudre un système, ce n'est pas trouver une solution, c'est décrire l'ensemble de toutes les solutions ; une réponse correcte se termine donc toujours par une phrase du type « l'ensemble des solutions est S= ».

Définition

Le système (S) est dit homogène lorsque tous ses seconds membres sont nuls, c'est-à-dire lorsque b1=b2==bn=0.

Étant donné un système (S) quelconque, le système homogène associé à (S), noté (S0), est le système obtenu en remplaçant tous les seconds membres par 0, sans toucher aux coefficients.

Un système homogène est toujours compatible : le p-uplet nul (0,0,,0) en est solution, puisque chaque équation devient 0=0. On l'appelle la solution triviale. Toute la question, pour un système homogène, est donc de savoir s'il en possède d'autres, et la section 3 montrera que la réponse gouverne le comportement du système complet.

Trois exemples pour fixer les idées

Un système linéaire ne se comporte que de trois façons. Les trois exemples suivants, volontairement minuscules, méritent d'être connus par cœur, car tout le reste du chapitre y ramène.

Exemple

Une unique solution. Considérons

(S1){x+y=3xy=1

En ajoutant les deux équations, on obtient 2x=4, donc x=2 ; la première équation donne alors y=1. Réciproquement, le couple (2,1) vérifie 2+1=3 et 21=1. Ainsi

S={(2,1)}.

Géométriquement, les deux équations décrivent deux droites du plan, et la solution est leur unique point d'intersection.

Exemple

Aucune solution. Considérons

(S2){x+y=32x+2y=5

La seconde équation, divisée par 2, s'écrit x+y=2,5. Un couple (x,y) devrait donc vérifier à la fois x+y=3 et x+y=2,5, ce qui est impossible. Le système est incompatible et

S=.

Les deux droites correspondantes sont parallèles et distinctes : elles ne se coupent pas.

Exemple

Une infinité de solutions. Considérons

(S3){x+y=32x+2y=6

Cette fois, la seconde équation est exactement le double de la première : elle n'apporte aucune information nouvelle. Le système se réduit à x+y=3. En posant y=t, avec tR, on obtient x=3t, et

S={(3t, t)  ;  tR}.

Les deux droites sont confondues : tous leurs points conviennent. Le réel t s'appelle un paramètre ; il décrit R tout entier, et chaque valeur de t fournit une solution différente.

Voici enfin, sur ce même exemple, ce que devient le système homogène associé.

Exemple

Le système homogène associé à (S1) est formé de x+y=0 et xy=0 ; en additionnant, 2x=0, donc x=0 puis y=0 : il n'a que la solution triviale, et S0={(0,0)}.

Le système homogène associé à (S3) est formé de x+y=0 et 2x+2y=0, qui se réduit à x+y=0 : ses solutions sont les couples (t,t) avec tR, et S0={(t, t)  ;  tR}. Notez la ressemblance avec l'ensemble des solutions de (S3) lui-même : la section 3 expliquera qu'elle n'est pas fortuite.

Systèmes équivalents et opérations élémentaires

Résoudre un système consiste à le remplacer, étape après étape, par un système plus simple qui a exactement les mêmes solutions. Encore faut-il savoir quelles transformations préservent l'ensemble des solutions.

Définition

Deux systèmes linéaires portant sur les mêmes inconnues sont dits équivalents lorsqu'ils ont le même ensemble de solutions. On note alors le passage de l'un à l'autre par le symbole     .

Définition

On appelle opération élémentaire sur les lignes d'un système l'une des trois transformations suivantes.

  • Échanger deux lignes : LiLj.
  • Multiplier une ligne par un réel non nul λ : LiλLi.
  • Ajouter à une ligne un multiple d'une autre ligne : LiLi+λLj, avec ij.

Propriété

Une opération élémentaire transforme un système linéaire en un système équivalent : l'ensemble des solutions est inchangé.

Démonstration. Le point commun aux trois opérations est qu'elles sont réversibles, et que leur inverse est encore une opération élémentaire. L'échange LiLj se défait par le même échange. L'opération LiλLi, avec λ0, se défait par Li1λLi : c'est précisément ici que sert l'hypothèse λ0. L'opération LiLi+λLj se défait par LiLiλLj, car la ligne Lj, elle, n'a pas été modifiée.

Montrons alors l'égalité des ensembles de solutions dans le cas de la troisième opération, les deux autres étant immédiates. Soit (x1,,xp) une solution du système de départ : les équations Li et Lj étant vérifiées, l'égalité obtenue en ajoutant à Li le produit de Lj par λ l'est aussi, membre à membre. Donc toute solution du système de départ est solution du système transformé. Réciproquement, en appliquant au système transformé l'opération inverse LiLiλLj, le même argument montre que toute solution du système transformé est solution du système de départ. Les deux systèmes ont donc exactement les mêmes solutions.

Deux mises en garde accompagnent la troisième opération. D'une part, la ligne ajoutée doit être différente de la ligne modifiée : écrire L1L1L1 détruirait purement et simplement une équation. D'autre part, on ne modifie qu'une ligne à la fois en s'appuyant sur une ligne qui, elle, reste intacte ; enchaîner deux opérations qui se servent mutuellement l'une de l'autre est la source d'erreurs la plus fréquente en début d'apprentissage.

Enfin, une habitude à prendre immédiatement : écrire en marge, à chaque étape, l'opération effectuée. C'est ce qui permet, en cas d'erreur, de la retrouver sans tout recommencer, et c'est ce que le correcteur cherche des yeux pour suivre le raisonnement.

La méthode du pivot de Gauss

Systèmes échelonnés

Définition

Un système linéaire est dit échelonné, ou « en escalier », lorsque le nombre de coefficients nuls qui précèdent le premier coefficient non nul d'une équation augmente strictement d'une équation à la suivante, les éventuelles équations dont tous les coefficients sont nuls étant rejetées à la fin.

Dans un tel système, le premier coefficient non nul de chaque équation s'appelle un pivot.

Définition

Dans un système échelonné, l'inconnue associée à un pivot est appelée inconnue principale. Les autres inconnues sont les inconnues secondaires, encore appelées paramètres.

Exemple

Le système

{x+2yz+t=1x+2y+z+3t=4

est échelonné : les pivots sont le coefficient de x dans la première équation et le coefficient de z dans la seconde. Les inconnues principales sont donc x et z, les inconnues secondaires sont y et t.

L'intérêt d'un système échelonné est qu'il se résout de bas en haut, sans aucune difficulté : la dernière équation donne la dernière inconnue principale en fonction des paramètres, on remonte à l'avant-dernière, et ainsi de suite jusqu'à la première. Tout le travail consiste donc à ramener un système quelconque à cette forme. C'est exactement ce que fait la méthode du pivot de Gauss.

L'algorithme

Méthode

Algorithme du pivot de Gauss. Pour résoudre un système linéaire, on l'échelonne en éliminant les inconnues une à une.

  1. Choisir le pivot. Dans la première colonne d'inconnue possédant un coefficient non nul, choisir une ligne où ce coefficient est non nul et l'amener en première position par un échange L1Li. On préfère toujours un pivot égal à 1 ou 1 : cela évite les fractions.
  2. Éliminer. Pour chaque ligne Li située en dessous, effectuer LiLiai,1a1,1L1, de façon à annuler le coefficient de la première inconnue. Écrire l'opération en marge.
  3. Recommencer sur le système formé par les lignes restantes, en oubliant la première ligne et la première colonne, jusqu'à obtenir un système échelonné.
  4. Conclure, en distinguant les trois cas décrits ci-dessous.
  5. Vérifier, en réinjectant les solutions trouvées dans les équations de départ.

Méthode

Conclure après échelonnement : les trois cas.

  • Une équation de la forme 0=c avec c0 est apparue : le système est incompatible, et S=.
  • Aucune équation impossible, et toutes les inconnues sont principales : le système admet une unique solution, obtenue en remontant les équations.
  • Aucune équation impossible, et il reste au moins une inconnue secondaire : le système admet une infinité de solutions. On donne aux inconnues secondaires des noms de paramètres, et l'on exprime les inconnues principales en fonction de ces paramètres.

Les équations 0=0 apparues en cours de route sont simplement supprimées : elles sont vérifiées par tous les p-uplets.

Un système à solution unique

Exemple

Résolvons

{x+y+2z=9(L1)2x+3yz=5(L2)3xy+4z=13(L3)

Le pivot naturel est le coefficient de x dans L1, qui vaut 1.

Première étape : éliminer x. On effectue L2L22L1 et L3L33L1. Détaillons la première : le coefficient de x devient 22×1=0, celui de y devient 32×1=1, celui de z devient 12×2=5, et le second membre devient 52×9=13. De même pour la seconde : 33=0, puis 13=4, puis 46=2, et 1327=14. Le système devient

{x+y+2z=9x+y5z=13x4y2z=14

Deuxième étape : éliminer y. Le nouveau pivot est le coefficient de y dans la deuxième ligne, égal à 1. On effectue L3L3+4L2 : le coefficient de y devient 4+4=0, celui de z devient 2+4×(5)=22, et le second membre devient 14+4×(13)=66. Le système échelonné est

{x+y+2z=9x+y5z=13x+y+22z=66

Remontée. La dernière équation donne z=3. La deuxième donne y=13+5×3=2. La première donne x=9y2z=926=1.

Vérification. Pour (x,y,z)=(1,2,3) : 1+2+6=9, puis 2+63=5, puis 32+12=13. Les trois équations sont satisfaites, donc

S={(1,2,3)}.

Un système avec une infinité de solutions

Exemple

Résolvons

{x+2yz=3(L1)2x+5y+z=8(L2)x+3y+2z=5(L3)

Première étape. On effectue L2L22L1, ce qui donne y+3z=2, et L3L3L1, ce qui donne y+3z=2 également :

{x+2yz=3x+y+3z=2x+y+3z=2

Deuxième étape. Les deux dernières lignes sont identiques : l'opération L3L3L2 produit l'équation 0=0, que l'on supprime. Le système échelonné est

{x+2yz=3x+y+3z=2

Description des solutions. Les inconnues principales sont x et y ; l'inconnue z est secondaire. Posons z=t, avec tR. La deuxième équation donne y=23t, et la première

x=32y+z=32(23t)+t=34+6t+t=1+7t.

Donc

S={(1+7t, 23t, t)  ;  tR}.

Vérification. Pour tout réel t : la première équation donne (1+7t)+2(23t)t=1+7t+46tt=3 ; la deuxième donne 2(1+7t)+5(23t)+t=2+14t+1015t+t=8 ; la troisième donne (1+7t)+3(23t)+2t=1+7t+69t+2t=5. Les trois égalités sont vraies pour toute valeur de t : c'est le contrôle décisif, car il vérifie d'un coup une infinité de solutions.

Un système sans solution

Exemple

Reprenons le système précédent en remplaçant le second membre de la troisième équation par 6 :

{x+2yz=32x+5y+z=8x+3y+2z=6

Les mêmes opérations L2L22L1 et L3L3L1 donnent respectivement y+3z=2 et y+3z=3. L'opération L3L3L2 fournit alors

0=1,

égalité qu'aucun triplet ne peut satisfaire. Le système est incompatible, et

S=.

On pouvait le pressentir : les deux dernières équations affirment que la même quantité y+3z vaut à la fois 2 et 3. Notez qu'un changement de second membre, à coefficients inchangés, fait basculer d'une infinité de solutions à aucune : c'est le second membre, et lui seul, qui distingue ces deux situations.

Discussion d'un système dépendant d'un paramètre

Exemple

Soit m un réel. Résolvons, selon la valeur de m, le système

{x+yz=1(L1)2x+3y+mz=3(L2)x+my+3z=2(L3)

Le coefficient m pouvant prendre n'importe quelle valeur, y compris 0, il ne faut surtout pas s'en servir comme pivot : on commence toujours par les pivots numériques.

Première étape. On effectue L2L22L1 : le coefficient de y devient 32=1, celui de z devient m+2, et le second membre 32=1. Puis L3L3L1 : le coefficient de y devient m1, celui de z devient 3+1=4, et le second membre 21=1. Le système devient

{x+yz=1x+y+(m+2)z=1(m1)y+4z=1

Deuxième étape. On effectue L3L3(m1)L2. Le coefficient de y devient (m1)(m1)=0. Celui de z devient

4(m1)(m+2)=4(m2+m2)=m2m+6=(m+3)(m2),

et le second membre devient 1(m1)=2m. La dernière équation s'écrit donc

(m+3)(m2)z=2m,c’est-aˋ-dire(m+3)(2m)z=2m.

Trois cas se présentent, selon que le coefficient (m+3)(2m) et le second membre 2m s'annulent ou non. Ils sont traités dans l'encadré suivant.

Exemple

Discussion d'un système à paramètre (suite) : les trois cas.

Premier cas : m=2. La dernière équation devient 0=0 et disparaît. Le système se réduit à x+yz=1 et y+4z=1. Posons z=t, avec tR : on obtient y=14t, puis x=1y+z=1(14t)+t=5t. Donc

S={(5t, 14t, t)  ;  tR}.

Contrôle. Avec m=2 : 5t+(14t)t=1, puis 10t+3(14t)+2t=3, puis 5t+2(14t)+3t=2. Les trois équations sont vérifiées pour tout t.

Deuxième cas : m=3. La dernière équation devient 0×z=5, c'est-à-dire 0=5. Le système est incompatible et S=.

Troisième cas : m{3,2}. Le réel 2m est non nul, on peut donc simplifier par 2m dans la dernière équation, ce qui donne (m+3)z=1, puis

z=1m+3.

La deuxième équation donne alors

y=1(m+2)z=1m+2m+3=(m+3)(m+2)m+3=1m+3,

et la première x=1y+z=1. Le système admet une unique solution :

S={(1, 1m+3, 1m+3)}.

Contrôle. En posant u=1m+3, la première équation donne 1+uu=1, la deuxième 2+3u+mu=2+(m+3)u=2+1=3, et la troisième 1+mu+3u=1+(m+3)u=1+1=2. Tout est cohérent.

Conclusion de la discussion. Le système possède une unique solution lorsque m{3,2}, aucune solution lorsque m=3, et une infinité de solutions lorsque m=2.

Méthode

Discuter un système à paramètre : les réflexes.

  1. Ne jamais prendre le paramètre comme pivot ni diviser par une expression contenant le paramètre sans avoir discuté son annulation. Commencer par un échange de lignes qui amène un pivot numérique.
  2. Mener l'élimination le plus loin possible sans jamais diviser par une quantité dépendant du paramètre : factoriser plutôt que simplifier.
  3. Repérer les valeurs du paramètre qui annulent le dernier pivot : ce sont les cas particuliers, à traiter séparément.
  4. Traiter d'abord ces cas particuliers, puis le cas général, et conclure par une phrase récapitulative donnant les trois situations.

L'ensemble des solutions d'un système

Systèmes de Cramer

Définition

Un système linéaire est dit carré lorsqu'il comporte autant d'équations que d'inconnues, c'est-à-dire lorsque n=p.

Un système carré est appelé système de Cramer lorsqu'il admet une unique solution.

Le système à solution unique de la section 2 est donc un système de Cramer. Attention : un système carré n'est pas toujours de Cramer, comme le montrent les systèmes (S2) et (S3) de la section 1, tous deux carrés, l'un sans solution et l'autre avec une infinité. Nous verrons en section 11 que le caractère de Cramer se lit sur la matrice du système, à travers son inversibilité.

Stabilité de l'ensemble des solutions d'un système homogène

Le cas homogène joue un rôle particulier, parce que son ensemble de solutions possède deux propriétés remarquables, qui sont exactement celles que le programme demande de mettre en évidence.

Propriété

Propriétés de stabilité. Soit (S0) un système linéaire homogène à p inconnues, et soit S0 son ensemble de solutions. Alors :

  1. le p-uplet nul appartient à S0 ;
  2. la somme de deux solutions de (S0) est encore une solution de (S0) ;
  3. tout multiple d'une solution de (S0) est encore une solution de (S0).

Démonstration. Notons ai,j les coefficients de (S0), dont la i-ième équation s'écrit

ai,1x1+ai,2x2++ai,pxp=0.

Point 1. En remplaçant chaque xj par 0, le membre de gauche vaut 0 : le p-uplet nul est solution.

Point 2. Soient u=(u1,,up) et v=(v1,,vp) deux solutions de (S0), et posons w=u+v=(u1+v1,,up+vp). Pour tout indice i de 1 à n,

ai,1(u1+v1)++ai,p(up+vp)=(ai,1u1++ai,pup)+(ai,1v1++ai,pvp)=0+0=0,

où l'on a simplement développé puis regroupé les termes. Chaque équation de (S0) est donc vérifiée par w : ainsi wS0.

Point 3. Soient u=(u1,,up) une solution de (S0) et λ un réel. Pour tout indice i,

ai,1(λu1)++ai,p(λup)=λ(ai,1u1++ai,pup)=λ×0=0.

Donc λuS0.

Ces deux propriétés de stabilité sont caractéristiques du cas homogène : elles tombent en défaut dès que l'un des seconds membres est non nul. Prenons le système (S1) de la section 1, dont l'unique solution est (2,1) : le double (4,2) n'est pas solution, puisque 4+2=63. De même, la somme de deux solutions de (S3), par exemple (3,0) et (2,1), donne (5,1), qui vérifie 5+1=63.

Exemple

Considérons le système homogène à quatre inconnues

{x+2yz+t=02x+4yz+3t=0

L'opération L2L22L1 élimine x et y simultanément et donne z+t=0. En posant y=s et t=u, on obtient z=u, puis x=2y+zt=2s2u. Ainsi

S0={(2s2u, s, u, u)  ;  (s,u)R2}.

Vérifions les propriétés de stabilité sur deux solutions explicites, obtenues pour (s,u)=(1,0) et (s,u)=(0,1) :

U=(2,1,0,0),V=(2,0,1,1).

Leur somme est U+V=(4,1,1,1), qui vérifie 4+2+1+1=0 et 8+4+1+3=0 : c'est bien une solution. Le multiple 3U=(6,3,0,0) vérifie 6+60+0=0 et 12+120+0=0 : c'en est une aussi.

Ces propriétés de stabilité ne sont pas une curiosité : elles décrivent une structure très générale, que l'on retrouvera dans de nombreux ensembles et qui recevra un nom au second semestre. Pour l'instant, retenez le fait, et sachez le démontrer sur un exemple : c'est exactement ce que l'on attend de vous cette année.

Solution générale et solution particulière

Propriété

Structure de l'ensemble des solutions. Soit (S) un système linéaire compatible, et soit (S0) le système homogène associé. Si u est une solution de (S), appelée solution particulière, alors

S={u+w  ;  wS0}.

Autrement dit, la solution générale de (S) est la somme d'une solution particulière de (S) et de la solution générale de (S0).

Démonstration. Notons ai,j les coefficients de (S) et bi ses seconds membres, et écrivons u=(u1,,up), de sorte que pour tout i,

ai,1u1++ai,pup=bi.

Procédons par double inclusion.

Première inclusion. Soit u=(u1,,up) une solution de (S), et posons w=uu. Pour tout indice i,

ai,1(u1u1)++ai,p(upup)=(ai,1u1++ai,pup)(ai,1u1++ai,pup)=bibi=0.

Donc wS0, et u=u+w est bien de la forme annoncée.

Seconde inclusion. Soit w=(w1,,wp)S0, et posons u=u+w. Pour tout indice i,

ai,1(u1+w1)++ai,p(up+wp)=bi+0=bi,

donc u est solution de (S). Les deux inclusions donnent l'égalité annoncée.

Exemple

Reprenons le système à une infinité de solutions de la section 2, dont nous avons trouvé

S={(1+7t, 23t, t)  ;  tR}.

En prenant t=0, on obtient la solution particulière u=(1,2,0). Le reste s'écrit

(1+7t, 23t, t)=(1,2,0)+(7t, 3t, t),

et l'on vérifie que (7t,3t,t) est solution du système homogène associé : 7t6tt=0, puis 14t15t+t=0, puis 7t9t+2t=0. On lit donc directement sur la réponse la décomposition « solution particulière plus solution du système homogène ».

Zéro, une, ou une infinité

Propriété

Un système linéaire admet zéro solution, exactement une solution, ou une infinité de solutions. Aucun autre cas n'est possible : un système linéaire n'a jamais exactement deux ou trois solutions.

Démonstration. Supposons le système compatible et supposons qu'il admette au moins deux solutions distinctes u et u. Posons w=uu : d'après la propriété précédente, w appartient à S0, et w n'est pas le p-uplet nul puisque uu. Les propriétés de stabilité donnent alors λwS0 pour tout réel λ, donc u+λwS pour tout réel λ. Or ces p-uplets sont deux à deux distincts : si u+λw=u+μw, alors (λμ)w=0, et comme w possède au moins une coordonnée non nulle, λ=μ. Le système a donc une infinité de solutions.

Ce résultat est un outil de contrôle immédiat : un calcul qui aboutit à « ce système possède exactement deux solutions » contient à coup sûr une erreur. Il donne aussi la bonne façon de lire un résultat de pivot : dès qu'une inconnue secondaire subsiste, il y a une infinité de solutions ; dès qu'une équation impossible apparaît, il n'y en a aucune.

Matrices : vocabulaire

Définition et égalité

Définition

Soient n et p deux entiers naturels non nuls. On appelle matrice à n lignes et p colonnes à coefficients réels, ou matrice de format n×p, tout tableau rectangulaire de réels

A=(a1,1a1,2a1,pa2,1a2,2a2,pan,1an,2an,p).

Le réel ai,j, situé à l'intersection de la ligne i et de la colonne j, est le coefficient d'indice (i,j) de A. On écrit en abrégé A=(ai,j). L'ensemble de ces matrices est noté Mn,p(R).

L'ordre des deux indices est une convention absolue : le premier indice est celui de la ligne, le second celui de la colonne. On peut retenir que l'on repère un coefficient comme on lit un plan, d'abord en descendant, puis en allant vers la droite. Inverser cette convention revient à transposer sans le savoir toutes les matrices que l'on écrit, et rend tout calcul faux.

Définition

Deux matrices A et B sont égales lorsqu'elles ont le même format et que leurs coefficients de mêmes indices coïncident :

A=B    (A et B ont meˆme format et (i,j), ai,j=bi,j).

Deux matrices de formats différents ne sont donc jamais égales, même si elles contiennent exactement les mêmes nombres. Une égalité entre deux matrices de Mn,p(R) équivaut à np égalités entre réels : c'est ce qui permet, en pratique, de transformer une équation matricielle en un système.

Exemple

La matrice

A=(210354)

appartient à M2,3(R) : elle a deux lignes et trois colonnes. Ses coefficients sont a1,1=2, a1,2=1, a1,3=0, a2,1=3, a2,2=5 et a2,3=4. Les coefficients a1,2=1 et a2,1=3 sont distincts : l'ordre des indices compte.

Formats particuliers

Définition

Soit A=(ai,j)Mn,p(R).

  • Si n=1, A est une matrice ligne.
  • Si p=1, A est une matrice colonne.
  • Si n=p, A est une matrice carrée d'ordre n, et l'on note Mn(R) l'ensemble de ces matrices. Les coefficients a1,1,a2,2,,an,n forment la diagonale principale de A.
  • La matrice nulle de Mn,p(R), notée 0n,p, est celle dont tous les coefficients sont nuls ; on la note 0n lorsqu'elle est carrée.

Matrices carrées particulières

Définition

Soit A=(ai,j)Mn(R).

  • A est triangulaire supérieure lorsque ai,j=0 dès que i>j : tous les coefficients strictement au-dessous de la diagonale sont nuls.
  • A est triangulaire inférieure lorsque ai,j=0 dès que i<j : tous les coefficients strictement au-dessus de la diagonale sont nuls.
  • A est diagonale lorsque ai,j=0 dès que ij.

Définition

La matrice identité d'ordre n, notée In, est la matrice diagonale dont tous les coefficients diagonaux valent 1 :

I2=(1001),I3=(100010001).

Une matrice carrée est diagonale si et seulement si elle est à la fois triangulaire supérieure et triangulaire inférieure : les deux conditions réunies signifient exactement que les seuls coefficients éventuellement non nuls sont ceux d'indices i=j. Notez également qu'une matrice diagonale peut parfaitement avoir des zéros sur sa diagonale : la définition n'impose rien aux coefficients ai,i.

Exemple

a. (215) est une matrice ligne de M1,3(R), et (302) une matrice colonne de M3,1(R).

b. (400010000) est diagonale d'ordre 3 (le zéro en position (3,3) ne l'en empêche nullement), tout comme (5005)=5I2.

c. (172035004) est triangulaire supérieure, et (1062) est triangulaire inférieure.

Somme et produit par un réel

Définition

Soient A=(ai,j) et B=(bi,j) deux matrices de même format n×p, et soit λ un réel.

  • La somme A+B est la matrice de Mn,p(R) dont le coefficient d'indice (i,j) est ai,j+bi,j.
  • Le produit de A par le réel λ, noté λA, est la matrice de Mn,p(R) dont le coefficient d'indice (i,j) est λai,j.
  • On pose A=(1)A et AB=A+(B).

Ces deux opérations se font coefficient par coefficient, aux mêmes positions. La somme n'a de sens que pour des matrices de même format : additionner une matrice 2×3 et une matrice 3×2 ne veut rien dire, et une copie qui écrit une telle somme perd immédiatement la confiance de son correcteur.

Propriété

Règles de calcul (admises). Soient A, B, C trois matrices de Mn,p(R) et λ, μ deux réels. Alors

A+B=B+A,(A+B)+C=A+(B+C),A+0n,p=A,A+(A)=0n,p,λ(A+B)=λA+λB,(λ+μ)A=λA+μA,λ(μA)=(λμ)A,1A=A.

Toutes ces égalités se vérifient coefficient par coefficient et ne font que traduire les règles de calcul dans R : par exemple, le coefficient d'indice (i,j) de A+B est ai,j+bi,j, celui de B+A est bi,j+ai,j, et ces deux réels sont égaux. Conformément au programme, ces vérifications ne sont pas exigibles : on les admet et on les utilise sans commentaire. Retenez surtout la conséquence pratique : une somme de matrices se manipule comme une somme de nombres, c'est-à-dire que l'on peut développer, factoriser, faire passer un terme de l'autre côté d'une égalité. C'est le produit, en section 6, qui exigera de la prudence.

Exemple

Posons

A=(120341),B=(213025).

Alors

A+B=(313324),2A3B=(26430+9608+6215)=(47961417).

Exemple

Résolvons l'équation 3XA=B, d'inconnue XM2,3(R), avec les matrices ci-dessus. Les règles de calcul autorisent la manipulation habituelle : 3X=A+B, donc X=13(A+B), c'est-à-dire

X=13(313324)=(113112343).

Le produit matriciel

Définition et condition sur les formats

Définition

Soient A=(ai,j)Mn,p(R) et B=(bi,j)Mp,q(R). Le produit AB est la matrice C=(ci,j) de Mn,q(R) définie par

i{1,,n}, j{1,,q},ci,j=k=1pai,kbk,j=ai,1b1,j+ai,2b2,j++ai,pbp,j.

Le produit AB n'est défini que si le nombre de colonnes de A est égal au nombre de lignes de B. Cette condition se retient par un schéma de formats :

(n×p)×(p×q)(n×q).

Les deux p qui se touchent doivent être égaux, et ils disparaissent ; il reste le format du produit. En particulier, si A est de format 2×3 et B de format 3×2, les deux produits AB et BA existent, mais AB est d'ordre 2 et BA est d'ordre 3 : ils n'ont même pas le même format.

Méthode

Poser un produit matriciel. La disposition suivante évite les confusions de ligne et de colonne. On écrit B en haut à droite, A en bas à gauche, et l'on remplit le rectangle situé sous B et à droite de A : le coefficient qui s'y trouve à l'intersection d'une ligne de A et d'une colonne de B est la somme des produits des termes qui se correspondent, en parcourant la ligne vers la droite et la colonne vers le bas.

Trois réflexes accompagnent cette disposition.

  1. Vérifier les formats avant de commencer : le nombre de colonnes de A doit être le nombre de lignes de B, sans quoi le produit n'existe pas.
  2. Calculer un coefficient à la fois, en faisant glisser un doigt le long de la ligne de A et un autre le long de la colonne de B.
  3. Contrôler le format du résultat : autant de lignes que A, autant de colonnes que B.

Un exemple entièrement détaillé

Exemple

Prenons

A=(213041)M2,3(R),B=(121031)M3,2(R).

Le produit AB. Il est de format 2×2. Détaillons ses quatre coefficients :

c1,1=2×1+(1)×(1)+3×3=2+1+9=12,c1,2=2×2+(1)×0+3×1=7,c2,1=0×1+4×(1)+1×3=1,c2,2=0×2+4×0+1×1=1.

D'où

AB=(12711).

Le produit BA. Il est de format 3×3. La première ligne de B est (12) ; multipliée par les trois colonnes de A, elle donne 1×2+2×0=2, puis 1×(1)+2×4=7, puis 1×3+2×1=5. En procédant de même avec les deux autres lignes,

BA=(2752136110).

Les deux produits existent, mais l'un est d'ordre 2 et l'autre d'ordre 3 : ils ne peuvent en aucun cas être égaux.

Propriétés admises

Propriété

Règles de calcul (admises). Sous réserve que les formats rendent les produits possibles, on a

A(BC)=(AB)C,A(B+C)=AB+AC,(A+B)C=AC+BC,λ(AB)=(λA)B=A(λB).

De plus, pour toute matrice AMn,p(R),

InA=A,AIp=A,A0p,q=0n,q.

Le programme indique explicitement que tout développement théorique sur le calcul matriciel est hors programme : la démonstration de l'associativité, qui consiste à écrire deux sommes doubles et à les échanger, n'est donc pas exigible, et nous ne la donnons pas. Ce qu'il faut retenir des égalités InA=A et AIp=A, c'est que la matrice identité joue pour le produit matriciel le rôle que joue le nombre 1 pour le produit des réels. C'est elle qui rendra possible, en section 9, la définition de l'inverse.

Deux pièges à connaître par cœur

Propriété

Premier piège : le produit n'est pas commutatif. En général ABBA, même lorsque les deux produits existent et ont le même format.

Exemple

Avec A=(1101) et B=(1011), on calcule

AB=(1×1+1×11×0+1×10×1+1×10×0+1×1)=(2111),BA=(1112).

Ces deux matrices sont distinctes. Conséquence à graver : on ne peut jamais échanger deux facteurs dans un produit matriciel, et l'on ne peut pas non plus écrire (A+B)2=A2+2AB+B2, comme on le verra en section 8.

Propriété

Second piège : un produit peut être nul sans qu'aucun facteur le soit. L'égalité AB=0 n'entraîne ni A=0, ni B=0. En conséquence, on ne peut pas non plus simplifier : AB=AC n'entraîne pas B=C.

Exemple

Avec A=(1111) et B=(1111), on trouve

AB=(111+1111+1)=02,

alors qu'aucune des deux matrices n'est nulle. Le réflexe « un produit est nul, donc l'un des facteurs est nul », valable dans R, est donc faux dans Mn(R).

Pour la simplification, reprenons la même matrice A et posons C=(0110). On a AI2=A et

AC=(0+11+00+11+0)=(1111)=A.

Ainsi AI2=AC alors que I2C. Nous verrons en section 9 que la simplification redevient licite lorsque A est inversible, et seulement dans ce cas.

Produit par une colonne et lien avec les colonnes de B

Le produit d'une matrice par une matrice colonne mérite d'être isolé, car c'est lui qui relie les matrices aux systèmes linéaires.

Propriété

Soient A=(ai,j)Mn,p(R) et X la matrice colonne de coefficients x1,,xp. Alors AX est la matrice colonne de Mn,1(R) dont le i-ième coefficient vaut

ai,1x1+ai,2x2++ai,pxp,

c'est-à-dire exactement le membre de gauche de la i-ième équation d'un système linéaire de matrice A.

Exemple

Avec A=(112231314) et X=(123), on obtient

AX=(1×1+1×2+2×32×1+3×2+(1)×33×1+(1)×2+4×3)=(9513).

On retrouve le premier système résolu en section 2, dont la solution était précisément (1,2,3).

Propriété

Colonnes d'un produit. Soient AMn,p(R) et BMp,q(R), et notons C1,,Cq les colonnes de B. Alors les colonnes de AB sont, dans l'ordre,

AC1, AC2, , ACq.

Démonstration. Fixons un indice de colonne j. La colonne Cj a pour coefficients b1,j,b2,j,,bp,j, donc le i-ième coefficient de la colonne ACj vaut, d'après la propriété précédente,

ai,1b1,j+ai,2b2,j++ai,pbp,j=k=1pai,kbk,j.

Or c'est exactement le coefficient d'indice (i,j) de AB, par définition du produit. Les deux colonnes ont donc les mêmes coefficients : la j-ième colonne de AB est ACj.

Exemple

Reprenons A=(213041) et B=(121031), dont la première colonne est C1=(113). Alors

AC1=(2×1+(1)×(1)+3×30×1+4×(1)+1×3)=(121),

qui est bien la première colonne du produit AB calculé plus haut. Cette remarque est très utile en pratique : elle permet de ne calculer qu'une seule colonne d'un produit lorsque c'est tout ce dont on a besoin.

Transposition

Définition

Soit A=(ai,j)Mn,p(R). La transposée de A, notée tA, est la matrice de Mp,n(R) dont le coefficient d'indice (i,j) est aj,i. Autrement dit, on échange les lignes et les colonnes : la i-ième ligne de A devient la i-ième colonne de tA.

Exemple

Pour A=(123456)M2,3(R), on a

tA=(142536)M3,2(R).

La transposée d'une matrice ligne est une matrice colonne, et réciproquement.

Propriété

Soient A et B deux matrices de même format et λ un réel. Alors

t(tA)=A,t(A+B)=tA+tB,t(λA)=λtA.

Démonstration. Ces trois égalités se lisent sur les coefficients. Le coefficient d'indice (i,j) de t(tA) est le coefficient d'indice (j,i) de tA, c'est-à-dire ai,j : d'où la première égalité. Le coefficient d'indice (i,j) de t(A+B) est le coefficient d'indice (j,i) de A+B, soit aj,i+bj,i, qui est bien le coefficient d'indice (i,j) de tA+tB. Le raisonnement est identique pour la troisième.

Propriété

Transposée d'un produit. Soient A et B deux matrices carrées d'ordre n. Alors

t(AB)=tBtA.

Attention : l'ordre des facteurs est inversé.

Démonstration. Notons A=(ai,j) et B=(bi,j), et comparons les coefficients d'indice (i,j) des deux membres.

Le coefficient d'indice (i,j) de t(AB) est, par définition de la transposition, le coefficient d'indice (j,i) de AB, c'est-à-dire

k=1naj,kbk,i.

Le coefficient d'indice (i,j) de tBtA est, par définition du produit,

k=1n(tB)i,k(tA)k,j=k=1nbk,iaj,k.

Les deux sommes ont les mêmes termes, écrits dans un ordre différent au sein de chaque produit de réels : elles sont égales. Les deux matrices ont donc les mêmes coefficients, et elles sont égales.

L'inversion de l'ordre n'est pas une coquetterie : c'est la seule possibilité pour que les formats s'accordent lorsque les matrices ne sont pas carrées. Si A est de format n×p et B de format p×q, alors t(AB) est de format q×n, tandis que tB est de format q×p et tA de format p×n : seul le produit tBtA existe. Contrôler les formats est donc un moyen sûr de ne jamais se tromper sur cette formule.

Exemple

Vérifions la formule sur A=(1203) et B=(2114). On calcule d'abord

AB=(2+21+80+30+12)=(47312),donct(AB)=(43712).

D'autre part tB=(2114) et tA=(1023), donc

tBtA=(2+20+31+80+12)=(43712).

Les deux résultats coïncident. Le produit pris dans l'autre ordre donnerait

tAtB=(2+01+0432+12)=(21114),

qui n'a rien à voir avec t(AB) : l'ordre des facteurs compte réellement.

Définition

Une matrice carrée A=(ai,j)Mn(R) est dite symétrique lorsque

tA=A,

c'est-à-dire lorsque ai,j=aj,i pour tous les indices i et j.

Une matrice symétrique se lit de la même façon de part et d'autre de sa diagonale principale : on peut se la représenter comme invariante par pliage le long de cette diagonale. Seule une matrice carrée peut être symétrique, puisque A et tA doivent avoir le même format.

Exemple

La matrice (123205354) est symétrique : le coefficient d'indice (1,3) vaut 3, comme celui d'indice (3,1), et ainsi de suite. En revanche, (1223) ne l'est pas, car a1,2=2 tandis que a2,1=2. Enfin, toute matrice diagonale est symétrique, et In en particulier.

Puissances d'une matrice carrée

Définition

Définition

Soit AMn(R). On définit les puissances de A par récurrence :

A0=In,etmN, Am+1=AmA.

La définition n'a de sens que pour une matrice carrée : c'est la seule situation où le produit AA existe. On admet, comme le reste des règles de calcul, les égalités AmAm=Am+m et (Am)m=Amm, valables pour tous entiers naturels m et m. En revanche, (AB)m n'a aucune raison de valoir AmBm : le produit ABABAB ne peut être réorganisé que si A et B commutent, c'est-à-dire si AB=BA.

Propriété

Mise en garde. Pour deux matrices carrées A et B de même ordre, le développement correct est

(A+B)2=(A+B)(A+B)=A2+AB+BA+B2.

On ne peut le réduire à A2+2AB+B2 que si AB=BA, ce qui n'est pas le cas en général.

Exemple

Reprenons A=(1101) et B=(1011), pour lesquelles AB=(2111) et BA=(1112). On a A+B=(2112), donc

(A+B)2=(4+12+22+21+4)=(5445).

Par ailleurs A2=(1201) et B2=(1021), si bien que

A2+2AB+B2=(1201)+(4222)+(1021)=(6444)(A+B)2.

En revanche, A2+AB+BA+B2=(1201)+(2111)+(1112)+(1021)=(5445), comme prévu.

Les cas faciles : matrices diagonales et triangulaires

Propriété

Soit D une matrice diagonale d'ordre n, de coefficients diagonaux d1,d2,,dn. Alors, pour tout mN, la matrice Dm est diagonale, de coefficients diagonaux d1m,d2m,,dnm.

Démonstration. Raisonnons par récurrence sur m. Pour m=0, D0=In est bien diagonale de coefficients diagonaux tous égaux à 1=di0.

Supposons la propriété vraie au rang m : Dm est diagonale, de coefficients diagonaux d1m,,dnm. Calculons le coefficient d'indice (i,j) de Dm+1=DmD :

k=1n(Dm)i,kdk,j.

Dans cette somme, le facteur (Dm)i,k est nul sauf si k=i, et le facteur dk,j est nul sauf si k=j. Le seul terme éventuellement non nul est donc celui pour lequel k=i=j : la somme vaut 0 si ij, et dim×di=dim+1 si i=j. La matrice Dm+1 est donc diagonale, de coefficients diagonaux d1m+1,,dnm+1, ce qui achève la récurrence.

Exemple

Pour D=(200010003) et tout mN,

Dm=(2m000(1)m0003m).

On vérifie pour m=2 : le calcul direct donne bien (400010009).

On admet de même que les puissances d'une matrice triangulaire supérieure sont triangulaires supérieures, et que leurs coefficients diagonaux sont les puissances correspondantes des coefficients diagonaux de départ. Attention : cela ne donne pas les autres coefficients, qui demandent un vrai calcul, comme le montre l'exemple traité ci-dessous.

La méthode générale : conjecturer puis démontrer par récurrence

Méthode

Calculer An par conjecture et récurrence. C'est la méthode de base, toujours disponible.

  1. Calculer A2, puis A3, et si besoin A4, sans se tromper : une erreur ici fausse tout le reste.
  2. Observer chaque position séparément et conjecturer une formule générale pour An, en fonction de n.
  3. Démontrer la conjecture par récurrence : initialisation à n=0 (où A0=In) ou à n=1, puis hérédité en écrivant An+1=AnA et en effectuant le produit.
  4. Contrôler la formule obtenue sur une valeur déjà calculée, par exemple n=2 ou n=3.

Exemple

Une matrice d'ordre 2. Soit A=(2301). Calculons les premières puissances :

A2=(46+301)=(4901),A3=A2A=(812+901)=(82101).

Les coefficients diagonaux sont 2n et 1. Le coefficient en haut à droite vaut successivement 3, 9, 21, c'est-à-dire 3×1, 3×3, 3×7 : on reconnaît 3(2n1). Conjecturons donc que, pour tout nN,

An=(2n3(2n1)01).

Démonstration par récurrence. Pour n=0, le membre de droite vaut (1001)=I2=A0 : la formule est vraie. Supposons-la vraie au rang n. Alors

An+1=AnA=(2n3(2n1)01)(2301)=(2n+13×2n+3(2n1)01),

et comme 3×2n+3×2n3=3(2n+11), on obtient exactement la formule au rang n+1. La propriété est donc vraie pour tout nN.

Contrôle. Pour n=3, la formule donne (82101), ce que le calcul direct avait fourni.

Une matrice de la forme I3+N

Le cas suivant revient très souvent : la matrice s'écrit A=I3+N, où les puissances de N finissent par être nulles. La méthode reste la même, à savoir conjecture puis récurrence, mais la décomposition explique la forme du résultat.

Exemple

Soit

A=(111011001)=I3+N,ouˋN=(011001000).

Les puissances de N. Un calcul direct donne

N2=(001000000),N3=N2N=03.

Toutes les puissances de N à partir de la troisième sont donc nulles, puisque Nm=N3Nm3=03 pour m3. C'est ce qui laisse prévoir que les coefficients de An ne feront intervenir n que par des expressions de degré au plus 2.

Premières puissances de A. On calcule

A2=(123012001),A3=A2A=(136013001).

Détaillons le coefficient d'indice (1,3) de A3, le plus délicat : c'est le produit de la première ligne de A2, à savoir (123), par la troisième colonne de A, à savoir (111), soit 1+2+3=6.

Conjecture. Les coefficients situés juste au-dessus de la diagonale valent 1, 2, 3 : ce sont les n. Le coefficient d'indice (1,3) vaut 1, 3, 6 : ce sont les nombres n(n+1)2. Conjecturons donc, pour tout nN,

An=(1nn(n+1)201n001).

Démonstration par récurrence. Pour n=0, le membre de droite vaut I3, et A0=I3 : la formule est vraie.

Supposons-la vraie au rang n. Alors An+1=AnA, et il suffit de calculer ce produit ligne par ligne. La première ligne de An est (1nn(n+1)2) ; multipliée par les trois colonnes de A, elle donne

1,1+n,1+n+n(n+1)2=2+2n+n2+n2=n2+3n+22=(n+1)(n+2)2.

La deuxième ligne de An est (01n) ; multipliée par les trois colonnes de A, elle donne 0, puis 1, puis 1+n. La troisième ligne est (001), et donne 0, 0, 1. Ainsi

An+1=(1n+1(n+1)(n+2)201n+1001),

ce qui est bien la formule au rang n+1. La propriété est donc vraie pour tout nN.

Contrôle. Pour n=2, la formule donne 2×32=3 en position (1,3), et pour n=3 elle donne 3×42=6 : les deux valeurs coïncident avec les calculs directs.

Matrices inversibles

Définition et unicité

Définition

Une matrice AMn(R) est dite inversible lorsqu'il existe une matrice BMn(R) telle que

AB=BA=In.

Une telle matrice B est alors unique ; on l'appelle l'inverse de A et on la note A1.

Trois précautions accompagnent cette définition. D'abord, l'inversibilité ne concerne que les matrices carrées. Ensuite, les deux égalités figurent dans la définition, précisément parce que le produit n'est pas commutatif. Enfin, la notation A1 ne peut être employée qu'après avoir établi que A est inversible : écrire A1 pour une matrice dont on ignore le statut est une faute de raisonnement, pas une maladresse d'écriture. Il n'existe par ailleurs aucune « division » de matrices : une écriture comme BA n'a aucun sens.

Propriété

Unicité de l'inverse. Si B et C vérifient toutes deux AB=BA=In et AC=CA=In, alors B=C.

Démonstration. Utilisons le fait que In est neutre pour le produit, puis l'associativité :

C=CIn=C(AB)=(CA)B=InB=B.

L'inverse, lorsqu'il existe, est donc unique, ce qui légitime la notation A1.

Propriété

Résultat admis. Soient A et B deux matrices carrées de même ordre n. Si

AB=In,

alors A est inversible et A1=B ; en particulier, on a automatiquement BA=In.

Autrement dit, pour une matrice carrée, un inverse à gauche ou à droite suffit : il est inutile de vérifier les deux produits. Ce résultat, admis dans ce programme, fait gagner la moitié du travail dans tous les exercices d'inversion. Attention toutefois : il ne vaut que pour des matrices carrées de même ordre.

Exemple

La matrice A=(2312) est inversible, d'inverse B=(2312). En effet

AB=(436+6223+4)=(1001)=I2,

et le résultat admis ci-dessus permet de conclure sans calculer BA (que l'on peut néanmoins vérifier : il vaut aussi I2).

Exemple

Deux matrices non inversibles. La matrice nulle 0n n'est pas inversible, car 0nB=0nIn pour toute matrice B.

La matrice A=(1111) ne l'est pas davantage. En effet, on a vu en section 6 que AB=02 avec B=(1111)02. Si A était inversible, en multipliant l'égalité AB=02 à gauche par A1, on obtiendrait

B=I2B=(A1A)B=A1(AB)=A102=02,

ce qui est faux. Donc A n'est pas inversible. Une matrice non nulle peut donc parfaitement ne pas être inversible : c'est une différence majeure avec les nombres réels.

Ce raisonnement mérite d'être retenu pour lui-même, car il resservira constamment : si A est inversible, on peut simplifier. De AB=AC on tire A1AB=A1AC, donc B=C ; et de AB=0 on tire B=0. Le second piège de la section 6 ne se produit que pour des matrices non inversibles.

Inverse d'un produit, d'une transposée, d'une puissance

Propriété

Inverse d'un produit. Si A et B sont deux matrices inversibles de Mn(R), alors AB est inversible et

(AB)1=B1A1.

Démonstration. Calculons les deux produits, en regroupant les facteurs centraux par associativité :

(AB)(B1A1)=A(BB1)A1=AInA1=AA1=In, (B1A1)(AB)=B1(A1A)B=B1InB=B1B=In.

La matrice B1A1 vérifie donc les deux égalités de la définition : AB est inversible, d'inverse B1A1.

Là encore, l'ordre est inversé, exactement comme pour la transposition. L'image usuelle est celle de l'habillage : pour défaire ce que l'on a fait en enfilant d'abord les chaussettes puis les chaussures, il faut commencer par retirer les chaussures. Par récurrence immédiate, on en déduit que si A est inversible, alors Am l'est pour tout mN, d'inverse (Am)1=(A1)m.

Propriété

Inverse d'une transposée. Si AMn(R) est inversible, alors tA est inversible et

(tA)1=t(A1).

Démonstration. Transposons l'égalité AA1=In. La formule de la transposée d'un produit donne

t(A1)tA=tIn=In.

Les deux matrices étant carrées d'ordre n, le résultat admis plus haut permet de conclure : tA est inversible, d'inverse t(A1).

Inversibilité d'une matrice triangulaire

Propriété

Soit TMn(R) une matrice triangulaire (supérieure ou inférieure). Alors T est inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls.

Démonstration. Traitons le cas d'une matrice triangulaire supérieure T=(ti,j), le cas inférieur étant identique en lisant les équations de haut en bas. Pour une colonne X de coefficients x1,,xn, le produit TX a pour i-ième coefficient ti,ixi+ti,i+1xi+1++ti,nxn, puisque les coefficients situés avant la diagonale sont nuls.

Supposons d'abord tous les ti,i non nuls. Soit Y une colonne quelconque, de coefficients y1,,yn, et cherchons les colonnes X telles que TX=Y. La dernière équation s'écrit tn,nxn=yn et donne xn=yntn,n. En remontant, l'équation d'indice i s'écrit

ti,ixi=yi(ti,i+1xi+1++ti,nxn),

et détermine xi de façon unique, puisque ti,i0. Chaque xi s'obtient donc à partir des yj par des additions et des multiplications par des réels fixes, indépendants de Y : il existe par conséquent une matrice BMn(R), ne dépendant que de T, telle que l'unique solution soit X=BY. On a donc T(BY)=Y, c'est-à-dire (TB)Y=Y, pour toute colonne Y. En prenant successivement pour Y les colonnes de In, on obtient que les colonnes de TB sont celles de In, d'où TB=In. Le résultat admis plus haut donne alors : T est inversible.

Supposons maintenant qu'un coefficient diagonal soit nul, et notons k le plus petit indice tel que tk,k=0. Construisons une colonne X non nulle vérifiant TX=0. Posons xj=0 pour tout j>k, et xk=1. Pour i>k, l'équation d'indice i ne fait intervenir que xi,,xn, qui sont tous nuls : elle s'écrit 0=0. Pour i=k, elle s'écrit tk,kxk+tk,k+1xk+1++tk,nxn=0×1+0=0 : elle est également vérifiée. Pour i<k, on a ti,i0 par minimalité de k, et l'on détermine successivement xk1,xk2,,x1 par

xi=1ti,i(ti,i+1xi+1++ti,nxn).

On obtient ainsi une colonne X vérifiant TX=0 et X0, puisque xk=1. Si T était inversible, on aurait X=InX=(T1T)X=T1(TX)=T10=0, ce qui est faux. Donc T n'est pas inversible.

On admet, ce que les exemples confirment, que l'inverse d'une matrice triangulaire inversible est triangulaire de même type.

Exemple

La matrice (172035004) est inversible, car ses coefficients diagonaux 1, 3 et 4 sont tous non nuls.

En revanche, T=(123004005) ne l'est pas : son coefficient diagonal d'indice (2,2) est nul. La démonstration ci-dessus fournit même une colonne non nulle explicite annulée par T : les équations 4x3=0 et 5x3=0 donnent x3=0, puis en posant x2=1 l'équation du haut donne x1=2. La colonne X=(210) vérifie bien TX=0 et n'est pas nulle.

Déterminant d'une matrice d'ordre 2

Définition

Soit A=(abcd)M2(R). On appelle déterminant de A le réel

det(A)=adbc.

Le déterminant se calcule donc en faisant le produit des coefficients de la diagonale principale, puis en retranchant le produit des deux autres. Il est défini ici pour les seules matrices d'ordre 2 : c'est une définition suffisante pour tout ce programme, et il ne faut surtout pas chercher à l'appliquer à une matrice d'ordre 3.

Propriété

Caractérisation de l'inversibilité à l'ordre 2. Soit A=(abcd)M2(R). Alors A est inversible si et seulement si det(A)0, et dans ce cas

A1=1adbc(dbca).

Démonstration. Posons A=(dbca). Un calcul direct donne

AA=(adbcab+bacddccb+da)=(adbc)I2,AA=(dabcdbbdca+accb+ad)=(adbc)I2.

Premier sens. Si adbc0, on peut diviser par ce réel : la matrice 1adbcA vérifie les deux égalités de la définition, donc A est inversible et son inverse est bien celui annoncé.

Second sens. Supposons adbc=0 et raisonnons par l'absurde en supposant A inversible. Le calcul ci-dessus donne alors AA=02. En multipliant à gauche par A1, on obtient A=02, c'est-à-dire a=b=c=d=0, donc A=02. Or la matrice nulle n'est pas inversible : contradiction. Ainsi A n'est pas inversible.

La formule se retient en trois gestes : on échange les deux coefficients de la diagonale principale, on change le signe des deux autres, et on divise par det(A). Le contrôle est immédiat : le produit de la matrice de départ par l'inverse annoncé doit donner I2.

Exemple

a. Pour A=(3512), on a det(A)=3×25×1=10, donc A est inversible et

A1=11(2513)=(2513),et l’on veˊrifie AA1=(6515+15225+6)=I2.

b. Pour B=(4623), on a det(B)=1212=0 : la matrice B n'est pas inversible. On le comprend en remarquant que sa première ligne est le double de la seconde.

c. Pour C=(2143), on a det(C)=6+4=100, donc

C1=110(3142)=(0,30,10,40,2),et CC1=(0,6+0,40,20,21,21,20,4+0,6)=I2.

Propriété

Avertissement : le déterminant s'arrête à l'ordre 2. Dans ce programme, aucun déterminant n'est défini pour une matrice d'ordre 3 ou plus. Pour décider si une matrice d'ordre 3 ou 4 est inversible, on dispose de trois outils, et de trois seulement :

  1. le critère des coefficients diagonaux, si la matrice est triangulaire (section 9) ;
  2. une relation polynomiale vérifiée par la matrice, quand l'énoncé en fournit une ou qu'un calcul de A2 la fait apparaître (section 12) ;
  3. la résolution du système AX=Y par la méthode du pivot de Gauss (section 11).

Écriture matricielle d'un système et recherche d'un inverse

Du système à l'équation matricielle

Définition

Soit (S) un système linéaire de n équations à p inconnues, de coefficients ai,j et de seconds membres b1,,bn. On pose

A=(ai,j)Mn,p(R),X=(x1xp),B=(b1bn).

La matrice A est la matrice du système, et (S) s'écrit sous forme matricielle

AX=B.

Le système homogène associé s'écrit AX=0.

Cette écriture n'est pas un tour de passe-passe : elle traduit exactement le calcul du produit d'une matrice par une colonne, fait en section 6. Le i-ième coefficient de AX vaut ai,1x1++ai,pxp, et l'égalité de deux colonnes équivaut à l'égalité de leurs coefficients un à un.

Exemple

Le système

{x+y+2z=92x+3yz=53xy+4z=13

s'écrit AX=B avec

A=(112231314),X=(xyz),B=(9513).

Le calcul de la section 6 a montré que la colonne (123) convient.

Propriété

Unicité de la solution lorsque A est inversible. Soit AMn(R) une matrice inversible et soit BMn,1(R). Alors le système AX=B admet une unique solution, à savoir

X=A1B.

En particulier, un système carré dont la matrice est inversible est un système de Cramer, et le système homogène AX=0 n'a alors que la solution nulle.

Démonstration. Analyse. Soit X une solution, c'est-à-dire AX=B. En multipliant à gauche par A1, on obtient

A1(AX)=A1B,soit(A1A)X=A1B,soitX=A1B.

Il y a donc au plus une solution, et si elle existe, c'est celle-là.

Synthèse. Réciproquement, posons X=A1B. Alors AX=A(A1B)=(AA1)B=InB=B, donc cette colonne est bien solution.

Le système admet donc exactement une solution. Enfin, en prenant B=0, on obtient X=A10=0 : le système homogène n'a que la solution nulle.

Attention à l'ordre des facteurs : la solution est A1B, et non BA1, qui d'ailleurs n'existe pas pour des raisons de format. Attention aussi à l'usage : si l'on n'a qu'un seul second membre à traiter, le pivot de Gauss est plus rapide qu'un calcul d'inverse. L'inverse devient intéressant lorsqu'il faut résoudre le même système avec plusieurs seconds membres différents, situation typique du modèle de Leontief de la section 14.

Inverser une matrice en résolvant AX=Y

Méthode

Calculer A1 en résolvant AX=Y. Soit AMn(R).

  1. Introduire une colonne littérale Y, de coefficients y1,,yn (ou a, b, c), et écrire le système AX=Y d'inconnues x1,,xn.
  2. Résoudre ce système par la méthode du pivot de Gauss, en traitant les yi comme des constantes : le second membre se transforme au même rythme que le reste.
  3. Si le pivot fait apparaître une ligne nulle à gauche, s'arrêter : A n'est pas inversible, car le système n'a pas de solution pour tous les seconds membres.
  4. Sinon, exprimer chaque xi en fonction de y1,,yn, puis écrire le résultat sous la forme X=BY en lisant les coefficients.
  5. Conclure : AB=In, donc A est inversible et A1=B.
  6. Vérifier en calculant AA1, qui doit valoir In.

Exemple

Inversion d'une matrice d'ordre 3. Inversons

A=(112235348).

Soient a, b, c trois réels. Résolvons le système AX=Y avec Y=(abc), c'est-à-dire

{x+y+2z=a(L1)2x+3y+5z=b(L2)3x+4y+8z=c(L3)

Première étape. On effectue L2L22L1, ce qui donne y+z=b2a, puis L3L33L1, ce qui donne y+2z=c3a :

{x+y+2z=ax+y+z=b2ax+y+2z=c3a

Deuxième étape. On effectue L3L3L2 :

{x+y+2z=ax+y+z=b2ax+y+z=ab+c

Les trois pivots sont non nuls, ce qui garantit que le système a une unique solution quel que soit le second membre.

Exemple

Inversion d'une matrice d'ordre 3 (suite). Reprenons le système échelonné ci-dessus.

Remontée. La dernière équation donne z=ab+c. La deuxième donne

y=(b2a)z=b2a+a+bc=a+2bc.

La première donne

x=ay2z=a(a+2bc)2(ab+c)=a+a2b+c+2a+2b2c=4ac.

Lecture de l'inverse. On a donc

X=(4a+0bca+2bcab+c)=(401121111)(abc)=BY,avecB=(401121111).

Comme A(BY)=Y pour toute colonne Y, on a AB=I3 : la matrice A est inversible et A1=B.

Vérification. Calculons AA1 ligne par ligne. La première ligne de A est (112) ; multipliée par les trois colonnes de B, elle donne

412=1,0+22=0,11+2=0.

La deuxième ligne (235) donne

835=0,0+65=1,23+5=0.

La troisième ligne (348) donne

1248=0,0+88=0,34+8=1.

On obtient bien AA1=I3.

Exemple

Un cas où la matrice n'est pas inversible. Prenons A=(123012111) et résolvons AX=Y :

{x+2y+3z=ax+2y+2z=bx+y+z=c

L'opération L3L3L1 donne y2z=ca, c'est-à-dire y+2z=ac après multiplication par 1. En la comparant à la deuxième équation, l'opération L3L3L2 fournit

0=abc.

Le système n'a donc de solution que si abc=0 : il n'est pas résoluble pour tout second membre. Si A était inversible, la propriété précédente garantirait une solution pour toute colonne Y, par exemple pour Y=(100), qui ne vérifie pas cette condition. Donc A n'est pas inversible.

Polynôme annulateur et inverse

Inverser à partir d'une relation polynomiale

Méthode

Inverser grâce à une relation polynomiale. Lorsqu'une matrice AMn(R) vérifie une relation du type

A2+αA+βIn=0navecβ0,

on procède en trois temps.

  1. Isoler le terme constant : A2+αA=βIn.
  2. Factoriser par A (jamais simplifier) : A(A+αIn)=βIn.
  3. Diviser par β, ce qui est licite puisque β0 :
A×(1β(A+αIn))=In.

Comme les deux matrices sont carrées de même ordre, le résultat admis de la section 9 permet de conclure directement : A est inversible et A1=1β(A+αIn).

Deux points de vigilance. Il faut factoriser par A, et non simplifier par A, ce qui n'aurait aucun sens. Et il faut vérifier que le coefficient constant β est non nul : sinon la méthode échoue, et la matrice peut d'ailleurs très bien ne pas être inversible.

Exemple

Un exemple d'ordre 3. Soit

A=(211121112).

Calcul de A2. Le coefficient d'indice (1,1) vaut 2×2+1×1+1×1=6, celui d'indice (1,2) vaut 2×1+1×2+1×1=5, celui d'indice (1,3) vaut 2×1+1×1+1×2=5. La matrice étant symétrique et les rôles des trois lignes identiques,

A2=(655565556).

Recherche d'une relation. Comparons A2 à 5A, dont les coefficients hors diagonale valent 5 : la différence A25A a tous ses coefficients hors diagonale nuls, et ses coefficients diagonaux valent 610=4. Donc

A25A=4I3,c’est-aˋ-direA25A+4I3=03.

Inversion. Le coefficient constant vaut 40. Factorisons par A :

A(A5I3)=4I3,doncA×14(5I3A)=I3.

La matrice A est donc inversible et

A1=14(5I3A)=14(311131113).

Vérification. Le coefficient d'indice (1,1) de AA1 vaut 14(2×3+1×(1)+1×(1))=44=1, et celui d'indice (1,2) vaut 14(2×(1)+1×3+1×(1))=0. Les autres coefficients se traitent de même : AA1=I3.

Exemple

Un cas où la méthode échoue, et pour cause. Soit K=(111111111). Chaque coefficient de K2 vaut 1+1+1=3, donc K2=3K, c'est-à-dire

K23K=03.

Le coefficient constant est nul : la méthode ne s'applique pas. Ce n'est pas un accident, car K n'est pas inversible. En effet, la colonne X=(110), qui n'est pas nulle, vérifie KX=0 ; si K était inversible, on aurait X=K1(KX)=0, ce qui est faux.

Calculer les puissances à partir de la même relation

Méthode

Utiliser une relation polynomiale pour calculer An. Supposons que A vérifie A2=αA+βIn.

  1. Montrer par récurrence qu'il existe, pour tout nN, deux réels an et bn tels que An=anA+bnIn, en obtenant au passage les relations an+1=αan+bn et bn+1=βan.
  2. Déterminer les deux suites. Si le trinôme x2αxβ possède deux racines réelles r et s, les suites auxiliaires (ran+bn) et (san+bn) sont géométriques, de raisons respectives r et s : on les calcule immédiatement, puis on en déduit an et bn par différence.
  3. Conclure en écrivant An=anA+bnIn, et contrôler sur n=1 et n=2.

Exemple

Reprenons la matrice A=(211121112), qui vérifie A2=5A4I3.

Existence de l'écriture. Montrons par récurrence que pour tout nN, il existe deux réels an et bn tels que An=anA+bnI3. Pour n=0, A0=I3 convient avec a0=0 et b0=1. Si la propriété est vraie au rang n, alors

An+1=AnA=(anA+bnI3)A=anA2+bnA=an(5A4I3)+bnA=(5an+bn)A4anI3.

La propriété est donc vraie au rang n+1, avec

an+1=5an+bnetbn+1=4an.

Détermination des deux suites. Le trinôme x25x+4 a pour racines 1 et 4. Posons donc un=an+bn et vn=4an+bn. Alors

un+1=an+1+bn+1=5an+bn4an=an+bn=un,vn+1=4an+1+bn+1=20an+4bn4an=4(4an+bn)=4vn.

La suite (un) est donc constante, égale à u0=0+1=1, et la suite (vn) est géométrique de raison 4 et de premier terme v0=1, donc vn=4n. On en déduit, en soustrayant,

3an=vnun=4n1,d’ouˋan=4n13etbn=1an=44n3.

Conclusion. Pour tout nN,

An=4n13A+44n3I3=13(4n+24n14n14n14n+24n14n14n14n+2),

puisque le coefficient diagonal vaut 2(4n1)+44n3=4n+23 et le coefficient hors diagonale 4n13.

Contrôle. Pour n=1 : le coefficient diagonal vaut 4+23=2 et le coefficient hors diagonale 413=1, on retrouve A. Pour n=2 : 16+23=6 et 1613=5, on retrouve A2.

Suites récurrentes et puissances de matrices

Deux suites couplées

Lorsque deux suites sont définies l'une par rapport à l'autre, l'écriture matricielle ramène le problème à un calcul de puissances.

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites réelles vérifiant, pour tout nN, un système du type

un+1=αun+βvn,vn+1=γun+δvn.

En posant

Xn=(unvn)etA=(αβγδ),

ces deux relations s'écrivent en une seule : Xn+1=AXn pour tout nN.

Propriété

Si une suite de colonnes (Xn) vérifie Xn+1=AXn pour tout nN, alors

nN,Xn=AnX0.

Démonstration. Par récurrence sur n. Pour n=0, A0X0=I2X0=X0 : la formule est vraie. Supposons-la vraie au rang n, c'est-à-dire Xn=AnX0. Alors

Xn+1=AXn=A(AnX0)=(AAn)X0=An+1X0,

en utilisant l'associativité du produit. La formule est donc vraie au rang n+1, et par récurrence pour tout nN.

Exemple

Soient (un) et (vn) définies par u0=1, v0=0 et, pour tout nN,

un+1=2un+vn,vn+1=un+2vn.

Mise sous forme matricielle. En posant Xn=(unvn) et A=(2112), on a Xn+1=AXn, donc Xn=AnX0 avec X0=(10).

Calcul de An. On calcule A2=(5445), et l'on constate que A2=4A3I2. Comme en section 12, écrivons An=anA+bnI2 : la relation An+1=AnA donne

an+1=4an+bnetbn+1=3an,

avec a0=0 et b0=1. Le trinôme x24x+3 a pour racines 1 et 3. Posons un=an+bn et vn=3an+bn : on obtient un+1=4an+bn3an=un, donc un=1 pour tout n, et vn+1=12an+3bn3an=3vn, donc vn=3n. Par différence, 2an=3n1, d'où

an=3n12,bn=1an=33n2,etAn=12(3n+13n13n13n+1).

Expression des deux suites. Enfin

Xn=AnX0=12(3n+13n1),soitun=3n+12etvn=3n12.

Contrôle. Pour n=0 : u0=1 et v0=0. Pour n=1 : les formules donnent u1=2 et v1=1, ce que confirment les relations de récurrence (2×1+0=2 et 1+0=1). Pour n=2 : les formules donnent u2=5 et v2=4, et les relations donnent 2×2+1=5 et 2+2×1=4.

Une suite récurrente linéaire d'ordre 2

La même technique s'applique à une suite définie par une relation de récurrence linéaire d'ordre 2 à coefficients constants : il suffit d'empiler deux termes consécutifs dans une colonne.

Méthode

Traiter matriciellement une récurrence un+2=αun+1+βun.

  1. Poser Xn=(un+1un).
  2. Vérifier que Xn+1=AXn avec A=(αβ10) : la première ligne traduit la relation de récurrence, la seconde l'égalité un+1=un+1.
  3. En déduire Xn=AnX0, calculer An, puis lire un dans la seconde ligne de Xn.
  4. Contrôler la formule obtenue sur les premières valeurs de la suite.

Exemple

Soit (un) définie par u0=1, u1=1 et, pour tout nN,

un+2=un+1+2un.

Mise sous forme matricielle. Posons Xn=(un+1un). Alors

Xn+1=(un+2un+1)=(un+1+2unun+1)=(1210)(un+1un)=AXn,avecA=(1210).

Donc Xn=AnX0, avec X0=(u1u0)=(11).

Calcul de An. On a A2=(3212)=A+2I2. Écrivons An=anA+bnI2 : la relation An+1=AnA donne cette fois

an+1=an+bnetbn+1=2an,

avec a0=0 et b0=1. Le trinôme x2x2 a pour racines 2 et 1, toutes deux réelles. Posons sn=2an+bn et tn=an+bn. Alors

sn+1=2(an+bn)+2an=4an+2bn=2sn,tn+1=(an+bn)+2an=anbn=tn.

Comme s0=1 et t0=1, on obtient sn=2n et tn=(1)n. Par différence, 3an=sntn, donc

an=2n(1)n3,bn=tn+an=2n+2(1)n3.

Expression de la suite. La seconde ligne de An=(an+bn2ananbn) donne, après multiplication par X0,

un=an×1+bn×1=2n(1)n+2n+2(1)n3=2n+1+(1)n3.

Contrôle. Pour n=0 : 2+13=1. Pour n=1 : 413=1. Pour n=2 : la formule donne 8+13=3, et la relation de récurrence donne u2=u1+2u0=3. Pour n=3 : la formule donne 1613=5, et la récurrence u3=u2+2u1=5. Tout concorde.

Notez que cette méthode n'est intéressante que lorsque le trinôme associé possède des racines réelles : c'est le seul cas au programme cette année, et le seul que vous rencontrerez.

Tableaux entrée-sortie et modèle de Leontief

Le tableau des échanges

Une économie est décrite par plusieurs secteurs de production. Chaque secteur produit un bien, mais pour le produire il consomme une partie de sa propre production et une partie de celle des autres : une usine d'acier consomme de l'électricité, une centrale électrique consomme de l'acier. Ce qui reste après ces consommations internes est livré aux ménages, à l'État ou à l'exportation : c'est la demande finale.

Définition

Considérons une économie à n secteurs. Pour chaque secteur j, on note xj sa production totale, exprimée en valeur, et dj la demande finale qui lui est adressée. Pour chaque couple (i,j), on note ai,j le coefficient technique : la valeur de la production du secteur i nécessaire pour produire une unité de valeur du secteur j.

On pose alors

A=(ai,j)Mn(R),X=(x1xn),D=(d1dn).

La matrice A est la matrice des coefficients techniques, X la colonne des productions et D la colonne des demandes finales.

Le sens de lecture des indices est le point délicat : ai,j se lit « du secteur i vers le secteur j ». La ligne i décrit donc ce que le secteur i fournit aux autres, et la colonne j ce que le secteur j consomme. Une inversion des deux indices donne un modèle faux tout en restant calculable, ce qui la rend particulièrement difficile à détecter : prenez l'habitude de vérifier le sens sur une ligne du tableau chiffré.

Propriété

Équation de Leontief. Avec les notations précédentes, la production totale du secteur i se répartit entre les consommations des différents secteurs et la demande finale :

xi=ai,1x1+ai,2x2++ai,nxn+dipour tout i.

Sous forme matricielle, ces n égalités s'écrivent

X=AX+D,c’est-aˋ-dire(InA)X=D.

Démonstration de la seconde écriture. De X=AX+D on tire XAX=D. Or X=InX, donc InXAX=D, et la distributivité du produit par rapport à la somme donne (InA)X=D.

Ce petit calcul mérite une remarque : on ne peut pas écrire XAX=(1A)X, car 1 est un nombre et A une matrice, et leur différence n'a aucun sens. C'est bien In qu'il faut faire apparaître. Lorsque la matrice InA est inversible, l'équation admet une unique solution

X=(InA)1D,

et l'on obtient la production à mettre en œuvre pour satisfaire n'importe quelle demande finale. C'est exactement la situation où le calcul de l'inverse est plus rentable que le pivot : on résout une fois pour toutes, puis on applique la formule à chaque nouvelle demande.

Un exemple chiffré complet

Exemple

Une économie à deux secteurs. Une économie comporte un secteur agricole (secteur 1) et un secteur industriel (secteur 2). Les montants sont exprimés en millions d'euros. Les coefficients techniques sont

A=(0,20,30,40,1).

Cela signifie que produire 1 million d'euros de biens industriels consomme 0,3 million de produits agricoles et 0,1 million de produits industriels ; produire 1 million de produits agricoles consomme 0,2 million de produits agricoles et 0,4 million de biens industriels.

Question. Quelles productions faut-il mettre en œuvre pour satisfaire une demande finale de 70 millions en produits agricoles et 190 millions en biens industriels ?

Exemple

Résolution. La demande finale est D=(70190), et l'on cherche X tel que (I2A)X=D, avec

I2A=(10,20,30,410,1)=(0,80,30,40,9).

Inversibilité. La matrice est d'ordre 2, on peut donc utiliser le déterminant :

det(I2A)=0,8×0,9(0,3)×(0,4)=0,720,12=0,60.

La matrice I2A est donc inversible, et

(I2A)1=10,6(0,90,30,40,8).

Calcul des productions. On obtient

X=(I2A)1D=10,6(0,9×70+0,3×1900,4×70+0,8×190)=10,6(63+5728+152)=10,6(120180)=(200300).

Il faut donc produire 200 millions d'euros de produits agricoles et 300 millions de biens industriels.

Vérification. Calculons AX puis AX+D :

AX=(0,2×200+0,3×3000,4×200+0,1×300)=(40+9080+30)=(130110),AX+D=(200300)=X.

L'équation X=AX+D est bien satisfaite.

Le tableau entrée-sortie de cette économie se lit alors ligne par ligne : chaque ligne indique comment la production d'un secteur se répartit entre les consommations des deux secteurs et la demande finale.

Fournisseur Vers agriculture Vers industrie Demande finale Production totale
Agriculture 40 90 70 200
Industrie 80 30 190 300

On vérifie chaque ligne : 40+90+70=200 pour l'agriculture, et 80+30+190=300 pour l'industrie. On peut aussi lire les colonnes : le secteur agricole consomme 40 de produits agricoles et 80 de biens industriels pour produire 200, ce qui redonne bien les coefficients techniques 40200=0,2 et 80200=0,4, c'est-à-dire la première colonne de A.

Exemple

Changement de demande finale. Supposons maintenant que la demande finale devienne D=(60120). Comme l'inverse a déjà été calculé, il n'y a plus qu'à l'appliquer :

X=(I2A)1D=10,6(0,9×60+0,3×1200,4×60+0,8×120)=10,6(90120)=(150200).

Il faudrait donc produire 150 millions en agriculture et 200 millions dans l'industrie.

Vérification. AX=(30+6060+20)=(9080), et AX+D=(150200)=X.

Interprétation. La demande finale agricole a baissé d'environ 14% et la demande industrielle de 37%, mais les productions baissent respectivement de 25% et de 33% : les variations ne se répercutent pas proportionnellement, parce que chaque secteur dépend de l'autre. C'est précisément ce que le modèle permet de quantifier, et ce qu'un raisonnement « au prorata » manquerait.

Méthode

Résoudre un problème de type Leontief.

  1. Lire le tableau des échanges et calculer les coefficients techniques : ai,j est le montant fourni par le secteur i au secteur j, divisé par la production totale du secteur j (donc par le total de la colonne, jamais de la ligne).
  2. Écrire l'équation X=AX+D, puis la mettre sous la forme (InA)X=D.
  3. Étudier l'inversibilité de InA : par le déterminant si n=2, par le pivot de Gauss si n=3.
  4. Résoudre, soit en calculant (InA)1 si plusieurs demandes finales doivent être traitées, soit directement par le pivot s'il n'y en a qu'une.
  5. Vérifier en recalculant AX+D, qui doit redonner X, et contrôler que les productions obtenues sont positives : une production négative signalerait une erreur de signe ou d'indices.

L'essentiel

Ce chapitre est le socle de toute l'algèbre de l'année. Voici les gestes à maîtriser, puis les erreurs qui reviennent chaque année.

  • Résoudre un système : pivot de Gauss, opérations écrites en marge, remontée, puis vérification en réinjectant.
  • Décrire une infinité de solutions : nommer les paramètres parmi les inconnues secondaires, puis exprimer les inconnues principales en fonction d'eux.
  • Discuter selon un paramètre : ne jamais prendre le paramètre comme pivot, factoriser sans diviser, isoler les valeurs qui annulent le dernier pivot.
  • Multiplier deux matrices : vérifier les formats, poser la disposition ligne par colonne, contrôler le format du résultat.
  • Calculer An : calculer A2 et A3, conjecturer, démontrer par récurrence ; ou exploiter une relation du type A2=αA+βIn.
  • Montrer qu'une matrice est inversible : det(A)0 à l'ordre 2 ; coefficients diagonaux non nuls si elle est triangulaire ; relation polynomiale factorisée par A ; ou résolution de AX=Y.
  • Calculer un inverse : formule à l'ordre 2 ; sinon résolution de AX=Y à second membre littéral, puis vérification AA1=In.
  • Traiter des suites couplées : écrire Xn+1=AXn, en déduire Xn=AnX0, puis calculer An.
  • Traiter un problème économique : coefficients techniques, équation X=AX+D, puis (InA)X=D.

Échanger deux facteurs dans un produit. Le produit matriciel n'est pas commutatif : AB et BA sont en général deux matrices différentes, quand elles existent toutes les deux. Ce seul oubli suffit à invalider une démonstration entière.

Développer (A+B)2 en A2+2AB+B2. Le développement correct est A2+AB+BA+B2, et le regroupement n'est licite qu'après avoir vérifié AB=BA, vérification qui doit figurer sur la copie.

Simplifier par une matrice. De AB=AC on ne déduit B=C que si A est inversible ; de même, AB=0 n'entraîne B=0 que dans ce cas. Sans cette hypothèse, la simplification est fausse et l'on dispose de contre-exemples élémentaires.

Écrire A1 avant d'avoir prouvé que A est inversible. C'est une faute de logique : la notation présuppose le résultat que l'on cherche à établir.

Calculer un déterminant d'ordre 3. Il n'existe pas dans ce programme. À l'ordre 3 ou 4, l'inversibilité se décide par le pivot de Gauss, par une relation polynomiale ou, pour une matrice triangulaire, par ses coefficients diagonaux.

Prendre un paramètre comme pivot. Diviser par m sans discuter le cas m=0 fait perdre l'essentiel des points d'une question de discussion. Le bon réflexe est de commencer par un échange de lignes qui amène un pivot numérique.

Confondre les indices dans un tableau entrée-sortie. Le coefficient ai,j va du secteur i vers le secteur j, et il se calcule en divisant par la production du secteur j, c'est-à-dire par le total de la colonne.

Oublier de vérifier. Une solution de système se réinjecte dans les équations de départ, un inverse se contrôle par AA1=In, une formule de puissance se teste sur n=2. Ces vérifications prennent trente secondes et sauvent des copies entières.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.