ECG appliquées · Chapitre 02 · Premier semestre
Calcul matriciel et résolution de systèmes linéaires
1re année
Systèmes linéaires, pivot de Gauss, matrices, transposée, opérations, tableaux entrée-sortie de Leontieff.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Systèmes linéaires
- Pivot de Gauss
- Matrices
- Transposée
- Opérations
- Tableaux entrée-sortie de Leontieff
Vous savez depuis le collège résoudre un système de deux équations à deux inconnues, par substitution ou par combinaison. Ce chapitre part exactement de là, et va beaucoup plus loin. Il commence par une remarque d'apparence anodine : dans un système linéaire, les noms des inconnues ne servent qu'à la mise en forme ; ce qui compte réellement, ce sont les coefficients, et l'ordre dans lequel ils sont rangés. Il suffit donc d'écrire ces coefficients dans un tableau rectangulaire, et de travailler sur ce tableau. Ce tableau de nombres, c'est une matrice.
L'idée décisive est qu'un tel tableau ne se contente pas d'enregistrer un système : il se manipule pour lui-même. On peut additionner deux matrices, les multiplier par un nombre, les multiplier entre elles, élever une matrice carrée à une puissance, parfois l'inverser. On obtient ainsi une arithmétique complète, qui ressemble beaucoup à celle des nombres réels, avec deux différences considérables : le produit n'est pas commutatif, et un produit peut être nul sans qu'aucun facteur le soit. La quasi-totalité des fautes graves de début d'année vient de l'oubli de ces deux points.
Le chapitre poursuit deux objectifs qui se répondent. Le premier est calculatoire : résoudre sans faute un système de trois équations à trois inconnues par la méthode du pivot de Gauss, discuter un système dépendant d'un paramètre, multiplier deux matrices, calculer une puissance -ième, décider si une matrice est inversible et calculer son inverse. Ces gestes seront exigés en permanence, aux concours comme dans les autres chapitres : l'étude des suites couplées en dépend directement, et toute l'algèbre du second semestre repose dessus. Le second objectif est économique : montrer qu'un tableau d'échanges entre secteurs de production se lit comme une matrice, et qu'une question de planification devient alors une simple équation matricielle. C'est l'objet de la dernière section, consacrée aux tableaux entrée-sortie et au modèle de Leontief.
Le programme de la voie ECG fixe pour ce chapitre un parti pris qu'il faut connaître : sur le calcul matriciel, tout développement théorique est hors programme. On ne démontre donc pas l'associativité du produit, ni les règles de distributivité, ni les propriétés générales des opérations : on les énonce, on les admet, et on les utilise. En revanche, tout ce qui a une valeur de méthode est démontré, et vous le retrouverez ici en entier : les propriétés de stabilité de l'ensemble des solutions d'un système homogène, le lien entre solution générale et solution particulière, l'unicité de l'inverse, la formule de l'inverse d'un produit, celle de la transposée d'un produit, la caractérisation de l'inversibilité à l'ordre , la condition d'inversibilité d'une matrice triangulaire, le calcul d'une puissance par récurrence, l'inversion à l'aide d'une relation polynomiale. Ce ne sont pas des ornements : ce sont les démonstrations qui contiennent les gestes de l'exercice.
Le plan est le suivant. Les sections à traitent les systèmes linéaires pour eux-mêmes : vocabulaire, méthode du pivot de Gauss, description de l'ensemble des solutions. Les sections à mettent en place les matrices et leurs opérations : vocabulaire, somme, produit par un réel, produit matriciel, transposition. Les sections à traitent les deux grandes questions du calcul sur les matrices carrées, à savoir calculer et inverser , avec le déterminant d'ordre , la résolution de et les relations polynomiales. Les sections et sont les deux grandes applications : les suites récurrentes et les tableaux entrée-sortie. Les sections , , et sont, de très loin, les plus utilisées dans la suite de l'année.
Voici enfin les notations en vigueur dans tout le chapitre. L'ensemble des matrices à lignes et colonnes à coefficients réels est noté , et l'on abrège en . Le coefficient situé à l'intersection de la ligne et de la colonne d'une matrice est noté , et l'on écrit . La matrice identité d'ordre est , la matrice nulle de est , abrégée en si elle est carrée. La transposée de est notée , son inverse , et son déterminant, lorsque est d'ordre , est noté . Les lignes d'une matrice ou d'un système sont notées et les colonnes ; une opération sur les lignes s'écrit par exemple . L'ensemble des solutions d'un système est noté , et celui du système homogène associé . Enfin, le symbole marque la fin d'une démonstration.
Systèmes linéaires : le problème de départ
Définition et vocabulaire
Définition
Soient et deux entiers naturels non nuls. On appelle système linéaire de équations à inconnues tout système de la forme
où les réels sont les coefficients du système et les réels ses seconds membres. Les lettres sont les inconnues.
Le mot linéaire est essentiel : dans chaque équation, les inconnues n'apparaissent qu'à la puissance , jamais élevées au carré, jamais multipliées entre elles, jamais sous une racine ou dans un dénominateur. Le système formé de et n'est donc pas linéaire, et rien de ce chapitre ne s'y applique.
Définition
Une solution de est un -uplet de réels vérifiant simultanément les équations. Résoudre , c'est déterminer l'ensemble de toutes ses solutions. Le système est dit compatible lorsqu'il admet au moins une solution, et incompatible dans le cas contraire.
Deux précautions de rédaction, qui coûtent des points chaque année. D'abord, une solution est un -uplet ordonné : le triplet et le triplet ne désignent pas la même solution. Ensuite, résoudre un système, ce n'est pas trouver une solution, c'est décrire l'ensemble de toutes les solutions ; une réponse correcte se termine donc toujours par une phrase du type « l'ensemble des solutions est ».
Définition
Le système est dit homogène lorsque tous ses seconds membres sont nuls, c'est-à-dire lorsque .
Étant donné un système quelconque, le système homogène associé à , noté , est le système obtenu en remplaçant tous les seconds membres par , sans toucher aux coefficients.
Un système homogène est toujours compatible : le -uplet nul en est solution, puisque chaque équation devient . On l'appelle la solution triviale. Toute la question, pour un système homogène, est donc de savoir s'il en possède d'autres, et la section montrera que la réponse gouverne le comportement du système complet.
Trois exemples pour fixer les idées
Un système linéaire ne se comporte que de trois façons. Les trois exemples suivants, volontairement minuscules, méritent d'être connus par cœur, car tout le reste du chapitre y ramène.
Exemple
Une unique solution. Considérons
En ajoutant les deux équations, on obtient , donc ; la première équation donne alors . Réciproquement, le couple vérifie et . Ainsi
Géométriquement, les deux équations décrivent deux droites du plan, et la solution est leur unique point d'intersection.
Exemple
Aucune solution. Considérons
La seconde équation, divisée par , s'écrit . Un couple devrait donc vérifier à la fois et , ce qui est impossible. Le système est incompatible et
Les deux droites correspondantes sont parallèles et distinctes : elles ne se coupent pas.
Exemple
Une infinité de solutions. Considérons
Cette fois, la seconde équation est exactement le double de la première : elle n'apporte aucune information nouvelle. Le système se réduit à . En posant , avec , on obtient , et
Les deux droites sont confondues : tous leurs points conviennent. Le réel s'appelle un paramètre ; il décrit tout entier, et chaque valeur de fournit une solution différente.
Voici enfin, sur ce même exemple, ce que devient le système homogène associé.
Exemple
Le système homogène associé à est formé de et ; en additionnant, , donc puis : il n'a que la solution triviale, et .
Le système homogène associé à est formé de et , qui se réduit à : ses solutions sont les couples avec , et . Notez la ressemblance avec l'ensemble des solutions de lui-même : la section expliquera qu'elle n'est pas fortuite.
Systèmes équivalents et opérations élémentaires
Résoudre un système consiste à le remplacer, étape après étape, par un système plus simple qui a exactement les mêmes solutions. Encore faut-il savoir quelles transformations préservent l'ensemble des solutions.
Définition
Deux systèmes linéaires portant sur les mêmes inconnues sont dits équivalents lorsqu'ils ont le même ensemble de solutions. On note alors le passage de l'un à l'autre par le symbole .
Définition
On appelle opération élémentaire sur les lignes d'un système l'une des trois transformations suivantes.
- Échanger deux lignes : .
- Multiplier une ligne par un réel non nul : .
- Ajouter à une ligne un multiple d'une autre ligne : , avec .
Propriété
Une opération élémentaire transforme un système linéaire en un système équivalent : l'ensemble des solutions est inchangé.
Démonstration. Le point commun aux trois opérations est qu'elles sont réversibles, et que leur inverse est encore une opération élémentaire. L'échange se défait par le même échange. L'opération , avec , se défait par : c'est précisément ici que sert l'hypothèse . L'opération se défait par , car la ligne , elle, n'a pas été modifiée.
Montrons alors l'égalité des ensembles de solutions dans le cas de la troisième opération, les deux autres étant immédiates. Soit une solution du système de départ : les équations et étant vérifiées, l'égalité obtenue en ajoutant à le produit de par l'est aussi, membre à membre. Donc toute solution du système de départ est solution du système transformé. Réciproquement, en appliquant au système transformé l'opération inverse , le même argument montre que toute solution du système transformé est solution du système de départ. Les deux systèmes ont donc exactement les mêmes solutions.
Deux mises en garde accompagnent la troisième opération. D'une part, la ligne ajoutée doit être différente de la ligne modifiée : écrire détruirait purement et simplement une équation. D'autre part, on ne modifie qu'une ligne à la fois en s'appuyant sur une ligne qui, elle, reste intacte ; enchaîner deux opérations qui se servent mutuellement l'une de l'autre est la source d'erreurs la plus fréquente en début d'apprentissage.
Enfin, une habitude à prendre immédiatement : écrire en marge, à chaque étape, l'opération effectuée. C'est ce qui permet, en cas d'erreur, de la retrouver sans tout recommencer, et c'est ce que le correcteur cherche des yeux pour suivre le raisonnement.
La méthode du pivot de Gauss
Systèmes échelonnés
Définition
Un système linéaire est dit échelonné, ou « en escalier », lorsque le nombre de coefficients nuls qui précèdent le premier coefficient non nul d'une équation augmente strictement d'une équation à la suivante, les éventuelles équations dont tous les coefficients sont nuls étant rejetées à la fin.
Dans un tel système, le premier coefficient non nul de chaque équation s'appelle un pivot.
Définition
Dans un système échelonné, l'inconnue associée à un pivot est appelée inconnue principale. Les autres inconnues sont les inconnues secondaires, encore appelées paramètres.
Exemple
Le système
est échelonné : les pivots sont le coefficient de dans la première équation et le coefficient de dans la seconde. Les inconnues principales sont donc et , les inconnues secondaires sont et .
L'intérêt d'un système échelonné est qu'il se résout de bas en haut, sans aucune difficulté : la dernière équation donne la dernière inconnue principale en fonction des paramètres, on remonte à l'avant-dernière, et ainsi de suite jusqu'à la première. Tout le travail consiste donc à ramener un système quelconque à cette forme. C'est exactement ce que fait la méthode du pivot de Gauss.
L'algorithme
Méthode
Algorithme du pivot de Gauss. Pour résoudre un système linéaire, on l'échelonne en éliminant les inconnues une à une.
- Choisir le pivot. Dans la première colonne d'inconnue possédant un coefficient non nul, choisir une ligne où ce coefficient est non nul et l'amener en première position par un échange . On préfère toujours un pivot égal à ou : cela évite les fractions.
- Éliminer. Pour chaque ligne située en dessous, effectuer , de façon à annuler le coefficient de la première inconnue. Écrire l'opération en marge.
- Recommencer sur le système formé par les lignes restantes, en oubliant la première ligne et la première colonne, jusqu'à obtenir un système échelonné.
- Conclure, en distinguant les trois cas décrits ci-dessous.
- Vérifier, en réinjectant les solutions trouvées dans les équations de départ.
Méthode
Conclure après échelonnement : les trois cas.
- Une équation de la forme avec est apparue : le système est incompatible, et .
- Aucune équation impossible, et toutes les inconnues sont principales : le système admet une unique solution, obtenue en remontant les équations.
- Aucune équation impossible, et il reste au moins une inconnue secondaire : le système admet une infinité de solutions. On donne aux inconnues secondaires des noms de paramètres, et l'on exprime les inconnues principales en fonction de ces paramètres.
Les équations apparues en cours de route sont simplement supprimées : elles sont vérifiées par tous les -uplets.
Un système à solution unique
Exemple
Résolvons
Le pivot naturel est le coefficient de dans , qui vaut .
Première étape : éliminer . On effectue et . Détaillons la première : le coefficient de devient , celui de devient , celui de devient , et le second membre devient . De même pour la seconde : , puis , puis , et . Le système devient
Deuxième étape : éliminer . Le nouveau pivot est le coefficient de dans la deuxième ligne, égal à . On effectue : le coefficient de devient , celui de devient , et le second membre devient . Le système échelonné est
Remontée. La dernière équation donne . La deuxième donne . La première donne .
Vérification. Pour : , puis , puis . Les trois équations sont satisfaites, donc
Un système avec une infinité de solutions
Exemple
Résolvons
Première étape. On effectue , ce qui donne , et , ce qui donne également :
Deuxième étape. Les deux dernières lignes sont identiques : l'opération produit l'équation , que l'on supprime. Le système échelonné est
Description des solutions. Les inconnues principales sont et ; l'inconnue est secondaire. Posons , avec . La deuxième équation donne , et la première
Donc
Vérification. Pour tout réel : la première équation donne ; la deuxième donne ; la troisième donne . Les trois égalités sont vraies pour toute valeur de : c'est le contrôle décisif, car il vérifie d'un coup une infinité de solutions.
Un système sans solution
Exemple
Reprenons le système précédent en remplaçant le second membre de la troisième équation par :
Les mêmes opérations et donnent respectivement et . L'opération fournit alors
égalité qu'aucun triplet ne peut satisfaire. Le système est incompatible, et
On pouvait le pressentir : les deux dernières équations affirment que la même quantité vaut à la fois et . Notez qu'un changement de second membre, à coefficients inchangés, fait basculer d'une infinité de solutions à aucune : c'est le second membre, et lui seul, qui distingue ces deux situations.
Discussion d'un système dépendant d'un paramètre
Exemple
Soit un réel. Résolvons, selon la valeur de , le système
Le coefficient pouvant prendre n'importe quelle valeur, y compris , il ne faut surtout pas s'en servir comme pivot : on commence toujours par les pivots numériques.
Première étape. On effectue : le coefficient de devient , celui de devient , et le second membre . Puis : le coefficient de devient , celui de devient , et le second membre . Le système devient
Deuxième étape. On effectue . Le coefficient de devient . Celui de devient
et le second membre devient . La dernière équation s'écrit donc
Trois cas se présentent, selon que le coefficient et le second membre s'annulent ou non. Ils sont traités dans l'encadré suivant.
Exemple
Discussion d'un système à paramètre (suite) : les trois cas.
Premier cas : . La dernière équation devient et disparaît. Le système se réduit à et . Posons , avec : on obtient , puis . Donc
Contrôle. Avec : , puis , puis . Les trois équations sont vérifiées pour tout .
Deuxième cas : . La dernière équation devient , c'est-à-dire . Le système est incompatible et .
Troisième cas : . Le réel est non nul, on peut donc simplifier par dans la dernière équation, ce qui donne , puis
La deuxième équation donne alors
et la première . Le système admet une unique solution :
Contrôle. En posant , la première équation donne , la deuxième , et la troisième . Tout est cohérent.
Conclusion de la discussion. Le système possède une unique solution lorsque , aucune solution lorsque , et une infinité de solutions lorsque .
Méthode
Discuter un système à paramètre : les réflexes.
- Ne jamais prendre le paramètre comme pivot ni diviser par une expression contenant le paramètre sans avoir discuté son annulation. Commencer par un échange de lignes qui amène un pivot numérique.
- Mener l'élimination le plus loin possible sans jamais diviser par une quantité dépendant du paramètre : factoriser plutôt que simplifier.
- Repérer les valeurs du paramètre qui annulent le dernier pivot : ce sont les cas particuliers, à traiter séparément.
- Traiter d'abord ces cas particuliers, puis le cas général, et conclure par une phrase récapitulative donnant les trois situations.
L'ensemble des solutions d'un système
Systèmes de Cramer
Définition
Un système linéaire est dit carré lorsqu'il comporte autant d'équations que d'inconnues, c'est-à-dire lorsque .
Un système carré est appelé système de Cramer lorsqu'il admet une unique solution.
Le système à solution unique de la section est donc un système de Cramer. Attention : un système carré n'est pas toujours de Cramer, comme le montrent les systèmes et de la section , tous deux carrés, l'un sans solution et l'autre avec une infinité. Nous verrons en section que le caractère de Cramer se lit sur la matrice du système, à travers son inversibilité.
Stabilité de l'ensemble des solutions d'un système homogène
Le cas homogène joue un rôle particulier, parce que son ensemble de solutions possède deux propriétés remarquables, qui sont exactement celles que le programme demande de mettre en évidence.
Propriété
Propriétés de stabilité. Soit un système linéaire homogène à inconnues, et soit son ensemble de solutions. Alors :
- le -uplet nul appartient à ;
- la somme de deux solutions de est encore une solution de ;
- tout multiple d'une solution de est encore une solution de .
Démonstration. Notons les coefficients de , dont la -ième équation s'écrit
Point . En remplaçant chaque par , le membre de gauche vaut : le -uplet nul est solution.
Point . Soient et deux solutions de , et posons . Pour tout indice de à ,
où l'on a simplement développé puis regroupé les termes. Chaque équation de est donc vérifiée par : ainsi .
Point . Soient une solution de et un réel. Pour tout indice ,
Donc .
Ces deux propriétés de stabilité sont caractéristiques du cas homogène : elles tombent en défaut dès que l'un des seconds membres est non nul. Prenons le système de la section , dont l'unique solution est : le double n'est pas solution, puisque . De même, la somme de deux solutions de , par exemple et , donne , qui vérifie .
Exemple
Considérons le système homogène à quatre inconnues
L'opération élimine et simultanément et donne . En posant et , on obtient , puis . Ainsi
Vérifions les propriétés de stabilité sur deux solutions explicites, obtenues pour et :
Leur somme est , qui vérifie et : c'est bien une solution. Le multiple vérifie et : c'en est une aussi.
Ces propriétés de stabilité ne sont pas une curiosité : elles décrivent une structure très générale, que l'on retrouvera dans de nombreux ensembles et qui recevra un nom au second semestre. Pour l'instant, retenez le fait, et sachez le démontrer sur un exemple : c'est exactement ce que l'on attend de vous cette année.
Solution générale et solution particulière
Propriété
Structure de l'ensemble des solutions. Soit un système linéaire compatible, et soit le système homogène associé. Si est une solution de , appelée solution particulière, alors
Autrement dit, la solution générale de est la somme d'une solution particulière de et de la solution générale de .
Démonstration. Notons les coefficients de et ses seconds membres, et écrivons , de sorte que pour tout ,
Procédons par double inclusion.
Première inclusion. Soit une solution de , et posons . Pour tout indice ,
Donc , et est bien de la forme annoncée.
Seconde inclusion. Soit , et posons . Pour tout indice ,
donc est solution de . Les deux inclusions donnent l'égalité annoncée.
Exemple
Reprenons le système à une infinité de solutions de la section , dont nous avons trouvé
En prenant , on obtient la solution particulière . Le reste s'écrit
et l'on vérifie que est solution du système homogène associé : , puis , puis . On lit donc directement sur la réponse la décomposition « solution particulière plus solution du système homogène ».
Zéro, une, ou une infinité
Propriété
Un système linéaire admet zéro solution, exactement une solution, ou une infinité de solutions. Aucun autre cas n'est possible : un système linéaire n'a jamais exactement deux ou trois solutions.
Démonstration. Supposons le système compatible et supposons qu'il admette au moins deux solutions distinctes et . Posons : d'après la propriété précédente, appartient à , et n'est pas le -uplet nul puisque . Les propriétés de stabilité donnent alors pour tout réel , donc pour tout réel . Or ces -uplets sont deux à deux distincts : si , alors , et comme possède au moins une coordonnée non nulle, . Le système a donc une infinité de solutions.
Ce résultat est un outil de contrôle immédiat : un calcul qui aboutit à « ce système possède exactement deux solutions » contient à coup sûr une erreur. Il donne aussi la bonne façon de lire un résultat de pivot : dès qu'une inconnue secondaire subsiste, il y a une infinité de solutions ; dès qu'une équation impossible apparaît, il n'y en a aucune.
Matrices : vocabulaire
Définition et égalité
Définition
Soient et deux entiers naturels non nuls. On appelle matrice à lignes et colonnes à coefficients réels, ou matrice de format , tout tableau rectangulaire de réels
Le réel , situé à l'intersection de la ligne et de la colonne , est le coefficient d'indice de . On écrit en abrégé . L'ensemble de ces matrices est noté .
L'ordre des deux indices est une convention absolue : le premier indice est celui de la ligne, le second celui de la colonne. On peut retenir que l'on repère un coefficient comme on lit un plan, d'abord en descendant, puis en allant vers la droite. Inverser cette convention revient à transposer sans le savoir toutes les matrices que l'on écrit, et rend tout calcul faux.
Définition
Deux matrices et sont égales lorsqu'elles ont le même format et que leurs coefficients de mêmes indices coïncident :
Deux matrices de formats différents ne sont donc jamais égales, même si elles contiennent exactement les mêmes nombres. Une égalité entre deux matrices de équivaut à égalités entre réels : c'est ce qui permet, en pratique, de transformer une équation matricielle en un système.
Exemple
La matrice
appartient à : elle a deux lignes et trois colonnes. Ses coefficients sont , , , , et . Les coefficients et sont distincts : l'ordre des indices compte.
Formats particuliers
Définition
Soit .
- Si , est une matrice ligne.
- Si , est une matrice colonne.
- Si , est une matrice carrée d'ordre , et l'on note l'ensemble de ces matrices. Les coefficients forment la diagonale principale de .
- La matrice nulle de , notée , est celle dont tous les coefficients sont nuls ; on la note lorsqu'elle est carrée.
Matrices carrées particulières
Définition
Soit .
- est triangulaire supérieure lorsque dès que : tous les coefficients strictement au-dessous de la diagonale sont nuls.
- est triangulaire inférieure lorsque dès que : tous les coefficients strictement au-dessus de la diagonale sont nuls.
- est diagonale lorsque dès que .
Définition
La matrice identité d'ordre , notée , est la matrice diagonale dont tous les coefficients diagonaux valent :
Une matrice carrée est diagonale si et seulement si elle est à la fois triangulaire supérieure et triangulaire inférieure : les deux conditions réunies signifient exactement que les seuls coefficients éventuellement non nuls sont ceux d'indices . Notez également qu'une matrice diagonale peut parfaitement avoir des zéros sur sa diagonale : la définition n'impose rien aux coefficients .
Exemple
a. est une matrice ligne de , et une matrice colonne de .
b. est diagonale d'ordre (le zéro en position ne l'en empêche nullement), tout comme .
c. est triangulaire supérieure, et est triangulaire inférieure.
Somme et produit par un réel
Définition
Soient et deux matrices de même format , et soit un réel.
- La somme est la matrice de dont le coefficient d'indice est .
- Le produit de par le réel , noté , est la matrice de dont le coefficient d'indice est .
- On pose et .
Ces deux opérations se font coefficient par coefficient, aux mêmes positions. La somme n'a de sens que pour des matrices de même format : additionner une matrice et une matrice ne veut rien dire, et une copie qui écrit une telle somme perd immédiatement la confiance de son correcteur.
Propriété
Règles de calcul (admises). Soient , , trois matrices de et , deux réels. Alors
Toutes ces égalités se vérifient coefficient par coefficient et ne font que traduire les règles de calcul dans : par exemple, le coefficient d'indice de est , celui de est , et ces deux réels sont égaux. Conformément au programme, ces vérifications ne sont pas exigibles : on les admet et on les utilise sans commentaire. Retenez surtout la conséquence pratique : une somme de matrices se manipule comme une somme de nombres, c'est-à-dire que l'on peut développer, factoriser, faire passer un terme de l'autre côté d'une égalité. C'est le produit, en section , qui exigera de la prudence.
Exemple
Posons
Alors
Exemple
Résolvons l'équation , d'inconnue , avec les matrices ci-dessus. Les règles de calcul autorisent la manipulation habituelle : , donc , c'est-à-dire
Le produit matriciel
Définition et condition sur les formats
Définition
Soient et . Le produit est la matrice de définie par
Le produit n'est défini que si le nombre de colonnes de est égal au nombre de lignes de . Cette condition se retient par un schéma de formats :
Les deux qui se touchent doivent être égaux, et ils disparaissent ; il reste le format du produit. En particulier, si est de format et de format , les deux produits et existent, mais est d'ordre et est d'ordre : ils n'ont même pas le même format.
Méthode
Poser un produit matriciel. La disposition suivante évite les confusions de ligne et de colonne. On écrit en haut à droite, en bas à gauche, et l'on remplit le rectangle situé sous et à droite de : le coefficient qui s'y trouve à l'intersection d'une ligne de et d'une colonne de est la somme des produits des termes qui se correspondent, en parcourant la ligne vers la droite et la colonne vers le bas.
Trois réflexes accompagnent cette disposition.
- Vérifier les formats avant de commencer : le nombre de colonnes de doit être le nombre de lignes de , sans quoi le produit n'existe pas.
- Calculer un coefficient à la fois, en faisant glisser un doigt le long de la ligne de et un autre le long de la colonne de .
- Contrôler le format du résultat : autant de lignes que , autant de colonnes que .
Un exemple entièrement détaillé
Exemple
Prenons
Le produit . Il est de format . Détaillons ses quatre coefficients :
D'où
Le produit . Il est de format . La première ligne de est ; multipliée par les trois colonnes de , elle donne , puis , puis . En procédant de même avec les deux autres lignes,
Les deux produits existent, mais l'un est d'ordre et l'autre d'ordre : ils ne peuvent en aucun cas être égaux.
Propriétés admises
Propriété
Règles de calcul (admises). Sous réserve que les formats rendent les produits possibles, on a
De plus, pour toute matrice ,
Le programme indique explicitement que tout développement théorique sur le calcul matriciel est hors programme : la démonstration de l'associativité, qui consiste à écrire deux sommes doubles et à les échanger, n'est donc pas exigible, et nous ne la donnons pas. Ce qu'il faut retenir des égalités et , c'est que la matrice identité joue pour le produit matriciel le rôle que joue le nombre pour le produit des réels. C'est elle qui rendra possible, en section , la définition de l'inverse.
Deux pièges à connaître par cœur
Propriété
Premier piège : le produit n'est pas commutatif. En général , même lorsque les deux produits existent et ont le même format.
Exemple
Avec et , on calcule
Ces deux matrices sont distinctes. Conséquence à graver : on ne peut jamais échanger deux facteurs dans un produit matriciel, et l'on ne peut pas non plus écrire , comme on le verra en section .
Propriété
Second piège : un produit peut être nul sans qu'aucun facteur le soit. L'égalité n'entraîne ni , ni . En conséquence, on ne peut pas non plus simplifier : n'entraîne pas .
Exemple
Avec et , on trouve
alors qu'aucune des deux matrices n'est nulle. Le réflexe « un produit est nul, donc l'un des facteurs est nul », valable dans , est donc faux dans .
Pour la simplification, reprenons la même matrice et posons . On a et
Ainsi alors que . Nous verrons en section que la simplification redevient licite lorsque est inversible, et seulement dans ce cas.
Produit par une colonne et lien avec les colonnes de
Le produit d'une matrice par une matrice colonne mérite d'être isolé, car c'est lui qui relie les matrices aux systèmes linéaires.
Propriété
Soient et la matrice colonne de coefficients . Alors est la matrice colonne de dont le -ième coefficient vaut
c'est-à-dire exactement le membre de gauche de la -ième équation d'un système linéaire de matrice .
Exemple
Avec et , on obtient
On retrouve le premier système résolu en section , dont la solution était précisément .
Propriété
Colonnes d'un produit. Soient et , et notons les colonnes de . Alors les colonnes de sont, dans l'ordre,
Démonstration. Fixons un indice de colonne . La colonne a pour coefficients , donc le -ième coefficient de la colonne vaut, d'après la propriété précédente,
Or c'est exactement le coefficient d'indice de , par définition du produit. Les deux colonnes ont donc les mêmes coefficients : la -ième colonne de est .
Exemple
Reprenons et , dont la première colonne est . Alors
qui est bien la première colonne du produit calculé plus haut. Cette remarque est très utile en pratique : elle permet de ne calculer qu'une seule colonne d'un produit lorsque c'est tout ce dont on a besoin.
Transposition
Définition
Soit . La transposée de , notée , est la matrice de dont le coefficient d'indice est . Autrement dit, on échange les lignes et les colonnes : la -ième ligne de devient la -ième colonne de .
Exemple
Pour , on a
La transposée d'une matrice ligne est une matrice colonne, et réciproquement.
Propriété
Soient et deux matrices de même format et un réel. Alors
Démonstration. Ces trois égalités se lisent sur les coefficients. Le coefficient d'indice de est le coefficient d'indice de , c'est-à-dire : d'où la première égalité. Le coefficient d'indice de est le coefficient d'indice de , soit , qui est bien le coefficient d'indice de . Le raisonnement est identique pour la troisième.
Propriété
Transposée d'un produit. Soient et deux matrices carrées d'ordre . Alors
Attention : l'ordre des facteurs est inversé.
Démonstration. Notons et , et comparons les coefficients d'indice des deux membres.
Le coefficient d'indice de est, par définition de la transposition, le coefficient d'indice de , c'est-à-dire
Le coefficient d'indice de est, par définition du produit,
Les deux sommes ont les mêmes termes, écrits dans un ordre différent au sein de chaque produit de réels : elles sont égales. Les deux matrices ont donc les mêmes coefficients, et elles sont égales.
L'inversion de l'ordre n'est pas une coquetterie : c'est la seule possibilité pour que les formats s'accordent lorsque les matrices ne sont pas carrées. Si est de format et de format , alors est de format , tandis que est de format et de format : seul le produit existe. Contrôler les formats est donc un moyen sûr de ne jamais se tromper sur cette formule.
Exemple
Vérifions la formule sur et . On calcule d'abord
D'autre part et , donc
Les deux résultats coïncident. Le produit pris dans l'autre ordre donnerait
qui n'a rien à voir avec : l'ordre des facteurs compte réellement.
Définition
Une matrice carrée est dite symétrique lorsque
c'est-à-dire lorsque pour tous les indices et .
Une matrice symétrique se lit de la même façon de part et d'autre de sa diagonale principale : on peut se la représenter comme invariante par pliage le long de cette diagonale. Seule une matrice carrée peut être symétrique, puisque et doivent avoir le même format.
Exemple
La matrice est symétrique : le coefficient d'indice vaut , comme celui d'indice , et ainsi de suite. En revanche, ne l'est pas, car tandis que . Enfin, toute matrice diagonale est symétrique, et en particulier.
Puissances d'une matrice carrée
Définition
Définition
Soit . On définit les puissances de par récurrence :
La définition n'a de sens que pour une matrice carrée : c'est la seule situation où le produit existe. On admet, comme le reste des règles de calcul, les égalités et , valables pour tous entiers naturels et . En revanche, n'a aucune raison de valoir : le produit ne peut être réorganisé que si et commutent, c'est-à-dire si .
Propriété
Mise en garde. Pour deux matrices carrées et de même ordre, le développement correct est
On ne peut le réduire à que si , ce qui n'est pas le cas en général.
Exemple
Reprenons et , pour lesquelles et . On a , donc
Par ailleurs et , si bien que
En revanche, , comme prévu.
Les cas faciles : matrices diagonales et triangulaires
Propriété
Soit une matrice diagonale d'ordre , de coefficients diagonaux . Alors, pour tout , la matrice est diagonale, de coefficients diagonaux .
Démonstration. Raisonnons par récurrence sur . Pour , est bien diagonale de coefficients diagonaux tous égaux à .
Supposons la propriété vraie au rang : est diagonale, de coefficients diagonaux . Calculons le coefficient d'indice de :
Dans cette somme, le facteur est nul sauf si , et le facteur est nul sauf si . Le seul terme éventuellement non nul est donc celui pour lequel : la somme vaut si , et si . La matrice est donc diagonale, de coefficients diagonaux , ce qui achève la récurrence.
Exemple
Pour et tout ,
On vérifie pour : le calcul direct donne bien .
On admet de même que les puissances d'une matrice triangulaire supérieure sont triangulaires supérieures, et que leurs coefficients diagonaux sont les puissances correspondantes des coefficients diagonaux de départ. Attention : cela ne donne pas les autres coefficients, qui demandent un vrai calcul, comme le montre l'exemple traité ci-dessous.
La méthode générale : conjecturer puis démontrer par récurrence
Méthode
Calculer par conjecture et récurrence. C'est la méthode de base, toujours disponible.
- Calculer , puis , et si besoin , sans se tromper : une erreur ici fausse tout le reste.
- Observer chaque position séparément et conjecturer une formule générale pour , en fonction de .
- Démontrer la conjecture par récurrence : initialisation à (où ) ou à , puis hérédité en écrivant et en effectuant le produit.
- Contrôler la formule obtenue sur une valeur déjà calculée, par exemple ou .
Exemple
Une matrice d'ordre . Soit . Calculons les premières puissances :
Les coefficients diagonaux sont et . Le coefficient en haut à droite vaut successivement , , , c'est-à-dire , , : on reconnaît . Conjecturons donc que, pour tout ,
Démonstration par récurrence. Pour , le membre de droite vaut : la formule est vraie. Supposons-la vraie au rang . Alors
et comme , on obtient exactement la formule au rang . La propriété est donc vraie pour tout .
Contrôle. Pour , la formule donne , ce que le calcul direct avait fourni.
Une matrice de la forme
Le cas suivant revient très souvent : la matrice s'écrit , où les puissances de finissent par être nulles. La méthode reste la même, à savoir conjecture puis récurrence, mais la décomposition explique la forme du résultat.
Exemple
Soit
Les puissances de . Un calcul direct donne
Toutes les puissances de à partir de la troisième sont donc nulles, puisque pour . C'est ce qui laisse prévoir que les coefficients de ne feront intervenir que par des expressions de degré au plus .
Premières puissances de . On calcule
Détaillons le coefficient d'indice de , le plus délicat : c'est le produit de la première ligne de , à savoir , par la troisième colonne de , à savoir , soit .
Conjecture. Les coefficients situés juste au-dessus de la diagonale valent , , : ce sont les . Le coefficient d'indice vaut , , : ce sont les nombres . Conjecturons donc, pour tout ,
Démonstration par récurrence. Pour , le membre de droite vaut , et : la formule est vraie.
Supposons-la vraie au rang . Alors , et il suffit de calculer ce produit ligne par ligne. La première ligne de est ; multipliée par les trois colonnes de , elle donne
La deuxième ligne de est ; multipliée par les trois colonnes de , elle donne , puis , puis . La troisième ligne est , et donne , , . Ainsi
ce qui est bien la formule au rang . La propriété est donc vraie pour tout .
Contrôle. Pour , la formule donne en position , et pour elle donne : les deux valeurs coïncident avec les calculs directs.
Matrices inversibles
Définition et unicité
Définition
Une matrice est dite inversible lorsqu'il existe une matrice telle que
Une telle matrice est alors unique ; on l'appelle l'inverse de et on la note .
Trois précautions accompagnent cette définition. D'abord, l'inversibilité ne concerne que les matrices carrées. Ensuite, les deux égalités figurent dans la définition, précisément parce que le produit n'est pas commutatif. Enfin, la notation ne peut être employée qu'après avoir établi que est inversible : écrire pour une matrice dont on ignore le statut est une faute de raisonnement, pas une maladresse d'écriture. Il n'existe par ailleurs aucune « division » de matrices : une écriture comme n'a aucun sens.
Propriété
Unicité de l'inverse. Si et vérifient toutes deux et , alors .
Démonstration. Utilisons le fait que est neutre pour le produit, puis l'associativité :
L'inverse, lorsqu'il existe, est donc unique, ce qui légitime la notation .
Propriété
Résultat admis. Soient et deux matrices carrées de même ordre . Si
alors est inversible et ; en particulier, on a automatiquement .
Autrement dit, pour une matrice carrée, un inverse à gauche ou à droite suffit : il est inutile de vérifier les deux produits. Ce résultat, admis dans ce programme, fait gagner la moitié du travail dans tous les exercices d'inversion. Attention toutefois : il ne vaut que pour des matrices carrées de même ordre.
Exemple
La matrice est inversible, d'inverse . En effet
et le résultat admis ci-dessus permet de conclure sans calculer (que l'on peut néanmoins vérifier : il vaut aussi ).
Exemple
Deux matrices non inversibles. La matrice nulle n'est pas inversible, car pour toute matrice .
La matrice ne l'est pas davantage. En effet, on a vu en section que avec . Si était inversible, en multipliant l'égalité à gauche par , on obtiendrait
ce qui est faux. Donc n'est pas inversible. Une matrice non nulle peut donc parfaitement ne pas être inversible : c'est une différence majeure avec les nombres réels.
Ce raisonnement mérite d'être retenu pour lui-même, car il resservira constamment : si est inversible, on peut simplifier. De on tire , donc ; et de on tire . Le second piège de la section ne se produit que pour des matrices non inversibles.
Inverse d'un produit, d'une transposée, d'une puissance
Propriété
Inverse d'un produit. Si et sont deux matrices inversibles de , alors est inversible et
Démonstration. Calculons les deux produits, en regroupant les facteurs centraux par associativité :
La matrice vérifie donc les deux égalités de la définition : est inversible, d'inverse .
Là encore, l'ordre est inversé, exactement comme pour la transposition. L'image usuelle est celle de l'habillage : pour défaire ce que l'on a fait en enfilant d'abord les chaussettes puis les chaussures, il faut commencer par retirer les chaussures. Par récurrence immédiate, on en déduit que si est inversible, alors l'est pour tout , d'inverse .
Propriété
Inverse d'une transposée. Si est inversible, alors est inversible et
Démonstration. Transposons l'égalité . La formule de la transposée d'un produit donne
Les deux matrices étant carrées d'ordre , le résultat admis plus haut permet de conclure : est inversible, d'inverse .
Inversibilité d'une matrice triangulaire
Propriété
Soit une matrice triangulaire (supérieure ou inférieure). Alors est inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls.
Démonstration. Traitons le cas d'une matrice triangulaire supérieure , le cas inférieur étant identique en lisant les équations de haut en bas. Pour une colonne de coefficients , le produit a pour -ième coefficient , puisque les coefficients situés avant la diagonale sont nuls.
Supposons d'abord tous les non nuls. Soit une colonne quelconque, de coefficients , et cherchons les colonnes telles que . La dernière équation s'écrit et donne . En remontant, l'équation d'indice s'écrit
et détermine de façon unique, puisque . Chaque s'obtient donc à partir des par des additions et des multiplications par des réels fixes, indépendants de : il existe par conséquent une matrice , ne dépendant que de , telle que l'unique solution soit . On a donc , c'est-à-dire , pour toute colonne . En prenant successivement pour les colonnes de , on obtient que les colonnes de sont celles de , d'où . Le résultat admis plus haut donne alors : est inversible.
Supposons maintenant qu'un coefficient diagonal soit nul, et notons le plus petit indice tel que . Construisons une colonne non nulle vérifiant . Posons pour tout , et . Pour , l'équation d'indice ne fait intervenir que , qui sont tous nuls : elle s'écrit . Pour , elle s'écrit : elle est également vérifiée. Pour , on a par minimalité de , et l'on détermine successivement par
On obtient ainsi une colonne vérifiant et , puisque . Si était inversible, on aurait , ce qui est faux. Donc n'est pas inversible.
On admet, ce que les exemples confirment, que l'inverse d'une matrice triangulaire inversible est triangulaire de même type.
Exemple
La matrice est inversible, car ses coefficients diagonaux , et sont tous non nuls.
En revanche, ne l'est pas : son coefficient diagonal d'indice est nul. La démonstration ci-dessus fournit même une colonne non nulle explicite annulée par : les équations et donnent , puis en posant l'équation du haut donne . La colonne vérifie bien et n'est pas nulle.
Déterminant d'une matrice d'ordre 2
Définition
Soit . On appelle déterminant de le réel
Le déterminant se calcule donc en faisant le produit des coefficients de la diagonale principale, puis en retranchant le produit des deux autres. Il est défini ici pour les seules matrices d'ordre : c'est une définition suffisante pour tout ce programme, et il ne faut surtout pas chercher à l'appliquer à une matrice d'ordre .
Propriété
Caractérisation de l'inversibilité à l'ordre . Soit . Alors est inversible si et seulement si , et dans ce cas
Démonstration. Posons . Un calcul direct donne
Premier sens. Si , on peut diviser par ce réel : la matrice vérifie les deux égalités de la définition, donc est inversible et son inverse est bien celui annoncé.
Second sens. Supposons et raisonnons par l'absurde en supposant inversible. Le calcul ci-dessus donne alors . En multipliant à gauche par , on obtient , c'est-à-dire , donc . Or la matrice nulle n'est pas inversible : contradiction. Ainsi n'est pas inversible.
La formule se retient en trois gestes : on échange les deux coefficients de la diagonale principale, on change le signe des deux autres, et on divise par . Le contrôle est immédiat : le produit de la matrice de départ par l'inverse annoncé doit donner .
Exemple
a. Pour , on a , donc est inversible et
b. Pour , on a : la matrice n'est pas inversible. On le comprend en remarquant que sa première ligne est le double de la seconde.
c. Pour , on a , donc
Propriété
Avertissement : le déterminant s'arrête à l'ordre . Dans ce programme, aucun déterminant n'est défini pour une matrice d'ordre ou plus. Pour décider si une matrice d'ordre ou est inversible, on dispose de trois outils, et de trois seulement :
- le critère des coefficients diagonaux, si la matrice est triangulaire (section ) ;
- une relation polynomiale vérifiée par la matrice, quand l'énoncé en fournit une ou qu'un calcul de la fait apparaître (section ) ;
- la résolution du système par la méthode du pivot de Gauss (section ).
Écriture matricielle d'un système et recherche d'un inverse
Du système à l'équation matricielle
Définition
Soit un système linéaire de équations à inconnues, de coefficients et de seconds membres . On pose
La matrice est la matrice du système, et s'écrit sous forme matricielle
Le système homogène associé s'écrit .
Cette écriture n'est pas un tour de passe-passe : elle traduit exactement le calcul du produit d'une matrice par une colonne, fait en section . Le -ième coefficient de vaut , et l'égalité de deux colonnes équivaut à l'égalité de leurs coefficients un à un.
Exemple
Le système
s'écrit avec
Le calcul de la section a montré que la colonne convient.
Propriété
Unicité de la solution lorsque est inversible. Soit une matrice inversible et soit . Alors le système admet une unique solution, à savoir
En particulier, un système carré dont la matrice est inversible est un système de Cramer, et le système homogène n'a alors que la solution nulle.
Démonstration. Analyse. Soit une solution, c'est-à-dire . En multipliant à gauche par , on obtient
Il y a donc au plus une solution, et si elle existe, c'est celle-là.
Synthèse. Réciproquement, posons . Alors , donc cette colonne est bien solution.
Le système admet donc exactement une solution. Enfin, en prenant , on obtient : le système homogène n'a que la solution nulle.
Attention à l'ordre des facteurs : la solution est , et non , qui d'ailleurs n'existe pas pour des raisons de format. Attention aussi à l'usage : si l'on n'a qu'un seul second membre à traiter, le pivot de Gauss est plus rapide qu'un calcul d'inverse. L'inverse devient intéressant lorsqu'il faut résoudre le même système avec plusieurs seconds membres différents, situation typique du modèle de Leontief de la section .
Inverser une matrice en résolvant
Méthode
Calculer en résolvant . Soit .
- Introduire une colonne littérale , de coefficients (ou , , ), et écrire le système d'inconnues .
- Résoudre ce système par la méthode du pivot de Gauss, en traitant les comme des constantes : le second membre se transforme au même rythme que le reste.
- Si le pivot fait apparaître une ligne nulle à gauche, s'arrêter : n'est pas inversible, car le système n'a pas de solution pour tous les seconds membres.
- Sinon, exprimer chaque en fonction de , puis écrire le résultat sous la forme en lisant les coefficients.
- Conclure : , donc est inversible et .
- Vérifier en calculant , qui doit valoir .
Exemple
Inversion d'une matrice d'ordre . Inversons
Soient , , trois réels. Résolvons le système avec , c'est-à-dire
Première étape. On effectue , ce qui donne , puis , ce qui donne :
Deuxième étape. On effectue :
Les trois pivots sont non nuls, ce qui garantit que le système a une unique solution quel que soit le second membre.
Exemple
Inversion d'une matrice d'ordre (suite). Reprenons le système échelonné ci-dessus.
Remontée. La dernière équation donne . La deuxième donne
La première donne
Lecture de l'inverse. On a donc
Comme pour toute colonne , on a : la matrice est inversible et .
Vérification. Calculons ligne par ligne. La première ligne de est ; multipliée par les trois colonnes de , elle donne
La deuxième ligne donne
La troisième ligne donne
On obtient bien .
Exemple
Un cas où la matrice n'est pas inversible. Prenons et résolvons :
L'opération donne , c'est-à-dire après multiplication par . En la comparant à la deuxième équation, l'opération fournit
Le système n'a donc de solution que si : il n'est pas résoluble pour tout second membre. Si était inversible, la propriété précédente garantirait une solution pour toute colonne , par exemple pour , qui ne vérifie pas cette condition. Donc n'est pas inversible.
Polynôme annulateur et inverse
Inverser à partir d'une relation polynomiale
Méthode
Inverser grâce à une relation polynomiale. Lorsqu'une matrice vérifie une relation du type
on procède en trois temps.
- Isoler le terme constant : .
- Factoriser par (jamais simplifier) : .
- Diviser par , ce qui est licite puisque :
Comme les deux matrices sont carrées de même ordre, le résultat admis de la section permet de conclure directement : est inversible et .
Deux points de vigilance. Il faut factoriser par , et non simplifier par , ce qui n'aurait aucun sens. Et il faut vérifier que le coefficient constant est non nul : sinon la méthode échoue, et la matrice peut d'ailleurs très bien ne pas être inversible.
Exemple
Un exemple d'ordre . Soit
Calcul de . Le coefficient d'indice vaut , celui d'indice vaut , celui d'indice vaut . La matrice étant symétrique et les rôles des trois lignes identiques,
Recherche d'une relation. Comparons à , dont les coefficients hors diagonale valent : la différence a tous ses coefficients hors diagonale nuls, et ses coefficients diagonaux valent . Donc
Inversion. Le coefficient constant vaut . Factorisons par :
La matrice est donc inversible et
Vérification. Le coefficient d'indice de vaut , et celui d'indice vaut . Les autres coefficients se traitent de même : .
Exemple
Un cas où la méthode échoue, et pour cause. Soit . Chaque coefficient de vaut , donc , c'est-à-dire
Le coefficient constant est nul : la méthode ne s'applique pas. Ce n'est pas un accident, car n'est pas inversible. En effet, la colonne , qui n'est pas nulle, vérifie ; si était inversible, on aurait , ce qui est faux.
Calculer les puissances à partir de la même relation
Méthode
Utiliser une relation polynomiale pour calculer . Supposons que vérifie .
- Montrer par récurrence qu'il existe, pour tout , deux réels et tels que , en obtenant au passage les relations et .
- Déterminer les deux suites. Si le trinôme possède deux racines réelles et , les suites auxiliaires et sont géométriques, de raisons respectives et : on les calcule immédiatement, puis on en déduit et par différence.
- Conclure en écrivant , et contrôler sur et .
Exemple
Reprenons la matrice , qui vérifie .
Existence de l'écriture. Montrons par récurrence que pour tout , il existe deux réels et tels que . Pour , convient avec et . Si la propriété est vraie au rang , alors
La propriété est donc vraie au rang , avec
Détermination des deux suites. Le trinôme a pour racines et . Posons donc et . Alors
La suite est donc constante, égale à , et la suite est géométrique de raison et de premier terme , donc . On en déduit, en soustrayant,
Conclusion. Pour tout ,
puisque le coefficient diagonal vaut et le coefficient hors diagonale .
Contrôle. Pour : le coefficient diagonal vaut et le coefficient hors diagonale , on retrouve . Pour : et , on retrouve .
Suites récurrentes et puissances de matrices
Deux suites couplées
Lorsque deux suites sont définies l'une par rapport à l'autre, l'écriture matricielle ramène le problème à un calcul de puissances.
Propriété
Soient et deux suites réelles vérifiant, pour tout , un système du type
En posant
ces deux relations s'écrivent en une seule : pour tout .
Propriété
Si une suite de colonnes vérifie pour tout , alors
Démonstration. Par récurrence sur . Pour , : la formule est vraie. Supposons-la vraie au rang , c'est-à-dire . Alors
en utilisant l'associativité du produit. La formule est donc vraie au rang , et par récurrence pour tout .
Exemple
Soient et définies par , et, pour tout ,
Mise sous forme matricielle. En posant et , on a , donc avec .
Calcul de . On calcule , et l'on constate que . Comme en section , écrivons : la relation donne
avec et . Le trinôme a pour racines et . Posons et : on obtient , donc pour tout , et , donc . Par différence, , d'où
Expression des deux suites. Enfin
Contrôle. Pour : et . Pour : les formules donnent et , ce que confirment les relations de récurrence ( et ). Pour : les formules donnent et , et les relations donnent et .
Une suite récurrente linéaire d'ordre 2
La même technique s'applique à une suite définie par une relation de récurrence linéaire d'ordre à coefficients constants : il suffit d'empiler deux termes consécutifs dans une colonne.
Méthode
Traiter matriciellement une récurrence .
- Poser .
- Vérifier que avec : la première ligne traduit la relation de récurrence, la seconde l'égalité .
- En déduire , calculer , puis lire dans la seconde ligne de .
- Contrôler la formule obtenue sur les premières valeurs de la suite.
Exemple
Soit définie par , et, pour tout ,
Mise sous forme matricielle. Posons . Alors
Donc , avec .
Calcul de . On a . Écrivons : la relation donne cette fois
avec et . Le trinôme a pour racines et , toutes deux réelles. Posons et . Alors
Comme et , on obtient et . Par différence, , donc
Expression de la suite. La seconde ligne de donne, après multiplication par ,
Contrôle. Pour : . Pour : . Pour : la formule donne , et la relation de récurrence donne . Pour : la formule donne , et la récurrence . Tout concorde.
Notez que cette méthode n'est intéressante que lorsque le trinôme associé possède des racines réelles : c'est le seul cas au programme cette année, et le seul que vous rencontrerez.
Tableaux entrée-sortie et modèle de Leontief
Le tableau des échanges
Une économie est décrite par plusieurs secteurs de production. Chaque secteur produit un bien, mais pour le produire il consomme une partie de sa propre production et une partie de celle des autres : une usine d'acier consomme de l'électricité, une centrale électrique consomme de l'acier. Ce qui reste après ces consommations internes est livré aux ménages, à l'État ou à l'exportation : c'est la demande finale.
Définition
Considérons une économie à secteurs. Pour chaque secteur , on note sa production totale, exprimée en valeur, et la demande finale qui lui est adressée. Pour chaque couple , on note le coefficient technique : la valeur de la production du secteur nécessaire pour produire une unité de valeur du secteur .
On pose alors
La matrice est la matrice des coefficients techniques, la colonne des productions et la colonne des demandes finales.
Le sens de lecture des indices est le point délicat : se lit « du secteur vers le secteur ». La ligne décrit donc ce que le secteur fournit aux autres, et la colonne ce que le secteur consomme. Une inversion des deux indices donne un modèle faux tout en restant calculable, ce qui la rend particulièrement difficile à détecter : prenez l'habitude de vérifier le sens sur une ligne du tableau chiffré.
Propriété
Équation de Leontief. Avec les notations précédentes, la production totale du secteur se répartit entre les consommations des différents secteurs et la demande finale :
Sous forme matricielle, ces égalités s'écrivent
Démonstration de la seconde écriture. De on tire . Or , donc , et la distributivité du produit par rapport à la somme donne .
Ce petit calcul mérite une remarque : on ne peut pas écrire , car est un nombre et une matrice, et leur différence n'a aucun sens. C'est bien qu'il faut faire apparaître. Lorsque la matrice est inversible, l'équation admet une unique solution
et l'on obtient la production à mettre en œuvre pour satisfaire n'importe quelle demande finale. C'est exactement la situation où le calcul de l'inverse est plus rentable que le pivot : on résout une fois pour toutes, puis on applique la formule à chaque nouvelle demande.
Un exemple chiffré complet
Exemple
Une économie à deux secteurs. Une économie comporte un secteur agricole (secteur ) et un secteur industriel (secteur ). Les montants sont exprimés en millions d'euros. Les coefficients techniques sont
Cela signifie que produire million d'euros de biens industriels consomme million de produits agricoles et million de produits industriels ; produire million de produits agricoles consomme million de produits agricoles et million de biens industriels.
Question. Quelles productions faut-il mettre en œuvre pour satisfaire une demande finale de millions en produits agricoles et millions en biens industriels ?
Exemple
Résolution. La demande finale est , et l'on cherche tel que , avec
Inversibilité. La matrice est d'ordre , on peut donc utiliser le déterminant :
La matrice est donc inversible, et
Calcul des productions. On obtient
Il faut donc produire millions d'euros de produits agricoles et millions de biens industriels.
Vérification. Calculons puis :
L'équation est bien satisfaite.
Le tableau entrée-sortie de cette économie se lit alors ligne par ligne : chaque ligne indique comment la production d'un secteur se répartit entre les consommations des deux secteurs et la demande finale.
| Fournisseur | Vers agriculture | Vers industrie | Demande finale | Production totale |
|---|---|---|---|---|
| Agriculture | ||||
| Industrie |
On vérifie chaque ligne : pour l'agriculture, et pour l'industrie. On peut aussi lire les colonnes : le secteur agricole consomme de produits agricoles et de biens industriels pour produire , ce qui redonne bien les coefficients techniques et , c'est-à-dire la première colonne de .
Exemple
Changement de demande finale. Supposons maintenant que la demande finale devienne . Comme l'inverse a déjà été calculé, il n'y a plus qu'à l'appliquer :
Il faudrait donc produire millions en agriculture et millions dans l'industrie.
Vérification. , et .
Interprétation. La demande finale agricole a baissé d'environ et la demande industrielle de , mais les productions baissent respectivement de et de : les variations ne se répercutent pas proportionnellement, parce que chaque secteur dépend de l'autre. C'est précisément ce que le modèle permet de quantifier, et ce qu'un raisonnement « au prorata » manquerait.
Méthode
Résoudre un problème de type Leontief.
- Lire le tableau des échanges et calculer les coefficients techniques : est le montant fourni par le secteur au secteur , divisé par la production totale du secteur (donc par le total de la colonne, jamais de la ligne).
- Écrire l'équation , puis la mettre sous la forme .
- Étudier l'inversibilité de : par le déterminant si , par le pivot de Gauss si .
- Résoudre, soit en calculant si plusieurs demandes finales doivent être traitées, soit directement par le pivot s'il n'y en a qu'une.
- Vérifier en recalculant , qui doit redonner , et contrôler que les productions obtenues sont positives : une production négative signalerait une erreur de signe ou d'indices.
L'essentiel
Ce chapitre est le socle de toute l'algèbre de l'année. Voici les gestes à maîtriser, puis les erreurs qui reviennent chaque année.
- Résoudre un système : pivot de Gauss, opérations écrites en marge, remontée, puis vérification en réinjectant.
- Décrire une infinité de solutions : nommer les paramètres parmi les inconnues secondaires, puis exprimer les inconnues principales en fonction d'eux.
- Discuter selon un paramètre : ne jamais prendre le paramètre comme pivot, factoriser sans diviser, isoler les valeurs qui annulent le dernier pivot.
- Multiplier deux matrices : vérifier les formats, poser la disposition ligne par colonne, contrôler le format du résultat.
- Calculer : calculer et , conjecturer, démontrer par récurrence ; ou exploiter une relation du type .
- Montrer qu'une matrice est inversible : à l'ordre ; coefficients diagonaux non nuls si elle est triangulaire ; relation polynomiale factorisée par ; ou résolution de .
- Calculer un inverse : formule à l'ordre ; sinon résolution de à second membre littéral, puis vérification .
- Traiter des suites couplées : écrire , en déduire , puis calculer .
- Traiter un problème économique : coefficients techniques, équation , puis .
Échanger deux facteurs dans un produit. Le produit matriciel n'est pas commutatif : et sont en général deux matrices différentes, quand elles existent toutes les deux. Ce seul oubli suffit à invalider une démonstration entière.
Développer en . Le développement correct est , et le regroupement n'est licite qu'après avoir vérifié , vérification qui doit figurer sur la copie.
Simplifier par une matrice. De on ne déduit que si est inversible ; de même, n'entraîne que dans ce cas. Sans cette hypothèse, la simplification est fausse et l'on dispose de contre-exemples élémentaires.
Écrire avant d'avoir prouvé que est inversible. C'est une faute de logique : la notation présuppose le résultat que l'on cherche à établir.
Calculer un déterminant d'ordre . Il n'existe pas dans ce programme. À l'ordre ou , l'inversibilité se décide par le pivot de Gauss, par une relation polynomiale ou, pour une matrice triangulaire, par ses coefficients diagonaux.
Prendre un paramètre comme pivot. Diviser par sans discuter le cas fait perdre l'essentiel des points d'une question de discussion. Le bon réflexe est de commencer par un échange de lignes qui amène un pivot numérique.
Confondre les indices dans un tableau entrée-sortie. Le coefficient va du secteur vers le secteur , et il se calcule en divisant par la production du secteur , c'est-à-dire par le total de la colonne.
Oublier de vérifier. Une solution de système se réinjecte dans les équations de départ, un inverse se contrôle par , une formule de puissance se teste sur . Ces vérifications prennent trente secondes et sauvent des copies entières.
Bloqué sur « Calcul matriciel et résolution de systèmes linéaires » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.